‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 34 sur 51 · LETTRES DU MOIS DE JUIN · texte numérisé non relu

LETTRES DU MOIS DE JUIN

Lettre de M»'' l'archeTêque d'Aix à M^I^ Élise Yeuillot :

Aix, 5 juin.

Mademoiselle. — Je tiens à vous redire que je me suis

d'autant mieux associé à votre deuil de famille, que rÉglise entière Ta plus hautement partagé. C'est qu'en réalité, elle n'a pas eu, dans ces tristes temps, de défenseur plus désintéressé et plus infatigable, plus vaillant et plus fort que votre illustre frère.

Tout le peuple chrétien l'a pleuré et le pleure encore, comme tout le peuple d'Israël pleura jadis Judas Machabée. Et à cette heure où la lutte s'aggrave de plus en plus, de toutes parts aussi l'on s'écrie : Pourquoi faut-il que soit tombé cet homme puissant qui sauvait le peuple de Dieu?

Veuillez vous faire mon pieux interprète auprès de M. Eugène Veuillot, et agréez vous-même. Mademoiselle, l'expression de mes sentiments respectueux et tout dévoués en Notre- Seigneur. -{• Augustin,

arch. d'Aix.

Lettre du P. Christophe, missionnaire, à M. Eugène Veuillot cl

à M»« Élise Veuillot :

Do rindo-Chine, juin 1883.

Dans ces missions lointaines, Louis Veuillot comptait de nombreux amis : nous admirions en lui la foi héroïque, le courage inébranlable à combattre pour le Seigneur et son Christ, la constante abnégation à souffrir pour Jésus-Christ et son Eglise les outrages des méchants ; nous l'aimions comme un frère.

Nous offrons pour le repos de son âme nos prières et nos saints sacrifices.

Affectueux respect dans le Seigneur. Christophe,

m. ap.

«46 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Lettre de M. Guillemette à M. Eugène Veuillot :

La Délivrande, 8 jain.

Monsieur. — Princes de l'Église, maîtres de la science et de la littérature, prêtres vénérables et savants religieux, apôtres et héros de la charité, vous ont adressé comme à Tenvi, de toutes les parties de la terre, les témoignages les plus sympathiques et les plus précieux à l'occasion de la mort de votre illustre frère.

Après ces hommages rendus avec une si touchante unanimité à l'intrépide et invincible champion de l'Église, du Saint- Siège et de la vraie liberté, par tant de voix qui font autorité dans le monde religieux et dans le monde intellectuel, que peut valoir l'éloge du dernier de vos abonnés, enfant du peuple et fils aussi d'un tonnelier? Peu de chose assurément. N'importe! Veuillot a été l'enfant dévoué de la sainte Église; tout hommage rendu au fils profite à la mère. C'est assez, et j'ose vous écrire.

A quatorze ans environ, j'ai lu Rome et Lorette, et depuis, plusieurs des ouvrages de l'incomparable écrivain, du redoutable polémiste que nous pleurons. Il y a donc plus de trente ans que j'admire son talent, son génie, sa haute piété ; et je n'ai cessé de l'aimer et de le défendre, même contre quelquesuns qui auraient dû le louer.

Je considère Louis Veuillot comme une de ces grandes figures qui sont, dans notre siècle, semblables à des phares dont la vive et puissante lumière montre les écueils et conduit sûrement au port de la vérité et du salut.

Agréez, etc. Guillemette.

Lettre de M. Tabbé Peyramale à M. Eugène Veuillot :

Ordizan, diocèse de Tarbes, le S juin.

Monsieur le rédacteur. — Abonné de VUnhers depuis que j'ai l'âge d'homme, je dois à Louis Veuillot le meilleur de toutes mes convictions : c'est vous dire en un seul mot tout le bien que m'a fait cet homme illustre entre tous.

Dans ce grand deuil qui vous a frappé et dont le glorieux retentissement est loin d'être éteint, je n'avais aucune qualité pour mêler publiquement mes larmes aux vôtres, si ce n'est peut-être l'affection profonde qui est au cœur de tout lecteur assidu de V Univers pour votre cher et saint frère. Je me suis donc contenté de pleurer et de prier en secret.

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 447

Mais aujourd'hui que l'heure du triomphe est venue, je veux apporter ostensiblement ma petite pierre au double monument qui est en projet.

Ce double monument dira à la postérité que Louis Veuillot a été le patriote et le catholique le plus éminent de notre époque. Et c'est justice, car nul plus que lui n'a aimé et servi vaillamment l'Église et la France.

Je suis avec respect, etc. Peyramale,

curé d'Ordizan.

Lettre adressée de l'Orient à M^l« Elise Veuillot :

Je viens bien tardivement vous payer mon tribut de regrets et de condoléances. Je vis en pays éloigné, et j'y étais en cours de voyjige quand la triste nouvelle m'est parvenue. Peut-être ne vous souvenez-vous plus de l'obscur ami qui vous écrit ces mots. Pour moi, je garde le souvenir indélébile et très reconnaissant du bienveillant accueil que vous me fîtes il y a dix ans, pendant mon dernier séjour en France. J'ai eu l'honneur d'être reçu en frère et en ami par l'illustre défunt. C'est une gloire qui m'est chère. S'il en est de plus grande et de plus éclatante ici-bas, il n'en est pas de meilleure : car l'amitié de ce grand chrétien et les sentiments qu'elle inspirait en retour n'étaient pas de vulgaires affections terrestres.

Nous étions, en effet, aussi étrangers que possible l'un à l'autre. Il m'avait inspiré une admiration sans bornes, dès le premier moment où ses écrits me tombèrent sous les yeux. Déjà, depuis plusieurs années. Dieu m'avait donné le coup de fouet de saint Paul; mais j'étais languissant et indécis sur beaucoup de points de la doctrine, au milieu des contradictions régnantes. C'est le vénéré maître qui acheva l'œuvre divine commencée dans ma chétive personne. Je lui dois de grandes lumières, de grandes consolations, un grand affermissement dans la foi. C'était le temps où renaissait Y Univers supprimé. Alors seulement j'appris à connaître et à aimer ce vaillant athlète du Seigneur. A l'époque du concile, saisissant l'occasion de quelques relations communes dans le clergé oriental, je lui fis connaître combien j'étais son obligé. Et dès lors je fus pour lui un ami. Il m'en donna plus tard, lorsque nous nous rencontrâmes, des preuves qui me montrèrent toute la beauté de sa grande âme. Non! certes non! ce ne sont pas là des affections de la terre. Elles appartiennent déjà à ces

régions de la glorieuse béatitude où il repose aujourd'hui après son rude labeur.

Que le Dieu de miséricorde daigne donner aux sentiments que je tiens de lui la même pureté chrétienne qu'ils avaient en lui, et me les conserver jusqu'au jour de la grande réunion! Alors nous le verrons entouré des élus qui, après Dieu, lui sont le plus redevables de leur salut. Ce sera là sa gloire, car, lui aussi, il pourra dire comme saint Paul : Fratres mei charissimi,., gaudium meum et corona mea. Et, pour mon compte, la gloire à laquelle j*aspire est d'être le moindre joyau de cette couronne.

Pleurons-le donc, Mademoiselle, mais à la façon de ceux qui ont Tespérance. Ce beau moment approche. Le bout de temps d'épreuve que Dieu veut encore nous imposer sera vite passé. Mêlons quelque allégresse à nos amers soucis.

Je ne sais s'il me sera donné de vous revoir dans ce monde. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas voulu que ma faible voix vous fît défaut dans le concert funèbre qui s'élève de toutes parts. J'ai pris la liberté de me rappeler à votre bienveillant souvenir, à celui de M. Eugène et de toute la famille de VUnieers.

Veuillez agréer, etc. B^

Lettre de M. l'abbé Harispe à M. Eugène Yeuillot :

Collègo Saint-Louis de Gonzague, Bajonne.

Monsieur le rédacteur. — Vous rappelez-vous la visite que vous firent, l'année dernière, à cette époque, deux jeunes abbés basques ? Je ne sais s'il vous fut agréable de les recevoir; mais ce que je sais, c'est qu'ils furent très heureux de vous avoir vu. Ils avaient de bien faibles titres à présenter au bureau où ils demandèrent à vous parler. Vous jugeâtes qu'ils en avaient assez. Ils étaient prêtres et ils étaient Basques, et cela vous suffit pour les accueillir avec la courtoisie la plus parfaite et l'amabilité la plus franche. De passage à Paris, ils venaient vous demander des nouvelles de ce frère que vous pleurez aujourd'hui. Il est mort, cet homme qui était aussi notre frère par le cœur, et vous avez le bonheur de voir l'Eglise elle-même prendre part à vos regrets et mêler ses larmes à vos larmes. Il est vrai que, déjà depuis quelques années, le glaive de sa plume manquait au combat ; mais il était là, animant tout de son regard et de ses conseils, et maintenant il n'est plus. Sans doute vous continuez son œuvre, vous héritez

de son esprit et de son cœur : c'est assez pour nous, mais non pour vous. Sa perte est celle d'un général qui avait accoutumé de mener toujours les saintes causes de Dieu, sinon à la victoire, du moins à une glorieuse épreuve : car, que ses actions fussent heureuses ou malheureuses, elles lui coûtaient toujours beaucoup. Son intelligence, son cœur, sa fortune, tout était en jeu quand il marchait de Tavant pour attaquer Tennemî. C'était un homme dans toute la force du mot, un homme de caractère, et partant un homme de sacrifice. L'Église et Dieu ne l'oublieront jamais. Il a reçu déjà la récompense si bien méritée par tant de travaux, de contradictions et d'épreuves. Il soufifrait depuis longtemps dans son corps, mais il souffrait surtout dans son âme, en voyant l'impiété basse et sordide marcher à l'assaut de toutes les positions sociales et s'y établir en souveraine. Vous avez dû entendre souvent les cris de son cœur indigné, quand vous lui parliez des luttes qu'il vous fallait soutenir. Ah ! que n'avait-il sa plume ! que n'avait-il une armée à son service, pour balayer cette canaille !

Nous avons donc tous beaucoup perdu, car de tels hommes ne se retrouvent pas.

Je ne finirais jamais de vous parler de votre frère, cher Monsieur, si je n'écoutais que mon cœur. Je l'aimais comme celui qui venge les injures de sa famille et de sa mère. C'est assez vous dire que vous êtes loin d'être étranger à mes affections les plus profondes et à mes prières les plus ardentes.

J'ai tardé jusqu'ici à vous écrire. Jlétais indécis. Je n'osais pas. Enfin, quand j'ai vu que toutes les grandeurs avaient passé, je me suis cru à ma place dans le cortège des témoignages, et je suis venu vous rappeler l'existence et l'afifection toujours vivante de l'un des deux jeunes visiteurs de l'année dernière.

Agréez, Monsieur le rédacteur, etc. Harispe.

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