COMPLÉMENT
En divers endroits de ce livre» j'ai avoue des oublis et sig^nalé des lacunes. Ce chapitre va combler deux ou trois de celles-ci et réparer deux ou trois de ceux-là.
Voici des strophes, extraites de tout un petit poème, qui auraient dû prendre place dans le chapitre des Hommages en vers. Elles sont l'œuvre du supérieur d'un grand séminaire. L'auteur, en les adressant à M^^^ Elise Yeuillot, a demandé que son nonti ne fût pas donné. Nous respecterons sa volonté, bien qu'il nous en coûte. L'œuvre porte xîe titre i tk Ala mémoire bénie de Louis Veuillot, hommage d'un ami qui ne l'a connu que dans ï Univers et ses livres admirables. »
Le dernier chant a pour épigraphe ces paroles du psaume 4^ : <i Toute sa gloire est au dedans. » Nous citons :
Cachée, encore hier, sous un voile discret, Il est juste qu'enfin sa sainte urne apparaisse. Et que, par ses amis, tout le monde connaisse Ce que Thumilité tenait dans le secret.
Vous qui le savez bien, vous, son frère et sa sœur; Vous, Tame de son âme, écrivez son histoire. Du cœur un sage a dit qu'il a bonne mémoire : Ouvre nous tes trésors, 6 mémoire du cœur!
On comprend jusqu'ici que vous vous soyez tus ; Mais les sceaux sont brisés : le défunt doit revivre. Il faut, par vos récits, faire son plus beau livre : L'édifiant tableau de ses hautes vertus.
Je clos ici mes vers, confus d'avoir rimé ; Et pourtant, s'il advient qu'un censeur m'en accuse, Je lui rappellerai, comme excellente excuse. Qu'il eut jadis ce tort, mon héros bien-aimé.
Oui, quoique mise au ban de son grave Unii^ers, La rime est son amie ; et, quand il se repose. Laissant le mdlc outil de sa vaillante prose. Pour ne rien faire, il fait d'impérissables vers.
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Un poète viendra, tel qu'il Ta mérité, En la langue des dieux célébrer sa mémoire. Accueille, en attendant, ces strophes à sa gloire, Et pardonne, lecteur, à ma témérité.
J'aurais dû donner également aux Hommages poétiques Tapologue que nous a adressé des Pyrénées « un montagnard, ami de V Univers Ti. Le loup y interpelle le chien : le loup, c'est le libre penseur; le chien, c'est V Univers. Celui-ci aboie quand celui-là se montre. De là grande irritation et violents reproches du loup : A Dogue à l'humeur atrabilaire », ne cesseras-tu de crier? Et le chien de répondre :
Ne mangez pas d'agneaux, et je n'aboierai plus. Conclusion :
Ainsi tu répondais, écrivain catholique,
A ceux-là qui, tramant des complots contre nous,
Osaient te reprocher de crier : a Gare aux loups ! »
Il est tombé, le polémiste.
L'incomparable prosateur !
II est tombé, le grand lutteur, Nouveau Roland, mais journaliste !
Des coups portés Dieu sait la liste.
Sous l'athlète, quel enchanteur!
Suave et fort, ce fier jouteur N'était-il pas toujours artiste ?
Je te salue, o vrai Gaulois !
Soldat du Christ, vengeur des lois.
Tu servais la France et l'Église.
Il est mort, le sergent de Dieu !
Nous pleurons, notre âme se brise
Fils de France, ô Louis, adieu I
A. Prévost.
Je note ici, ne pouvant le reproduire, un charmant et touchant article de la Musica sacra.
Voici un extrait de la remarquable étude de M. E. de Monzîe dont nous avons parlé, page 586 :
Quand on se reporte à ce qu'était en France la presse catholique il y a quarante ans, lorsque Louis Veuillot prit en main la rédaction du journal l'Unis^ers, une feuille subsistant à peine et presque inconnue, la principale pourtant, la seule mèrae qui soutînt alors sérieusement les intérêts religieux ; et que Ton considère ce que cette presse est aujourd'hui, les développements qu'elle a pris sur l'étendue du territoire, son importance, ses ressources, ses forces pour l'attaque comme pour la défense, y a-t-il un spectacle à la fois plus magnifique et plus consolant, et qui permette de se dire avec plus de raison que, si le mal a fait de grands progrès, le bien en a fait de plus grands encore, et qu'il est en état de lutter pied à pied avec son adversaire, souvent même de gagner sur lui et de le tenir en échec ?
Mais ce résultat et ce succès si rapides et si heureux, à qui en est-on redevable, en dehors de ce que la haute vitalité de l'esprit catholique est toujours prête à produire dans notre pays, sinon à celui qui a su mettre en œuvre, organiser et multiplier les ressources de cette vitalité même, la diriger en appropriant son action aux temps et aux circonstances, la munir enfin de l'arme qui lui manquait et qui lui était la plus nécessaire, en montrant ce qu'était la puissance d'une plume et comment il fallait s'en servir pour la défense de la justice et de la vérité? Et si l'Eglise de France traverse vaillamment tant d'épreuves, si elle reste debout et presque intacte au milieu des ennemis qui l'assaillent, si elle est assez unie et assez forte pour résister longtemps et toujours aux coups qu'on voudra lui porter, n'est-ce pas encore l'effet le plus sensible et le plus éclatant des travaux du grand ouvrier qu'elle vient de perdre ?
On assure qu'un prince de l'Eglise romaine, pénétre de l'importance de la presse périodique à notre époque et de la vertu de propagande qu'elle possède, disait : « Si saint Paul vivait de notre temps, il se ferait journaliste. » Conjecture un peu singulière, mais que nous avons vue jusqu'à un certain point se réaliser. En effet, saint Paul journaliste, n'est-ce pas à peu près ce qu'a été Louis Veuillot ? et ne nous en offre-t-il pas l'image la plus vive et la plus vraisemblable? Louis Veuillot, la plume à la main, a exercé, dans son genre, un véritable apostolat, non moins salutaire, non moins fécond que
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celui de la parole, et dont les effets seront plus durables, puis^ \|u'ils survivront à leur auteur. Ce grand homme, dont Tâme a toujours guidé et échauffé le génie, pour qui la vie a été un champ clos continuel, et qui appartenait réellement, on peut le dire, à TÉglise militante, en étendant le sens, la portée et la signification de ce terme dans les choses humaines, avait supérieurement compris, avant de se jeter dans la mêlée et pendant qu'il y était engagé si avant, l'impérieuse nécessité de s'unir plus étroitement que jamais au centre même de la foi, où la force et la vie résident, et d'où elles se communiquent directement à tous les membres.
Un profond instinct de vraie conservation l'avertissait que si l'édifice avait besoin de réparations, le ciment romain pouvait seul en rejoindre les pierres, lui rendre sa solidité à l'épreuve du temps, le mettre en état de défier les plus rudes assauts, les plus violentes tempêtes. C'est sur ce rempart, dont il avait réparé toutes les brèches, que le vaillant chef a lutté toute sa vie, et qu'il vient de succomber à l'écart, mais uni de cœur et d'âme à ceux qui poursuivront son œuvre. Maître aussi écouté et aussi habile dans le conseil que dans l'action, dont les exemples ont toujours été un enseignement ; qui a créé encore plus qu'il n'a détruit; qui laisse après lui une école, un drapeau, une phalange serrée et aguerrie de disciples fidèles et pleins de son esprit, dignes héritiers et successeurs de sa méthode, de sa doctrine, qu'ils emploient au profit de toutes les nobles causes
Vaillant et intrépide lutteur, qui dors ton dernier sommeil, ton nom sans doute ne sera pas écrit au coin des rues, et tes traits ne revivront pas dans un carrefour quelconque, sur un marbre ou un bronze vulgaire, au moyen de quêtes faites pour accommoder les restes avariés d'une vile popularité, que tu ne mendias jamais. Ton lot est meilleur, ton salaire plus élevé et plus pur. Le cœur et l'esprit d'une immense foule d'honnêtes gens en ont spontanément versé les prémices ; leurs fronts ont salué et se sont inclinés sur le passage de cette dépouille mortelle, dont le cortège a été celui d'un soldat, d'un héros tombé au champ d'honneur. L'avenir acquittera le reste.