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LETTRES DES MOIS DE JUILLET ET AOUT

Seconde lettre de Ms** Laouënan, vicaire apostolique à Poadichéry, à M»« Élise Veuillot :

Yercaud, en tooméo pastorale, 15 juillet 1883.

Mademoiselle. — Je ne m'attendais pas à une réponse de votre part à la lettre que je vous ai adressée à Toccasion de U mort de votre frère, M. Louis Veuillot. Aussi a-t-elle été doublement la bienvenue, et je vous remercie du fond du cœur, Mademoiselle, de tout ce que vous m'y avez dit de bienveillant.

En même temps que m'arrivait votre lettre, la poste apportait âmes confrères de cette station quelques numéros deVUnivers, où il est dit que M*' le cardinal archevêque de Paris avait décidé que le monument commémoratif de M. Louis Veuillot serait érigé dans la chapelle de Saint-Benott-Joseph Labre, en l'église du Sacré-Cœur, et qu'une souscription est ouverte à la fois pour le monument et la décoration de la chapelle. J'applaudis pour ma part à cette décision et à cette souscription, et j'écris à M. l'abbé Maury, directeur du séminaire des Missions étrangères, de remettre vingt francs à VUnivers, au nom de la mission de Pondichéry. C'est peu de chose; mais vous connaissez la pauvreté et les besoins des missions.

J'ai vu aussi que M. Eugène Veuillot prépare la Vie de votre frère. A cette occasion, je me suis demandé si je ne devais pas vous rapporter une conversation que j'eus avec M. Louis Veuillot à Rome, pendant le concile. Je l'ai racontée à mes confrères, et ils l'ont jugée digne d'être portée à la connaissance de M. Eugène Veuillot et à la vôtre. Voici donc cette conversation :

« Monsieur Veuillot, lui dis-je, il faut que vous me permettiez de vous poser une question, bien indiscrète peut-être, mais qui m'a souvent préoccupé au sujet de vos écrits.— Dites, Monseigneur, me répondit-il avec ce bon et engageant sourire qui lui était habituel. — Eh bieni repris-je, je crois

bien avoir lu la plupart de vos écrits ; j*ai suivi V Univers pendant un grand nombre d'années ; j*ai fait venir vos deux collections de mélanges, et je les ai souvent lus; j'ai lu aussi plusieurs de vos livres ; et j*ai été vivement frappé d'une chose . c'est que, dans cette infinité de livres et d'articles sur tant de sujets divers, le plus souvent écrits au jour le jour, dans l'ardeur de la bataille et de la contradiction, je n'ai jamais rencontré une erreur substantielle contre la doctrine catholique. Vous avez été quelquefois, souvent peut-être, combattu par des hommes considérables, des prêtres et des évêques ; vous avez même été condamné et frappé par quelques-uns ; mais, en ces matières, les questions étaient libres : vous pouviez soutenir vos opinions sans blesser la foi; et finalement le Saint- Siège ne vous a jamais, que je sache, reproché des erreurs de doctrine. D'où provient cette espèce d'immunité contre l'erreur ? Voilà la question que je me pose. Il me semble avoir lu ou oui dire que vous êtes assisté d'un théologien, que vous consultez ou qui revise vos articles; mais cela m'a paru d'une réalisation difficile. J'ai pensé quelquefois que vous aviez fait des études théologiques. Bref, je ne me rends pas compte de cette immunité, et je prends la liberté de vous en demander l'explication. » M. Veuillot, souriant toujours, me dit : « Il n'y a nulle indiscrétion dans votre demande, et je vais vous satisfaire bien simplement. D'abord, je n'ai aucun théologien consulteur, auquel je soumette mes livres et mes articles de journal. Je n'ai pas davantage étudié la théologie. Tout ce que je sais. Je l'ai appris le Jour de ma conversion. Après ma conversion, J'ai lu beaucoup d'auteurs ecclésiastiques j Bossuetj Bourdaloue, Massillon, et une infinité d'autres ^ mais il m' a semblé y en les lisant ^ que J'y retrouvais simplement ce que je savais déjà. j>

Je ne répliquai rien : j'avais compris que ce grand et vaillant défenseur de la sainte Église et de sa doctrine avait reçu de Dieu, en même temps que la grâce de sa conversion et de sa vocation spéciale, les dons d'intelligence, de force et de science qui lui étaient nécessaires pour y correspondre pleinement, comme il Va fait.

Voilà, Mademoiselle, presque mot à mot la conversation que nous eûmes à ce sujet. M. Eugène Veuillot jugera quel usage il pourra ou devra en faire. Vous connaissez sans doute cette circonstance, mais il ne sera peut-être pas inutile que je vous la rappelle.

Veuillez de nouveau offrir mes affectueux devoirs à M. Ëagène, et rester assurée des sentiments respectueux avec lesquels je suis, Mademoiselle,

Votre très affectionné serviteur, f Fr. Laovbnan,

év,, Tic. ap.

Lettre de M^r Lamaze, vicaire apostolique de TOcéanie centrale,

à Mlle Veuillot :

Apia, 1» août 1883.

Mademoiselle. — C'est aujourd'hui seulement que je reçois V Univers du mois d'avril! et il 'faudra encore quelques mois au courrier de nos îles pour parvenir jusqu'à notre mère patrie, jusqu'à vous.

Pourtant vous voudrez bien nous permettre, à nos missionnaires et à moi, de nous adjoindre, quoique bien attardés, à l'admirable cortège qui a pris part à votre deuil.

Il vous sera doux et bon d'apprendre que, jusqu'au bout du monde, le saint sacrifice de la messe a été célébré, et bien des prières ont été faites pour le repos de l'âme de votre illustre frère.

De notre part. Mademoiselle, c'est une dette de reconnaissance: M. Louis Veuillot aimait beaucoup la Société de Marie; il aimait spécialement les maristes, qui se dévouent aux misp sions lointaines de l'Océanie, et il avait en haute estime mon vénéré prédécesseur, M«' EUoy, évêque de Tipasa.

En 1880, au mois de mars, j'eus moi-même l'honneur d'être admis auprès de votre frère, alors bien fatigué. Il ne recevait plus ses visiteurs. Mais, grâce à votre aimable intervention, une exception fut faite en ma faveur. Je trouvai dans cet héroïque défenseur de l'Église tant de grandeur, tant de modestie, tant de simplicité, et une si douce résignation dans la souffrance, que dès lors, au souvenir de votre si cher malade, je me disais : C'est un saint.

Et maintenant, je ne puis m'empêcher de le croire, il est au ciel, y jouissant de la récompense due à ses travaux.

Ici-bas son journal continuera son œuvre, si justement appelée V apostolat de la presse.

La pauvreté de ces deux vicariats apostoliques nous oblige à restreindre le nombre de nos abonnements. Pourtant nous recevons VUnwers dans nos trois centres principaux : Api^r Wallis et Tonga. Et la lecture de ce journal nous anime tous, évêque et missionnaires, à « combattre le bon combat s.

Veuillez agréer, Mademoiselle, avec mes sentiments de reconnaissance, l'expression de mes respectueuses condoléances en Notre-Seigneur et sa sainte Mère,

Votre très humble serviteur, •{• A. Lamazb,

s. M., évdqae d'Olympe, vicaire apostoliqao de l'Océanie centrale et des Navigateurs.

Lettre de M. de Kalm-Podoski à M. Eugène Veuillot :

Jarlowiez, le 24 juillet.

Monsieur. — Parmi les sommités catholiques que la mort de votre vénéré frère a inspirées, et qui, par leurs lettres, lui ont élevé pour la gloire de Dieu un monument de prières et de louanges digne de T Eglise et de son respectueux défenseur, vous avez remarqué avant moi, Monsieur, combien de conversions, combien de vocations et combien de redressements surtout il avait produits. Dieu Tinondait de lumières et bénissait son travail, parce que, humble de cœur, il puisait sa force dans la prière. Sa soumission absolue à l'autorité de TÉglise, sa foi ardente a l'infaillibilité du souverain Pontife attachaient à ses éloquentes paroles des grâces qui leur ouvraient les cœurs. C'est peut-être bien audacieux à moi d'élever ma voix après toutes celles qui ont parlé. Mais, si je pouvais craindre d'être importun, je le préférerais encore à l'ingratitude. Élevé par un protestant, je n'ai plus besoin d'ajouter que je dois à la lecture assidue de V Univers depuis vingt-cinq ans, principes, convictions, jugement, connaissance des vérités et des mensonges historiques, lumières dans les questions sociales, armes contre le catholicisme libéral, jugé par Pie IX pire que la Commune, enfln, tout ce qu'un fils soumis de l'Église doit croire, savoir, sentir et aimer. Je ne nierai pas que j'aurais pu puiser ces trésors ailleurs, comme tant d'autres l'ont fait, surtout avant que Dieu n'eût suscité votre saint frère ; mais j'affirme les lui devoir. Ce n'est pas tout. Monsieur : nous lui devons encore la science et le courage de la vie chrétienne; il nous a appris à relever le drapeau catholique abaissé et déguisé par de lâches condescendances, à le tenir haut devant les impies comme devant les prudents. Oui, « il n'a pardonné à aucune erreur, ni amoindri aucune vérité, ni ménagé aucune injustice, ni flatté aucune passion, ni laissé à couvert aucune hypocrisie, ni abandonné aucune victime, ni craint aucune tyrannie s. Voilà donc l'école inaugaurée par ce grand chrétien,

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voilà la voie tracée par lui dans ces tristes temps de luttes, oà rÉglise est assaillie par les uns, tandis que d'autres en voudraient fausser Tesprit. Si votre frère a eu le mérite « de dégonfler des réputations tapageuses et de renverser d'insolentes statues de leur piédestal immérité », s'il a terrassé des apostats dont les influences auraient pu être bien plus nuisibles qu'elles ne l'ont été, son plus grand mérite a été de nous avoir défendus contre le catholicisme libéral, avant la proclamation du dogme de l'infaillibilité. Nous eussions pu y glisser insensiblement, entrepris comme nous l'avions été par de très brillantes intelligences, il faut l'avouer. Le triomphe n'en a été que plus grand. Vous conviendrez maintenant. Monsieur, que je ne puis, sans forfaire à l'honneur chrétien, ne pas venir m'agenouiller, en esprit du moins, au pied du tombeau de votre vénéré frère, pour y déposer le tribut de la reconnaissance et de l'hommage que je lui dois depuis bien longtemps

La presse catholique en Pologne a été unanime pour exprimer sa profonde douleur après l'irréparable perte que l'Eglise a faite par la mort de son grand apologiste, pour l'apprécier, l'admirer et le vénérer. Un seul journal semi- catholique, semilibéral, tout en admirant monsieur votre frère, ayant émis des opinions divergentes de celles qui remplissaient nos feuilles religieuses, une verte apostrophe ne s'est pas fait attendre. Naguère M*' Morawski, le très pieux et très zélé évêque coadjuteur de M**" l'archevêque deLéopol, étant venu ici, une heure ne s'était pas écoulée depuis son arrivée, que déjà on causait de M. Louis Veuillot, et Monseigneur parlait de lui au clergé et aux personnes qui avaient le bonheur de l'entourer, en termes aussi chaleureux qu'édifiants.

Après avoir rappelé quelques souvenirs de ses relations avec Louis Veuillot, M. de Kalm-Podoski termine ainsi :

Je serrai pour la dernière fois sa main à Saint-Pierre, deux ans plus tard, à la canonisation des martyrs du Japon. Il revenait avec M. de Maguelonne de l'autel où repose saint Léon le Grand ; je me trouvai avec mon fils sur son chemin, c Nous triomphons aujourd'hui, » nous sommes-nous dit.

Pardonnez-moi, Monsieur, mais à parler de votre illustre frère je ne sais pas être court. Recevez les expressions de tout mon respect, de ma plus haute considération et de ma plus profonde estime. Léon de Kalm-Podoski.

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Lettre de M>»« Descbamps à M^^' Veuillot :

Limoges, 28.

Mademoiselle. — C'est à vous, mère adoptive, mère spirituelle, mère héroïque des enfants de votre héroïque frère ; c'est à vous que je veux décidément exprimer nos sentiments de particulière reconnaissance : ce sera l'hommage d'une mère à la pieuse mémoire de Louis Veuillot, ou plutôt l'hommage des mères, car beaucoup de mères certainement partagent ma gratitude, après avoir reçu de lui, pour leurs fils, le même incomparable bienfait.

Dès qu'il apprit le coup qui vous frappait, mon cher fils, suivant mon désir, a compris et rempli le devoir qui l'obligeait à vous témoigner la sympathie la plus sincère, à M. Eugène Veuillot et à vous-même. Mademoiselle. Objet des attentions dévouées de votre illustre frère, mon fils, quand il était encore étudiant en droit, invité à sa table, puis, comme jésuite expulsé, soutenu et défendu avec un courage sans ég^l, avait contracté la dette d'une multiple reconnaissance. Mais les devoirs mêmes de sa sainte vocation l'ont empêché, à plusieurs points de vue, de vous dire ce qu'une pauvre vieille mère de soixante-dixhuit ans peut crier bien haut, sans aucune préoccupation de modestie ou de réserve intempestives.

Voici donc un fait qui a dû se produire en France mille et mille fois, et qui montre, il me semble, quelle doit être la spéciale gratitude des mères chrétiennes pour Louis Veuillot :

Quand mon bien-aimé fils unique, né en 1833, dut faire ses études, la Compagnie de Jésus n'avait pas encore de collège en France ; Limoges ne possédait aucune maison d'éducation chrétienne : je fus donc obligée d'envoyer, en tremblant, mon fils au lycée; d'ailleurs, seulement comme externe, grâce à Dieu. Or, quel a été, extérieurement, son plus grand préservatif contre l'influence pestilentielle de l'Université? U Univers. Un vénérable curé de Limoges, le père de mon âme, m'engagea à mettre le vaillant journal et les livres entraînants de Louis Veuillot entre les mains de mon adolescent de quatorze ans ; il était déjà nécessaire de diriger sa bouillante ardeur : comme tant d'autres, mon fils fut <c empoigné » par V Univers»

Quelques années plus tard, ce cher fils unique tout à coup me quittait pour aller combattre sous l'étendard de saint Ignace : manifestement, après le Cœur de Jésus et Notre-Dame des Victoires, V Univers avait été le principal instigateur de sa vocation apostolique. Je dois avouer qu'un moment, la dou-

leur qui m*accablait manqua de me faire accuser, moi aussi, d'exagération, le grand lutteur qui, chaque jour, nous excitait au devoir.

Mais, depuis trente ans, ma reconnaissance envers Dieu n'a cessé de grandir ; elle grandira, j'espère, durant toute l'éternité. Aussi, avant de pouvoir remercier dans le ciel le chef intrépide qui poussa au combat et sans doute à la victoire nos chers fils, les prêtres et les religieux, et toutes les âmes qu'ils auront sauvées, j'ai senti le besoin de vous prier, excellente et chère sœur de notre bienfaiteur universel, de recevoir, avec M. Eugène Veuillot, digne continuateur de la mission apostolique du grand Louis, l'expression de toute notre gratitude maternelle.

Avec saint Alfred, mon fils a dans le ciel pour patron de baptême saint Louis, roi de France ; je puis dire, comme des milliers de mères chrétiennes, qu'il a eu pour patron sur la terre le roi de la presse, Louis Veuillot.

Veuillez excuser. Mademoiselle, l'indiscrétion de cette longue lettre : à mon âge il est difficile d'être concise. Recevez l'assurance de mes regrets et de mon dévouement.

Veuve Flavie Deschamps.

Du Brésil, M. Eugène Veuillot a reçu la lettre suiTante : Très cher Monsieur Eugène Veuillot. — Permettez que le plus obscur des prêtres du Brésil unisse sa faible voix à ce merveilleux concert de louanges qui partout ont été rendues à la mémoire de votre frère, ce grand homme qu'on ne peut trop regretter. Moi aussi. Monsieur, j'ai eu le bonheur de lire la plupart des œuvres de l'immortel Louis Veuillot.

Ayant fini la lecture du Parfuni de Rome, je m'écriai, frappa de la profonde admiration : On peut être aussi catholique que Louis Veuillot, mais non pas davantage. Votre frère, Monsieur, est incontestablement le prince des journalistes. Et son caractère a été non moins grand que son génie. Rien ne l'a abattu dans sa glorieuse carrière, ni les injustices et les attaques des ennemis de la Croix, ni les persécutions des grands de la terre, m l'injustice et l'ingratitude de quelques catholiques. Dans toutes les luttes, il était soutenu par l'ardent amour que, depuis le premier moment de sa conversion jusqu'au dernier souffle de sa vie, il consacra à la sainte Église. Le monument de gloire de votre frère, c'est l'ensemble de ses oeuvres. Elles porteront

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son nom à tous les siècles à venir, parce qu'elles sont la glorication de notre sainte religion. Ce grand nom, Thistoire le burinera en or, comme Tun des plus grands penseurs qui aient éclairé Thumanité. Les services que votre illustre frère a rendus à la cause de la civilisation chrétienne sont innombrables, et surpassent tous les éloges, même ceux de la Civiltà cattolicay qui Tappelle grandissimo uomoy atleta insuperahile délia Chiesa contra la Rivoluzione, Il réunit tous les genres de mérite, et plus que personne se signala en combattant le catholicisme libéral et défendant loyalement le monument de sagesse qui se nomme le Syllabus, Or, parmi les vérités que notre époque a besoin de voir se répandre, il faut mettre au premier rang, ainsi que Pie IX le déclara, les vérités sociales et politiques résumées dans Tencyclique et le Syllàhus de 1864.

Daignez donc. Monsieur, accepter cette lettre, comme un tribut d'amour et admiration que je rends, en mon nom et au nom de tous les catholiques du Brésil, à la mémoire de votre glorieux frère.

Permettez-moi de vous déclarer. Monsieur, que j'ai célébré des messes pour Téternel repos de Tume de mon cher Louis Veuillot, et que je me souviendrai de lui en célébrant le saint sacrifice.

J'ai l'honneur de vous demander un portrait de votre aimable frère : c'est une grande faveur que je recevrai de votre bonté. Un portrait authentique du grand écrivain, dont je suis admirateur on ne peut plus, sera pour moi un précieux souvenir, dont je vous remercierai toujours dans -mon cœur.

Votre très affectueux ami et très humble serviteur en N.-S. J.-C, P" A. C. Brasiliero.

Citade do Lavras do Funil, le 27 juillet 1883. •— Provincia do Minas Goraes. — Imperio do Brasil.

Nous arrêtons ici la reproduction des lettres sur la mort même de Louis Veuillot. Nous regrettons profondément que d'IuTolontaires oublis et l'impossibilité de tout donner la rendent incomplète. Nous n'avons voulu faire aucune exclusion ni aucun choix : tous ces témoignages nous étaient extrêmement précieux, et si tous ceux qui ont voulu s'associer à ce grand deuil ne sont pas mentionnés, c'est contre nos intentions; aucun des oubliés ne doit douter de notre reconnaissance.

Dans beaucoup des lettres qui composent les Hommages^ àe vives instances sont faites pour qu'un monument soit élevé à Louis Veuillot; d'autres lettres, en grand nombre, ayant uniquement cet objet, furent adressées à M. Eugène Veuillot et à la rédaction de V Univers.

Comme Louis Veuillot avait demandé une simple pierre, nous hésitâmes d'abord à faire connaître ces appels, ensuite à nons y rendre. Cependant ils étaient pressants, ils nous touchaient; et nous pensâmes ,que l'on ne s'écarterait pas des intentions quil fallait, avant tout, respecter, en consacrant dans une église, par une œuvre d'art et de piété, le souvenir de celui que tant de voix proclamaient le grand apologiste de la religion.

Déjà cette même pensée s'était produite ailleurs et recevra son exécution. Un marbre commémora tif rappellera dans un sanctuaire de Rome les services que Louis Veuillot a rendus à la cause de Dieu ; et à Burgos, une école chrétienne, fondée pour honorer sa mémoire, portera son nom.

Un sentiment identique animait la famille de Louis Veuillot, la rédsiciion de V Univers et ceux qui désiraient ce nouvel hommage: ils voulaient une œuvre piieuse, modeste, durable, une sorte d'invitation permanente à la prière. Il y eut à ce sujet une nourelle série de lettres, que nous devons nous résigner à ne pas publier. Quelques-unes suffiront à indiquer le caractère de toutes.

Voici d'abord la note que publia le comité chargé de centraliser les souscriptions et d'examiner les diverses propositions des souscripteurs :

Pari», * jnia.

Après la mort de Louis Veuillot, les hommages du monde catholique ont afQué sur sa tombe, et tout aussitôt V'^àee a surgi d'élever à sa mémoire un monument qui témoignât de la reconnaissance des catholiques.

Cette idée fut presque en même temps accueillie à Rome et

à Paris ; dans ces -deux villes, il s'est formé deux comités pour en poursuivre également la réalisation : Paris ayant été le centre des combats du rédacteur en chef de V Univers y et Tamour de Rome n'ayant cessé, depuis sa conversion, d'inspirer tous ses travaux.

Les membres soussignés du comité français, avant de faire publiquement appel aux catholiques, se sont préoccupés de déterminer la nature .du monument. Après avoir sollicité l'avis de S. É. le cardinal archevêque de Paris, et avec son agrément, ils ont décidé que l'église votive du Sacré-Cœur était éminemment propre à recevoir ce solennel témoignage.

Dans cette église, dont la fondation a été saluée par Louis Veuillot comme le signe'certain de la future régénération de la France, il a paru qu'à défaut des chapelles Saint- Louis et Saint- Pierre, dont les titulaires étaient les patrons de Louis Veuillot et de la cause à laquelle il avait voué sa vie, mais qui sont dès longtemps désignées pour recevoir les offrandes spéciales, soit de la magistrature et du barreau, soit de divers diocèses, celle du saint mendiant Benoît Labre, le dernier Français canonisé, le pèlerin que l'Église offrait naguère à l'imitation du monde, l'antagonisme du matérialisme moderne, le fidèle dévot de la Rome papale, serait très propre à garder le souvenir que nous voulons fixer. Notre reconnaissance nous fait un devoir de dire que c'est à la bienveillance de Son Ëminence le cardinal Guibert que nous devons ce choix.

Un jour, parlant de Benoît Labre, Louis Veuillot disait : a II évangélisa, et ce seul mot le rattache à tout ce qui a paru de plus utile et de plus auguste parmi les hommes. » Ëvangéliser, ce n'est pas autre chose qu'a fait Louis Veuillot, et toute son œuvre comme tous les hommages rendus à sa mémoire le proclament. C'est aussi ce que dira le témoignage placé dans la chapelle dédiée du saint mendiant ; c'est ce que dira l'omementation tout entière de cette chapelle, réservée, par une bienveillance spéciale, à ceux qui voudront s'adjoindre à nous pour honorer la mémoire du grand champion catholique.

lie président du comité, Le secrétaire,

P. Dblaportb. Saubot-Damborgbz.

Le» membres du comité sont : MM. J. ds la Bouillerie, président des cercles catholiques ouvriers; Lucien Brun, sénateur; comte Albert de Mtjn, député; Robinet de Cléry; marquis de

SiGVB.

Lettre de plusieurs professeurs du grand séminaire d^ C^ap ]^ M. Eugène Yeuillot :

Monsieur. — Nous vous envoyons une modique offrando |)our l'érection d'un monument à la mémoire de votre illustrée Crère.

De tant de titres, qui lui donnent droit à Testime eX, h. ladmiration des catholiques, celui-ci se recommande davaotâi^à nos yeux, et nous tenons d'autant plus à le lui donner, cjue /u/. même Testimait par-dessus tous les autres et s'en croyait tucIbs digne. Témoin le trait suivant, que nous tenons de M. Whrstnd, ancien supérieur du séminaire des Missions étrangères.

C'était vers la fin de l'Empire, lors des grandes et éloquentes discussions touchant les affaires de Rome, au sein des Chambres françaises. Dans une réunion intime, un membre de la compagnie se permit de dire que, par ses discours en faveur du pouvoir temporel et de l'indépendance du Saint-Siège, M. Thiers méritait d'être rangé parmi les défenseurs de TËglise.

a M. Thiers, défenseur de l'Église, pour quelques harangues prononcées en sa faveur! y pensez-vous.»* s'écria Louis Veuillot d'un ton indigné. Voilà bientôt quarante ans que ]e suis sur la brèche, que je me bats, vous savez comment, pour la même cause ; et je me crois indigne de ce titre, le plus beau qu'un mortel puisse obtenir sur la terre. »

Pour répondre à un désir que vous avez exprimé, nous émettons le vœu que les fonds de la souscription soient employés à élever une colonne ou un pilastre de l'église de Montmartre. Ce serait là, il nous semble, un symbole et un souvenir dignes du grand écrivain qui a si bien soutenu les intérêts de la religion. Que peut-on faire de plus agréable à une âme si profondément chrétienne, que de lui donner le moyen de contribuer ainsi, même après la mort, à la gloire du Sacré-Cœur de Jésus, objet de son amour le plus ardent.'

Veuillez agréer, cher Monsieur Veuillot, avec nos vives condoléances pour la perte que le monde catholique déplore avec vous, nos chaleureuses félicitations des hommages incomparables rendus à votre bien-aimé frère, de l'honneur qui en rejaillit sur V Univers, sa grande œuvre, et du bien qu'en retirera notre sainte Mère, l'Eglise de Jésus-Christ.

Vos tout dévoués,

J. Blanchard, L'abbé Got, i

vicaire gén.jBup. professeur de morale.

Marin-Tabouret, L'abbé Valkntin,

prof. prof, de dogme. [

M. Tabbé Jamet» curé de Saint-Clair (Ardèche) :

C'est le moins que j'envoie une modeste offrande pour tout le bien que m'a fait votre illustre frère.

Un religieux, en faisant remettre au comité une offrande venue d'Alsace, y a joint cet extrait de la lettre d'envoi :

J'éprouve une grande consolation d'ajouter un grain de sable au bloc de granit qui devra dire à la génération présente et future la reconnaissance des catholiques pour l'illustre écrivain qui a défendu avec tant de vaillance, d'esprit et de cœur, nos saintes croyances, l'Eglise et la Papauté.

M. l'abbé Hecquet, curé de Candor (Oise), écrit à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — J'attendais avec grande impatience qu'une souscription s'ouvrît pour élever un monument au grand défenseur de l'Église et de la Religion, Louis Veuillot. . .

Je n'ai point qualité ni compétence pour dire comment il conviendrait d'exécuter le monument; cependant, veuillez me permettre de vous communiquer, simplement et humblement, cette pensée comme elle me vient à l'esprit. Si l'on y grave quelques sentences, il en est une très digne, il me semble, d'attirer votre attention. C'est celle qui était dans la bouche de saint Anselme, et que dom Guéranger, l'illustre ami de Louis Veuillot, aimait à répéter ; c'est celle que notre grand Louis Veuillot lui-même préconisait singulièrement : Dieu n'aime rien tant que la liberté de son Église!

Que cette belle devise, inscrite sur le bronze ou le marbre, en l'honneur de Louis Veuillot, résume bien sa vie, remplie de vaillants et glorieux combats pour la liberté de la sainte Église de Dieu !

M. l'abbé Pastoret, curé de Lorgues (Var) :

Trop petit pour parler, j'ai pleuré et prié en silence ; com bien d'autres en sont là I

M. l'abbé Dubois-Lacroix, chanoine titulaire de Versailles :

Je suis de ces prêtres, de ces lecteurs assidus de V Univers qui, sans écrire, n'en ont pas moins pris une part très vive à

la juste douleur des collaborateurs du vaillant athlète comme à celle de tous les membres de sa famille, et se sont empressés d'offrir à son intention le très saint sacrifice de la messe.

M. l'abbc A. Yernhet, missionnaire apostolique :

Le plus vaillant champion de l'Église et de la foi chrétienne dans notre siècle avait droit à l'hommage d'un monument digne de ses mérites et des services qu'il a rendu : il l'aura.

Lettre de M. l'abbé Gales, curé de Latnarque-Pontacq, à M. Ea*

gène Veuillot :

12 jain 1883.

Monsieur. — Si je suis l'un des derniers à vous manifester la vive part que j'ai prise au deuil qui, en frappant votre famille, a du même coup atteint la France et l'Église, je veux du moins être Tun des premiers à vous apporter mon humble souscription pour le monument destiné à perpétuer la mémoire de votre illustre frère.

Je vous l'avouerai ingénument, j'ai plus d'une fois été tenté de prendre la plume, pour ajouter une note à ce merveilleux concert qui s'est fait de tous les points du monde à la louange de Louis Veuillot; en prêtant l'oreille journellement à ces ravissantes harmonies qui, depuis bientôt deux mois, trouvent leur écho dans V Univers, je n'ai pu me défendre, bien souvent, d'un sentiment de regret : j'aurais voulu voir s'y mêler un grand nombre de voix de notre religieux diocèse de Tarbes, si dévoué au grand écrivain et aux doctrines romaines, dont il ne cessa d'être le vaillant champion. Mais j'étais l'un des plus humbles parmi les derniers pauvres prêtres de campagne!. •• Et pourtant il y avait, profondément gravés dans ma mémoire, tels souvenirs de ma vie qui me donnaient quelque droit, je dirais presque qui m'imposaient le devoir de parler à mon tour du brillant polémiste dont les œuvres ont fait mes plus pur^^ délices et ont exercé la plus salutaire influence sur mes idées de chrétien et de prêtre.

J'étais encore un élève du grand séminaire; Louis Veuillot» de voyage aux Pyrénées, était descendu à l'évêchéde Tarbes, je dus à la bienveillance d'un de nos directeurs la faveur insigne d'être présenté à l'hôte illustre du vénéré M«' Laur^»^^ C'était, il m'en souvient, peu de temps après les app*^***^°*

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de Lourdes, et au plus fort des démêlés dans lesquels ce prélat, malgré son esprit conciliant, avait été engagé contre l'un des préfets les plus autoritaires de TËmpire. Louis Veuillot nous entretint assez longuement sur ce double sujet, si palpitant alors d'intérêt et d'actualité, avec cet inimitable talent, cette verve, cet entrain, cette émotion communicative qu'il sut toujours apporter à toutes les questions de quelque importance ; mais c'est surtout en nous parlant des événements merveilleux survenus à la grotte Massabielle, en nous témoignant de sa ferme intention de briser de sa plume tout ce qui voudrait faire obstacle aux miséricordieuses manifestations de Celle qu'il nommait, avec un accent inefifable, sa bonne mère. C'est alors surtout que cet homme était beau à voir et à entendre! Quelle foi! quelle expression dans ce regard qui s'élevait comme naturellement vers le ciel! quel amour de la sainte Église, amour où perçait un zèle ardent, une noble jalousie, qui aurait voulu la voir toujours immaculée, toujours souveraine, et souveraine incontestée , qui ne peut souffrir la moindre insulte, le moindre cri de révolte contre cette divine Epouse du Christ!... Non, jamais je n'oublierai cette heure, l'une des plus délicieuses, et je pourrais ajouter des plus fécondes de ma vie!... En prenant congé du grand homme, il voulut bien nous serrer la main avec une bienveillance qui me toucha jusqu'au. fond de l'âme. Une poignée de main de Louis Veuillot ! avec ma jeune imagination d'un peu plus de vingt ans à peine, je ne l'aurais pas donnée pour tout ror du monde! Mais, grâce à Dieu, ce n'était point enthousiasme d'un moment; j'étais saisi, empoigné pour de bon, et le charme devait durer tout le long de mon existence : j'étais pour jamais conquis aux œuvres de cette main dont. j'avais senti la généreuse étreinte, pour jamais conquis à la lecture de XUnis^ers, à l'amour du Pape et de l'Église et des pures doctrines romaines, pour jamais préservé de l'aifreuse lèpre du libéralisme !

D'autres circonstances concoururent d'ailleurs à m'afifermir dans ces idées et ces sentiments. J'ai été pendant de longues années professeur au petit séminaire diocésain, que Louis Veuillot honora deux fois au moins de sa préâence, sous le regretté M. Burosse, le supérieur à l'exquise urbanité, à l'hospitalité si magnifique. Dans sa première visite, il offrit un exemplaire de ses Mélanges en prix. Dans la seconde, il fit plus encore : Il y avait alors à Saint-Pé une ^^\\\.t société pho-

tographiqucy qui désirait vivement enrichir ses casiers d'an cliché de Tillustre visiteur. Cédant aux instances des sociétaires, renforcés de la puissante intervention du bon M. Burosse, Louis Veuillot surmonta ses répugnances et consentit à poser, avec sa sœur et ses enfants, qui raccompagnaient dans ce voyage. L'épreuve réussit assez bien; et c'est avec une sorte de culte qu'on la conserve, aujourd'hui encore, au petit séminaire.

Grâce à cette aimable condescendance du grand journaliste, j'ai moi-même le bonheur de posséder, dans mon salon, ce groupe intéressant.

Il m'est devenu infiniment plus précieux depuis la sainte mort de votre illustre frère et après toutes les grandes et admirables choses qui ont été révélées de cette haute intelligence et de cette âme d'élite. Ses Œuvres ornent aussi les rayons de ma bibliothèque, et je ne cesse d'en goûter la belle littérature et les fortifiantes leçons ; j'y retrouve toujours mes distractions les plus douces et le plus ferme appui de ma foi de catholique et de prêtre. Oh ! béni soit-il pour tout le bien qu'il m'a fait ! Combien d'autres ont dit ou auraient pu dire la même chose ! Béni soit-i) pour cet affectueux respect dont il entoura constamment le clergé, et pour le zèle qu'il mit à le défendre contre tant de sauvages agressions! Ce grand esprit avait compris que, si le sacerdoce catholique ne cesse pas d'être, à travers les siècles, le but de toutes les haines et de toutes les passions déchaînées, il demeure aussi le pivot qui soutient le monde et l'empêche de crouler sous la malice et la corruption des hommes. Oui, la reconnaissance fera de son souvenir Tun des cultes de ma vie tout entière ; il me suit chaque lùatin à l'autel'du sacrifice, et je lui donnerai bien longtemps encore ce témoignage de mon dévouement, malgré la conviction profonde que j'ai de sa glorieuse entrée en paradis.

Veuillez agréer, avec l'expression de ces sentiments pour votre cher et illustre frère, cette petite obole pour le monument à ériger à sa gloire. J.-M.-J. Gales.

Lettre de M. Rlyero à M. Léon Aubineau :

Saint-Georges (Grenade, Antilles), 19 Juin.

Mon cher et respecté Monsieur. — Vos excuserez la liberté que je prends de vous troubler encore une fois dans vos graves et saints et bienheureux labeurs: l'objet de mon actuelle

démarche me garantit d'avance votre indulgence, et il va à votre cœur encore plus qu'au mien.

Le deuil immense qui a visité Tunivers catholique tout entier par la mort du grand athlète qu'un demi-siècle de glorieux combats a illustré, et qui avait été pendant ce temps (comme 8a mémoire chérie et ses immortels écrits le seront encore après sa mort) la joie, l'admiration, l'orgueil de tous les bons et la terreur de tous les méchants ; ce deuil a trouvé un profond écho dans le cœur de ce pauvre missionnaire des Antilles.

Je regarde comme l'une des grâces les plus précieuses que la miséricorde de Dieu n'a cessé de répandre sur ma misère, celle d'avoir présenté, dès les premières années de mon sacerdoce, devant mon esprit imbu de ces idées libérales dont l'atmosphère de notre siècle est chargée, ce talent hors ligne de M. Louis Veuillot, ce vrai catholique, qui, me charmant d'abord par Tincomparable éclat de sa plume, n'eut pas de peine à dissiper les nuages amoncelés dans mon pauvre esprit par un enseignement tout trempé de gallicanisme. Je lui dois mon amour pour Pie IX et mon attachement inviolable à la chaire apostolique; je lui dois, avec la pleine doctrine catholique, le courage de la proclamer dans son intégrité et l'avantage d'avoir eu à souffrir pour une si noble cause.

Ëh! comme moi, combien d'intelligences ont été dressées par ce grand génie en deçà des mers ! Dieu seul le sait, et cela suffit à la gloire qui le couronne maintenant dans la claire vision de ce qu'il avait si fermement cru, si courageusement confessé, si héroïquement défendu.

Je vous prie donc d'appliquer cette petite offrande (que je voudrais à la hauteur de mon enthousiaste reconnaissance pour votre illustre chef) aux frais du monument qu'on doit élever à Rome en son honneur.

Mon cœur a demandé à Dieu d'embellir le trône à lui réservé dans l'éternelle Jérusalem d'un rayon de plus, pour le bien qu'il a fait à mon âme, et, par moi, peut-être à tant d'autres.

J'ai rhouneur de me dire

Votre dévoué serviteur en Notre-Seigneur,

N. RlVERO.

Lettre de M. l'abbé Verniolle au P. Dclaporte, président du

comité du monument de Louis Veuillot :

Pamiers, le 1^ juin.

Mon TRES RÉVÉREND PÈRE. — Lecteur obscur et assidu de

V Univers depuis sa création, je viens m'empresser de donner à la mémoire du saint que le monde entier catholique pleure, un faible témoignage d'admiration pour sa foi d'apôtre, et de reconnaissance pour les services immenses qu'il a rendus à la Papauté et à la Religion.

J'ai l'honneur de vous envoyer en conséquence, en un mandatposte ci-inclus, mon grain de sable pour le tombeau à élèvera la mémoire du plus grand catholique et du plus grand écrivain du siècle. Gomme ce tombeau serait bien placé, si c'était possible, en face de celui de Lamoricière! Ce héros avait voué sa brillante épée à Dieu et à la Papauté, et Veuillot avait voué à la même cause sa plume aussi puissante qu'une épée. N'avaitil pas le sentiment intime de la force de cette plume acérée, dont il ne voulait pas se séparer même après sa mort, en disant dans l'épilogue de Çà et là :

Placez à mon côté ma plume,

Sur mon cœur le Christ, mon orgueil !

Un second monument à élever à la gloire du grand et saint Veuillot serait une édition complète de ses Œuvres, en deux formats : l'un, de luxe, pour les grosses bourses, les bibliothèques publiques ; l'autre, d'un prix à la portée des petite* bourses des curés de campagne et des fortunes modestes.

Veuillez bien excuser, mon très révérend Père, etc.

Verniolle.

Un missionnaire de Pondichéry écrit à M. Eugène Veuillot : Tranquebar, côte do Coromandcl (Indes), C juin 1883.

Bien honoré Monsieur Veuillot. — Ici dans l'Inde, l'amour de l'Église catholique, apostolique et romaine, est tellement l'amour de tous les missionnaires ; les idées libérales, ces serpents de l'erreur, leur sont tellement en haine, que tous, s'ils n'avaient l'humilité de se taire, à la mort de l'héroïque champion du Christ Jésus, vous feraient entendre ce cri : « Nous sommes atteints dans l'âme et dans le cœur! » Qui traduira les actes de notre foi d'une façon si pleine, s» admirable? qui défendra, comme lui, notre Mère TEgli?^. Rachel inconsolable, dont rien ne peut tarir les larmes, parce que celui qui en fut la source n'est plus ? Nous étions ^i ^^"^^ de sa haute stature ! sa figure de chrétien rayonnante et mâlf

était si belle, si triomphante, quand il battait les ennemis de Dieu ! Les saints livres nous ont laissé des exemples sublimes des défenseurs du peuple dlsraêl. Lui, c'est Judas Machabée, qui fut pleuré d*un grand pleur et de longs jours ; les guerriers qui portaient son deuil, pleins du souHle de Dieu, jurèrent sur sa tombe l'extermination des ennemis du Seigneur... Vous, Ëléazar; vous, Simon; vous, ses frères et ses neveux, fourbissez votre glaive dans vos larmes, inspirez-vous des exemples du grand lutteur, et faites-nous voir longtemps encore les victoires du Christ.

Agréez, bien cher Monsieur Veuillot, l'expression respectueuse et sincère de mes humbles sentiments. Ëm. F. ,

m. a. de Pondichérj.

Un étudiant ecclésiastique de l'institut catholique de Toulouse écrit à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — Quel magnifique concert s'élève de toutes les parties du monde pour exalter les vertus, les labeurs et les triomphes de votre vénéré et illustre frère ! Depuis le roi jusqu'au modeste artisan, depuis le Vicaire de Jésus-Christ jusqu'à l'humble servante des pauvres, tous les rangs de la société se sont inclinés devant la tombe qui renferme les restes d'un grand homme, et, ce qui vaut encore mieux, d'un vaillant et rude chrétien.

Tout cela cependant, Monsieur, pouvait-il suflire à exprimer tous les sentiments d'admiration et de profonde gratitude dont sont animés à l'égard de Louis Veuillot tous les amis de Dieu et de son Eglise? Non, sans doute; il fallait quelque chose de plus effectif et de plus durable : le marbre d'un riche monument.

Pour répondre h un appel que mon cœur de catholique et de prêtre a d'abord compris, j'ai pensé. Monsieur, à recueillir quelques souscriptions parmi les étudiants ecclésiastiques de l'institut catholique de Toulouse ; et, de la part d'un bon nombre d'entre eux, j'ai l'honneur de vous offrir la somme de 72 francs. C'est bien peu, sans doute, pour payer dignement tant de services rendus à toutes les nobles et saintes causes. Mais, s'il est vrai que la façon de donner augmente le prix de la chose qu'on donne, notre obole, je ne crains pas de le dire, devient une riche offrande.

Veuillez agréer, etc. Un étudiant ecclésiastique

à l'iastitut catholique de Toulouse.

468 HOIiCMAGES A LOUIS VEUILLOT

M. Gustave Sourmain, homme de lettres, écrit de Saint-Quentin à M. Eugène Yeuillot :

Au moyen âge on élevait des tombeaux aux guerriers qui avaient donné leur sang pour la délivrance des lieux saints : de même, il est juste d'élever aussi au guerrier catholique, à celui que Timpiété considérait comme le chef laïque des catholiques, un monument qui perpétue le souvenir de ses combats.

Je m'empresse de vous envoyer ma modeste offrande.

Lettre d'un souscripteur qui nous a donné son nom, mais qui ne veut pas le livrer à la publicité :

Monsieur. — Si je n'avais eu l'occasion de renouveler mon abonnement à V Univers, je crois que je n'aurais pas eu la hardiesse, moi qui ne suis rien du tout, de venir mêler ma faible voix à celles de tant d'illustres personnages qui, depuis tantôt deux mois, célèbrent à l'envi les louanges de Louis Veuillot. Néanmoins, si, à défaut d'autres titres, celui de fidèle lecteur de VUnii^ers peut suffire pour se présenter, alors mon droit est incontestable, et, j'en suis sur, partagé par peu de monde: car je puis faire remonter mes souvenirs jusque, au moins, à 1841, et peut-être même au delà. C'est vous dire assez avec quel intérêt et quelle admiration et estime pour le grand chrétien j'ai suivi, pendant ces quarante ans, toutes les polémiques soulevées autour du journal, et où, en définitive, la belle part et la vérité ont toujours été pour Louis Veuillot. Mais il y avait un côté de cette belle âme que nous connaissions moins : c'est celui que nous révèlent maintenant les confidences intimes de sa correspondance, dont nous avons, de temps en temps, les prémices dans le journal; ce coté si tendre, si affectueux, si sensible, que l'on était loin de soupçonner chez ce lutteur infatigable. Ah I de grâce, priez M. Eugène Veuillot, son très digne frère, de nous donner encore souvent de ces charmantes lettres, en attendant qu'il puisse recueillir, réunir et coordonner la correspondance complète. Ce sera un vrai festin pour le public.

Veuillez, etc.

p. 'S. — Depuis la triste nouvelle du 7 avril, le souvenir de Louis Veuillot ne m'a pas quitté un jour, au saint autel, au Mémento.

N. B. — Étant obligé de respecter certaines susceptibilités qui pourraient m'être nuisibles, je vous prie de taire mon

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 469

nom, et même celui de la localité, qui est trop peu importante pour qu*oa ne me reconnaisse pas.

M. le chanoine Lacombe, cure de Helizanc (proTince d'Oran), écrit à M. Eugène Yeuillot :

Relisano, 8 juin.

Monsieur Eugène Veuillot. — Des voix très autorisées ont déjà célébré le prince exceptionnel de la littérature moderne, rindomptable chevalier des principes conservateurs, le valeureux soldat de toutes les nobles et saintes causes.

Il suffira à mon cœur reconnaissant de payer un tribut de gratitude à Tapôtre zélé des privilèges de la Papauté; tribut de gratitude que je décerne en même temps à la vaillante pléiade de collaborateurs distingués qui, formés à son image et à sa ressemblance, ont partagé avec lui la gloire et Thonneur d'être les propagateurs du beau dogme de l'infaillibilité pontificale.

Lévite, j'avais appris dans un vieux manuel gallican mes premiers éléments de théologie ; j'avais abondamment sucé le venin du gallicanisme. La thèse démontrée pitoyablement par le vieil auteur était : « la supériorité des conciles généraux sur le Pape au point de vue doctrinal. »

Prêtre, je pris un abonnement à V Univers. Le rédacteur en chef Louis Veuillot, contradictoirement aux prétentions de ma vieille théologie gallicane, affirmait triomphalement la supériorité des papes sur les conciles généraux au point de vue doctrinal.

Il s'agissait donc d'étudier, de peser, de comparer les arguments et les doctrines du vieux manuel théologique et les doctrines et les arguments du hardi journaliste moderne.

Après avoir profondément réfléchi, je me sentis attiré, ébranlé, persuadé, convaincu par la logique et les éclairs lumineux que Louis Veuillot faisait rejaillir sur la doctrine de l'infaillibilité pontificale, à la lumière de la Patrologie catholique et de l'Écriture sainte. Je dus me rendre à l'évidence, en face des trois textes prouvant mathématiquement l'infaillibilité doctrinale des papes : Tu es Petrus... Pasce oves, agnos.,. Confirma fratres tuos. . .

Je fus obligé de reconnaître que les textes cités, venus des profondeurs du Sacré-Cœur de Jésus, avaient eu sur les lèvres et dans la pensée du divin fondateur du catholicisme le même

sens qu'avaient proclamé, à travers la série des siècles catholiques, les génies d'Augustin, de Thomas d'Âquin, d'Alphonse de Liguori. Le gallicanisme vaincu, le libéralisme perdait son fondement; et, par voie de conséquence, l'erreur gallicane dissipée , l'erreur libérale devait s'évanouir toute seule : Déficiente causa, déficit effectus. Délivré du gallicanisme, j'étais par là même délivré du libéralisme.

De ce bienfait si précieux, de ce résultat si considérable pour mon esprit et mon cœur de prêtre catholique, j'ai voulu exprimer un double hommage de reconnaissance : un premier hommage d'abord au noble cœur que la mort a refroidi, à la brillante intelligence qui s'est envolée au ciel ;• et un second hommage aux vaillants survivants des combats et des batailles livrés par Louis Veuillot, à ses intrépides frères d'armes qui ont avec lui porté le même drapeau, et qui continueront de le porter virilement, sans que jamais la Révolution puisse l'arracher de leurs mains. Leur devise sera toujours celle du général mort, celle de Louis Veuillot : Vaincre ou mourir pour la cause de Dieu et de l'Eglise de Jésus-Christ.

Agréez, Monsieur Eugène Veuillot, avec mes condoléances les plus vives, ma modeste offrande pour coopérer à l'érection d'un monument à la mémoire du prince laïque de la sainte Eglise et de la Papauté. Lacombe,

chan. bon., earé.

Lettre de M. l'abbé V. Etcheverry à M. Eugène Veuillot :

Bayonne, 8 join.

Monsieur. — Si dans ce magnifique concert d'éloges et de regrets vous me permettez d'élever ma faible voix, je vous dirai que Louis Veuillot a été la passion de mes dix-huit ans et qu'il sera le culte de toute ma vie. Ebloui et enthousiasme d'abord par l'éclat littéraire de ses ouvrages, je fus plus tard ravi d'une profonde admiration pour sa foi si simple et si énergique, et pour son dévouement aussi généreux que constant pour l'Église. Aussi, du jour où je gravis enfin le dernier de^ré de l'autel, dès ma première messe (il y a de cela sept ans), je pris la douce habitude de placer le nom de L. Veuillot au Mémento des vivants, à côté des noms de mes parents et de mes amis les plus chers. Hélas ! désormais c'est au Mémento des morts que je rappellerai ce nom chéri. Mais j'ai la pleine confiance qu'au moment oii je le recommande a Jésus abaissé sous les saintes espèces, le grand catholique

HOBfMAGES A LOUIS VEUILLOT 471

rappelle ses amis de la terre à Jésus, qu'il contemple dans la gloire éternelle.

Agréez, etc. Vincbnt ëtchbvbrry,

prôtro.

Le R. P. Alet, de la Compagnie de Jésus, écrit à M^^« Yeuillot :

Vannes, 13 juin.

Mademoiselle. — Je me suis fait un devoir de vous écrire, des premiers, après la mort de votre excellent et glorieux frère. Mais, me sentant infiniment peu de chose dans votre compagnie, je vous priais de ne pas faire reproduire ma lettre, qui du reste ne méritait pas les honneurs de la publicité, bien qu'elle renfermât l'expression toute spontanée de mes vrais sentiments de sympathie et d'admiration. Aujourd'hui je ne puis me dispenser de vous dire, Mademoiselle, combien je regretterais que mon nom ne fût pas même mentionné auprès des innombrables noms de ceux qui ont apporté à cette chère et grande mémoire leur tribut d'honneur et de reconnaissance. Nul ne l'a fait, ce me semble, en meilleurs termes que notre T. R. P. généra] : il a tout dit en peu de mots, et tout parfaitement dit. C'est un témoignage qui peut, je crois, faire oublier certains rares silences. Je suis heureux de m'y associer sans réserve et de tout cœur.

Veuillez agréer. Mademoiselle, la nouvelle assurance de mes sentiments bien respectueux et bien dévoués en Notre- Seigneur. V. Albt.

Lettre de M. Bergasse à M. Eugène Yeuillot :

Marsoillo, lo 16 Juin.

Monsieur. — Vous avez fait une perte immense, une perte irréparable ; mais Dieu ne vous a-t-il pas comblé de consolation dans cet admirable et touchant témoignage de la douleur et de la sympathie de l'univers catholique ?

Jamais mémoire a-t-elle été plus honorée ?

Pour moi, si quelque chose peut me consoler des abaissements, des humiliations et des douleurs de l'heure présente, c'est le spectacle de la fidélité des âmes vraiment catholiques, qui ne s'était jamais manifesté d'une manière aussi éclatante que dans les hommages qu'elles ont rendus à la mémoire de Louis Veuillot.

Que Dieu donc vous réconforte et vous console, et soyez assuré que tous les cœurs chrétiens sont avec vous.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. H. Berçasse.

Le Journal de Bomey qui le premier avait demandé qu'un monument fût élevé dans une église de Home à Louis Veuillot, pnblu l'article suivant à propos de l'appel du comité de Paris :

L'Univers annonce qu*un comité français est constitué pour élever à Paris un monument à Louis Veuillot.

Avant la fin de la semaine, le Journal de Rome publier.! les noms des membres qui ont accepté de faire partie du comité pour le monument de Rome.

Ce double hommage est dû à la mémoire de Louis VeuilloVsa patrie de naissance et sa grande patrie d'adoption lui rendront un égal honneur.

Les deux souscriptions, loin de se nuire Tune à l'autre, doivent au contraire s'appuyer réciproquement : elles se complètent.

L'une acquitte le devoir de la France, Fautre celui du mond^» catholique tout entier; l'une paye la dette de la France, l'autre celle de Rome.

L'écrivain français, mêlé aux luttes politiques de sa patrie, fut un bon et grand citoyen ; son action puissante contribua a faire régner dans l'Église de France l'unité liturgique et l'unite des doctrines : la France reconnaissante lui élèvera un monument dans sa capitale, comme à ceux qui ont bien servi la patrie.

L'écrivain catholique défendit Rome contre la Révolution ; » fut l'apôtre éloquent et invincible de l'autorité romaine, le grand journaliste du concile. Son souffle éloquent entraîna tous les esprits vers Rome ; il conduisit les foules enthousias' mées aux pieds de saint Pierre. La catholicité, dont Rome est la capitale et le rendez-vous, retrouvera, dans ses pèlerinages, perpétué dans une église, le souvenir du héros catholique, à côté du souvenir des apôtres et des saints.

Ainsi la France et la catholicité entière auront ensemble rendu k la mémoire du premier des journalistes catholiques un tribut mérité de reconnaissance et de gloire.

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 473

Cette lettre du R. P. Ménétrier, bénédictin du monastère de Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, ne vient pas ici au rang que loi donne sa date ; mais l'essentiel est qu'elle soit donnée :

24 avril 1883.

Bon et excellent Monsieur. — Je viens apporter mon tribut de vénération à votre cher défunt, et vous dire une parole de consolation dans votre deuil...

En décembre 1858, le R. P. Bernard, prieur, et plus tard abbé de la Pierre-qui-Vire, et votre humble serviteur, vieille connaissance et compatriote de M. Coquille, nous étions à Rome pour nos affaires d'union à la congrégation générale de la sainte Observance bénédictine, favorisée par Pie IX, de sainte mémoire. Le lendemain de notre arrivée à Rome, nous étions reçus en audience, pendant une demi-heure, par Sa Sainteté. Entre autres paroles que nous dit Pie IX, j'ai retenu et consigné dans mes notes celle-ci : « M. Louis Veuillot, c'est la colonne et le soutien de l'Église catholique en France, »

...Veuillez agréer, etc.

De nombreux journaux catholiques, français ou étrangers, ont donné leur adhésion, soit au projet d'un monument à Rome, soit à celui d'un monument à Paris.

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