AUTRES HOMMAGES
Nous avons reçu en hommage à Louis Yeuillot de nombreuses pièces de vers. La poésie, qu'il a tant aimée, bien qu'il la mît au second rang, comme n'étant pas Tarme du combat, le mâle outil bon aux fortes mains j doit avoir ici sa place.
Juin 1875.
Mon maître et mon ami, si le cœur rend poète, Poète ! je le suis : mon cœur est plein de vous. Des fleurs que vous aimez toute ma gerbe est faîte : Ma croyance est la vôtre, et vos goûts sont mes goûts. Dès le jour où la Muse a daigné me sourire, A votre jugement j'ai soumis mes essais : Heureux de vous devoir, avec le don d'écrire, L'horreur du lieu commun, l'art de parler fremçais. Votre prose est l'outil d'un écrivain robuste, Dans sa sincérité mettant tout son honneur ; D'un chrétien militant, sans rancune et sans peur. Qui frappe pour guérir, n'en voulant qu'à l'erreur. A force de talent domptant les jalousies. Des hommages de tous vous forcez le tribut. On admire à la fois dans vos pages choisies La beauté de la forme et la grandeur du but. On aime, en le craignant, le vaillant publiciste. Redoutable à l'assaut, doux après le combat. Pinceau si délicat dans votre main d'artiste, . Votre plume est un glaive en vos mains de soldat. Je vous ai vu de près dans le deuil et la joie. Adoré comme père, envié comme ami, Homme arrive qui sut se frayer seul sa voie. Et dans tout ce qu'il fait ne fait rien à demi.
Et j'ai dit : a Ce grand cœur, où l'or au fer s'alHe, A pour vaincre et charmer tout ce qu'il faut en lui.
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 475
Il ne hait que les sots afQchant leur folie,
Et le libre penseur, libre aux dépens d'autrui.
Il est de cette race en qui Dieu met sa force,
Pour défendre le vrai sans trêve ni merci.
De la^ France et du Christ il prévient le divorce.
Si rÉglise lui doit, TEtat lui doit aussi.
De ses livres exquis analysez les pages :
Tout y force au respect, tout sent le bon vouloir;
L'histoire n*y ment pas, les préceptes sont sages,
Les droits n*y sont jamais isolés du devoir.
C'est correct, c'est précis , de forme nuancée :
Eloquence, atticisme, à-propos, mots heureux.
Dans un cadre attirant font valoir la |)ensée.
On lit: le jour se fait, on voit plus, on voit mieux.
De l'écrivain croyant telle est la récompense !
Il sait le prix d'une âme, il écrit pour sauver.
Si la gloire pour lui dès ce monde commence.
Il s'en sert pour le ciel, où Dieu doit l'achever, »
Ainsi je vous honore, ainsi je vous estime. Français jusqu'à la moelle, et chrétien jusqu'au sang; Vengeur de l'opprimé, soutien de la victime, Vigilant à son poste et solide à son rang; Lutteur infatigable, acquis aux bonnes causes, Catholique tout court, sans épithète en plus. Votre plume est l'épine en garde autour des roses Dans les jardins fermés ne s'ouvrant qu'aux élus. Sur plusieurs points déjà l'attaque est réussie : Satan traqué par vous est moins fort contre Dieu; Les fourrés de l'erreur ont plus d'une éclaircie. Et beaucoup de bois mort est aussi dans le feu. Voici que de Jésus le Cœur sacré rayonne : Après le châtiment, la clémence a son tour ; L'embrassement divin n'exceptera personne. Plus la haine a duré, plus durera l'amour.
Que de jours ont passé, mon brillant chef de file, Depuis qu'un sort heureux vous mit sur mon chemin I De chefs-d'œuvre chez vous une moisson s'em[)ile ; Quelques glanes chez moi forment tout mon butin. Mais, si mince que soit mon modeste bagage.
47ft HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT
Du reflet de vos dons mes vers tirent leur prix.
On peut dire : L'élève est en apprentissage ;
Mais, s'il est loin du Mattre, au moins il Ta compris.
Avril 18S3.
Ainsi parlait ma Muse, alors que, plein de vie, Sur rimpie atterré vous frappiez vos grands coups. De vos nombreux amis la Mort trompant Tenvie Vous enlève au moment où Ton comptait sur vous. Quel athlète de moins pour les saines doctrines ! Ah I revivez dans ceux qui vous remplaceront. Notre sol gardera vos fécondes racines : Sur le chêne abattu d'autres repousseront.
ClAUDIUS HéBRARD.
Vir bonus dicauU peritus.
Faire le bien, ce fut sa vie.
Son élément essentiel ; Le faire sans forfanterie, Gomme Tabeille fait son miel.
Un jour, dans la Ville éternelle, La grâce éclaire son esprit :
Il tombe vaincu devant elle, Et se lève soldat du Christ.
Comme TApôtre que terrasse Sur un grand chemin le Sauveur, Il dit : « Que veux-tu que je fasse ? 0 Christ ! je suis ton serviteur. »
— « Comme moi, tu seras un signe Que le monde contredira ; Mais de ta mission sois digne.
Et ma force te soutiendra.
Va! La plume, comme une épée.
Dans ta main étincellera ; Au cœur l'hydre sera frappée.
Et dans sa bave expirera. »
HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 477
Soldat constamment sur la brèche, A front découvert tu combats ; Ton bras, en décochant la flèche, Dans Tombre ne se cache pas.
Quand tu vois TEglise ta mère En butte aux calomniateurs, Armé du fouet de ta colère, Tu flagelles les insulteurs.
Tu mets à nu la perfidie De ces catholiques bâtards Qui voudraient la voir asservie Aux sots caprices des Césars.
De Rome et du catholicisme, Sans fléchir, tu défends la foi ; Les foudres du libéralisme, Sans te briser, tombent sur toi.
Tu vas flétrir, sous sa couronne.
Le fruit de tous les plumetiers, Dont la prose immonde empoisonne Les salons et les ateliers.
Toute vertu persécutée En toi trouve son défenseur; La pierre contre elle jetée Va retomber sur Tagresseur.
Comme Virgile, comme Horace, Tu chantes Rome, tes amours :
Leur Rome était celle qui passe ; La tienne régnera toujours !
Tous ceux dont s'honore la France, Ta plume les a burinés :
Malgré la haine et l'ignorance.
Ils sont pour jamais couronnés.
Ton journal est le vrai poème Des hommes et des faits du temps ; Tes livres sont un diadème Tout enchâssé de diamants.
Dans tes lettres tu laisses lire Toutes les tendresses du cœur, Et là, le lion qui déchire N'est qu'un agneau plein de douceur.
Une justice trop tardive
A désarmé tes ennemis,
Et quand ta dernière heure arrive,
Ils parlent comme tes amis.
Fais-leur comprendre la devise Qui sera l'honneur de ta croix :
Soldat du Christ, fils de l'Église, J'ai combaliu, /ai cru, je vois! »
Abbé J. Berlibb,
Lettre de M. l'abbé Lohan à M. Eugène Yeuillot :
Monsieur. — H y a déjà bien des années, des attaques diverses contre M. Louis Veuillot m'inspirèrent les vers qui suivent :
Il est un écrivain dont j'aime la grande âme ;
Qui, dans l'ardeur qu'un feu sans intérêt enflamme.
Malgré tous les appâts mourrait de |)auvreté,
Plutôt que de trahir l'auguste vérité.
Sa plume, de la foi la plus fidèle amie,
A méprisé pour Dieu jusqu'à l'Académie.
On l'outrage souvent; mais, à peine étonné
De l'affreux hurlement contre lui déchaîné,
Son talent courageux, enflammé d'un saint zèle.
Continue à venger une cause immortelle.
O spectacle imposant! dans un siècle vénal,
La vérité parfaite est le nerf d'un journal.
Parle, vaillant esprit, parle toujours sans crainte.
Tout cœur religieux, sans réserve et sans feinte.
Dédaignant des partis la folle passion.
T'accorde avec bon droit son admiration.
Mes sentiments n'ont pas changé sur ce point; et j'en renouvelle l'expression à l'occasion du grand deuil qui vous a
frappé et a frappé la cause catholique en faisant disparaître Tun de ses plus illustres et plus vaillants défenseurs. Agréez, etc. L'abbé Lohan,
aumônier do la Visitation, à Nantes.
Quand Malchus, délégué des autorités juives, Dirigé dans son plan par le traître Judas, S*en vint rôder autour du jardin des Olives, Où, frappés de stupeur, entrèrent ses soldats,
Des disciples troublés les figures pensives Interrogeaient Jésus, qui ne répondit pas. Au baiser du perfide aux prunelles furtives Le Maître souriant s'avança de trois pas.
Les voyant s'a[)procher, le vaillant Simon-Pierre, De Tun des estafiers saisissant la rapière. Abattit d'un revers l'oreille de Malchus.
Tu n'es plus là, Veuillot, pour flétrir les infâmes Qui, de nos jours encore, à la porte des âmes. Vont décrocher les christs au prix de trente écus !