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JOURNAUX DE PROVINCE

Nous regrettons TÎvement que la place nous manque pour citer, dans toute leur étendue, les articles inspirés à la presse de dos départements par. la mort de Louis Veuillot. Seulement, si nous voulions tout reproduire, ce serait tout un volume qu'il faudrait ajouter à celui-ci. Nous devons donc nous borner. Aussi ne publierons-nous, des articles de la presse de province, comme des articles des journaux étrangers, que de courts extraits.

Nous plaçons ces extraits à peu près dans l'ordre où les journaux où nous les avons pris nous sont parvenus.

Correspondance Saint-Chéron :

La mort de Louis Veuillot a été, en Europe, dans toute la presse qui n'est pas vouée aux doctrines anarchiques, un hommage rendu à Tun des écrivains qui ont fait le plus d'honneur à l'esprit français.

Aujourd'hui, dans l'église de Saint-Thomas d'Aquin, pour les obsèques de Louis Veuillot, la manifestation a eu un caractère plus particulièrement catholique ; elle a été éclatante.

Les trois nefs de Saint-Thomas d'Aquin n'ont pu suffire à contenir la foule des ecclésiastiques, des membres des congrégations religieuses, des laïques appartenant à toutes les classes de la société, venus pour rendre les derniers devoirs à l'éloquent et courageux défenseur de la Papauté et de l'Eglise. La place Saint-Thomas-d'Aquin est restée couverte d'un grand nombre de fidèles, qui n'ont pu pénétrer dans l'église.

Monsieur le comte de Chambord s'était fait représenter par M. le marquis de Dreux-Brézé.

Dans une seconde correspondance, M. de Saint-Chéron disait :

C'est un vieil ami de plus de quarante ans qui vient rendre hommage à la mémoire de Louis Veuillot. La presse, dans toutes les opinions, est unanime à reconnaître la suprématie de la place qu'il a occupée dans notre pays comme écrivain et polémiste. Vous avez sous les yeux la liste des nombreux ouvrages qu'il a publiés, pendant près de cinquante années de

vie littéraire. Plusieurs resteront comme des modèles de style, de nobles pensées, de descriptions charmantes. D'autres resteront aussi, comme la peinture fidèle des tristes mœurs politiques et littéraires de notre époque.

Mais je veux surtout rappeler la dignité de son caractère d'écrivain, toujours désintéressé, toujours prêt à tous les sacrifices pour les saintes causes qu'il servait. Cet homme si vif, si énergique, si violent même quelquefois dans ses polémiques, était, dans la vie privée, le caractère le plus doux, le plus aimable, dévoué à sa famille et à ses amis. Nul n'a rempli avec plus d'édification tous ses devoirs de citoyen, d'époux, de père. C'est qu'il était, avant tout, catholique fervent et pratiquant, et il puisait dans la solidité de sa foi la force nécessaire pour résister aux épreuves de la vie et accomplir toutes les obligations imposées au chrétien. Ah! comme il nous a manqué dans les luttes de ces dernières années ! Les mécréants de la politique et de la littérature redoutaient les traits acérés de sa plume, qui pénétrait profondément dans la chair pourrie des ennemis du catholicisme et de l'ordre social

Impossible de citer tous les autres noms ; pas une des notabilités catholiques présente à Paris n'a manqué d'assister à cette pieuse cérémonie...

Cette magnifique manifestation répond à un déplorable article publié ce matin, dans le Journal des Débats, par M. John Lemoinne, qui prétend que l'Église catholique a été anéantie par Pie IX et Louis Yeuillot, qui méritent de reposer dans la même tombe. M. John Lemoinne a raison sur ce dernier point : il ne pouvait faire, par ce rapprochement, plus d'honneur à la mémoire de Louis Yeuillot.

Le rédacteur du Journal des Débats fait un aveu qui le recommande tout particulièrement aux prières de ses amis et de ses adversaires : il dit que Louis Yeuillot a commencé par l'incrédulité pour arriver à la foi, et M. John Lemoinne laisse entendre que lui est parti de la foi pour arriver à la négation. Il faut le plaindre de son aveuglement, qui lui fait voir une Eglise anéantie dans les manifestations qui rappellent les plus beaux âges de la foi catholique. Al. de Saint-Chéron.

Le Pas'de- Calais t d'Arras, encadre de deuil un article où nous lisons :

Fils zélé, ardent, enthousiaste, mais toujours humble, sou-

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mis et désintéressé, de la sainte Église, il n*eut jamais, pendant sa célèbre et féconde carrière, dans ses heures de repo8 comme au sein de ses fougueuses batailles, qu'un souci, un seul but : vivre et mourir pour sa mère bien-aimée.

Toujours devant ! fut sa devise ; et sa plume étincelante et aiguë comme une épée a infligé aux ennemis de TÉglise, dans quelques rangs qu'ils se trouvassent, les plus rudes coups, et prouvé que jamais devise ne fut mieux et plus glorieusement portée...

Nul n*a plus aimé TÉglise que M. Louis Veuillot, nul ne Ta mieux défendue.

Les haines qu'il a suscitées sont éteintes ; mais son œuvre resplendit, et elle dépasse de beaucoup le vaillant journal où il a soutenu de si rudes combats et remporté de si éclatantes victoires.

Même langage dans le Courrier de la Somme.

La Vraie France ^ de Lille :

tt Injurié par ses adversaires , blâmé quelquefois par ses amis, M. Louis Veuillot n'est et ne peut être contesté ni par ceux qui le haïssent le plus, ni par ceux qui l'approuvent le moins. C'est une puissance 1 » M. de Pontmartin l'a bien jugé. La Providence n'envoie point souvent de ces hommes qui ne se plient pas sous le vent du siècle, qui dédaignent de dangereux suffrages, qui ne cèdent ni aux faiblesses de leur époque ni aux leurs, et qui ne refusent pas de s'exposer à cette sorte de célébrité qu'on peut appeler une impopularité glorieuse. Nous ne cessons de veiller sur le rempart, dit-il, frappés par nos ennemis et par nos amis.

La polémique fut pour lui comme une croisade où tout bon chrétien doit combattre. Il n'écrivait pas, comme beaucoup, pour flatter ses lecteurs ou en augmenter le nombre, ni pour la médiocrité superficielle, mais uniquement pour la défense de la liberté, du droit et de la religion, dont il fut le puissant auxiliaire.

UEmancipateur^ de Cambrai :

Peu d'hommes ont été aussi discutés, aussi hais que cet homme; peu d'hommes méritaient autant l'admiration, le respect, l'amour.

HOMBCAGBS A LOUIS VSUILLOT 567

II fut grand en tout : par la foi, par le talent, par Tabnégation.

Il fut grand dans Faction et dans la lutte, dans la victoire et dans la défaite.

Sa vie eut des heures terribles, des heures de dures et pénibles angoisses, lorsque, recevant par devant les coups de Tennemi, il entendait par derrière lui, et venant des rangs de ceux-là mêmes qu'il défendait, des clameurs qui auraient pu paraître poussées par la trahison, si Ton ne savait combien la jalousie peut engendrer de mesquines sottises.

Dans le public, on aperçut surtout de lui Tathlète.

Ce n'était point pourtant tout Thomme.

M. Louis Veuillot frappa fort et dur, pour cette raison qu'ayant en main une arme trempée comme jamais arme ne fut trempée, et Tennemi encombrant la route, il avait pour devoir de nettoyer le terrain. Mais cette besogne n'était point celle pour laquelle son grand talent était le plus fait.

11 était homme de cœur avant d'être homme de combat — ainsi souvent en est-il des grands guerriers — et ses plus belles pages, les pages où sa plume sut mettre tout le charme de son incomparable génie, sont celles qu'il écrivit lorsque, sorti des ardeurs du combat, il put laisser éclore dans la paix et le calme tout ce que son cœur aimant contenait d'enthousiasme, d'affection et de tendresse

M. Sainte-Beuve disait de l'une de ces nouvelles, la Chambre nuptiale : a Rien de mieux n'a jamais été écrit dans notre belle langue française. » Et c'est vrai.

Gomme plume, M. Louis Veuillot est fils de Sévigné. Je le lui dis un jour à lui-même. « Plusieurs pourraient prendre cela pour un paradoxe, me répondit-il ; mais c'est exact. »

Sa phrase, si pleine de distinction, savait donner aux mots comme un sens nouveau et inattendu, qui cependant, après réflexion, se montrait bien comme le plus naturel et le plus net.

Il iiit un maître, et restera le maître.

Marchant côte à côte avec les de Riancey, les Poujoulat, les Laurentie, il fit du journalisme une carrière, j'allais dire une mission, d'honneur et de dignité. Cette arme, jusque-là couverte de tant de boues et de tant de hontes, traînée dans tous les ruisseaux, déshonorée par toutes les trahisons, vilipendée par un commerce sans pudeur, achetée pour le service de toutes les ignominies, il la prit dans ses nobles mains de

plébéien converti, et, la consacrant à Dieu, lui chevalier de l'Église, il la consacra à la seule vraie gloire, — la gloire de Jésus-Christ, roi et maître du monde B. de Marcq.

Ij* Etoile, d'Angers :

Louis Veuillot n'est plus! Depuis trois ans que le rude lutteur se taisait, ce nom de Louis Veuillot grandissait dans Tombre, attendant le plein jour de la mort.

Avec un chrétien de cette taille, on ne craint pas de dire la vérité. Il est dans la gloire: que lui importe notre jugement?

L'auteur de l'article , M. G. Yéran, marque ensuite quelques dissidences politiques» rapporte des anecdotes, puis termine ainsi :

Veuillot a travaillé pour Dieu ; il meurt chrétien et royaliste : il ne disparaît pas comme les autres, il arrive.

Le Salut public, de Lyon :

Le Salut public a souvent combattu les doctrines de M. Louis Veuillot. Cette divergence d'opinions ne nous enlève pas le droit de manifester, sur la tombe du grand écrivain et da grand chrétien qui vient de mourir, tout notre respect et toute notre admiration. Avec Louis Veuillot vient de s'éteindre une des personnalités les plus curieuses de notre époque

Aucun écrivain n'a eu une manière, un faire plus à lui que Louis Veuillot; ses ennemis, même les plus acharnés, et ils étaient nombreux, ne pouvaient s'empêcher de reconnaître ce qu'il y avait de nouveau et de saisissant dans le talent du grand polémiste catholique

Une fille de M. Veuillot ayant pris le voile, le père ne supporta pas la vocation de sa fille avec toute la résignation qu'on pouvait attendre de lui. Comme un évêque s'en étonnait, il lui fit en pleurant cette réponse : a Hélas î Monseigneur, j'ai un cœur d'épicier. » Rien n'est touchant comme cette exclamation naïve du terrible pamphlétaire qui avait consacré sa vie à la cause de Dieu.

Si l'écrivain dans Louis Veuillot force l'admiration, cette faiblesse paternelle ne force-t-elle pas la sympathie?

Et dans un autre article du même journal, signé Septimty noas lisons ceci :

A-t-il nui à l'Église ou a-t-il fructueusement servi sa cause?

A-t-il à jamais brouillé le catholicisme avec ce qu'on appelle

le progrès ? a-t-il démontré qu'il y a un abîme infranchissable

HOMBCAGES A LOUIS VEUILLOT 569

entre la civilisation moderne et le Symbole des apôtres, qu'il y a inconciliabilité absolue entre la liberté et le dogme pontifical ? Sisyphe du Syllabus et de l'infaillibilité, a-t-il écrasé TÉglise sous le choc de ces deux rochers brandis contre ses adversaires ?

Je me suis souvent posé ces questions...

Or, voici que, à peine close par le doigt de la Mort cette bouche que Dieu avait déjà condamnée au silence, cent voix, voix mille s'élèvent et répondent : Oui!.,, oui, Veuillot, rempart de l'Église, a été le plus actif démolisseur... Oui, Veuillot, soldat du catholicisme, a été le sicaire du catholicisme !

Mais, comme toutes les voix qui clament ces choses sont celles des ennemis du catholicisme; comme tout ce que la religion de nos pères compte de détracteurs, depuis le matérialiste sectaire et le pétroleur social, jusqu'à l'épicurien sceptique et au dissident confessionnel : oui, comme tout ce monde-là s'assemble en chœur pour déclarer que Veuillot fut néfaste à la noble cause par lui librement, loyalement épousée... cela me suffit.

Mon sentiment est désormais fixé ; et, faisant un acte de foi, je crois que l'homme illustre qui vient de mourir a bien mérité de la religion comme des lettres, et que, au total, son œuvre a été grande, salutaire et bonne. Dieu se chargera de le démontrer plus tard.

Il eut des outrances de valeur et même d'animosité, soit! mais, d'un bout à l'autre de sa carrière, il combattit le bon combat. Il fut un soldat et fut aussi un homme; et, la part faite de sa passion belliqueuse et de son humanité, il reste un héros, et des plus purs qui aient existé jamais. Ce fut oc le bon sergent du Seigneur Jésus-Christ », — comme saint Louis, son patron, lequel fut un saint, un soldat, et aussi un homme!

Ce qui revient à dire que Veuillot ne fut pas impeccable ; non ! pas même dans son style, qui cependant est le plus sainement correct que je sache, et le plus orthodoxe au point de vue de la vraie grammaire et du vrai génie de notre langue française.

Toute la vie de Louis Veuillot se résume dans la défense incessante de l'Église catholique et romaine. Nul plus que lui n'aima Rome et la Papauté, nul n'en fut dans notre pays plus infatigable apologiste. Peu d'épées frappèrent autant que cette plume.

570 HOBCMAGBS A LOUIS VEUILLOT

Dans la Gazette du Midi, de Marseille, M. Charles Garnier publie un article où, au milieu de certaines réserves politiques, on lit :

C'est dans le labeur quotidien de V Univers qu'il s'est

surtout dépensé; c'est là qu'il a révélé avec le plus d'éclat pour sa cause les aptitudes de polémiste dont Dieu l'avait doué. Disons-le sans hésitation, il fut le premier polémiste de la presse française.

Comme littérateur, Louis Veuîllot est au-dessus de la plupart de ses contemporains les plus renommés. Il n'était pas de l'Académie française ; mais aucun académicien n'écrit la langue française avec autant de précision et de pureté.

Le Journal de Marseille a rappelé, par la plume de M. Rostand, les leçons contenues dans le livre célèbre : le Lendemain de I0 vietoirey puis a conclu ainsi :

J'ai voulu relire cela : faites-en autant, et vous ne douterez pas que l'athlète qui dort depuis deux jours dans la paii, le crucifix sur le cœur, n'ait été un penseur puissant, un convaincu dans ce temps débile, un fier écrivain.

Le Citoyen, de Marseille :

Louis Veuillot fut avant tout un homme de foi. Toute son œuvre le proclame.

Ceux que fustigea sa verve impitoyable l'accusèrent de manquer de charité chrétienne. Ah ! ce fut là le grand grief de ces bons apôtres, si modérés, si évangéliques eux-mêmes a l'égard des cléricaux. Eh bien! non, le reproche ne portait pas. Certes, nous ne nions pas les violences du polémiste; mais combien légitimes! combien justifiées! D'ailleurs, que lo^ y regarde de près, et l'on se convaincra qu'elles s'adressent, en général, plus à l'œuvre qu'à l'ouvrier, et que les idées sont plus en cause que les personnes. Si l'invective lancée au sophisme atteint, d'aventure, le sophiste, le malheur après tout n'est pas grand. N'est-ce pas de Maistre qui a dît : « On n* rien fait contre les doctrines tant qu'on n'attaque pas les personnes »? Ce n'est pas nous qui nous plaindrons que les traits de Louis Veuillot soient allés à leur adresse.

Horace Lours.

Un second article du même journal, dû à M. Félix Dupont, est toute une étude sympathique et chaleureuse sur Louis Yeuillot. L'auteur constate le grand spectacle donné par les funérailles, et le cortège plus éclatant encore que la presse par ses articles a fait « au g^and chrétien qui depuis un demi-siècle défendait l'Église ».

h* Espérance du peuple, de Nautes :

Nous n'avons point la prétention de porter un jugement complet sur cet homme mêlé à tant de luttes, et nous ne pouvons apprécier tous les coups qu'il porta ; mais il y a un point sur lequel tout le monde est d'accord : c'est l'immense talent de l'écrivain. M. Veuillot fut un maître en l'art d'écrire : il a pris parmi nos littérateurs une place à part ; il a escaladé avec un succès sans pareil des sommets inconnus aux écrivains qui avaient avant lui illustré les lettres françaises.

Le rédacteur en chef de V Univers est le premier des journalistes : ce titre de gloire lui est incontesté ; et nous sommes flatté que, parmi tant d'esprits vifs, alertes, brillants, hardis, éloquents, la palme appartienne à un catholique.

Un trait qui nous plaît particulièrement en lui, c'est son dédain de la popularité.

Ce dédain de la popularité est la marque d'une nature élevée et d'un caractère fort. Martin.

U Union du Midi^ de Toulouse :

Il faut tenir par quelque côté à la presse quotidienne pour apprécier dans toute son étendue et dans sa haute valeur l'œuvre du rédacteur en chef de V Univers. Celui-là fut vraiment un maître. Amis et adversaires doivent le reconnaître pour tel, sous peine d'ignorer le premier mot de ce rude et difRcile labeur qu'on appelle le journalisme. Il eut de son vivant le privilège d'éveiller de violentes colères et d'ardentes sympathies. Mais les sots peuvent seuls nier la puissance et la souplesse d'un esprit tel, qu'il faut penser tout à la fois à Juvénal, à Rabelais et à de Maistre, pour le comprendre et pour le définir.

Maisonneuvb.

Le Messager de Toulouse :

Louis Veuillot est, d'occasion, violent, caustique, brutal; il n'est jamais grossier ni ordurier. S'il emprunte un terme à la

langue verte, il sait si bien Tenchâsser, que le vil carbone, épuré, décrassé, brille comme un diamant.

A certaines heures, il y avait de la tendresse dans sa colère. Ce vigoureux esprit, qui aime à se montrer impitoyable, a des accents d'immense miséricorde pour les petits, pour les souffrants, pour le peuple que Ton trompe.

Littérairement, ce fut un styliste de premier ordre, un journaliste hors ligne, un grand artiste.

Il est de ceux qui ont le mieux dompté cette grande dominatrice que nous appelons la langue française.

FiRMIN Boissiff.

La Champagne^ de Reims :

Il lutta et il fut victorieux. Telle est Tépitaphe qu'on pourrait graver sur la tombe de Louis Veuillot. Il lutta toute sa vie; et toute sa vie, depuis le jour où commença la lutte, il fut victorieux. Sa première victoire fut remportée sur lui-même : il avait alors vingt-cinq ans...

Homme d'une seule pièce, il ne voulut avoir aucun défaut à sa cuirasse. Il n'eut pas de fanatisme — ce mot n'aurait pas de sens, appliqué à lui — il eut la foi, la foi entière, et il la défendit encore plus contre ceux qui la discutaient et voulaient l'accommoder aux goûts du jour, que contre ceux qui la niaient..

Nous ne somme points de taille à parler de cet homme illustre, comme il convient de le faire ; mais nous pouvons lui rendre hommage, et c'est ce que nous faisons.

Brunet de Boyer.

La Gazette de Nimes :

Même les adversaires les plus acharnés de M. Louis Veuillot sont obligés de reconnaître la sincérité de ses convictions, la loyauté de sa polémique, les qualités incontestables de son style; pour nous, M. Louis Veuillot, à part certaines dissidences sur quelques points secondaires, était, de plus, un de nos chefs incontestés et le champion le plus ardent de la cause catholique.

Sa mort est un deuil pour tous les catholiques. Mais le souvenir de ses œuvres ne fait aujourd'hui que se raviver davantage ; elles ne s'effaceront jamais de notre cœur, et notre reconnaissance pour ce héros sera étemelle.

Cet humble tribut de notre admiration exprime bien imparfaitement les pensées qui se pressent dans notre esprit et les sentiments qui animent notre cœur; mais nous avons tenu à mêler notre faible voix à celle de toute la presse, et, les larmes aux yeux, nous venons déposer ce faible hommage sur cette tombe où va descendre un si illustre écrivain et un si fervent catholique. F. Chapot.

UEclaùf de Montpellier :

Nous nous inclinons profondément devant la dépouille du glorieux maître, et nous exprimons le vœu que de cette « poussière » encore éloquente il sorte, comme du sang des martyrs, cette vertu qui fait germer les forts, les invincibles.

La Gazette du Centre y de Limoges :

Louis Veuillot a eu la passion de la vérité et tout le courage nécessaire pour la dire toujours. Dire la vérité en notre temps, ce n'est pas petite affaire: il faut la défendre, non seulement contre les ennemis, mais contre les amis eux-mêmes, et ces derniers ne son^ pas toujours les plus accommodants. L'unité s'est faite en France autour de la chaire de Rome; l'Église de France a grandi : l'avenir dira quelle part considérable revient au rédacteur de VUniçers dans ce mouvement de notre pays catholique, rompant enfin avec tous les préjugés gallicans des siècles passés. Puisse le rétablissement de l'orthodoxie religieuse être l'heureux prélude de la restauration de la vérité politique !

On lui a reproché la vivacité et l'âpreté de sa polémique : on oublie la violence de ses adversaires. Se rappelle-t-on qu'un jour l'évêque d'Orléans eut la fantaisie de jeter l'interdit sur V Univers? Le procédé était au moins un peu vif. On disait alors qu'il ne convenait pas qu'un laïque fît la leçon aux évêques : nous nous rappelons ce mot bizarre de cette époque. Pourquoi un laïque ne ferait-il pas la leçon à un évêque qui entreprend de la faire à un pape ? Les Falloux et les Montalembert n'étaient-ils pas aussi des laïques qui prétendaient dogmatiser, comme leurs devanciers de Port-Royal ?

E. Rayet.

574 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Les Alpes dauphinoises^ de Grenoble :

L'Eglise catholique vient de perdre un de ses plus ardents défenseurs; la France, un de ses grands écrivains. M. Loois Veuiilot n'est plus. Cet homme de bien, ce chrétien ardent et convaincu, fut un polémiste des plus redoutables. Mais ses adversaires, ses ennemis mêmes, ne purent jamais lui refuser les qualités qui commandent l'estime, c'est-à-dire, la siDcérité des convictions, la loyauté du caractère, l'inébranlable fidélité aux principes...

Le Morbihannais, de Lorient :

Louis Veuiilot fut l'une des plus grandes figures de notre siècle. Il a été un des plus ardents promoteurs du mouvement religieux, si accentué depuis une quarantaine d'années.

Devant cette tombe qui vient de s'ouvrir, nous nous inclinons avec un profond respect et une vive émotion. D'autres retraceront cette vie si bien remplie, rappelleront ce que ftitce chrétien qui refusa les honneurs, préférant à tout l'honneur de servir Dieu et l'Eglise. Pour nous, admirateurs sincères et constants de Louis Veuiilot, qui partageons la douleur de sa famille, de ses dévoués collaborateurs, nous dirons à ceux qui le pleurent : Consolez-vous, écoutez la parole de Notre Seigneur :

« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. »

Le Moniteur des Pyrénées, de Pau :

Ce noble cœur fut possédé tout entier par le sentiment religieux, sitôt que la lumière d'en haut eut pénétré l'esprit aussi vif que sincère et loyal. Dès lors commença cette lutte ardente comme la foi qui l'inspirait, et qui ne s'est terminée qu'avec la vie.

Le cerveau de ce grand penseur, doué de facultés merveilleuses, devait être apparenté avec Pascal, Bossuet, Rabelais et la Fontaine. C'était un Gaulois devenu chrétien. « Je suis catholique avant tout et au-dessus de toute autre considération, disait-il: Dieu d'abord, le souverain ensuite. »

Par son tempérament, son caractère et son talent hors ligne, comme par ses œuvres, Louis Veuiilot restera une des figures les plus accentuées de notre époque. Son nom ne peut plus mourir. S. D.

HOBCMAGES A LOUIS YEUILLOT 575

\j' Océan, de Brest, a encadré de deuil un article où nous lisons:

C'est avec vénération et les larmes aux yeux que nous saluons le cercueil de celui qui fut le premier publiciste de ce siècle et Thérolque défenseur de la Papauté contre la Révolution. En réalité, il semblait que, depuis la proclamation de Tinfaillibilité pontificale par le concile du Vatican, œuvre à la réalisation de laquelle, dans un ordre tout à part, il avait constamment aidé de toute la puissance de son génie et de son infatigable activité à combattre les intrigues, la mission du grand adversaire du libéralisme fût terminée.

Nous pleurons en lui un confrère qui honora la profession de journaliste, et un modèle que jamais nul n'égalera , mais dont l'admirable dévouement à rÉgilse nous a tracé la voie du sacrifice et de l'amour. H. Chavanon.

Le Progrès national^ de Troyes :

C'était le génie des batailles de la presse.

Le travail et la lutte ont eu raison de cette fière nature.

Le maître est mort comme meurent les saints, après avoir reçu en pleine connaissance les secours de cette religion au service de laquelle il a usé ses forces et sa vie...

Louis Yeuillot n'est plus, mais son nom et ses œuvres passeront à la postérité. Maillard de Brots.

La Bourgogne^ d'Auxerre :

Il était notre mattre , il était aussi notre ami : car il aimait tous ces humbles du journalisme qui défendent, selon leurs forces, la cause de l'Église, c'est-à-dire, la cause de la vérité.

L'histoire, si tant est qu'il y ait encore une histoire, dira ce qu'elle voudra sur ce grand lutteur : le Christ et l'Ëglise, entre les bras de qui Louis Veuillot s'est éteint , l'ont déjà récompensé.

Ce sont de ces récompenses qui valent mieux que tous les trésors et que tous les honneurs. Oct. Chambon.

"L'Espérance, de Perpignan, encadrée de noir : C'était un homme du moyen âge, puissant pour l'action, rude au combat, doux et humble de cœur. Ainsi furent les pre-

miers chevaliers chrétiens, de modeste naissance et d'anoblissante lignée, pierres angulaires d'un monument et d'une race.

A d'autres la nomenclature de ses œuvres. Le monde contemporain les connaît ; l'Eglise les a bénies et les garde à Thistoire; les lettres s'en sont enorgueillies. En toutes, articles du jour et brochures du temps, épanchements de l'amour catholique et coups de fouet cinglant la pourriture contemporaine, Louis Veuillot reste un soldat, un victorieux, un champion:— il balaye devant l'Eglise la boue profonde du siècle, et porte au-dessus du cloaque nettoyé le glorieux drapeau du Christ. A ce labeur, il fallait un bras robuste comme le sien, bras d ouvrier armé pour Dieu.

De cette carrière (du journalisme) suante et mélangée, où la gloriole frelate la gloire, où l'intérêt frelate l'honneur, où la passion et l'exigence hâtive de l'heure frelatent la langue, Veuillot a fait la carrière du soldat chrétien , glorieuse dans l'humilité du salaire et l'éclaboussure des insultes reçues, honorable de tout l'honneur qui resplendit sur la croix; profitable aux lettres, qu'elle enrichit d'un nouveau langage, le langage nerveux et correct du combat, la phrase dont chaque mot, rapidement porté, savamment agencé, blesse ou guérit, honore ou condamne, abat ou relève: — armes toujours levées et toujours' frappant pour Dieu, l'Église et la Patrie.

A cette campagne sans trêve, où les plus forts succombent vite, Veuillot a mis cinquante ans à mourir; l'athlète fatigué s'est couché comme le vieux Corneille, après avoir usé toutes ses armes. Autour de ce cercueil où finit la contradiction et commence la récompense sans fin, autour de cette famille héritière et copartageante des grands combats du soldat rappelé à Dieu, et sous les nobles témoignages de toute TEglise portant aujourd'hui le deuil de son plus vaillant avoué, serrez vos rangs, écrivains catholiques. C'est à vous qu'appartiennent, avec le premier honneur, les plus intimes douleurs de cette mort. C'est là que vous prendrez vos plus fermes leçons et la confirmation de vos plus invincibles espérances. De cette grande place vide, que nul ne se reconnaît de taille à remplir, reportons nos regards vers le ciel ; prions tous pour celui qui nous apprit à combattre, et relevons-nous plus forts, pour marcher, comme lui, toujours en avant, jusqu'à l'heure de la recompense éternelle. Paul Farochox.

Le JRoussillony qui parait également à Perpignan, a rendu, par la plume de son rédacteur en chef, M. Alfred Tastevin, un hommage non moins sympathique à Louis Veuillot.

Le Courrier de la Dordogne^ de Périgueux :

C'est pour nous un devoir de saluer au passage la mémoire de ce grand soldat de Dieu, dont les coups terribles firent si souvent reculer Tennemi. Aux haines implacables qu'il déchaîna, aux outrages dont on l'abreuva, on reconnaissait un robuste et on se disait tout de suite : a Celui-là est puissant qui est bal de la sorte. »

Il fut hal, c'est là sa grande gloire, de tous les pieds-plats et les envieux de la philosophie et de la littérature, et des tristes farceurs de la libre pensée. C'est à ces derniers surtout que Veuillot fit une guerre sans merci: son ironie vengeresse vous les marquait au front comme un fer rouge; il les prenait à belles dents, et, déchirant tous les voiles, il nous montrait quels grotesques ou quels infâmes cachaient ces oripeaux de la philosophie et de la libre pensée.

La mort de Louis Veuillot sera pour les catholiques un deuil national, surtout en ce moment où l'Eglise, plus attaquée que jamais, aurait eu plus que jamais besoin du bras de ce vaillant. Charles Bussières.

Même langage dans V Eclair eur de la Dordogne, de Bergerac, et dans le Courrier du Berry, de Bourges.

UEspérance, de Nancy :

L'Univers a été supprimé pendant cinq à six ans, pour avoir publié l'excommunication lancée contre les auteurs et les complices des spoliations italiennes. Veuillot savait à quoi il s'exposait; mais le devoir parlait, et il passa outre.

Il passa outre toutes les fois que les croyances étaient en jeu; et c'est pour cela que, partisan de l'empire à son début, il en devint plus tard, non un adversaire, mais un censeur austère. Les opinions furent toujours sacrifiées aux convictions.

h' Union de Bretagne^ de Rennes :

C'est à Jésus-Christ que Louis Veuillot avait voué sa vie; c'est à sa gloire qu'il a voulu laisser le meilleur produit de son génie.

£n lui, rhomme valait le publiciste militant. Il mettait dans ses habitudes de chaque jour la vivacité d'une foi pratique, amie des bonnes œuvres. Son âme excellente était ouverte aux délicatesses de l'amitié; on ne faisait pas inutilement appel à ses initiatives généreuses, quand il y avait une conscience à éclairer, un malheur spirituel ou matériel à prévenir ou à soulager Georges Gandy.

Le Journal d'Indre-et-Loire, de Tours :

Louis Veuillot vient de mourir. La presse, qui a si longtemps retenti de son nom, est une dernière fois tout occupée de lui. Chacun rend un dernier hommage au talent et au caractère du maître de tous dans le journalisme, ou lance une dernière injure à la mémoire du plus grand satirique de notre siècle. La mémoire de M. Louis Veuillot est de celles que les injures grandissent, et qui n'a pas besoin d'être défendue.

Mémorial de l'Allier, de Moulins, même langage.

L'Union franc^comtoise, de Besançon :

D'autres plumes, plus éloquentes et plus autorisées que la nôtre, retraceront certainement la carrière de ce vaillant soldat catholique, qui fut en même temps un des premiers écrivains de notre époque, — et nous nous promettons de reproduire les articles qui seront consacrés à sa mémoire.

Mais, dès aujourd'hui, nous tenons à adresser à son frère, qui continue dans la presse sa mission de dévouement et de combat pour la vérité, à sa famille et à nos distingués confrères de V Univers, l'expression émue de la part sincère que nous prenons à leur deuil. J. Boxxet.

L'Union, de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), exprime les mêmes sentiments.

Le Balai, de Marseille :

Devant la tombe qui vient de se fermer, au sotivenir de cette grande existence, nous, les jeunes, les humbles, les

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combattants inexpérimentés encore de la grande lutte, nous nous découvrons avec respect, nous nous inclinons devant cette grande figure à qui Dieu vient d'ouvrir les portes de réternité, et lui payons notre tribut d'hommages et d'admiration.

'L'Impartial du Finistère, de Quimpcr :

Quelle supériorité de jugement chez cet homme! quelle énergie ! quel dévouement !

Au milieu des faiblesses d'une époque où, sous le fallacieux prétexte de conciliation, on travaille à l'énervement de tous les caractères, il sut rester ferme et inébranlable.

L'infatigable champion de l'Eglise et de la société est allé recevoir au ciel la récompense que Dieu a promise à ceux qui observent ses commandements et travaillent à sa gloire.

U Indépendance bretonne ^ de Saint-Brieuc , tient un langage identique.

Citons ici, parmi les feuilles qui ont reproduit en s'y associant, les unes complètement, les autres avec quelques observations dictées par la politique, les articles clogieiix des journaux de Paris : le Nouvelliste de Rouen; la Guienne^ de Bordeaux; le Courrier du Havre, le Courrier de la Nièvre^ le Conservateur de l'Aisne^ le Messager de l'Allier; le Poitou^ de Niort; le Courrier de la Vienne, le Périgord, le Courrier des^ Ardennes, le Moniteur Orléanais; le Courrier du Nord-Est, d'Epernay; la Foi bretonne, de Rennes; le Bien public, de Dijon; VArmorique, de Saint-Brieuc.

La Décentralisation, de Lyon, qui, dès le premier jour, avait rendu hommage à Louis Veuillot, a en outre publié cette déclaration :

Les anciens rédacteurs de la Gazette de Lyon restés sur la brèche tiennent à honneur de payer leur tribut d'hommages à la mémoire de Louis Veuillot. Avec lui ils ont combattu durant de longues années le même combat pour Dieu et la France; avec lui ils ont souffert la même persécution. L'acte de brutal despotisme qui atteignit V Univers sous l'Empire fut suivi, à bref délai, de la suppression de la Gazette de Lyon.

Loin de nous la pensée d'établir le moindre parallèle entre le talent inimitable de l'incomparable polémiste et les efforts d'humbles écrivains qui luttaient obscurément dans la Gazette

580 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

de Lyon ! Maïs, d'un côté comme de Tautre, nous retrouTODS du moins les mêmes convictions, la même ardeur à la lutte; d'un côté comme de l'autre, les destinées fatales furent égales. C'est notre titre de gloire.

Au nom de la Décentralisation, nous tenons aussi à payer un tribut à la mémoire de Louis Veuillot : la Décentralisation n'a-t-elle pas hérité de la mission qui fut celle de la Gazeue de Lyon ?

Soldats de la fille aînée de l'Église, nous saluons la tombe de celui qui fut notre chef par sa vaillance et son talent, notre modèle par son indomptable vigueur ; du hardi capitaine à la suite duquel nous apprîmes à combattre, visière levée, d'arrogants adversaires, trop longtemps redoutés au delà de leur valeur réelle.

Le rude athlète est parti ; nous restons sur le champ de la lutte. Quoi qu'il arrive, à son exemple, nous continuerons à faire face à l'ennemi. Terrassés, triomphants, frappés à mort, nous redirons toujours avec un calme égal : Que la volonté de Dieu se fasse ! dernières paroles du grand chrétien sur son lit d'agonie ; paroles qui furent la devise de sa vie entière, qui fut et reste la nôtre. Noël Lb Mire.

Le Messager d'Ind/ e-et-Loirej

Le grand athlète n'est plus! Depuis cinq ans il se mourait; frappé soudainement à la tête comme tant de vaillants écrivains, il avait été blessé à mort : ne plus lutter, c'était pour lui cesser de vivre. Il est descendu lentement vers la tombe, témoin attristé de la persécution de l'Église, souffrant plus encore de son inaction forcée que de la maladie qui avait brisé sa plume

D'autres loueront les brillantes qualités de l'écrivain; la belle langue littéraire qu'il s'est créée, riche et nerveuse, si vraiment originale et si vraiment française ; son esprit et sa verve de polémiste, son éloquence et ses éclairs de génie: aujourd'hui, devant sa tombe à peine refermée, nous ne voulons exalter que son admirable sincérité.

L'hypocrisie rationaliste avait fait de Voltaire le grand impie du dix-huitième siècle; la sincérité a fait de Louis Veuillot le grand chrétien du dix-neuvième siècle.

Il a combattu pour la vérité avec la vaillance des anciens preux ; il l'a défendue sans relâche contre le libéralisme, qui en

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est la fausse apparence, et, par cette lutte incessante, il Ta fait prévaloir dans la plupart des esprits, préparant ainsi son triomphe au concile du Vatican. C*est là son plus beau titre de gloire.

Voilà pourquoi, lorsque ses adversaires mêmes saluent avec respect la tombe du grand écrivain, il appartient aux catholiques de rendre hommage surtout au grand chrétien.

J. Messire.

Le Courrier d'Eure-et-Loir :

Jamais Louis Veuillot n'a hésité quand il lui semblait qu*un devoir l'appelait, quand il s'agissait pour lui de défendre cette vérité dont il était l'amant passionné.

Il a souffert pour elle ; il s'est créé à son service de rudes inimitiés : rien ne l'a fait dévier du droit chemin qu'il s'était tracé.

Les regrets et l'admiration ne sont point le seul tribut que l'on doive à de tels morts. Chrétien, nous parlons à des chrétiens aussi. Ils voudront avoir, nous en sommes sûrs, un souvenir particulier devant Dieu pour l'homme de bien, pour l'incomparable écrivain qui a généreusement usé sa vie au service de Dieu et de la sainte Église. H. D.

Revue catholique de Troyes :

Depuis plusieurs années déjà le plus vaillant athlète de la presse moderne avait quitté le champ de bataille. Dieu tout à coup avait brisé sa plume et l'avait forcé au repos. Celui qui avait usé sa vie à la défense de l'Église était traité en chrétien héroïque. Le silence se faisait autour de son nom ; le fort devenait impuissant, et, avant la couronne de la gloire du ciel, il fallait porter la couronne de ceux qui suivent Jésus-Christ!

Désormais, à l'abri de tout orgueil humain, les trésors amassés par l'infatigable ouvrier n'avaient plus rien à craindre ; ils lui étaient conservés sans réserve pour le grand jour de l'éternité.

Et maintenant que la mort a fait entrer M. Louis Veuillot dans la terre des vivants, voici que de toutes parts s'élève un concert de louanges ; de ces louanges pures, désintéressées, spontanées, volontaires, qui donnent la gloire et consacrent un nom.

582 HOMHAGES A LOUIS VEUILLOT

Oui, ce nom vivra dans la mémoire reconnaissante des chrétiens : car il rappelle des œuvres généreuses, entreprises pour rhonneur de Dieu, et poursuivies avec un mâle courage, sans intérêt personnel et sans profit humain.

M. Louis Veuillot laisse un précieux enseignement à notre siècle, si préoccupé en toute chose des bénéfices et des intérêts. Il n'a vu que le noble but de servir l'Église, et il n'en a jamais poursuivi d'autre. C'est ce qui donnait tant d'énergie à sa parole, et tant de force à ses coups. Ses plus farouches adversaires étaient contraints de l'estimer; et l'Église, qui cherche avant tout les biens éternels, était fière d'être défendue par un fils si désintéressé.

Prions pour ce frère illustre qui nous a quittés; que nos prières soient ardentes pour celui qui ne s'est jamais épargné pour nous défendre, et pour soutenir en notre faveur tout le poids du combat, et afironter la haine de nos ennemis.

Dieu lui avait donné r<ibondance des talents ; il a su les faire valoir au centuple, et il a fait voir ce que peut un homme au service d'une noble cause. Mais quel homme n'a reçu du Ciel au moins un faible don ? Que chacun le consacre à servir Dieu et l'Eglise, et que le souvenir de M. Louis Veuillot nous anime, nous encourage, excite notre paresse et nous fortifie pour les luttes de l'heure présente. Ph. G.

h' Union de VauclusCj d'Avignon :

Le tempérament essentiellement militant de M. Louis Veuillot n'était pas du goût des peureux, des pusillanimes, des timides, qui, sous le nom de « modérés », prêchent qu'on doit se soumettre aveuglément et passivement à toutes les exigences des pouvoirs établis, par cela seul qu'ils sont établis; et bien des fois il a été blâmé, critiqué, condamné même, par ceux dont il avait épousé la cause et pour lesquels il souffrait persécution.

Le Saint-Siège lui donna toujours raison contre ses détracteurs.

Parmi les journaux qui ont reproduit, en s'y associant, des articles élogieux de la presse parisienne, citons encore ici, a mesure qu'ils se présentent : le Courrier breton, de B^ennes; Y Echo du Vclay, du Puy; le Courrier des campagnes, de Lorient; YEcko de la Lys, d'Aire; le Petit Savoisien, d'Annecy; le Courrier de Saône-et-Loire, de Chalon-sur-Saône.

Le Courrier des Deux-Charentes, de Saintes :

On a accusé Louis Yeuillot de haine ; jamais il n'a connu cette vile passion. Lui-même Ta dit : la haine n'est point entrée dans son cœur. Il n'y- a ni à l'excuser ni à l'accuser: il a écrit comme il a senti. La foi l'illuminait, et il aurait voulu faire entrer la lumière dans l'esprit de ses adversaires à coups de sifflet. Que ceux qui persistent à voir en lui un homme haineux et sans cœur lisent son Paris pendant les deux sièges: ils verront comment son âme si française a été tour à tour déchirée par nos désastres, et soulevée de honte et de dégoût par cette abominable orgie qui n'a même pas le droit de s'appeler un gouvernement. Ce livre, il y a mis sa chair et son sang. Qu'ils le lisent, et disent franchement s'ils entendent souvent d'aussi fiers et d'aussi nobles accents.

Au journal, il ne mouchette pas plus .sa plume que dans ses ouvrages. L'ironie est entre ses mains une massue qui assomme l'adversaire. Il est toujours sur la brèche, combattant ce qui lui paraît contraire au bien public, — faisant de l'opposition, sans jamais nier le droit du pouvoir, — soutenant le gouvernement, non parce qu'il était le gouvernement , mais parce que, dans ce temps-là, le gouvernement était lui-même sa cause, — et en le soutenant gardant toujours sa liberté.

\ . . Nous saluons en lui non seulement l'éminent écrivain que nous avons été fiers de compter dans nos rangs, mais encore le grand plébéien, l'image du vrai peuple incarné dans ce lutteur infatigable... Henri Mbrvanne.

h' Observateur, de Nantes :

On peut tout dire de Veuillot en une phrase : G!est l'un des plus grands catholiques de ce siècle.

Pendant quarante annnées d'une lutte sans trêve, pleine do douleurs dont il emporte le secret, le catholicisme a occupé toute son âme.

Veuillot a défendu ses doctrines sans errer; il a eu une grande part dans ses conquêtes, sans en profiter, et dans ses gloires, en restant humble; il a ressenti toutes ses souffrances sans découragement; il a combattu ses ennemis sans faiblesse et sans injustice, et il les a tous terrassés sans orgueil.

Il s'est saisi d'une arme nouvelle, que les catholiques, jusqu'à lui, avaient à peine appris à manier, et qui semblait surtout forgée contre eux ; en un jour cet étonnant athlète l'a faite sienne.

584 HOHHAGES A LOUIS VEUILLOT

et il a porté avec des coups plus terribles qu'aucun autre : c'était une partie de sa mission providentielle de prouver que, dans la presse comme partout ailleurs, le premier rang appartiendra à un catholique. C. A. R.

U Ordre y de Mayenne :

Ce qu'il a dépensé d'efforts, de science, d'esprit, d'intuition, pour mettre en lumière la vérité et chasser les nuages qui l'obscurcissent, est prodigieux, et l'on a eu raison de dire que le géant de la presse catholique est tombé...

La crise que nous traversons ne pourra être conjurée que par un retour sincère à la vérité tout entière, et ce n'est pas par une dangereuse condescendance envers l'erreur qu'on arrivera à l'exterminer* Ce qui se passe prouve jusqu'à l'évidence que Yeuillot avait raison. Hors de l'Eglise, pas de salut.

Ch. Trouillard.

La Gazette d* Auvergne ^ de Clermont-Ferrand :

On savait déjà ce que valait Louis Veuillot vivant, encore que la haine et l'envie eussent essayé cent fois, mais vainement, de le rapetisser : mort , il est apparu dans toute sa grandeur d'athlète invincible, invaincu ; et ceux-là mêmes qui jadis avaient éprouvé la puissance de sa plume, nous allions dire de son bras, se pressaient derrière son cercueil, dans ce cortège magnifique, spontané, qui accompagna jusqu'au lieu du repos le plus grand journaliste de notre époque, et que nous comparerions à une apothéose, si ce mot païen n'était hors de propos, appliqué aux obsèques de celui qui fut avant tout et par-dessus tout catholique...

Et quelle œuvre que la sienne ! quelle somme effrayante de travail représentent ses livres et ses articles ! Quand on y songe, on se demande comment une vie d'homme a pu sufQi'e à accomplir ce tour de force digne d'un Titan, avec cette différence que la tentative des fils de Titan demeura stérile, tandis que l'œuvre de Louis Veuillot fut et restera féconde... J. Gubtton.

Nommons encore, comme ayant exprimé des sentiments identiques, le Conservateur du Tarn, le Courrier normand ; le Conciliateur ^ de Tarascon; le Courrier du Jura.

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 585

Le Viganais :

De toutes parts, même des camps ennemis, des voix se sont fait entendre pour rendre hommage à ce grand caractère et à ce beau talent ; toute la presse a été unanime à saluer ce vaillant lutteur, qui, pendant près d*un demi-siècle, fut toujours à la brèche, recevant des coups et en donnant à son tour; et à ses obsèques, qui ont pris les proportions d'une imposante manifestation, la présence de toutes les notabilités du clergé, des ordres religieux, de la presse, de l'Académie française, a dit assez haut quelle perte considérable faisait notre pays, déjà si pauvre en grands hommes !

Le Viganais considère comme un devoir de joindre sa voix, si humble soit-elle, à ce concert d'hommages qui a retenti autour de ce cercueil ; il tient à honneur de déposer auprès de cette tombe à peine fermée le tribut de ses regrets et de son admiration.

Les journaux catholiques de dos colonies ont parlé de même sorte. Ils nous pardonneront de ne pas les citer en même temps que nous les remercions.

Nous savons bien que cette revue de la presse catholique, royaliste, conservatrice, de la province n'est pas complète ; elle ne peut pas l'être. Tous les journaux qui ont parlé comme ceux que nous venons de citer ou de nommer, ne nous sont pas parvenus; et parmi ceux que nous avons reçus, bon nombre ont été oubliés ou perdus. Néanmoins, ce qui précède suffit à montrer quels légitimes hommages ont été rendus par toute la presse de l'ordre à Louis Veuillot.

Quant à la presse révolutionnaire, elle a, dans les départements comme à Paris, loué l'écrivain, reconnu le ferme caractère de rhomme, et plus ou moins insulté le catholique, plus ou moins faussé son rôle en le représentant comme ayant eu dans les affaires de l'Eglise une prépondérance qu'il n'est donné à aucun homme d'avoir et dont la seule pensée lui eût fait horreur. Nous avons dû, afin de tout indiquer, citer là-dessus quelques feuilles parisiennes : c'est assez.

Nous terminerons cette revue très écourtéc de la presse départementale en signalant deux études développées et fort remarquables au point de vue des jugements , de la forme littéraire et du sentiment chrétien, publiées, l'une par la Presse langroise^ et l'autre par le Glaneur^ de Sarlat. Ces études, dues, la première, à

M. Henri Yillard, bâtonnier des avocats de Langres ; la seconde, à M. E. de Monzie, ont été réimprimées à part. On en trouvera des extraits plus loin.

Nous mentionnons ici, à part, entre la. presse départementale et la presse étrangère, la presse d'Alsaee-Lorraine. Les feuilles catholiques de nos anciennes provinces ont rendu d'éclatants témoignages à Louis Veuillot. Si elles l'avaient pu, elles auraient surtout montré qu'en défendant l'Eglise comme il le faisait, qu'en travaillant à donner à la France un gouvernement chrétien, il travaillait mieux que personne à maintenir chez les Alsaciens et les Lorrains les sentiments français.

Forcé de faire court, nous nous bornons à citer l'article suivant de la feuille strasbourgeoise V Union d'Alsace :

Nous devons signaler un événement important pour la cause catholique : c'est la longue liste des manifestations enthousiastes qui se sont produites en l'honneur de Louis Veuillot, et que V Univers publie chaque jour depuis son décès. Depuis plus de huit jours, ces hommages remplissent chaque fois une dizaine de colonnes de la feuille. Nous voyons là la manifestation d'un profond sentiment. La nécessité de défendre la cause catholique devient de plus en plus claire. Veuillot n'a pas été compris pendant longtemps. Ses ennemis sentaient sa puissance : de là leurs clameurs. L'on peut toujours recueillir là un indice infaillible de ce qui nous est utile. Us haïssent, donc nous devons aimer. Mais les amis ne comprenaient pas. Ils attribuaient sa polémique à la passion; en général, ils ne voulaient point de polémique.

Veuillot savait écrire dans le genre doux et suave; raais il allait au plus pressé, et, quand le feu est à la maison, le plus pressé est de courir au feu ; quand l'ennemi arrive, le plus pressé est de lui tomber dessus. On ne comprenait point cela. Chez nous aussi l'on ne comprend point assez ces choses-là. La polémique est nécessaire. Il faut dévoiler les ruses, les plans et les batteries des adversaires. L'ennemi peut bien mettre quelquefois un masque pour tromper le public; mais ne seront trompes que les sots ou les vendus. Ceux qui ont des yeux pour voir seront toujours reconnaissants à qui arrachera le masque.

Cependant Veuillot ne combattait pas seulement contre los ennemis déclarés. Il avait des amis qui. ne méritaient pas ce nom, des catholiques qui pactisaient avec, l'ennemi. Conlrc

ceux-ci il était aussi impitoyable que contre les ennemis déclarés. Les droits de la vérité et les droits de TEglise doivent être défendus et contre ceux qui les attaquent et contre ceux qui les livrent. Il était étrange de voir les catholiques à principes peu corrects s'exclamer contre lui avec le même acharnement que les universitaires les plus impies. Aimer l'Église, c'était pour les uns et pour les autres être veuillotiste. Ces hommes-là ne soupçonnaient pas la hauteur du piédestal qu'ils dressaient au défenseur de l'Église.

Aujourd'hui Veuillot n'est plus. Nous voyons se produire autour de sa tombe des manifestations. Nous regardons les noms: l'harmonie est touchante. Il y a là d'abord des évêques, des supérieurs des ordres religieux, des missionnaires, tous hommes dont les cœurs battaient à l'unisson du sien ; mais il y a là aussi des hommes que l'on ne s'attendait pas à voir déposer sur sa tombe des hommages d'admiration, des chrétiens ultra-libéraux, des hommes de juste milieu qui passent pour sympathiser fort médiocrement avec le journalisme catholique. Nous n'examinerons pas s'ils sont entraînés par le courant général, ou s'ils parlent spontanément. Mais, quoi qu'il en soit, ils constatent par leur unanimité et la grandeur de l'homme et l'excellence de son œuvre.

Or, cette œuvre, qui se trouve grandie de tous les hommages rendus à l'homme, c'est le journal catholique. Nous avons senti notre âme profondément émue à la lecture de ces lettres, de ces adresses, de ces articles de journaux, où le regret, l'admiration et l'amour mêlent leurs rayons à travers les larmes. Nous avons mieux compris l'œuvre du journalisme catholique, sa nécessité, sa puissance.

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