‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 43 sur 51 · JOURNAUX ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

JOURNAUX ÉTRANGERS

Le journal qui ouvre cette série, bien qu'il paraisse en Italie, n'est pas vraiment un étranger : car c'est l'organe autorisé et reconnu du Saint-Siège, VOsservatore romano :

Une dépêche de Paris nous donne la douloureuse nouvelle de la mort, arrivée samedi dernier, du Nestor des journalistes catholiques, M. Louis Veuillot, directeur de VUnivers,

\. Nous abrégerons plus oncoro ici qu'ailleurs. No suffît-il pas, on effet, d'indiquer par quelques extraits les jugements portés au dehors par la presse sur Louis Veuillot? Bon nombre des lettres publiées dans la première partie de co volume disent déjà, du reste, quels ont été ces jugements.

La cause catholique perd, par cette mort, un de ses plus ardents et vaillants défenseurs ; la France, un de ses plus illustres écrivains.

Louis Veuillot a employé toute sa vie à la défense des droits sacrés de la Papauté ; il mit à cette défense toute Textraordinaire vigueur de son esprit, toute la richesse de son puissant génie, toute la force de sa volonté. Ses brillantes et vigoureuses polémiques, comme ses œuvres apologétiques, sont un monument vraiment plus durable que Tairain, qu'il s'est élevé h lui-même durant sa vie, et qui, après sa mort, rendra sou nom cher et vénéré à tous les catholiques du monde, à tous ceux qui ont le culte de la vérité et de la justice.

La mort de Louis Veuillot est un deuil, non seulement pour la presse catholique de France, mais pour celle du monde catholique tout entier. Et nous prenons la plus vive part à la douleur qui afflige la rédaction de V Univers par la perte de son illustre chef.

Le Journal de Borne a publié plusieurs articles sur Louis Veuillot. Nous donnons le premier et un extrait de l'un des autres :

La presse catholique tout entière est en deuil. M. Louis Veuillot est mort samedi dernier à Paris.

Écrivain de la grande race, 11 fut un journaliste de génie, le plus éclatant certainement des journalistes, nous ne disons pas catholiques, mais français.

L* Univers fut son œuvre principale : pendant plus de trente ans, il y a dépensé toute son ardeur, toute sa foi, et les plus riches dons de son esprit. Il comprit qu'après la chaire, la forme la plus efficace de Tapostolat chrétien, dans les temps modernes, c'est la presse. Il combattit et vainquit presque chaque jour Thydre révolutionnaire par ses propres armes.

On n'improvise pas le récit d'une vie si largement remplie d'œuvres utiles et fécondes, ni le portrait d'un homme si illustre. Louis Veuillot appartient à l'histoire de l'Église et à celle des lettres françaises. Il est de ceux qui, en disparaissant, ne risquent ni l'indifférence ni l'oubli.

Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler que Louis Veuillot fit de V Univers, non pas seulement une œuvre personnelle, mais une institution durable. Il n'appuya pas sa fondation sur le caprice et la mode du jour, mais sur les vérités étemelles, sur les principes qui ne meurent pas. Malade depuis loagtemp

obligé à la retraite, il eut la consolation de voir son œuvre continuer, sans faiblir, sous la direction d'un frère digne de lui, avec le concours d'écrivains formés à son école, les glorieux combats qu'il avait dirigés pendant tant d'années.

Soldat du Pape et de l'Eglise, il monta pendant quarante ans la faction autour du Saint-Siège, écartant impitoyablement les faux amis et repoussant avec une vigueur incomparable l'assaut des ennemis. Sa verve, puisée aux sources gauloises, s'enlevait subitement aux sublimes hauteurs des Pères de

l'Eglise. Il prenait l'adversaire corps à corps, le renversait, le piétinait, l'anéantissait; puis soudain, d'uncpup d'aile, il s'élevait au ciel, dans la région de la doctrine sereine.

Rome ! tel était le centre où convergeaient ses puissantes pensées. Apôtre moderne, il avait été ébloui par la lumière céleste sur le chemin de Rome à Lorette, A Rome, il avait consacré le beau livre des Parfums; c'est à Rome encore qu'il songeait en décrivant les Odeurs de Paris, en flétrissant les Filles impures de Babylone, ou en faisant siffler ses Couleu^ vres vengeresses.

A Rome, en sa longue maladie, on priait pour lui. Pie IX avait honoré Louis Veuillot d'une affection particulière ; Pie IX, dont il avait si ardemment secondé les grands et opportuns desseins, et qu'il avait suivi dans toutes les grandes luttes ! Léon XIII, peu de jours après sa consolante élévation au pontificat, digne héritier des luttes et du courage de Pie IX, recevant au Vatican les délégués de la presse catholique, fit envoyer un témoignage de bienveillance spéciale à Louis Veuillot.

Léon XIII a regretté ce fort d'Israël, comme David a pleuré Jonathas, et les peuples catholiques le pleurent comme les Israélites ont pleuré Machabée. C'est la plus haute récompense à laquelle puisse aspirer un catholique ici-bas, et elle vaut mieux que les fêtes païennes et hypocrites qui entourèrent le cercueil de M. Gambetta

Dès 1840, une immense clameur de liberté s'éleva de la poitrine de tous les catholiques. A la tribune, dans la chaire, retentissaient les grandes voix de Montalembert et de Lacordaire ; dans la presse, bientôt, brilla l'éloquence de Louis Veuillot.

Mais, tandis que les illustres lutteurs de la chaire et de la tribune, le grand seigneur et l'admirable religieux, dans leur désir de réconcilier l'État avec l'Eglise, de donner à la religion le droit de cité dans la monarchie, couraient le risque de

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lier trop étroitement l'une à l'autre, d'enfermer trop complaisamraent l'Église dans les liens civils, et, en la voulant affranchir, de l'astreindre encore à ces lois qui répugnent à sa nature universelle et supérieure, c'est l'humble journaliste qui la garda de ce nouveau péril contre ses éloquents défenseurs eux-mêmes; c'est lui qui revendiqua les droits de l'Eglise universelle contre le particularisme gallican ; c'est lui qui lutta et triompha pour faire enfin prévaloir en France, dans l'âme de l'immense majorité des catholiques, les droits imprescriptibles de l'Eglise romaine.

Il s'agissait, à la veille du concile, d'étouffer le gallicanisme renaissant, de préparer les âmes françaises aux grands travaux théologiques auxquels l'âme prévoyante de Pie IX conviait l'Eglise entière, afin de garantir dans les tempêtes imminentes le dépôt des dogmes du catholicisme, et d'en rassembler le trésor à l'ombre du Vatican.

Les adversaires du concile plaidaient contre l'inopportunité prétendue de la proclamation du dogme antique de l'infaillibilité pontificale. Ils ne se doutaient pas que cette proclamation devait être d'une souveraine opportunité, à la veille du jour où le Pape allait être enfermé, et où il fallait que l'univers entier reconnût en lui, dans sa prison et dans son exil peut-être, le Pasteur infaillible de la vérité dogmatiqne!

Louis Veuillot avait réduit au silence tout contradicteur.

On lui reprocha son manque d'autorité comme laïque.

La vérité perd-elle son autorité dans la bouche d'un laïque? Y a-t-il une vérité sacerdotale et une vérité laïque? L'avocat de Pie IX se trompait-il?...

L'ironie, la violence, furent des armes qu'il retourna contre la Révolution, et il parla en tribun de l'Eglise aux tribuns du forum. S'il avait été prêtre, il n'eût pu parler ainsi.

On l'accusa encore au nom de la charité. La grande charité, c'est le bien des âmes. Dieu fut parfois terrible, et le Christ eut des mots cruels contre les pharisiens et les vendeurs du temple.

Le bruit des querelles est apaisé; l'oeuvre reste, et l'Eglise profite encore de l'œuvre de Louis Veuillot. Elle inscrit son nom en son livre d'or, oubliant les faiblesses humaines et immortalisant les services rendus.

L'œuvre catholique de Veuillot, à meilleur droit que celle de Thucydide, mérite d'être appelée une acquisition pour toujours, XT9i;ji.a lU agi.

Le Moniteur de JRomey journal de nuance libérale, ne consent pas à louer les résultats produits par l'influence de Louis Yeuillot. Il se flatte même de voir disparaître son œuvre, qu'il juge éphémère; mais il ne peut se défendre de dire :

Le journalisme européen perd en lui une de ses gloires. Pendant trente-cinq ans, le directeur de V Univers a rempli le monde de ses luttes. Il a su réunir en sa personne les plus brillantes qualités du publiciste : Tardeur prime-sautière, le tempérament militant, la verve inépuisable, le trait vif et à Temporte-pièce, l'esprît étincelant, un entrain toujours jeune et Tamour de son métier.

Sans rival comme polémiste, il a prêté ù la presse des accents nouveaux. Tour à tour ému et ironique, usant de la raillerie ou du dithyrambe, poète à ses heures, conteur des plus fins et des plus délicats, il a su donner à son style toutes les nuances, il a trouvé tous les accents pour exprimer ses convictions.

On retrouvait en lui la veine gauloise, la vieille tradition que les générations françaises se passent d'un siècle à l'autre, et qyi compte parmi ses représentants le bonhomme la Fontaine et Molière. Cette riche et forte nature n'était point ébranlée dans les mauvais jours : il reparaissait chaque matin, plein de vigueur et d'enthousiasme. On peut dire que nul ne semblait taillé comme lui pour les âpres combats de la presse quotidienne.

Toutes les ressources de son esprit et de son cœur, M. Yeuillot les a mises au service de l'Eglise. Dans les préfaces de ses Libres Penseurs et des Odeurs de Paris, il a raconté lui-même, avec une élévation de langage qu'on a rarement surpassée à notre époque, comment et pourquoi il avait été amené à défendre cette grande et sainte cause; là, comme en maint autre endroit de ses ouvrages, il a parlé des reproches qu'on lui a souvent adressés. Il s'est comparé un jour à l'un de ces Missi dominici que les rois francs et les successeurs de Charlemagne envoyaient pour redresser les torts et rétablir Tordre dans les provinces nouvellement conquises.

On peut ne point partager ses opinions sur le rôle de la presse catholique. Tous, du moins, rendront hommages à ce fils de ses œuvres, sorti des rangs les plus obscurs, et qui, par lui-même, se fit une place parmi les maîtres de la littérature française; tous conviendront qu'il a aimé l'Eglise, la

vérité religieuse, et qu'il a servi la cause de Dieu avec une ardeur que rien n*a pu éteindre...

Ëst-il besoin d'ajouter que la Papauté perd en lui un de ses plus éloquents défenseurs ? Il a soutenu le pouvoir temporel du Pape avec une franchise qui déplut aux puissants du jour et qui amena la suppression de V Univers, C'est lui qui, plus que tout autre, contribua à faire connaître et aimer en France les causes qui touchent à la Papauté.

Notons encore pour Rome les sympathiques articles de la Voce délia Verità et du Divin Salvatore.

Naturellement, les journaux du gouvernement italien et toutes les feuilles de la Révolution ont parlé comme les feuilles révolutionnaires françaises.

h' Osservatore cattolicOf de Milan, dans cette douloureuse circonstance, comme toujours, a montré la plus vive, la plus fraternelle amitié pour l'Univers et ses doctrines :

Nous qui avions admiré en lui le littérateur et l'incomparable écrivain, qui a mis au service de la vérité, de Jésus- Christ et de son Eglise, un esprit vaste et aiguisé, une plume incomparable, un courage de martyr, aujourd'hui nous déposons un pleur sur sa tombe.

Veuillot nous rappelait saint Paul apôtre : il en avait l'âme bouillante et l'ardente foi. Il a combattu la Révolution avec une telle puissance, que la France catholique écrira son nom parmi les plus grands et les plus glorieux hommes de ce siècle.

Nous extrayons les lignes suivantes d'un long et remarquable article du Veneto cattolico :

Si le catholicisme libéral, démasqué avec tant de courage par V Univers j a perdu peu à peu une grande partie du terrain qu'il avait conquis, si le gallicanisme a disparu, si un parti vraiment et sincèrement catholique a pu se constituer en France, le mérite en revient pour une grande part à Louis Veuillot. Sa plume a porté parfois de rudes coups ; mais il faut convenir que ces coups étaient justes. Pour vaincre certains adversaires, pour barrer le chemin à certaines erreurs, il fallait un marteau de fer; et ce marteau, Louis Veuillot sut en user avec un talent et une énergie singulière.

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La mort de Louis Veuillot est donc un deuil pour la France catholique, qui perd en lui Tun des plus grands défenseurs de sa foi, un de ses plus illustres lettrés.

Sur la tombe de cet athlète de la cause catholique nous déposons la fleur de la reconnaissance. Et cette fleur dira à son frère, Eugène Veuillot, et aux vaillants écrivains de VUnivers, l'expression de notre profonde douleur et de notre profonde sympathie.

Le Paese, de Pérouse :

Louis Veuillot a été le vrai Machabée de la presse catholique : c'était le Nestor des journalistes dévoués à la cause de rÉglise et de la légitimité, TAchille de la plume. En France, il représentait une force formidable contre les ennemis de la justice ; et son journal fut, par Napoléon III et les Prussiens, considéré comme plus terrible qu'un corps d'armée. La France devra ne l'oublier jamais.

Sentinelle vigilante, il a envisagé tous les périls et les a tous affrontés ; il a livré toutes les batailles de la justice, les a soutenues et les a remportées...

Paix éternelle au héros du christianisme, au soldat de la plume, au vétéran des batailles divines, à Louis Veuillot !

La Sicilia cattolica :

La mort de Louis Veuillot, l'illustre et incomparable directeur de V Univers, est une nouvelle qui causera la sensation la plus douloureuse chez tous les catholiques du monde.

Intrépide athlète de la foi, qui a lutté pendant plus de quarante ans pour la caui&e catholique; très éloquent écrivain, qui a pris part à toutes les épreuves de l'Église ; ami de Pie IX, dont la parole était si puissante, que Napoléon III dut la faire taire en supprimant V Univers y quand il voulut commencer la guerre au Pape, Louis Veuillot, le plus grand journaliste qu'on connaisse, n'est plus ! La France catholique le pleure, et les écrivains de toute couleur rendent au moins justice aux dons éminents de ce fécond génie, dont la langue était si noble, la plume si redoutée, et qui dans la polémique n'eut pas de pair.

Notons en deux mots, parmi les revues et journaux italiens dont

le langage rappelle les extraits qu'on vient de lire : la Civiltà eattolica; VUnione, de Bologne; le Giorno, de Florence; la lÀbtrti cattolica, de Naples; VUnità cattolica, de Turin; le Corrien di Torino, VAleneo; la Bivista, de Campano.

Le Courrier de Bruxelles :

Ce que nous honorons, ce que nous admirons en Louis VeuîUot, c'est' le publiciste catholique par excellence, c'est le soldat de TÉglise, toujours prêt à combattre pour les causes où rintérêt de l'Église est en jeu, plein d*une soumission entière au souverain Pontife, ennemi des compromissions et des prétendues habiletés qui endorment les peuples chrétiens sur le chemin de leur décadence.

Ce que nous admirons en lui, outre ce caractère indomptable qui fait de lui un champion de la vérité intégrale, c'est ce style unique qui lui assure une place à part au premier rang des écrivains français, cette érudition conquise par de patientes études, cette vigueur extraordinaire à laquelle il doit d'être reconnu, par ses adversaires eux-mêmes, comme le polémiste le mieux armé peut-être de notre siècle.

h' Ami de l'Ordre, de Namur :

S'il faut mesurer l'importance des services rendus par Louis Veuillot aux haines qu'il a soulevées dans le camp des ennemis de l'Église, masqués ou non, on ne pourra jamais les évaluer assez haut.

Les évêques les plus connus par la vertu et la science, et par le dévouement à la Religion, à l'Église et au Pape, louent dans l'illustre rédacteur en chef de VUniuers, non seulement le talent incomparable, mais plus encore l'usage qu'il en a fait et les services éminents qu'il a rendus à la cause de Dieu et de sa justice.

Peu d'hommes, à moins qu'ils ne soient sur les autels, reçoivent de pareils hommages et une semblable gloire. Et cette gloire et ces hommages éclatent immédiatement après la mort du grand athlète de Jésus-Christ, comme si c'était un reflet de la gloire des cieux dans laquelle son âme est entrée. Ainsi l'on voyait souvent, immédiatement après le supplice des martyrs, la gloire de Dieu descendre sur leurs restes bénis et les illuminer de splendeurs qui étaient comme le

sceau du ciel et la récompense visible de leur foi et de leur héroïsme.

Le Bien public , de Gand :

M. Louis Veuillot était de cette race d'hommes qui ne peuvent être ni médiocrement aimés ni médiocrement hais. La raison en est simple : c'était un incomparable talent, un fort caractère, un grand cœur. Nous sommes de ceux qui Taimaient, et nous devons à notre affection et à notre admiration de lui payer un suprême hommage.

Impuissants à le louer comme il mériterait de l'être, nous voulons du moins marquer ici le trait saillant et la beauté maîtresse de sa carrière. Depuis le jour où la grâce de Dieu le retira des sentiers de l'erreur, Louis Veuillot n'eut plus qu'un souci : correspondre à sa vocation et servir la vérité. Sa vie tout entière a été la réalisation fidèle et admirable de cette pensée de sa conversion. Il aimait Jésus-Christ et l'Église de Jésus-Christ par-dessus tout et comme il savait aimer. D'autres ont pu se montrer, ou, pour mieux dire, se croire plus habiles que lui ; il n'en est pas qu'on ait trouvés tout à la fois plus ardents, plus dévoués, plus prêts au combat, au sacrifice, à l'obéissance. On lui a reproché son scepticisme politique. Ce scepticisme consistait tout simplement à affirmer et à pratiquer sa foi. Au-dessus de toutes les combinaisons de la sagesse humaine, au-dessus de toutes les restaurations possibles ou même désirables, il poursuivait le rétablissement et Taccroissement du règne social de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Lorsqu'il voyait les puissances de ce monde tendre à ce but, il ne leur marchandait ni les encouragements ni les éloges; lorsqu'il les trouvait hostiles, sa plume éloquente et hardie s'armait de traits vengeurs, et rien n'égalait l'intrépidité de sa foi.

Ses adversaires ont pu parfois contester la justesse de ses vues ; il eût été inique et odieux de contester la droiture et la • sincérité de son cœur. Il faut reconnaître d'ailleurs que l'histoire contemporaine l'a bien vengé de certaines critiques

Cet écrivain de tant de chefs-d'œuvre, ce prosateur incomparable, l'homme qui a peut-être le mieux connu et le mieux manié la langue française, n'était pas même de l'Académie. Point de titres, point de décorations! 11 entre dans la postérité comme il a passé dans la vie, s'appelant Louis Veuillot tout

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court. Ce nom seul sera gravé sur sa tombe ; mais ce nom est grand, il est béni dans l'univers entier, béni du Pape, des évêques et des prêtres, des religieux et des religieuses, béni par le missionnaire sur la plage la plus lointaine, béni de la sœur de charité dans Thôpital et des Petites Sœurs des Pauvres au chevet de leurs vieillards ; ce nom enfin est béni de tous les chrétiens qui gardent le souvenir de TÉglise défendue et de la véritée vengée : il suffira de le lire pour éveiller dans les cœurs la gratitude et la prière ! . . .

Ceux-là seuls peuvent apprécier tout ce que la cause catholique perd en Louis Yeuillot, qui savent, comme nous, combien ce rude jouteur était redoutable aux mécréants modernes. Nul ne savait mieux que lui éventer leurs pièges et démonter leurs sophismes. Cette arme redoutable de Tironie, que les libres penseurs emploient si souvent contre les vérités les plus augustes, il la retournait victorieusement contre eux. De quelle main vigoureuse il les attachait au pilori de leurs ignorances, de leur hypocrisie, de leurs vices ! Combien de noms qui vi* saient prétentieusement à la gloire, et qu'il a condamnés au ridicule à perpétuité!... Aussi l'impiété contemporaine poursuivit-elle Louis Yeuillot d'une haine où se trahissent tous les ressentiments de l'humiliation subie, de la défaite essuvée. On essaya de le faire passer pour une espèce de condottiere de plume, violent, injuste, passionné ; pour un détrousseur de réputation, un fanatique ennemi du progrès, un spadassin qui jouait du bâton devant l'arche, etc. Nous ne garantirions même pas que quelques catholiques ne se soient laissé prendre à ces odieuses caricatures ; mais à coup sûr ceux-là ne connaissaient pas Louis Yeuillot. Soldat à ses heures et faisant bonne guerre à l'ennemi, il était en même temps le cœur le plus tendre, le plus sensible et le plus généreux. Si l'on nous demandait quel est, après tout, le caractère saillant de cette grande et originale physionomie, nous dirions que c'est l'amour: oui, l'amour de Jésus-Christ, l'amour de l'Égliseï l'amour du Pape, l'amour des âmesl... Ses luttes acharnées contre l'erreur et contre l'impiété n'étaient après tout quel'expression efficace et légitime de sa piété et de sa foi. Que de pages charmantes et douces, imprégnées de poésie, baignées de larmes, où se révèle ce Louis Yeuillot bon, généreux, attendri, que tant de contemporains ne soupçonnent même pas!... Il n'est pas moins grand alors que dans ses rencontres avec les mameluks de la libre pensée. C'est le lion au repos; c'est

l'homme de guerre après une laborieuse campagne, entouré des tendresses du foyer domestique et tenant ses petits enfants sur ses genoux.

Le nom de Louis Veuillot, comme celui de son illustre ami Donoso Cortès, comme celui de Joseph de Maistre, grandira dans l'admiration de la postérité. Les préventions s'éteindront ; le jour se fera mieux, non pas sur son talent, qui, de l'aveu de tous, est incontestable et supérieur, mais sur la rectitude de son intelligence et de sa foi. Pour les journalistes catholiques, il demeurera toujours un maître, un modèle et un auxiliaire immortel. On l'a appelé oc le Tertullien laïque du dix-neuvième siècle». Soit! mais il s'agit d'un Tertullien fidèle, mort le crucifix sur les lèvres et l'eucharistie dans le cœur, les yeux tournés, comme toujours, vers Rome et vers la lumière qui ne peut tromper!...

La Gazette de Liège :

11 n'y aura qu'un sentiment, parmi tous ceux qui sont restés fidèles à la foi catholique, pour regretter la perte qu'elle fait, dans ce grand lutteur; et parmi tous ceux qui se piquent, quels que soient leurs principes ou leurs erreurs, de garder le culte du beau langage, d'honorer encore l'intelligence, la générosité, la fidélité au drapeau, l'immolation d'une vie entière aux convictions de la conscience, il n'y aura qu'une voix aussi pour rendre un suprême hommage à ce talent unique et à ce dévouement constant.

Qui de nous pourrait oublier l'émotion reconnaissante avec laquelle nous lisions autrefois ces pages étincelantes et vengeresses où la vérité était défendue chaque jour dans une langue admirable d'entrain et de netteté, avec un si rare esprit et un bon sens si rare ? qui de nous pourrait oublier les lumières, les soulagements, le reconfort, l'enthousiasme du bien, que Louis Veuillot nous donnait alors et qu'il nous donne encore, quand nous le relisons dans les volumes de lui qui resteront?

Qu'il soit donc permis à la Gazette de Liège d'exprimer ici une fois encore, en son nom et au nom de ses lecteurs, sa reconnaissance profonde au grand polémiste pour le concours puissant, l'énergique appui, les exemples de courage et d'abnégation qu'il n'a cessé de donner à la presse croyante, à tous les chrétiens de son siècle.

La Gazette de Courtrai, la Gazette de Renaix et beaucoup d'autres ont parlé de même. Le Journal de Bruxelles^ organe des libéraux, a fait des réseryes sur la ligne politique et la polémique, mais rendu hommage à l'écrivain, à l'homme, au chrétien.

Le Siglo futuro, de Madrid, dont M. Nocedal est le directeur, a paru avec un double encadrement de deuil, qui remplissait toute sa première page, avec l'inscription suivante, écrite en lettres capitales :

Le Siglo futuro à la mémoire de Louis Veuillot, né à Boynes (Loiret), le 11 octobre 1813. H se consacra à la défense de son Dieu et de son Eglise, à Rome, en Tannée 1838 ; il publia sa conversion dans son livre de Rome et Lorette et ses Pèlerin nages de Suisse. Ses campagnes de 1853, 1859, 1867 et 1873 lui donnèrent, par-dessus toutes, une gloire immortelle ; elles lui méritèrent l'approbation du souverain Pontife, et Tune d'elles fut la cause de la suppression de V Univers par le gouvernement impérial.

Il est mort dans le baiser du Seigneur, le 7 avril 1883, à 2 heures de Taprès-midi. Tous les catholiques pleurent sa mort.

Le Siglo futuro, plein de douleur et de deuil, priet toutes les âmes catholiques de recommander à Dieu l'illustre défunt.

Il supplie ses amis de Madrid d'assister à la messe de communion qui se dira pour son repos éternel à S. Antonio de! Prado, le mercredi 11, à huit heures du matin. R. I. P.

En outre, le Siglo futuro consacra à Louis Veuillot un arti* cle où il disait que, à son jugement, « personne, parmi les laïques consacrés à la défense sociale et politique de notre foi, n'a eu tant ni de si grands titres au respect, à la gratitude, à l'admiration de tous les catholiques ».

Dans la Fé, M. Yildosola a consacré à M. Louis Veuillot une longue étude, dont on aura l'idée par cette brève oraison funèbre, dans laquelle il proposait de résumer sa vie :

Louis Veuillot est mort. Prions Dieu pour lui ; et si, comme il nous est doux de le penser, il jouit de Dieu, à qui il a donné toute sa vie depuis sa jeunesse, demandons par son intercession que Dieu nous donne, avec son désintéressement, son abnégation, l'esprit de Sîicrifice qui l'anima toujours, un peu de cette puissante intelligence, de ce vif esprit, de ces qualités

incomparables de polémiste, de cette organisation littéraire si parfaite,, qui lui ont assuré le premier rang parmi les écrivains catholiques de la moitié de ce siècle et les littérateurs de son pays.

Dans un autre article, après avoir dit que pendant un demi-siècle Louis YeuîUot a été l'âme de V Univers, qu'il inspire encore» la Fé ajoutait que tous les catholiques de France s'uniront à la douleur de V Univers, Louis Yeuillot ayant été le vaillant défenseur des droits de l'Église. Enfin , dans un troisième article, intitulé Veuillot et Gambetta, elle a fait ressortir le contraste de la vie et des funérailles des deux hommes qui ont si diversement attiré l'attention du monde. Voici sa conclusion :

De Gambetta, le dictateur, Topulent, il ne reste plus que le souvenir de ses basses persécutions et de ses spéculations immorales; de Louis Veuillot, il reste Tœuvre magistrale de son talent et de sa foi, les œuvres de son admirable prose pour la défense de la vérité, et ses vers écrits en Thonneur de la beauté idéale du christianisme.

La postérité se souviendra de Gambetta comme d'un des fléaux de la France; la postérité acclamera Louis Veuillot comme une de ses gloires.

La Unione a dit que «c tous les hommes de bonne volonté déploreront la perte de cet homme extraordinaire, grandement aimé de ses amis et non moins respecté de ses adversaires eux-mêmes ».

La Lealtady le Correo catalany le Beti-Batt les Semaines religieusest etc., etc., ont exprimé les mêmes sentiments.

La Fidelidad castillana, de Burgos, après avoir fait l'éloge de Louis Yeuillot, encadrait de deuil l'annonce du service funèbre qui a été célébré, au milieu d'un grand concours de catholiques, dans l'église des Carmes. Cet avis disait entre autres choses :

Les communautés religieuses ne pourront moins faire que de donner ce témoignage public d'affection à la mémoire de rhomme qui a tant fait et si courageusement lutté pour la défense de l'Église.

Mais c'est aussi le moindre des devoirs de tous les catholiques d'élever leurs prières vers le Tout-Puissant pour l'âme de ce fils si illustre de la mère commune des fidèles. '

fiOO HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

Le journal A Restauraçao, de Lisbonne :

Il vient de mourir un écrivain qui fut Tune des plus grandes gloires de la presse française. En lui la France perd un glorieux fils ; rÉglise catholique, son plus héroïque et plus vaillant défenseur; la légitimité, un athlète qui compte parmi ses plus nobles champions

Après avoir énuméré les principaux ouvrages de Louis Veuillot, le journal catholique et royaliste portugais ajoute :

Lutteur, fils des croisés. Gaulois plein de verve et d'éloquence, il a gravé son nom en lettres de bronze dans les annales de la renommée, et en même temps il a mérité les bénédictions de la postérité. Louis Veuillot a été et reste une gloire de la France, une gloire de l'humanité entière.

Même langage dans la Naçao et les autres feuilles catholiques du Portugal.

Voici quelques rapides extraits d'articles de la presse de Londres. Nous citons pour faire connaître ce qui a été dit, et sans croire nécessaire de discuter, de rectifier, de réfuter.

Le Daily News, l'organe du libéralisme gladstonien :

La mort de M. Louis Veuillot, qui est annoncée par notre correspondant de Paris, met fin à une des carrières les plus remarquables qui aient été fournies dans le journalisme du siècle

C'est comme journaliste mondain qu'il était allé à Rome; il revint à Paris le plus dévoué des ultramontains. 11 y ajuste quarante ans, il fut nommé rédacteur en chef de V Univers, qui venait d'être fondé, et il fut bientôt capable de faire du nouveau journal une puissance dans l'État et dans l'Église. 11 n'était pas seulement l'avocat de toutes les prétentions les plus envahissantes de la Papauté, mais il se vit encore attribuer par plusieurs le crédit d'avoir fait adopter le dogme de l'infaillibilité papale \

M. Veuillot était en faveur à Rome ; et sa guerre au couteau contre les idées modernes en politique, en science et en re » ligion, firent de lui le premier représentant de l'Église dans sa querelle contre la société moderne.

Le Daily Télégraphe un des plus ardents organes du parli lory :

Le «t romanisme » militant vient de perdre un champion distingué en la personne de M. Louis Yeuillot, qui, quoique simple laïque, d'extraction obscure, 8*est fait lui-même, par ses seules capacités et son énergie, pendant une longue série d'années, un pouvoir dans l'Etat, et a pendant un temps exercé dans les cercles ultramontains une influence qui n'était pas inférieure certes à celle dont jouissait son adversaire célèbre et mitre, M«' Dupanloup. Le succès que Louis Veuillot a conquis et gardé doit être attribué à une capacité innée, combinée avec un tempérament ardent, auquel se sont ajoutés, lors de son adolescence, une faculté extraordinaire pour l'invective véhémente, une grande puissance de sarcasme et une fécondité non à dédaigner d'esprit.

Après avoir dit que Louis Veuillot devait naturellement formuler toujours des conclusions étroites, à titre d'avocat du sacerdoce romain, qu'il employa les armes de Voltaire à défendre ce que Voltaire avait attaqué, qu'il rappelait O'Connell par certains côtés, le Telegraph passe brièvement en revue la carrière de Louis Veuillot. Il conclut ainsi :

M. Louis Veuillot n'a jamais cessé d'être en France l'un des écrivains les plus populaires. Il était plein d'esprit, et les Français pardonnent presque tout à l'esprit; et le français qu'il écrivait était la langue la plus pure, la plus nerveuse et la plus vigoureuse. Chez lui, la forme était aussi admirable que le fond était digne d'objections. Il n'a jamais accordé ni demandé de quartier, et cependant il paraît qu'il était personnellement un homme doux et aimable.

Le Standard, du même camp que le Daily Telegraph, a reçu de Paris une longue correspondance sur la mort de Louis Veuillot. Cette notice, très protestante de ton, contenait un grand nombre d'inexactitudes. Il est inutile de s'en occuper. D'après le journaliste anglais, l'annonce de cette mort a rappelle que pour le bien ou pour le mal Louis Veuillot a exercé sur son temps, et sur l'état et l'influence de l'Eglise catholique romaine en France, une influence difficile à exagérer ». Pour le journaliste du Standard, la grande faute de Louis Veuillot a été de détruire le gallicanisme et le libéralisme. Il conclut sa notice par ces lignes :

On dit que dans la vie privée M. Veuillot était un compagnon charmant, un ami sûr, un parent exemplaire. Sa mort

est racontée ce soir par les journaux comme un événement public, et tous reconnaissent que depuis des siècles peu d'hommes ont eu plus d'influence sur les destinées de rÉglise.

Le Times a consacré à Louis Yeuillot un grand article ; en voici le début :

Aucun journaliste jamais n'a laissé sur les esprits de

ses concitoyens des marques plus profondes. Son œuvre peut se résumer dans une phrase : Il a tué tout esprit gallican dans le clergé français, incorporé TEglise de France à celle de Rome, et, ce faisant, a chassé des milliers de fidèles du bercail chrétien.

Suit le récit, long mais inexact, avec divers commentaires, de la carrière de Louis Yeuillot. Voici la conclusion :

Pour être juste, on peut ajouter qu'il est presque impossible déjuger l'œuvre de M. Yeuillot ou son caractère par quelque critérium en usage chez nous ; son dévouement et sa piété ne peuvent être mis en question, et il a vécu dans la conviction qu'il faisait bien.

La Pall Mail Gazette, organe libéral radical, écrivit :

M. Yeuillot, qui vient de mourir, était un journaliste tout a fait du premier ordre, et il était de l'école française plutôt que de la nôtre. Il s'était préparé lui-même par la littérature et les voyages, avant de prendre l'arme qu'il mania tant d'années avec une puissance si extraordinaire et de tels résultats

Nous sommes à l'autre pôle, en substance et en programme, du grand journaliste du royalisme français et du catholicisme. Mais la force du bras de M. Yeuillot ne doit pas être moins appréciée par ceux qui auraient désiré la voir employée autrement. Sa puissance littéraire commandait l'admiration des meilleurs juges, et le plus grand des critiques français modernes a consacré nombre de pages à l'examen de son génie. D'une part, Yeuillot mérite bien cela. Son habileté de polémiste était souvent aussi remarquable que tout ce qu'on a vu depuis Yoltaire ou de Maistre.

Le Freemans Journal, de Dublin :

Par la mort de M. Yeuillot, arrivée samedi, la presse fran-

caîse a perdu un brillant écrivain .et TÉglise un formidable champion. Pendant un demi-siècle, il est apparu parmi ses contemporains comme le défenseur hardi, vigoureux et sans peur du catholicisme, errant seulement, et cela rarement, par l'excès d*un zèle fougueux, mais ayant toujours présent à Tesprit ce qui lui paraissait le seul but au monde : la suprématie sans conteste de la papauté.

Comme écrivain, il tenait un des premiers rangs dans les cercles littéraires français. Son style, outre qu'il était ardent et mordant, était d'une singulière pureté et d'une grande éloquence

Comme nous l'avons dit,' la presse française perd en lui une brillante figure; mai» 'c'est l'Église qui fait la plus grande perte, qui sera d'autant plus profondément sentie que le temps appartient à un scepticisme hostile.

UUniversCj le journal irlandais de Londres :

L'illustre champion laïque de la foi en France, Louis Veuillot, est mort.

Les ennemis de la religion ont perdu un terrible adversaire ; et, avec leur grossièreté et leur férocité ordinaires, ils ne font pas un secret de leur joie ignoble

Pendant quarante ans il a dirigé V Univers , qui sous sa direction devint la terreur des malfaiteurs politiques et des catholiques infectés de jansénisme. Il fut particulièrement l'épouvante des conspirateurs italiens et français ligués contre l'Église et le souverain Pontife.....

Soutenu par les sacrements de l'Église, pour laquelle il avait si noblement combattu, et consolé par les prières de nombreux fidèles, Yeuillot est entré dans son repos comme dans un sommeil, usé par les plus hauts travaux, et jusqu'à sa fin « un bon et fidèle serviteur ».

Le Tablety qui est anglais avant d'être catholique, et de plus libéral quant aux aCTaires de France, a parlé des polémiques de Louis Yeuillot avec rancune et colère» déclarant que son ignorance égalait sq^ zèle et qu'il se distinguait comme polémiste par sa férocité ; puis, jugeant l'homme et l'écrivain, il a dit :

Une rectitude dans défaillances dans la conception de son devoir, une fidélité inébranlable à ses amis, un dévouement

sincère et sans égoïsme à la cause à laquelle il avait voué sa vie d*honime mûr, lui ont conquis et lui ont gardé l'estime et Taffection de quelques-uns des meilleurs et des plus nobles de son époque. Bien plus, ceux mêmes qui étaient les plus éloignés de ses idées ont rarement manqué de reconnaître ses hautes qualités intellectuelles et morales. Quant à nous-mêmes, pour grande que soit notre divergence avec ses opinions sur des questions de haute importance, pour imparfaitement que nous sympathisions avec ses aspirations politiques et avec ses méthodes de polémique , nous ne payons pas un tribut avare à sa mémoire. A une époque où, pour citer une phrase de feu M. James Hannay, la plupart des journalistes de son pays ont des principes a comme des maquignons ont des chevaux D, il offrit le spectacle, édifiant toujours, mais surtout aujourd'hui, d\i justum ac tenacem propositi virum.

Polémiste par tempérament, il mania son arme littéraire avec une adresse singulière, avec une infatigable énergie et avec une loyauté inébranlable, au profit de la cause que, pour les motifs les plus purs, il avait embrassée.

Un lecteur du Tahlet a vivement protesté dans ce journal même contre ses critiques.

I/autcur, M. John Kcnyon, rappelle le magnifique hommage rendu par M. Paul de Cassagnac à l'adversaire de l'Empire, et poursuit :

Ce dernier exemple aurait bien pu être suivi par le principal journal des catholiques anglais. Mais il en a été autrement. Dans votre article, dont un tiers était rempli par un certain hommage à sa mémoire, et les deux autres tiers par des critiques, et des critiques sans ménagements, vous vous êtes efforcé de dépasser les libéraux de Bruxelles, la clique représentée par le Journal des Débats^ et la petite poignée de « conciliateurs » qui, à Rome, emboîtent le pas à Tabbé Gurci. Vous avez blessé le sentiment de la majorité des catholiques de France, et vous n'avez aucunement été, j*ose le penser, le porte-parole de la majorité des catholiques de votre pays.

Il y a des gens qui aiment à s'excuser perpétuellement d'être catholiques. Ils semblent penser qu'il doivent demander pardon avant que d'oser avouer leur existence; bien mieux, l'existence de l'Église exige que ceux qui ont l'excentricité de lui être fidèles donnent des explications. Louis Veuillot n'était pas de ceux-là. Mais il commença à écrire en un temps où il y

avait beaucoup de ces gens-là en France ; et ce qu'il fallait, c'était quelqu'un capable d'affirmer inébranlablement le droit de l'Eglise et le droit de ses enfants à vivre et à prospérer dans la France catholique, quelqu'un décidé à abandonner la défensive, à porter la guerre dans le camp ennemi, à avoir le dernier mot dans la discussion et à l'avoir avec succès. Les catholiques étaient timides et découragés, et la clique catholique libérale, qui cherchait à sa manière à arrêter le mal, n'étant pas en harmonie avec le Saint-Siège, empirait la situation. C'est alors que se leva Louis Veuillot, qu'il leur rendit du courage, et que, s'inspirant des paroles du souverain Pontife, il leur infusa ce oc loyalisme » qui les a depuis toujours animés envers le Saint-Siège. Gomme on l'a souvent dit et bien dit, il trouva la France gallicane, et il l'a laissée romaine.

Louis Veuillot a été accusé de créer la désunion parmi les catholiques ; mais, si l'unité veut dire précisément l'union avec le Saint-Siège, personne, comme M. Coquille l'a bien exprimé dans le Monde, n'a plus travaillé pour elle. S'il avait créé la désunion, ses louanges auraient été chantées par les libres penseurs d'un bout de l'Europe à l'autre. Vous l'avez accusé d'être le champion de « l'absolutisme politique ». Si cela veut dire qu'il a exalté de toutes ses forces les droits et les privilèges des souverains Pontifes, je l'accorde : c'est sa gloire. Si Ton veut dire qu'il s'est enchaîné à une forme particulière de gouvernement politique, ses adversaires eux-mêmes n'admettent point qu'il en ait été ainsi.

Les critiques du mot « liberté », dites-vous, affectent péniblement des oreilles anglaises. Et cependant il n'y eut jamais un plus ardent défenseur de la vraie liberté que Louis Veuillot pour la Pologne, l'Irlande et les États pontificaux. Et ceci m'amène à parler d'un autre titre considérable qu'il possède à la gratitude des catholiques.

Après l'infaillibilité du Vics^ire du Christ et les conséquences logiques de ce grand dogme, aucun sujet n'occupa plus sa plume et sa pensée que celui des droits temporels du Saint-Siège. On ne saura probablement jamais combien lui est redevable le monde catholique pour ses brûlants appels à la fidélité de ses compatriotes et à tous ses frères catholiques de la terre entière pour qu'ils vinssent se battre pour la cause de l'Eglise.

Le journal catholique d'Amsterdam, le Tijd^ a consacré à Louis Yeuillot une étude où, après avoir parlé de son origine, de la nature vigoureuse de son talent, qu'il met en parallèle avec celui de Montalembert et de M^r Dupanloup, il poursuit :

II surpassa les deux dans sa pleine originalité, homme unique, libre, indépendant, n*étant Télève ni l'imitateur de personne, fils de TÉglise et rien d'autre ! Devant elle il avait courbé la tête, et devant elle seule. Dans cette obéissance, il s'était entièrement sacrifié, et il ne se sacrifiait plus après cela à rien d'autre. Toutes autres choses lui étaient indifférentes ; toutes considérations reposant sur des convenances, ou provenant .d'une prudence particulière à certaines personnes, le heurtaient. Il ne connaissait que le droit et la vérité. 11 ignorait les calculs, et il se serait méprisé lui-même, s'il y avait fait attention. Il appartenait à cette race d'hommes pour lesquels il ne s'agit pas de vaincre, mais qui croient qu'à tout prix le principe doit triompher.

La forte unité de son caractère ne fut égalée que par l'admirable diversité de son esprit. Dans notre siècle, on n'a pas vu de style plus original et plus riche que le sien.

Mais des mérites plus élevés et plus dignes sont attachés à ses travaux. L'immortel Pie IX nommait ce journaliste : // mi Veuillot. Cette parole est remarquable, comme preuve de l'inébranlable fidélité et de l'amour inaltérable avec lesquels Veuillot a servi le Siège de Pierre.

Le principal trait du portrait de Veuillot est fait. Journaliste, homme des choses du jour, il était en même temps l'homme des principes immortels et des idées éternelles. Ses articles de journal appartiennent à cause de cela au même ordre que la Cite de Dieu, d'Augustin, et V Histoire universelle , de Bossuet. C'est pourquoi ses articles ne périront pas au jour le jour, mais resteront comme des témoins de la conscience humaine. Ils vivront et rayonneront, et apprendront au monde qu*au siècle des idoles on trouva encore des hommes qui ne plièrent pas le genou devant Baal. R. L.

Le Journal de Saint-Pétersbourg a donné différents extraits des articles de la presse française, et les a publiés en rendant hommage au caractère de Louis Veuillot.

Le Novoie Vremia (Nouveau Temps), de Moscou, en annonçant la

mort de Louis Yeuillot, a publié une biographie qui se termine ainsi :

Son influence comme chef de la presse ultramontaine s'est étendue à toute la France, à l'Allemagne et à l'Italie.

Dans un autre article, le Novoie VremlOy résumant les appréciations des journaux de Paris, publiait un article étendu, dont voici les principaux passages :

De l'aveu unanime de la presse parisienne, le talent d'écri* vain de Louis Veuillot est de ceux qui donnent de l'éclat à la littérature d'un peuple. Causeur rare, spirituel et aflable; irréprochable comme homme privé, Veuillot, dans ses polémiques, brûlait littéralement d'encre le visage de son adversaire. C'était un virtuose...

Non seulement il a excellé dans le journalisme, mais aussi dans les romans et dans la poésie. Son Honnête femme peut, quant à la valeur littéraire, être comparée aux plus célèbres romans français.

En lui se sont révélés les qualités du lutteur, les dons

de l'artiste, la sincérité des convictions, le patriotisme du citoyen. Ce patriotisme, il le montra surtout lors de la guerre de Crimée, et quinze ans plustard, lors du siège de Paris, dans de nombreux articles qui sont des pages d'histoire.

Les autres journaux russes ont fi^énéralement tenu le même langage.

La Liberté^ de Fribourg, dont le numéro était en deuil :

Louis Veuillot a consacré à nos pèlerinages, à nos cantons catholiques, à nos légendes, à nos monastères, à nos mœurs religieuses, les premiers essais de sa plume purifiée par l'amour divin. Les Pèlerinages de Suisse datent en effet de 1838, c'està-dire, de l'année même de la conversion de l'auteur. Rome et Lorctte ne parut que trois ans plus tard.

Quand vinrent les mauvais jours du Sonderbund, quand l'orage se déchaîna contre les cantons catholiques et contre les fils de saint Ignace, Louis Veuillot paya la dette de sa reconnaissance à ces saints religieux en mettant son immense talent au service du droit et de la justice, puis en ouvrant, dans les colonnes de V Univers une souscription pour les victimes et les proscrits de cette guerre religieuse.

Et pour conclure :

La Liberté a mis un crêpe pour suivre ce cercueil et déposer

devant les restes de ce grand mort Thommage de ia reconnaissance. Ce n*est pas que nous ayons la pensée — Dieu nous garde d'une telle fatuité ! — de nous placer même au dernier rang des disciples de ce grand maître. Non ; mais c'est que nous devons ù Veuillot l'existence et Thonneur d*une presse catholique. C'est lui le premier qui a manié avec succès pour la sainte cause des âmes l'arme nouvelle du journalisme quotidien, et qui l'a mise au service de l'Église dans cette mêlée de toutes les opinions, dans ce choc de tous les systèmes, qui est la caractéristique du dix-neuvième siècle.

UAmi du peuple, qui paraît également à Fribourg, s'était aussi mis en deuil. Voici un trop court extrait de son article :

Louis Veuillot est mort.

C'est en ces mots laconiques que les dépèches annoncent la fin du plus grand journaliste de ce siècle.

Il est mort, ce vaillant jouteur de la presse, ce soldat de rÉglise, qui a combattu pendant plus de quarante ans aux avant-postes de l'armée catholique.

Elle est brisée, cette plume incomparable qui a tracé tant de belles et saintes pages, et qui, à elle seule, valait une armée rangée en bataille.

Elle s'est éteinte, cette intelligence supérieure qui s'inspirait si lumineusement des splendeurs de la foi, et qui, après avoir connu la vérité, s'éprit pour elle d'une irrésistible passion, se laissa entièrement subjuguer par elle, ne lui préféra rien.

Il ne bat plus ce cœur qui aima son Dieu et son Église avec une ardeur jamais défaillante.

Elle est fermée cette bouche d'or qui eut pour sa malheureuse patrie des accents si enthousiastes, si nobles, si purs.

Il était notre père, notre chef, notre modèle à nous, humbles soldats de la presse.

La Semaine catholique de la Suisse :

Homme de fer au milieu de la mêlée, Louis Veuillot s'est montré ardent chrétien, plein d'une exquise sensibilité dans les relations intimes de la vie. Il a écrit des pages terribles et vengeresses ; il a dévoilé son cœur par l'expression des sentiments les plus délicats. Il a rencontré des accents de foi, de

HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT r.09

douleur ou d'amour tels qu'ils ne se font entendre que rarement dans le cours des âges. Son œuvre, si variée dans la forme, si une pour le fond, restera comme un monument de grand prix dans les archives de Thumanité.

Quand une profonde angoisse pesait sur le monde, quand une grande iniquité révoltait les consciences, quand un rayon d'espoir brillait à nos yeux, on disait : Où est Veuillot? et d'avance on saluait la parole de cet interprète puissant de nos joies et de nos douleurs. Où est Veuillot? Cet appel, que de fois des milliers de bouches l'ont prononcé pendant le cours de ces trois dernières années ! Nul ne peut se figurer le supplice de ce vaillant lutteur, réduit au repos en face de la persécution actuelle. On peut croire que le purgatoire, pour cette grande âme, a été transporté sur la terre, par un insondable dessein de Dieu.

La presse catholique et conservatrice de la Suisse allemande, de Bade, du Wurtemberg, de la Bavière, du Palatinat et des pays rhénans, a consacré à Louis Veuillot de longs articles nécrologiques, remplis d'éloges.

La Germania, de Berlin, après avoir reproduit les articles élogieux de divers journaux, a dit : « Louis Veuillot était doué d'un caractère énergique, d'immensément d'esprit et de beaucoup de talent, qualités qui lui assuraient une influence décisive, qui s'étendait bien au loin. Veuillot a le grand mérite — ajoutait la Germania — d'avoir combattu de toutes ses forces le gallicanisme et frayé le chemin au mouvement catholique en France : c'est là un mérite impérissable. Que le Ciel le récompense pour tout ce qu'il a fait pour l'Eglise et la Religion durant les longues luttes qu'il a soutenues. »

Dans un autre numéro, la Germania disait : a Veuillot est mort en digne confesseur de la cause qu'il a défendue durant un demi-siècle. »

La Germania a fait, en outre, cette réponse a un article de la Gazette de Cologne :

La presse française de tous les partis n'a qu'une voix pour affirmer qu'en Louis Veuillot on a porté en terre un journaliste et publiciste de premier rang. Aussi la presse allemande rend justice au défunt en reconnaissant en lui le grand représentant du journalisme. Il n'y a que la Gazette de Cologne qui,

ea face de la tombe ouverte, recueille des feuilles les plus décriées de Paris toutes les injures, les coups de pied de Tâne lancés contre le défunt.

Il y est dit que c'est Veuillot qui a créé le Pape infaillible. Gela sufBt pour caractériser le fanatisme et l'ignorance de la Gazette de Cologne. Vraiment, les feuilles ennemies de Berlin se sont montrées moins partiales et plus justes. La cause pour laquelle Veuillot combattait avec autant d'énergie que de générosité, leur est, il est vrai, une épine dans l'œil. Mais aucune feuille de Berlin n'ose contester au défunt son éminent talent. La Nationale Zeitung le nomme a le plus éminent des publicistes français de notre époque ». Le Bœrsen Courier , de Ber-» lin, écrit sur Veuillot :

tt Devant cette tombe, il faut respectueusement reconnaître un talent de journaliste sans pareil, bien que ce rare talent ait été mis au service d'une cause qu' on ne doit cesser de combattre. Il fut un journaliste aux combats duquel même ses adversaires les plus acharnés pouvaient se délecter, à cause de la hardiesse de sa manière d'écrire, à cause de l'énergie et de l'adresse du rédacteur en chef de V Univers coiame publî* ciste. Oui, la France a perdu, le jour où mourut Louis Veuillot, un des premiers journalistes ; oui, le monde a perdu un des publicistes les plus importants. »

La presse conservatrice, la presse officieuse, et en général la plupart des journaux allemands, tout en y mettant la note allemande, ont rendu hommage à Louis Veuillot. C'était c un homme d'un génie incontestable et mille fois supérieur à tous les autres écrivains français », a dit le Reichsbote, l'un des> principaux organes des conservateurs.

Le Stamboulj journal de Constantinoplc, a publié un long travail, de M. René Muffat, tenant de l'étude littéraire et de la biographie. Nous en extrayons ce qui suit :

Il n'est point aisé de juger en quelques lignes un homme qui, pendant quarante-cinq ans, a rempli l'Europe de l'éclat de son nom et du bruit de ses combats politiques et littéraires. Sainte-Beuve, il y a une vingtaine d'années, lorsqu'il entreprit l'examen des œuvres de ce grand écrivain, reconnaissait lui-même que c'était là « un bien gros morceau ».

Le puissant polémiste, le charmant conteur, le critique

judicieux, qui vient de mourir à Tâge de soixante-huit ans, était la figure la plus originale de cette dernière moitié du dixneuvième siècle. Jamais homme né dans une humble condition n'eut des instincts plus nobles et ne montra une haine plus vigoureuse pour tout ce qui est plat et vulgaire. Le convenu, le commun, le trop facile, étaient tant éloignés de sa nature, que son style, tout imprégné d'une rare saveur, n'est, à vrai dire, jamais oratoire. L'art s'y montre, jusque dans les emportements de la verve, avec un tour nouveau qui déconcerte le goût académique et fait, sur-le-champ, reconnaître l'ouvrier...

... La foi trempa sa lame et son cœur; et, dès lors, tant que le pouvoir n'y mit pas d'entraves, il combattit la Révolution et surtout les ennemis déclarés de l'Église, par le journal, par le livre, par la brochure, par la correspondance privée, frappant d'estoc et de taille, tantôt improvisant l'article quotidien, tantôt répondant à l'article par un gros volume, comme il fit lorsque certaines assertions de Dupin lui inspirèrent un des plus beaux chefs-d'œuvre d'érudition et de style qu'on ait vus paraître de notre temps : le Droit du seigneur. Jamais l'esprit gaulois ne servit mieux la vérité. Les documents y sont artistement enchâssés dans la dialectique. Un savant historien, Léon Menabrea, mort il y a vingt-cinq ans, et qui était le frère du général Menabrea, ambassadeur actuel du gouvernement italien à Paris, prisait si fort cet ouvrage, qu'il marquait à tous venants le désir d'en connaître l'auteur personnellement. Il dit à un homme de lettres qui partait de Chambéry pour la France : « Ah ! vous irez à Paris. Vous pourrez donc voir M. Louis Veuillot et lui parler. Ne manquez pas de lui serrer la main de la part d'un homme quelque peu versé dans la bibliographie et dans l'histoire. »

a Nous avons au Canada trente-deux journaux ou revues catholiques ; tous ont parlé comme il le fallait de Louis Veuillot, » nous écrivait-on de Québec. Voici quelques extraits de ces journaux :

La Vérité^ de Québec :

Une des plus grandes figures des temps modernes vient de disparaître ; le plus puissant écrivain de ce siècle, le père du journalisme catholique n'est plus : Louis Veuillot est mort !

Que sa belle et grande âme, qui a tant lutté, qui a tant souf-

ftl2 HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

fert ici-bas, goûte là-haut les ineffables jouissances du repos éternel !

Lecteurs de la Vérité, priez pour Tâme de Louis Veuillot. Demandez à Jésus de ne point tenir compte des faiblesses humaines auxquelles son grand serviteur n'a peut-être pas échappé, mais de lui accorder sans délai la récompense promise à ceux qui soutiennent le bon combat jusqu'à la fin.

Dans ce siècle pervers et lâche, Louis Veuillot n'a jamais rougi de Jésus-Christ devant les hommes. Confesser Jésus- Christ, c'a été le trait caractéristique de sa vie. Nous avons donc l'assurance que Jésus-Christ ne rougira pas de lui devant son Père.

Comment parler de cet homme de bien dans un court article de journal écrit à la hâte ?

Comment, dans quelques lignes, rendre justice à ce talent transcendant, à ce grand héros catholique, à ce vaillant champion de rÉglise? La tâche est au-dessus de nos forces. Cependant, il nous est impossible de laisser passer cette circonstance sans essayer de rendre un faible témoignage à la mémoire de ce courageux soldat du Christ.

Nous dirons peu de chose de sa vie; nous voulons surtout parler de ses œuvres. Pourtant, sa vie a été un bel enseignement.

L'auteur de l'article raconte cette vie à larges traits. A propos d'un des reproches qu'on a faits quelquefois au rédacteur en chef de V Univers, il dit :

On lui a reproché de porter des coups trop rudes ; mais quand on étudie le caractère des luttes auxquelles il a été mêlé, quand on se rend compte du genre d'adversaires contre lesquels il avait à combattre, il faut reconnaître que ce reproche n'est point fondé. On parle aussi beaucoup de ses discussions avec certains membres de l'épiscopat français, et on le représente comme un homme qui cherchait sans cesse à se mettre à la place des évèques. C'est une pure calomnie, qu'on répète de confiance : car il est impossible qu'un homme de bonne foi puisse lire les ouvrages de Veuillot sans admettre que jamais l'autorité épiscopale n'a eu un plus courageux défenseur que le rédacteur en chef de V Univers.

On a grandement exagéré ses démêlés avec l'épiscopat. Il est vrai qu'il est venu en conflit avec certains évèques ; mais ce n'était pas là le trait saillant de ses luttes, comme on a voulu

le donner à entendre. C'était simplement des incidents, que Louis Veuillot regrettait plus sincèrement que ceux qui formulent contre lui ce reproche. La preuve que le rédacteur de r Univers n*a jamais méconnu Tautorité épiscopale, c'est qu'il a reçu de Pie IX et de la grande majorité de Tépiscopat français les plus magnifiques éloges, les plus chaleureux encouragements. Pour nous, cela nous démontre que son œuvre était bonne et opportune. Sans doute, elle n'a pas été exempte de toute imperfection : quelle est l'œuvre humaine qui soit sans tache? Mais Thistoire impartiale dira que Louis Veuillot a rendu des services immenses à TËglise.

Voici la conclusion :

Sa vie et ses œuvres sont un exemple pour tous, un exemple de courage, de constance, de dévouement dans la lutte pour le droit, la vérité et la justice. J.-P. Tardivel.

La Minerve, de Montréal :

Un grand écrivain, très sympathique au Canada, vient de mourir. Louis Veuillot a suivi une carrière qui lui fait un grand honneur, et qui lui assure la reconnaissance de tous les cœurs catholiques, de tous les esprits chrétiens, de toutes les intelligences lettrées

Les questions et les événements politiques ne lui ont pas toujours été favorables. Il a soutenu de fortes luttes, même parmi les siens.

On le croyait trop bruyant, peut-être trop brillant.

Il n'a jamais reculé devant les accusations de ses amis, ni devant les insultes de ses adversaires.

Il est allé droit devant lui, advienne que pourra.

Il a eu beaucoup d'ennemis, parce qu'il était fort; il en a dédaigné beaucoup, pour le même motif.

Il a toujours combattu à armes loyales.

Il a été tout ce qu'il y a de plus vigoureux ; mais il attaquait en face.

Dans le monde de ses adversaires, — car il n'avait pas d'ennemis, — on ne l'aimait pas ; mais on lui faisait, de droit, concession de l'admiration

On ne peut pas le comparer aux journalistes ordinaires : il était journaliste et écrivain, ce qui se rencontre rarement.

Ses volumes ont eu autant de succès que ses articles.

eu HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

Il fut un modèle, pendant longtemps, pour ceux de nos journalistes qui ont le mieux réussi ; il a donné le ton de la presse religieuse.

Il fut un grand athlète des meilleurs principes, un écrivain de la meilleure facture, un croyant sincère, un amateur de notre bonne langue, et un homme qui portait au Canada une très sympathique affection.

Le Courrier du Canada :

La mort vient de frapper Louis Veuillot, le grand écrivain et polémiste catholique. Depuis plus de quarante ans, Louis Veuillot avait mis sa plume au service de TEglise ; et, durant cette longue période, il n*a jamais failli dans la carrière difficile et si pleine de responsabilités du journalisme catholique. En cette qualité, il a parfois frappé de grands coups; ses adversaires, qui se recrutaient partout, un peu partout, ont presque toujours eu à se repentir d*avoir à lutter contre un pareil jouteur.

Il n*a jamais voulu attacher son drapeau à aucun parti, et fut avant tout le défenseur du Pape et de TÉglise catholique.

Ij' Etendard f de Montréal, un excellent journal fondé naguère sous la direction de M. le sénateur Trudel, a publié une très remarquable étude, consacrée tout entière à raconter la vie et l'œuvre de Louis Veuillot.

Le Canadien t de Québec :

L'Eglise vient de perdre Tun de ses plus dévoués défenseurs ; la presse. Tune de ses gloires les plus pures.

Le nom de Louis Veuillot a été pendant près de quarante ans un drapeau, acclamé par les uns, abhorré par les autres.

Ses procédés de polémique ont été et continueront d*être diversement appréciés ; son amour pour la Papauté et son talent sont au-dessus de la discussion.

C'était un croyant, un catholique avant tout.

Convaincu qu'un journaliste ne peut défendre avec efficacité la cause catholique que s'il est indépendant des partis politiques, M. Veuillot ne s'est lié à aucun régime, à aucune dynastie. 11 a vécu pour l'Église.

Même langage dans le Journal des Trois-Rivières^ etc., etc.

HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT G15

La Revue canadienne a consacré un numéro tout entier à Louis Veuillot.

M. Alibert, dans la lettre qui fait partie de ce volume, a constaté que tous les journaux des Etats-Unis avaient consacré des articles à Louis Yeuillot, et que presque tous l'avaient fait en bons termes. Nous n'entrerons pas dans l'examen de ces articles; mais, pour faire connaître le langage de la presse catholique, nous citerons le Catholic Universe et le New-York Freeman's.

Le Calholic Universe :

Un télégramme du 7 courant annonce la mort du célèbre journaliste catholique Louis Veuillot, de V Univers de Paris. Cette perte est irréparable pour la presse catholique française, et elle prive la presse catholique du monde entier de son premier écrivain. M. Veuillot n'avait point de rivaux dans sa profession : Facile princeps

C'était une ardente plume que la sienne, et elle écorchait littéralement ses adversaires. Son âme ne^ connaissait pas la peur, sauf celle d'offenser Dieu. Pour l'Église et la vérité seulement, il était humble. Unissant la morale la plus haute à un superbe courage physique, ' il avait ce tempérament de « croisé », le tempérament qui manque le plus en ce siècle agité. Sa valeur trouva un digne emploi contre l'hydre de l'infidélité en France.

Il combattait cette infidélité partout, constamment, d'abord dans son journal, et parfois dans des livres sérieux, classiques, et même religieux. Nous avons lu avec grand profit la traduction anglaise de sa Vie de Jésus- Christ,

Mais le trait le plus marqué peut-être du caractère de Louis Veuillot a été son « loyalisme » envers Rome et son indomptable haine de l'erreur.

Avec lui, c'était absolument la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité... Et que Dieu lui fut en aide ! et que ce fut mitre ou couronne, faux philosophe ou bande gambettiste, ou toute autre chose qu'il rencontrât sur le chemin où il défendait la vérité, l'adversaire recevait en pleine poitrine la lance de Veuillot, et était démonté ; seulement, quand il avait affaire à la canaille révolutionnaire, il la clouait dans sa fange native.

Un tel homme s'est naturellement créé des myriades d'ennemis, même parmi les bons; mais ce n'est pas sa faute si, eux, ont été faibles et temporiseurs. Il ne savait pas, lui, co

f.lG HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT

que c'était que fléchir ; et à ses yeux la faiblesse était une trahison, et la transaction une lâcheté. Il n'admettait pas de terrain neutre.

Pic IX le Grand Ta aimé et loué; Léon XIII lui a de bonne heure accordé une très gracieuse audience, et la renommée de ses batailles pour Dieu et la patrie avait fait de son nom un nom familier et honoré parmi les catholiques de tout pays. Il a eu beaucoup de compensations temporelles pour les haines et les hostilités qu'il encourait ; mais la vraie récompense de sa valeur chrétienne et de sa fidélité, nous espérons qu'il l'a heureusement obtenue ou qu'il est heureusement sur le point de l'obtenir : nous voulons dire la lumière et la paix qui couronnent les a bénis ».

Sa vie a été pleine de grandes responsabilités, et il avait à rendre compte de grands dons : avec tout ce courage catholique qui, nous le présumons, aura été bien cher à Dieu, avec tous les services rendus à notre Mère l'Église et à la vérité, il reste encore les périls de la responsabilité humaine, et il peut alors rester une réparation, pour laquelle le secours de ses amis lui est nécessaire.

Les prêtres de son Eglise devront se souvenir de lui au saint sacrifice de la messe ; et tout journaliste catholique au moins devrait faire dire une messe pour l'âme de l'invincible Louis Veuillot, qui fut inébranlable dans sa foi, indomptable à défendre cette foi.

Qu'il repose en paix !

Le New- York Frecmans Journal :

Louis Veuillot a usé les meilleures années de sa vie dans VUnwers. Pendant ces années-là, il dépensa la vigueur, la ferveur et l'ardeur de deux existences extraordinaires, h* Univers était avec consistance, avec fermeté, pour l'Église et pour la France. Il a été victorieux. Son histoire est glorieuse. Feu Notre Saint-Père Pie IX l'a couronné, et Louis Veuillot mourant, après avoir combattu le bon combat, pouvait bien dire son Nunc dimittis. Le gallicanisme, son plus ardent ennemi, est mort. L'autre ennemi, celui contre lequel il a si bravement lutté, gouverne encore la France; mais d'autres hommes autrement armés peuvent le combattre. C'était le moins dan-

gereux des deux; et Veuillot, que Dieu suscita pour le combattre, a été, comme un dévoué et fidèle journaliste catholique, un homme de son temps.

Il y a beaucoup plus à dire sur cet homme remarquable, auquel Dieu avait confié une tâche spéciale; mais, pour aujourd'hui, nous en avons dit assez. Que son dme repose en paix!

Nous trouvons de semblables appréciations dans les journaux de l'Amérique du Sud de langue espagnole et de langue portugaise. Nous citons comme exemple ces mots du Papalito : m Le monde catholique est en deuil : Louis Veuillot, le plus grand catholiquc de ce temps, n'est plus »; et ces lignes du journal de Bragancc (Brésil) O Zuavo :

L'éminent écrivain et journaliste Louis Veuillot, le rédacteur en chef de YUnwerSj qui est Tun des meilleurs journaux de FEurope chrétienne, vient de mourir à Paris. Il s'est rendu illustre dans le monde politique et religieux par la vaillance et l'intrépidité avec lesquelles il a défendu la noble cause du catholicisme en France, et par ses polémiques animées et colorées avec quelques-unes des plus puissantes individualités de rÉglise gallicane. C'était incontestablement un des écrivains les plus élevés et les plus purs de la France moderne.

C'est de la lutte contre le gallicanisme et le libéralisme qu'à l'étranger Louis Veuillot a été le plus glorifie; c'est aussi à cette partie de son œuvre que Pie IX a donné les plus échitantes approbations.

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