LES SEMAINES RELIGIEUSES
Toutes les Semaines religieuses de France ont naturellement consacré des articles à Louis Yeuillot et à son œuvre. Deux oa trois ont mêlé à l'expression de leurs regrets et à leurs éloges des réserves où l'on sentait le souvenir aigre d'anciennes luttes. Des amis ont aussitôt protesté contre ces dissonances : nous pouvons nommer parmi ceux-ci M. l'abbé Corbini, du diocèse de Bordeaux, et M. l'abbé Pougeois, du diocèse de Meaux. S'il y a eu d'autres notes discordantes, nous l'avons ignoré ou oublié; et si d'autres amis ont réclamé, qu'ils nous pardonnent de ne pas les en remercier. Nous n'avons pu compter tous ceux qui se sont associes à ce grand deuil et ont donné à la mémoire de Louis Yeuillot des marques particulières de leur admiration et de leur reconnaissance.
Notre première intention avait été de citer au long les Semaines religieuses^ à cause même de leur caractère spécial; mais, pour ne pas donner à ce volume des proportions démesurées, nous derons nous en tenir à quelques extraits. Nous les prenons réellement au hasard.
Semaine religieuse du diocèse de Cambrai :
Cet homme puissant en parole est une preuve que la Providence ne manque jamais de pourvoir aux nécessités du temps. « Elle sait, disait-il un jour, ce qu'elle met dans les berceaux. » Elle seule le sait. Le curé de Boynes, baptisant, il y a soixantedix ans, Tenfant d*un tonnelier qui à peine connaissait Dieu, pouvait-il penser qu'il portait en ses mains Pun des plus vaillants défenseurs que rÉglîse ait eus ?
Une puissance nouvelle s'élevait dans le monde au moment où s'affaissaient toutes les autorités, sauf celle fondée sur la Pierre qui est le Christ; semblable aux autres, cette nouveUc puissance employait le meilleur de sa force contre la Pierre et ce que la Pierre porte. Elle soulevait contre elle les flots de
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l'opinion, comme d'autres avaient soulevé les bourreaux, les guerriers et les légistes, lorsque la Providence déposa dans le berceau d'un ouvrier celui qui devait être le roi de la presse.
Roi, il le fut. Combien de journalistes il a forcés de se taire devant lui ! combien d'autres il a entraînés à sa suite dans ses bons combats pour Dieu et pour la vérité !
La plus ancienne et la plus fondamentale de toutes les hérésies, le libéralisme, avait pris, au commencement de ce siècle, un vêtement et une figure qui l'avaient fait accueillir dans les avant-postes de la cité de Dieu; de là, elle voulait pénétrer dans la place. Personne, parmi les laïques, ne l'a mieux démasquée, ne l'a plus constamment poursuivie, ne lui a porté de plus rudes coups que Louis Veuillot. Ses adversaires l'accusèrent de vouloir entraîner à sa suite l'armée de l'Église. Souvent, en effet, il l'a précédée, mais comme le sapeur qui fraye la voie dans la direction que le général a marquée, tandis que ses accusateurs appelaient des colonnes entières dans des chemins détournés.
Semaine religieuse du diocèse d'Arras^ Boulogne et Saint-Omer :
L'Église d'Arras, plus que beaucoup d'autres, doit prendre sa part du gr^nd deuil qui vient de frapper la presse religieuse dans la personne de son chef, Louis Veuillot. Par plus d'un côté, ce noble chrétien nous appartenait. Notre grand évêque, M^ Parisis, fut sa lumière et son appui durant les JQurs les plus difficiles; plusieurs de nos compatriotes, qui font honneur à leur mattre, attachés à sa personne par les liens les plus intimes, ont fait à son école leurs premières armes d'écrivains catholiques ; il aimait à s'appuyer sur la sympathie de ses lecteurs du Pas-de-Calais, et ce n'était jamais en vain qu'il faisait appel à leur générosité ; nous pourrions citer de ces fidèles de la première heure et de la dernière, qu'il recevait et qu'il traitait avec la plus touchante cordialité. Des nombreux lecteurs que sa haute intelligence éclaira si longtemps, il s'était fait des amis à toute épreuve.
Ajoutons que les catholiques ont fait à leur éloquent et infatigable athlète des funérailles dignes de lui. La simplicité toute chrétienne de la cérémonie ne faisait que mieux ressortir la piété, les regrets, l'admiration d'une foule immense, dont tous les membres, comme on l'a dit, avaient l'air d'appartenir à la famille du défunt.
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Semaine religieuse de Paris :
Nous n'avons pas à dire ici ce qu'a été l'œuvre de M. Louis Veuillot. Quelque divers que soient les jugements des hommes, tous doivent reconnaître que l'écrivain était de race. II a été au premier rang parmi ceux qui défendirent la vérité chrétienne dans la presse quotidienne. Son style avait les qualités les plus chrétiennes : la clarté, le trait, la couleur, le mouvement, l'esprit, et souvent une émotion communicative. Il connaissait sa langue, et il la maniait avec une exquise délicatesse.
Il se plaisait quelquefois à faire revivre un mot ancien, auquel il donnait toute la fraîcheur de la jeunesse en lui gardant le parfum des vieux âges. C'était un artisan de style, qui paraissait ignorer le labeur de son difficile métier.
Ceux qu'il combattait n'ont pu lui refuser une autre qualité maîtresse, la principale même de l'écrivain catholique : M. Veuillot fut toujours l'homme convaincu. Il était d'une entière bonne foi ; s'il défendait une cause, c'est qu'il croyait que cette cause était celle de la vérité.
Il a une part considérable au mouvement religieux de notre temps.
11 a travaillé pendant trente années, sans s'arrêter ni se décourager un seul jour, à faire aimer davantage l'Eglise romaine, à resserrer ces liens qui unissent maintenant plus fortement que jamais chacun des fidèles de France au souverain Pontife.
Tous les bruits de la terre ont cessé pour lui, toutes les agitations de la lutte se sont apaisées : qu'il dorme en la paix que donne le Christ!
Le Dimanche^ semaine religieuse du diocèse d'Amiens :
Ce vaillant défenseur de l'Église ne peut manquer d'obtenir les suffrages de tous les chrétiens reconnaissants des services incontestables qu'il a rendus à la grande cause que nous aimons.
(Suit un long article.)
La Revue du diocèse d'Annecy tient le même langage.
Semaine religieuse du diocèse d'Angers :
Nous avons eu la vive douleur d'apprendre, cette semaine la mort de M. Louis Veuillot. Bien qu'il eût été réduit à l'im
puissance par la maladie et qu'il fut comme mort depuis plusieurs années, la disparition du grand écrivain catholique a causé dans la presse une émotion universelle. Le nom du rédacteur en chef de V Univers est trop connu pour que nous puissions rien ajouter aux magnifiques éloges qui s'élèvent de toutes parts autour de sa mémoire. Qu'il nous soit permis seulement d'exprimer à la famille de l'illustre défunt, aux rédacteurs du journal qu'il a fait si vaillant et si puissant, nos profondes et sincères condoléances.
Semaine religieuse de Varckidiocèse d'Auch :
M. Veuillot ne fut pas seulement journaliste : ses écrits sont fort nombreux, et témoignent à la fois d'une prodigieuse fécondité et d'une immense valeur littéraire.
Pour nous^ n'exaltons pas seulement l'éclat de l'écrivain et la puissance du polémiste ; admirons surtout les vertus du chrétien, son amour de Dieu, du Christ et de son Eglise, et donnons à cette grande âme ce qu'elle désire le plus, un pieux souvenir dans nos prières.
Semaine religieuse du diocèse d* Avignon :
Avec la presse catholique tout entière, nous saluons de nos regrets la tombe de l'incomparable écrivain. — M. Louis Veuillot n'était pas seulement un grand lutteur et un grand artiste ; c'était, on l'a dit avec raison, un grand chrétien. Nous le recommandons aux prières de nos lecteurs, et, pour honorer sa mémoire, nous cueillons çà et là, dans V Univers surtout, quelques passages qui répondront sans doute à la juste curiosité de nos lecteurs.
Semaine religieuse du diocèse de Beauvais, Noyon el Senlis :
L'action et l'œuvre de Louis Veuillot ont été, sont encore diversement jugées : c'est là le propre des esprits supérieurs, tranchants, prépondérants; mais ce qu'il est impossible de lui dénier, c'est la fermeté d'un bon sens inflexible, l'élévation et la souplesse de l'intelligence, l'inépuisable fécondité d'un esprit traitant avec un égal succès les sujets les plus divers et dans tous les genres : littérature, histoire, politique, philoso-
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phie, arts, religion, théologie; la sincérité des convictions, la loyauté du caractère, enfin, l'inébranlable et intègre fidélité aux principes. C'était un Machabée chrétien ; il y avait en lui quelque chose du missionnaire et du soldat, du Brydaine et du Bugeaud, un merveilleux mélange de Tesprit chrétien et de l'esprit militaire : double courant qui détermina la direction de sa vie...
a On me reproche mes invectives, mes traits acérés, disait-il un jour à l'un de ses amis de l'Oise ; mais pense-t-on qu il soit facile de tout calculer au fort de la mêlée ? Je suis un tirailleur, toujours en plein combat; je charge et je bourre mon fusil à la hâte : est- il étonnant qu'il crache un peu? — Ah! contînua-t-il avec un accent ému, si mes accusateurs savaient ce que j'éprouve bien souvent I En voyant de près tant de mauvaise foi, d'audace, de méchanceté contre l'Église, ma mère et ma reine, contre tout ce que j'aime et vénère, je. mouille plus d'une fois les pages vengeresses que j'écris, en courant et en frémissant, sur mes genoux. »
Dieu l'avait doué d'un talent hors pair, ou plutôt de génie : aussi restera-t-il comme un de nos meilleurs écrivains, le premier de nos polémistes et l'un des grands penseurs du dix-neuvième siècle. Sur les hommes et sur les choses, il avait l'idée vraie, le mot juste, un mot qui entrait et qui restait. Et avec quelle force, quelle vigueur, quel éclat, quelle magie de style il exprimait ses grandes et fortes pensées ! Sa langue franche, alerte, élégante, colorée, tour à tour fine, délicate, vigoureuse, nerveuse, toujours vivante, transparente et prime-sautière, avait la saveur du vieux sel gaulois, rajeunie encore par le montant de l'esprit moderne. Sa plume était successivement, et suivant le sujet ou le besoin, un stylet satirique redoutable, une épée, un burin, un pinceau brillant et délicat.
Toutefois, il ne fut jamais rien, pas même académicien ni sous-préfet ; il ne voulut jamais être autre chose qu'un soldat de la religion et un écrivain indépendant. Dans sa modestie fière et désintéressée, n'ambitionnant rien, ni la fortune, ni les postes élevés, ni les distinctions, plus désireux d'obéir et de plaire à Dieu qu'aux hommes, il n'emporte dans la tombe d'autre insigne que sa plume, réclamée par lui à son côté, d'autre bien que son crucifix, ni d'autre décoration que sa propre gloire; mais cela lui suffit : ses mérites le suivent devant Dieu, et ses œuvres lui survivent devant les hommes.
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Semaine religieuse du diocèse de Carcassonne (article de M. Larroque, archiprêtre de la cathédrale) :
Il nous paraît superflu de louer Louis Veuillot comme écrivain: ses adversaires eux-mêmes, et nous ne craignons pas d'ajouter ses ennemis, car il était trop vaillant homme de bien pour n'en pas avoir, ses ennemis s'accordent à reconnaître qu'il n'a été inférieur à personne dans la presse; et nous sommes de ceux qui croient qu'il gardera une place éminente, non seulement parmi les lettrés contemporains, mais même parmi les plus grands maîtres de notre langue.
Ce n'est pas le lieu d'analyser ses œuvres, pour prouver qu'il a excellé dans tous les genres : ceux qui l'ont lu savent bien que si Veuillot avait une inspiration ardente et passionnée pour le bien, il avait aussi une puissance de tendresse et de douceur qui prouvait qu'il y avait un rare trésor de bonté dans cette âme de feu.
On lui a reproché, en plusieurs occasions, une grande âpreté de langage, et nous ne saurions disconvenir que plus d'une fois il a été jusqu'aux dernières limites de la sévérité a regard de ceux qu'il châtiait. Il eut cette excuse, qu'il connaissait, lui, personnellement, la mauvaise foi, la haine vénale, l'indignité absolue de ceux qu'il attachait au pilori ; il en avait une autre : c'était sa passion généreuse pour la vérité, son ardent amonr pour l'Église ; et c'est une remarque qui n'est plus à faire, qu'il ne se laissait pas aller contre ses ennemis personnels, mais seulement contre les ennemis de l'Eglise et de Dieu.
A quel prix on aurait acheté sa plume, s'il avait voulu la vendre! Mais si, en Veuillot, quelque chose a égalé son génie, c'a été son désintéressement.
Il avait dévoué à l'Église son intelligence et sa vie : dans plus d'une occasion, et il n'avait pas de fortune, il a sacrifié tous ses intérêts à la défense de sa foi ; et c'est sciemment, avec la préméditation la plus généreuse, avec la certitude la plus parfaite de ce qui allait arriver, qu'on le vit attirer sur V Univers les sévérités du pouvoir, en défendant les droits du souverain Pontife.
Dieu avait manifestement béni son intelligence. C'est chose merveilleuse, qu'étant constamment sur la brèche, condamné à un labeur quotidien, qui a fait de sa vie, pendant plus de quarante ans, une vie de travail forcé, obligé qu'il était d'improviser au courant de la plume, sur des questions spéciales
et délicates, son bon sens catholique ne Ta jamais trompé : il n*a jamais donné dans Terreur, tandis que de doctes théologiens, des hommes éminents Tout fait.
Tout le monde sait Taffection et le respect que lui portaient presque tous les évêques de France. Les plus grands lui accordaient une amitié pleine d'admiration et de juste reconnaissance ; et si quelques-uns, en petit nombre, la lui ont refusée, Rome Ten a dédommagé en louant toujours, sinon la forme de sa polémique, quelquefois violente, du moins sa généreuse et fidèle orthodoxie.
Revue catholique du diocèse de Couiances et Avranches :
Peu de laïques, depuis les Sébastien et les Prosper d'Aquitaine, ont mieux mérité les titres magnifiques que Tardenle reconnaissance de TÉglise prodigue aux défenseurs de la foi.
Pendant cinquante ans, ce grand chrétien a dépensé les dons les plus rares et les plus divers, il s'est dépensé lui-même tout entier au service de l'Église, sans rechercher ni vouloir d*autre récompense que le mérite , devant Dieu, d'un dévouement si laborieux et l'intime joie de combcittre aux avantpostes pour la cause la plus noble et la plus féconde.
Polémiste incomparable, écrivain de premier ordre, Louis Veuillot était devenu une véritable puissance. Personne n'a été [)lus craint de ses adversaires, et n'a davantage excité l'enthousiasme fidèle de ses lecteurs. Toujours sur la brèche depuis son entrée à Y Univers, d'une main il repoussait l'ennemi en lançant ses traits acérés, qu'on n'arrachait pas; de l'autre il multipliait les appels généreux et entraînants, auquels le zèle des catholiques ne s'est jamais lassé de répondre. A quelle œuvre chrétienne n'a-t-il pas apporté son concours, presque toujours décisif?
Il sera [impossible de raconter sa vie sans écrire, du même coup, l'histoire de l'Église pendant cette période, non seulement dejrÉglise de France, mais de l'Église universelle. Rome, la Pologne, l'Irlande, les missions lointaines, les associationi< catholiques de Belgique, de Suisse, d'Allemagne, lui sont redevables, comme en France tous les instituts religieux et toutes les œuvres catholiques. D'ailleurs, l'influence d'une jiersonnalité si active et si puissante est bien plus étendue et plus profonde que les faits extérieurs ne le montrent Elle rayonne, d'âme en âme, dans une sphère toujours grandis*
santé, imprimant des commotions et des impulsions dont ceux qui les ressentent ne soupçonnent pas la source, mais que Dieu inscrit au compte du serviteur fidèle, et qui brilleront autour de sa tète comme des reflets de sa couronne...
Ce "rude jouteur était le cœur le plus tendre, dont Témotion communicative emplit les yeux de douces larmes.
Mais, pour nous, le chef-d'œuvre de Louis Veuillot, c'est sa Vie de Notre- Seigneur Jésus'-Christ. Depuis Bossuet et Pascal, la langue n'avait pas retrouvé cette concision et cette vigueur : là, tout est nerf et muscle ; l'idée apparaît dans tout son relief, parée de sa seule énergie, qui est sa suprême beauté. On est stupéfait de voir se dérouler, de ce mince volume, comme une spirale d'acier fin, toute la chaîne éblouissante des Écritures, commentées par tous les Pères.
Chronique religieuse du diocèse de Dijon :
M. Louis Veuillot laisse une mémoire qui restera considérable et honorée. Plus tard, l'histoire portera son jugement sur cet ardent polémiste et sur l'influence qu'il a exercée; mais, à coup sûr, ce jugement glorifiera d'une façon durable, en M. Louis Veuillot, son amour filial pour l'Église et l'intrépidité avec laquelle il l'a défendue pendant quarante ans contre ses ennemis.
Semaine catholique du diocèse de Luçon :
Que de traits de sa vie nous pourrions rapporter ici , dans lesquels le chrétien apparaît dans toute la générosité et la grandeur de son caractère ! Quelle est l'œuvre, parmi les œuvres de charité surtout, à laquelle il n'a pas payé sou tribut d'admiration , de reconnaissance et de dévouement ? Hélas ! depuis plusieurs années déjà, la maladie avait dompté l'énergie de ce grand esprit et de ce corps vigoureux. Cette dernière épreuve était réservée à sa vertu. Qu'il a dû souffrir, lui, le vieux soldat des grandes luttes , devenu invalide , de ne pouvoir se rejeter dans la mêlée, alors que tant d'infamies appelaient ses foudroyantes malédictions, ses incomparables corrections ! Cependant, une arme lui restait encore , l'arme par excellence du chrétien : la prière. La prière l'a consolé jusqu'à ses derniers moments, et il semble que Dieu ait voulu mettre cet intervalle de quiétude et de paix entre les ardeurs de la
lutte, OÙ nul ne l'avait égalé, et le repos éternel, qu'il a si glorieusement gagné.
Les oraisons funèbres ne lui font pas défaut. Nous n'en voulons d'autre témoignage que cet extraordinaire et admirable concert de louanges qui retendit dans toute la presse catholilique et même indifférente , dans ces lettres si sympathiques d'un grand nombre de cardinaux, d'évèques, de chefs d'ordre et d'hommes éminents de toutes les classes de la société, publiées dans le journal V Univers. Il y a bien longtemps que U France, aussi bien que l'Église, n'avait vu déposer autant de couronnes sur la tombe d'un de ses enfants.
Echo de FourHèrCy de Lyon :
Un homme d'une haute intelligence et d'un grand cœur vient de rendre son âme à Dieu. Il n'est pas une feuille publique qui ne reconnaisse, sinon sa vertu et son caractère, au moins sa célébrité.
Louis Veuillot possédait trois qualités incontestables : le talent, le désintéressement et la bonne foi. Il est regardé, à justç titre, comme l'un des premiers écrivains de ce siècle. Il n'aurait eu qu'à le vouloir pour entrer à l'Académie française, pour être élu représentant du peuple, pour arriver au faite de la fortune et des honneurs. La tentation est toujours venue échouer à ses pieds, et sa plume seule orne son cercueil...
Si la critique moqueuse de Voltaire, au siècle dernier, au lieu de rencontrer la contradiction sage et mesurée des Ber gier, des Nonnotte, des Guénée, eût senti la verge d'un Veuillot, elle n'eût pas mis les rieurs de son côté.
Veuillot néophyte, embrassant la sainte Eglise comme sa mère, n'a pu supporter de la voir soumise à une indifférence et à un mépris plus outrageants que le glaive du bourreau. U a fait entendre la fière parole de l'Apôtre des nations : Cii^is Romanus sum I Moi croyant, moi catholique , j'ai des droits, dont je prétends n'être pas dépouillé: je n'entends pas que mon culte soit relégué dans une sacristie ; je veux suivre au grand jour la croix victorieuse et honorée ! Et, tenant tête à la meute déchaînée, le rude sanglier s'est élancé dans la carrière , imprimant autour de lui la crainte qui est le commeDcement de la sagesse...
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Écho de Notre-Dame de la Garde (Marseille) :
Il nous appartient de saluer avec une reconnaissance émue et une religieuse vénération ce valeureux soldat de TËglise et de Jésus-Christ qui descend dans la tombe, après quarante ans de luttes , très riche de mérites devant Dieu et couronné de gloire devant les hommes, devant ceux-là mêmes qu'il a combattus et qu*ii a mis plus d'une fois hors de combat. Louis Veuillot avait la foi et Tardeur du converti, qui veut expier les jours de son égarement en conquérant des âmes à cette vérité et à ce Dieu trop longtemps méconnus ; il avait cet amour indomptable des âmes grandes, qui ne recule devant personne et devant rien pour venger Thonneur et la gloire du Dieu qu'il aime. Armé de sa seule plume, l'intrépide champion de l'Église a mis en fuite plus d'un ennemi, dont le glaive n'aurait pas eu raison : car le glaive ne tue pas les idées, et la plume de Louis Veuillot a tué beaucoup d'idées qui ne revivront plus. Nous savons bien que cette plume allait vite,, et droit, et fort, sans se préoccuper de ceux qu'elle rencontrait sur sa route ; elle allait à la vérité : tant pis pour qui se hasardait sur son passage! Il aimait la vérité, il voulait la vérité, il défendait la vérité. Or, dans ces luttes pour la vérité, il fallait bien que quelqu'un fut frappé : il n'y a pas de combat sans vaincus.
Semaine religieuse du diocèse de Mende (article de M. Tabbé Solanet) :
Gomme écrivain, dans le cours de sa longue carrière, où il s'est tenu constamment sur la brèche, M. Louis Veuillot n'a pas trouvé son pareil, pour l'originalité littéraire et toute gauloise de son langage, la mordante causticité d'une verve inépuisable, l'acuité et la raideur foudroyante du trait.
Gomme caractère, il a été, au milieu d'un siècle de défaillances coupables, un remarquable modèle de constance, de fermeté , d'inviolable attachement à ses principes , le type achevé du lutteur chrétien sans pareil, que la raison et la foi ont armé chevalier du Christ.
Son principe, son amour unique sur terre , sa vie, c'était l'Église, le Pape, le Christ. Dans les nombreux combats qu'il a livrés, au milieu des questions religieuses sans nombre qu'il a traitées et résolues, M. Louis Veuillot a toujours trouvé la note juste, le sens chrétien et catholique, et nous ne saurions dire si c'est à son génie ou à sa foi qu'il faut faire remonter
l*honneur de cette sorte d'infaillibilité instinctive, qui lui avait valu, de la part des catholiques sans épithète, des sympathies aussi ardentes que ses convictions étaient profondes.
Tel qu*a été cet homme, sans le connaître, nous Tavons admiré et nous Tavons aimé, parce qu'il était Thonneur de notre drapeau , et que sa plume vengeresse et triomphante nousdédommageait des inepties de Timpiété et des brutalités de la force; parce que, seul contre tous, sans lassitude dans le labeur, sans mécompte dans les résultats attendus, il s'en allait fauchant bravement , largement , dans le vaste champ des folies humaines, couchant à terre, de sa bonne lame à la trempe catholique et française, ridicules et préjugés, faux savants et faux esprits, cyniques et tartufes, toute imbécillité de caractère, toute bassesse de cœur, toute forHiiture à la raison, à la conscience, à la religion.
Les adversaires qui ont senti le poids de son bras lui reprochent certaines vivacités de style et quelque rudesse de langage, évidemment exagérées par la sensibilité de Tamour-propre mortifié. Nous comprenons aisément que lorsqu'un écrivain, pour «attentat à la raison , au bon sens ou au bon goût , était passé par les rudes mains de cet homme, il avait droit de se plaindre; pour nous, nous n'aurons jamais le courage de lui faire un crime de ses sévérités. Quand on aime l'Église comme l'aimait Louis Veuillot, quand on a la force de châtier ses insulteurs, nous comprenons qu'un fils indigné mesure l'énergie de la correction à la gravité de l'insulte qu'on a faite à sa mère.
Semaine religieuse du diocèse de Pamiers :
Une simple notice ne peut suffire même à indiquer les principaux traits de son histoire. Sa vie, mêlée à tous les événements qui ont agité l'Eglise et la société durant près d'un demi-siècle, a été une lutte de tous les instants contre tous les ennemis des principes chrétiens, lutte dans laquelle il a dépensé les plus merveilleux trésors d'esprit , de verve, de vi gueur, de génie.
Semaine religieuse du diocèse de Perpignan :
L'Eglise et la France viennent de faire une grande perte... Cette mort a jeté dans le deuil tous les vrais catholiques ou monde entier...
Nous n'avons rien à dire pour notre part de M. Louis Veuillot, sinon que Tun des plus forts et des plus vaillants en Israël a succombé, et que la mort vient de nous ravir le bras le plus puissant que Dieu eut suscité parmi nous pour la défense de rÉglise et pour la confusion de l'impiété.
M. Louis Veuillot et son journal C Univers avaient toujours été les organes de notre foi. Nous vivons, dans ce beau pays de Roussillon, demeuré vierge de toute hérésie, en parfaite communauté d'idées avec eux. Cette union avait été cimentée, ce lien avait été fortifié par la présence, au milieu de nous, d'évêques qui s'étaient hautement proclamés, dans les circonstances les plus difficiles, leurs amis et leurs soutiens.
M** Gerbet, si puissant par la pensée , si célèbre par ses œuvres, si admirable par ce style que Veuillot avait appelé monumental, ne laissait passer aucune occasion de montrer son dévouement à V Univers et à son rédacteur en chef.
Pour ne citer qu'un trait, aux grandes fêtes célébrées à Rome, en 1862, sous le pontificat de Pie IX, pour la canonisation des saints martyrs du Japon, Ton voyait souvent ensemble ces deux grands esprits. Ils avaient visité ensemble, avec M. le commandeur Rossi , les catacombes ; et nous aurions presque dû à M. Veuillot le troisième volume de V Esquisse de Rome chrétienne, si la mort n'était venue frapper subitement la tète puissante qui l'avait conçu, et qui était prête à le produire dans toute sa perfection.
Us étaient bien l'un à côté de l'autre, ces deux champions de la sainte Eglise romaine qui ont le mieux entre tous manié le glaive pour la défense du Saint-Siège. C'était alors l'une des plus vives joies des prêtres rôussillonnais de s'être sentis près de M. Veuillot, et l'un d'eux exprimait par ce cri le tressaillement de son âme : J'ai vu Veuillot !
M»' Saivet avait hérité pour M. Veuillot des sentiments de M*' Gerbet, et c'a été une de nos joies de lire dans sa correspondance toute l'admiration qu'il professait pour ce noble caractère et pour cet illustre écrivain. Il fut le lecteur constant de V Univers, et dénoncé de ce chef, sous l'Empire, au pouvoir. Nous pourrions donner des citations qui nous révéleraient sur ce point toute son âme.
Ces sentiments de nos évèques persévèrent dans le cœur des prêtres rôussillonnais. Nous avons aimé Louis Veuillot, parce que ses écrits étaient un festin délicat de nos esprits; nous l'avons mieux aimé encore, parce qu'il était un homme de grande
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foi, un noble cœur, tout entier dévoué et sans aucun intérêt personnel au triomphe de notre Mère la sainte Église et à la gloire de Dieu. Nous lui donnerons encore maintenant un gage de cet amour en portant son souvenir au saint autel et en suppliant le Seigneur de l'introduire dans son éternelle joie.
E. Rous.
Semaine religieuse du diocèse du Puy :
M. Louis Veuillot est mort en fervent chrétien, après avoir combattu pour TÉglise en vaillant soldat. Découvrons-nous devant son cercueil, pour saluer une dernière fois le lutteur intrépide qui a consacré près de cinquante années de sa vie à défendre les droits de Dieu et de l'Église. Pour le récompenser, Dieu Ta reçu, et TÉglise gardera religieusement sa mémoire et ses bienfaits.
Bulletin du diocèse de Reims :
Le rédacteur en chef de l' Univers vient de mourir : il fut un trop bon et trop grand serviteur de Dieu, de l'Église et de la France, pour que nous laissions passer son cercueil sans le saluer de nos hommages, et que nous omettions de recommander à nos lecteurs de garder la mémoire de cet illustre défenseur de nos nobles causes, en même temps que nous leur demanderons de prier pour le repos de son âme...
Si V Univers est devenu, nous ne dirons pas seulement dans la presse française, mais même dans la presse du monde entier, l'un des organes les plus importants et les plus considérés, c'est à Louis Veuillot qu'il le doit principalement, et l'histoire dira quels services ce journal a rendus aux catholiques français. Rien de grand en faveur de l'Église ne s'est fait chez nous sans lui ; aucune grande œuvre ne s'est fondée sans un concours généreux et empressé de sa part.
Quant à ses discussions avec des catholiques, des prêtres et même des évêques , l'heure n'est pas venue d'en écrire l'histoire ; et, sans prétendre qu'il n'ait jamais excédé en rien, au moins faut-il reconnaître qu'il a toujours été soutenu par le Pape; qu'à une heure critique pour VUniverSj Pie IX a pris, dans une encyclique mémorable, la défense des journalistes attaqués ; et nous ne devons pas oublier non plus, nous Rémois, que îo journal comptait alors, au premier rang de ceux qui le défendirent, l'éminent cardinal Gousset.
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Quoi qu'il en soit, le clergé français en masse a toujours été sympathique à V Univers et à son rédacteur en chef, parce que V Univers s'était fait le défenseur de doctrines dont on peut dire ce que Bossuet disait de Tlmmaculée Conception : <c L'Eglise avait laissé voir que ces croyances lui étaient agréables. »
Fallait-il garder ces vérités sous le boisseau ou bien les proclamer hautement? fallait-il, avec un siècle malade comme le nôtre, tenir plus de compte de la parole de Notre-Seigneur à ses apôtres : « Vous ne pouvez pas encore supporter tout ce que j'aurais à vous dire »? Le concile du Vatican a tranché la question. ,
Nous laisserons à d'autres le soin de louer le talent incomparable de M. Louis Veuillot : il mérite qu'on fasse de lui le premier des journalistes et même le premier des écrivains de notre temps ; nous aimons mieux louer l'intégrité de son caractère, l'admirable rectitude de toute sa conduite, son entier désintéressement. Il a aimé l'Église et la vérité, dont l'Église est dépositaire ici-bas, et il n'a voulu servir qu'elle, sans souci de la gloire, de l'argent et des honneurs, qui sont venus cent fois au-devant de lui.
Tout catholique lui doit une prière ; nous oserons dire, tout prêtre doit un mémento à cet homme si saintement ambitieux, comme l'a rappelé très à propos son journal, d'un mémento du prêtre à l'autel. Il en a eu déjà et il en a encore des milliers.
Bulletin religieux du diocèse de la Rochelle et Saintes :
Tous les journaux parlent de l'illustre publiciste dont la vie si militante s'est éteinte samedi 7 avril. Nous voudrions, nous aussi, en témoignage de notre admiration et de nos regrets, jeter quelques fleurs sur cette tombe oii l'Église voit descendre, pieusement escorté d'une multitude d'amis, un de ses plus intrépides défenseurs, et J)eut-être de tous le plus éloquent. Mais que dirions-nous qui soit comparable à ce qui a été dit ? Amis, disciples et adversaires semblent avoir emprunté la plume du défunt pour le célébrer. Nous nous* bornerons, en parcourant leurs pages si pleines d'intérêt, à faire des extraits qui restent dans nos colonnes comme un monument littéraire et un hommage à une grande mémoire.
Semaine religieuse du diocèse de Langres :
Dieu vient de rappeler à lui un chrétien généreux, une Ame intrépide, un vaillant défenseur de l'Église et de ses droits. Louis Veuillot est mort samedi dans l'après-midi .
C'est à l'âge de vingt-cinq ans, dans un voyage fait à Rome avec quelques amis, qu'il ouvrit les yeux à la lumière. Luimême a raconté, dans ce style ému et vivant dont il avait le secret, les luttes, les hésitations, les peines intérieures qui préparèrent son retour à Dieu. Retour généreux et déterminé! car, le premier pas une fois franchi, Louis Veuillot resta jusqu'il sa dernière heure fidèle à lui-même, dévoué sans réserve aux idées qu'il avait embrassées, comme il le prouva lors de la suppression de V Univers
Semaine religieuse du diocèse de Périgueux et Sarlat :
Louis Veuillot trouva des ennemis à droite et à gauche,
là même où il aurait dû n'en jamais soupçonner. Aussi dut-il mettre en pratique la recommandation sévère d,e l'Apôtre ; Per arma justitise a dextris et a sinisiris. Les tribulations lui vinrent de partout. Eprouvé au dedans, poursuivi au dehors; méconnu dans ses intentions par ceux dont il défendait la cause ; accusé et frappé par ceux dont il jugeait la conduite; en proie à la haine des uns et à la sagesse des autres, il s'entendit reprocher tout, jusqu'à son extraction, et il se vit tout contester, jusqu'à son droit de défendre l'Église, sa mère, l'auteur de ses joies les plus pures et l'objet de ses plus délicates affections
A la nouvelle de sa mort, des sympathies qu'on avait voulu révoquer en doute ont éclaté de toutes parts : l'expression en est arrivée à sa famille du côté de la presse, du côté des politiques, des savants, des pays étrangers ; elle est sortie des cloîtres, de l'exil, des châteaux, des évêchés, de Rome!
Il s'est fait un deuil autour de cette mort, comme la France n'est pas habituée à en voir.. C'est la meilleure partie de notre pays qui s'émeut, et l'émotion qu'elle éprouve n'est pas un bruit de secte. Si celui qui la cause fait un grand vide en partant, c'est qu'il emporte avec lui quarante années de notre vie religieuse. Il travailla moins pour lui que pour l'Église; il nous avait accoutumés à l'identifier avec nos intérêts religieux; nous aimions sa sincérité, son allure franche comme sa foi, ses coups vigoureux et son âme indomptable : il emporte tout
cela dans la tombe, et c'est pourquoi sa disparition nous trouble.
Il nous laisse seulement ses exemples et son invincible espérance. 11 ne cessait de redire que Dieu n'a pas besoin des hommes pour soutenir son Eglise, et cette persuasion le rendait ensemble modeste et fort. C'est à nous, qui admirons son courage, d'imiter son amour pour la vérité, et de chercher là
un préservatif contre les lâchetés de Tesprit et du cœur
Abbé Merribn.
Revue religieuse de Rodez :
Énumérer toutes les qualités que Louis Veuillot a déployées dans l'accomplissement de sa vocation de publiciste, c'est dire qu'il a rempli son journal de ce que la langue française a de plus merveilleux et de plus brillant
L'amour de Rome lui donna le sens catholique à un degré rare. Toujours il s'est trouvé le plus près du Pape, aux avantpostes, dans les questions les plus brûlantes, dans celles où il fallait effacer de vieilles erreurs, détruire de haineux pré-
Non moins grand était son élan, lorsqu'il fallait révéler à son siècle ignorant et aveugle la fécondité de l'Église, sa mère, venger la sagesse de ses institutions, en faire éclater les bienfaits, prouver que du trône seul de Pierre sort la civilisation du monde, que cela seul qui est consacré par le baptême du Vicaire de Jésus-Christ est grand, durable, bienfaisant.
Louis Veuillot ne séparait pas le service de T Église du service de la France. Si on pouvfiit dire de lui qu'il n'y avait pas d'âme plus catholique, il n'y en avait pas aussi de plus française que la sienne
Il eut à soutenir très souvent l'assaut de mille reproches.
Lorsqu'on reprocha à cet athlète de dépasser les limites dv la modération, il répondit avec saint Grégoire de Nazianze justifiant saint Athanase du même reproche.
Le grand docteur, parlant des apologistes d'alors, disait :
« Quelque doux et traitables qu'ils soient, il est un point sur lequel ils ne sont ni accommodants ni faciles : c'est quand par le silence et le repos la cause de Dieu est trahie. Alors ils deviennent tout à fait belliqueux ; ils sont ardents et acharnés dans le combat; ils s'exposeraient plutôt à mettre la main Ui
OÙ il ne faut pas, qu'à omettre d'agir là où le devoir le commande. j>
Lorsqu'pn lui reprocha de pécher par la forme, il put répondre avec un grand évêque :
« Dans les questions capitales, d'où dépend le salut de la religion et de l'empire, tout gît dans le fond, et la forme n'est rien. C'est un détail sur lequel les adversaires se réservent toujours d'incidenter. On ne donnera jamais raison dans la forme sur les points où on est résolu de nous contester le fond.
— Mais vous troublez la -paix ?
— La paix, a répondu M^ Pie, n'est troublée que par le mensonge ; et quand la vérité fait la guerre, c'est pour faire la paix. »
On lui a reproché quelquefois d'avoir porté des questions irritantes dans les débats passionnés de la presse.
Ici encore le cardinal Pie a répondu pour lui.
Ayant à justifier un grand personnage auquel les prudents avaient adressé les mêmes plaintes, l'évêque de Poitiers disait :
tt II ne croyait pas que les combats religieux dussent être engagés à huis clos. Les feux croisés d'écritures secrètes lui semblaient en pure perte. Il n'avait de goût que pour les batailles à ciel ouvert et en pleine campagne.
tt Et quoiqu'il ne fût pas dépourvu de compassion pour ces multitudes d'esprits forts ou d'esprits faibles qui crient à tout propos au scandale, et qui se montrent volontiers plus indulgents aux détracteurs de la religion qu'à ses défenseurs, il n'en tenait aucun compte.
« Si les apôtres et les saints docteurs avaient suivi le système recommandé par les sages de ce temps, le monde serait encore aujourd'hui païen ou arien. A ses yeux, la publicité de la défense était commandée par la publicité de l'agression. »
Mais le soulèvement de ces susceptibilités ne prouvait que davantage la grande place que Louis Veuillot occupait dans la défense de l'Eglise.
Il a été au premier rang parmi les apologistes, les serviteurs de la vérité. L'abbé Alazaro.
La même Revue a publié la lettre suivante de M. Eugène de Barrau, le président du comité royaliste de TAveyron :
Monsieur le rédacteur. — Quel est le catholique lecteur habituel des publications de Louis Veuillot qui, en apprenant sa mort, ne se soit senti atteint au cœur, et n'en ait ressenti une profonde et douloureuse impression, et bientôt une sorte de découragement, en voyant cette source de force et de vie tarie pour toujours, après avoir si longtemps répandu à flots autour d'elle tant de fécondité ?
Combien ont pu se dire, au souvenir de ses pénétrantes discussions, comme les disciples d'Ëmmaûs, sentant les ardeurs de la foi gagner leur âme : Nonne cor nostrum ardcns erat in nobis dum loqueretur in via ! Faut-il donc s'étonner du sentiment de tristesse et d'isolement qu'on éprouve en suivant de loin son cortège, et de l'amertume qui reste au fond de cette coupe a laquelle l'illustre apologiste, l'indomptable lutteur, a dû boire sans avoir obtenu d'assurer le triomphe de la cause à laquelle il avait voué sa vie ?
Et cependant, n'est-ce pas un triomphe que cette explosion d'opinion publique autour de sa modeste bière, à la suite de laquelle se pressent les hommages de tout ce qui constitue la véritable souveraineté de l'intelligence humaine et de la pensée, au centre de cette immense ville qu'on dirait en certains jours être la cour de toutes les aberrations humaines ? Oui, c'est un triomphe, et le seul qui pût réjouir le cœur auquel il s'adresse. Ainsi s'accomplit son dernier vœu, celui que ses amis les plus proches ont pu recueillir sur ses lèvres mourantes : Que votre volonté soit faite !
La semence qu'il a jetée sur la voie n'est pas toute tombée sur la roche dure ; elle lèvera, espérons-le, et redisons sur sa tombe : Tantus labor non sit cessas ! Eugène DE Barr au.
\S Éducation catholique :
Chevalier du Pape et de l'Eglise, voilà bien ce que fut Louis Veuillot. Il saisit le journalisme, cette arme puissante dont l'ennemi croyait avoir le monopole pour écraser l'épouse du Christ; il pourfend ses adversaires, il démasque les intrigues des pharisiens de toute couleur, conjurés pour amoindrir la Papauté et pour voiler au monde le rayonnement salutaire de ce flambeau venu du ciel.
Contre l'intrépide athlète, l'enfer suscite les haines et les
violences ; mais aucune force ne saurait Tempêcher de flétrir rinjustice, de protéger l'innocence, de proclamer la vérité.
Doit-on s'étonner après cela de la part que prit à toutes les luttes de notre temps ce chevalier « sans peur et sans reproche » ? Qui ne connaît sa prodigieuse influence, les enthousiasmes qu'il provoqua, l'élan qui portait vers lui les « aigles » de la France contemporaine, les dom Guéranger, les cardinal Pie, les M«' de Ségur, les M*' Gaume, les d'Alzon ? Quel vide immense au moment où il s'est retiré de la mêlée!...
Ses œuvres néanmoins porteront leurs fruits. Il se survit à lui-même par tant d'admirables pages où son âme se révèle avec un incroyable mélange de force et de bonté. Quelle exquise délicatesse dans ses romans chrétiens! que d'onction et de piété dans Borne et Lorettel quelles pages dans les Mélanges, les Libres Penseurs, le Parfum de Rome, la Vie de Jésus! Parmi nos écrivains, on en trouvera peut-être qui ont reçu de Dieu un talent comparable à celui de Veuillot ; mais les intuitions de la vérité et les clartés de la foi qui illuminent ses ouvrages, les placent sans conteste au-dessus des autres productions littéraires de notre siècle.
Semaine religieuse du diocèse de Rouen : Louis Veuillot a été un grand écrivain et un grand chrétien: en lui ces deux choses ont été toujours de pair, depuis le moment où Dieu s'est révélé à sa jeunesse, et l'on peut dire que le chrétien a formé l'écrivain. Cet enfant du peuple, sans instruction première, avait été merveilleusement doué des dons de l'esprit français : nature singulièrement fine et sagace, nette et limpide vive et prime-sautière ; caractère ardent, baUilleur, mais loyal et chevaleresque. Un tel homme n'était pas destine à noircir du papier timbré dans quelque étude d'avoué ou de notaire ; dès lors qu'il ne se faisait pas soldat, il devait être écrivain militant : il était né pour le journalisme.
Notre ville a eu ses premiers débuts dans la presse : débuts frivoles quant au fond des articles, car il s'agissait ordinairement de théâtres et d'œuvres légères; mais la vivacité d'allures, la sève d'esprit gaulois.
Dieu, qu'il avait ignoré jusqu'ici plutôt que renie, daigna l'attirer à lui dans un voyage à Rome; et le mondain converti a exhalé sa reconnaissance dans plus d'une page, qu on Ura, comme on lit, depuis quinze siècles, certaines pages des Con-
fassions. A partir de ce moment décisif dans son existence, Louis Veuillot se consacra tout entier à défendre dans la presse la cause de TEglise. Nous ne rendons qu'un simple hommage à la vérité historique, en disant que, en dehors de répiscopat, il figure parmi les quatre noms qui ont illustré Thistoire de l'Église en France pendant le dix-neuvième siècle, et exercé, à des titres divers, Tinfluence la plus considérable et la plus féconde : le P. Lacordaire, dom Guéranger, le comte de Montalembert et Louis Veuillot. Le journaliste catholique a eu, sans contredit, une carrière plus laborieuse, plus éprouvée, plus difficile, que ses illustres contemporains; il n'a pas failli à la tâche: il laisse après lui une œuvre, VUni" vers, et, ce qui est sans précédent chez un journaliste, il laisse dans ses articles des œuvres destinées à vivre autant que notre langue. Il a dit quelque part, dans son style pittoresque, que a la langue française est une aiguille d'acier, sans égale pour faire passer partout le fil souple et fort du bon sens a. Ajoutons que nul n'a mieux que lui manié cette aiguille et n'en
a plus tiré parti
Ce qui fera son mérite propre, et ce qui le recommandera toujours à la postérité, c'est l'esprit profondément chrétien qui a animé toutes ses pages ; c'est le dévouement complet et indomptable avec lequel il s'est consacré à la sainte Église ; c'est l'amour, disons mieux, le culte filial qu'il lui a voué, a Si Dieu, selon l'immortelle parole de saint Anselme, n'aime rien tant en ce monde que la liberté de son Église », il doit réserver des récompenses de choix à ceux qui ont bien combattu pour cette liberté. Il y a là, pour l'illustre écrivain, un gage de véritable gloire, et, pour ceux qui le pleurent, une source de hautes et solides espérances, dont les prières de tant d'amis hâteront la complète réalisation.
Semaine religieuse du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier :
Au signal de Dieu, il a déposé a l'épée d'or, présent du Ciel, qui lui fut remise pour combattre victorieusement les ennemis d'Israël ^ », et qui, depuis quarante ans, faisait merveille entre ses mains vaillantes.
Le rédacteur en chef de V Univers, l'immortel écrivain, le puissant et incorruptible défenseur de la cause catholique,