‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 12 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les populations humaines à l'époque du renne. — Habitation. — Alimentation. — Vètements. — Armes et ustensiles. — Industrie. — Orriements. —— Naissance des arts, — Coutumes funéraires. — Le cimetière de Solutré, dans le Mäconnais.

Nous voici arrivés à cette subdivision dé l'âge de la pierre que nous désignons sous le nom d'Époque du Renne, Ou. Époque des animaux émigrés. Bien des siècles se sont écoulés depuis le commen cement de l'époque quartenaire. Les puissants animaux qui caractérisaient les commencements de cette époque géologique ont disparu, ou sont sur le point de s'éteindre. Déjà le grand ours (Ursus spelæus) et l'hyène des cavernes (Hyæna spelæa) ne foulent plus le sol de nos contrées. Quant au grand tigre (Felis spelza), au mammouth {£lephas primigenius) et au rhinocéros à cloison osseuse (Rhinoceros tichorhinus), leur dernière heure ne tardera pas à sonner. La nature s'amoindrit en se perfectionnant.

Le mammouth persiste encore au centre de l'Europe, mais le nombre des individus diminue tous les jours. Il ne vit plus par bandes nombreuses. Le géant des temps quartenaires se retire peu à peu vers les contrées du Nord, d'où il finira par disparaitre du monde. Mème aux confins du pôle, il ne trouvera plus les conditions naturelles de son existence, et son espèce s'éteindra.

En revanche, de nombreux troupeaux de rennes habitent les forêts de l'Europe occidentale. Dans cette partie de l'Europe qui s'appellera un jour la France, ils s'étendent jusqu'aux Pyrénées. Le renne trouve dans ces régions une mousse (hypnum diluvii) analogue à celle qui existe aujourd'hui dans les régions polaires (mousse de Renne) et qui suflit à sa subsistance. A côté de ce précieux ruminant, vivent le cheval (Equus caballus), qui ne diffère en

ll AGE DE LA PIERRE.

rien de l'espèce actuelle, l’aurochs (Biso europæus), l'urus (Bos primigenius), le bœuf musqué (Bos mosquatus), l'élan, le daim, le chamois, le bouquetin, le sanglier, et diverses espèces de rongeurs, entre autres le castor, le hamster, le lemming, le sermophile, etc.

. Depuis les grands froids de la période glaciaire, la température s'est sensiblement adoucie, mais elle est encore beaucoup plus basse qu'aujourd'hui, puisque le renne, animal des climats hyperboréens, s’y plait et y pullule.

La composition générale de la faune que nous venons d'indiquer est uné preuve frappante de la rigueur que présentait encore le climat du centre de l'Europe. Les animaux qui l'habitaient alors ne se rencontrent plus maintenant que dans les latitudes septentrionales des deux continents, à proximité des neiges et des glaces, ou sur les sommets élevés des grandes chaînes de montagnes. C'est là, comme on lessait, que se sont retirés de nos jours le renne, l'élan, le bœuf musqué, le chamois, le bouquetin, le hamster, le lemming, le spermophile. Le castor lui-mème se trouve à peu près exclusivement confiné aujourd'hui au Canada.

Le naturaliste anglais Christy a fait remarquer, avec beaucoup de sagacité, que les accumulations d'ossements et d'autres débris organiques dans les cavernes supposent un climat rigoureux. Sous l'influence d'une température mème simplement modérée. il se serait, en effet, dégagé de ces accumulations d'ossements et de débris animaux beaucoup d'exhalaisons putrides, qui n’eussent EE nul hümain de vivre à coté de ces restes infects. Les Esqui sort sous ce rapport, comme les peuples.des te rimitifs, c'est-à-dire à côté des débris les plus fétides; mais ils ne pourraient le faire ailleurs que dans les régions glacées du Nord.

Quels progrès l'homme de l'époque du renne a-t-il réalisés sur ses ancêtres ? C'est ce que nous allons examiner. Seulement nous devrons borner notre étude aux deux seules contrées où l'on ait encore recueilli un ensemble d'observations suffisant relativement à l'époque du renne. Nous voulons parler de cette partie de l'Europe qui forme aujourd'hui la France et la Belgique.

Nous allons considérer l'homme de cette époque sous le rapport de son habitation et de son alimentation. Nous parlerons ensuite des productions de son industrie, ainsi que des premières ébauches de son esprit artistique. Enfin nous dirons quelques mots du type de son organisation physique.

Habüation. — Sous le rapport de l'habitation, l'homme de l'époque du renne se confine le plus souvent dans des cavernes. Il les occupe tout entières ou s'établit seulement à leur entrée, suivant leur profondeur et leur clarté. Vers le centre de la caverne, des plaques, composées des roches très-résistantes, comme le grès ou l'ardoise, recouvrent le sol, et forment le foyer destiné à la cuisson des viandes. C’est autour de ce foyer que la famille se réunit pendant les longs jours d'hiver.

Quelquefois, pour mieux s’abriter contre les surprises auxquelles il est exposé, il se choisit une caverne à entrée fort étroite, dans laquelle il ne peut s'introduire qu'en rampant.

La grotte, formée naturellement par les rochers et leurs anfractuosités profondes, fut, sous tous les climats, la première habitation de l'homme. 11 fallait nécessairement trouver une retraite pour y passer la nuit dans les climats froids, ou pour se défendre contre la chaleur du jour dans les climats chauds. Mais ces demeures naturelles ne pouvaient exister que dans les pays où se rencontraient des rochers présentant des fentes ou des crevasses, Quand l'homme fixait sa demeure dans un pays de plaine, il était. obligé.de se préparer lui-même un abri commode et sür. Il se constrüisait une cabane de feuillage. S'il voulait un abri plus durable, il rassemblait des pierres trainées de toutes parts, et fabriquait alors une véritable caverne artilicielle. Choisissant une anfractuosité naturelle, en surplomb du terrain, il augmentait, du mieux qu’il pouvait, cette toiture naturelle, et, J'artvenant ainsi en aide à la nature, l'homme se trouvait en: possession d'une retraite commode.

N Ajoutonssquence lieu dans lequel il établissait cette demeure jt toujours dans le voisinage d’un cours d'eau.

Pour se faire une idée exacte des grottes qui servaient d'habitation à l'homme, pendant l'époque du renne, il fautmexposer les belles découvertes faites par M. Édouard Dupont, en Belgique, découvertes dont nous avons parlé dans l'introduction de ce volume. L'exploration des cavernes de la vallée de la Lesse, près de Dinant, fut faite de 1845 à 1850, par M. Édouard Dupont, assisté d'unspaléontologue et anatomiste belge, M. Van Beneden. Ces fouilles “avaient été ordonnées par le gouvernement du roi Léopold,-qui avait fourni les fonds nécessaires pour les pousser aussi Join que possible. Nous parlerons surtout de la caverne de Ghaleuz et des grottes de Furfooz

La caverne de Chaleux a été préservée de tout bouleversement ultérieur par l'écroulement accidentel de son plafond, qui ensevelit et maintint en place, sous une masse de décombres, tous les objets qui s'y trouvaient. M. Dupont a recueilli dans cette caverne des ossements de mammifères, d'oiseaux et de poissons, des os et des bois de renne travaillés, des coquilles fossiles, venant de la Champagne, et qui servaient d'ornements, enlin et surtout des silex taillés, au nombre d'au moins trente mille. Dans le foyer, placé au milieu de la caverne, on a rencontré (LE pierre portant des signes inexpliqués jusqu'à ce jour, et tout autour M. Dupont a ramassé environ dix kilogrammes d'ossements roussis ou brülés, appartenant au rat d'eau: ce qui montre qu'à défaut de pièces plus nobles et plus substantielles les anciens habitants de ces pays savaient se contenter de ces petits rongeurs.

Les grottes de Furfooz sont au nombre de quatre, qui ont été désignées par M. Dupont sous les noms de Trou du Frontal, Trou Rosette, Trou des Nuions et Trou Reviau, où de la Gatte d'or.

Le Trou des Nutons et le Trou du Frontal ont été bouleversés par une violente irruption des eaux, car les débris qu'ils contenaient élaient mélangés, dans un désordre incroyable, à une masse énorme de matières terreuses et de blocs calcaires amenés par l'inondation.

Dans le Trou des Nutons, situé à environ 50 métres au-dessus du niveau de la Lesse, M. Van Beneden a reconnu de nombreux ossements du renne, de l’urus et.de beaucoup d’autres espèces encore vivantes, parmi lesquels gisaient, pêle-mêle, des instruments en silex, principalement des couteaux, des os et des bois de renne travaillés de différentes façons, des osselets de chèvre polis sur deux faces, un sifilet formé d’un tibia de chévre et dont on peut tirer encore des sons, des fragments de poterie fort grossière, des restes de foyer, etc.

Le Trou du Frontal fut ainsi nommé par M. Édouard Dupont, parce que, le premier jour des fouilles, il y recueillit un os frontal humain. Cette découverte ne devait pas rester un fait isolé. Bientôt on se trouva eu présence d'un grand nombre d’ossements humains associés à une quantité considérable d'ossements de renne et uutres animaux, ainsi que d'outils de toute sorte. M. Van Beneden constata que les ossements se rapportaient à treize individus de tout âge; quelques-uns appartenaient à des

enfants d'un an à peine. Parmi eux se trouvaient deux cränes entiers, bien conservés, et très-précieux en ce sens qu'ils ont pu fournir quelques inductions sur la conformation céphalique des peuplades primitives des bords de la Lesse.

M. Édouard Dupont pense que le Trou du Frontal a servi de sépulture. {l est probable que telle était, en effet, sa destination, car on y a retrouvé une large dalle, qui devait servir à en boucher l'ouverture et à mettre les corps à l'abri de la profanation. Dans ce cas, les ossements d'animaux épars çà et là seraient des débris de repas funéraires, comme en faisaient les peuplades de l'époque du grand ours et du mammouth.

Îl est intéressant de constater une pareille similitude dans les coutumes d'hommes séparés par de vastes territoires et à une distance de plusieurs milliers d'années.

Immédiatement au-dessus du Trou du Frontal est une grotte, nommée Trou Rosette, dans laquelle on a également recueilli les ossements de trois individus d'âges divers, associés à des ossements du renne et du castor, ainsi qu'à des morceaux d'une poterie noirâtre, creusée de sillons grossiers en guise d'ornements, et simplement durcie au feu. Selon M. Dupont, les trois hommes dont on ædécouvert les restes auraient été écrasés par des blocs de rochers, lors de la grande inondation qui a laissé des traces dans la vallée de la Lesse.

La planche 46 représente la caverne de Chaleux d'après le Mémoire de M. Dupont. Nous laisserons M. Dupont décrire luiméme, dans son beau Mémoire, cette grotte remarquable.

« La caverne de Chalèux présentait, dit M. Dupont, les conditions les plus favorables d'habitation, D'un accès facile, peu élevée au-dessus de la rivière, grande, bien ouverte, bien éclairée, bien sèche, c'étaient des avantages qui ne pouvaient être dédaignés par les bommes dont les souterrains étaient la demeure.

« Le plancher de cette caverne est recouvert d'une épaisse couche d'argile à raclure luisante, rouge ou jaune, alternant avec des sables, comme on l'observe dans presque toutes les cavernes de la rive droite de la Lesse, qui se trouvent sur une ligne orientée O. 35°N.etallan d'Ordenne (Auseremme) à Noisy (Celles). Elle était surmontée de limon stratifié, contenant des débris de l'Ursus spelæus et des traces de l'existence de l'homme.

« Un grand amas de pierres écroulées de la voûte recouvrait ce limon à l'entrée où il formait un parapet d’un mètre environ de hauteur vers l'axe de la caverne et se réduisant à rien vers la droite.

« Ce fut sur ce sol formé de terres argilo-sableuses au fond et recouvert d'un amas de pierres à l'entrée que l'homme du renne dut s'établir. ]1 y a

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laissé, dans une veine de sable argileuse, de poussitre ct de cendres de 30 centimètres environ d'épaisseur, une grande quantité de débris de loute nature.

« Celte veine était elle-même recouverte d'un autre amas de pierres éboulées, mais bien plus considérable que le précédent. L'argile à blocaux, puis le loers, le surmontaient, L'argile à blocaux contenait aussi quelques ossements de chevaux et des silex taillés.

« Ce sont les débris placés entre les deux masses de pierres écroulées qui ddivent surlout altirer ici notre altention. Les traces de l'homme découvertes dans une conche plus ancienne appartiennent à un autre àge, l'âge du Grand Ours.

« Des débris de l'âge du renne avant l'éboulement de la voûte. — Le second amas de pierres, souvent épais de 3 mètres et même davantage, provient de l'écroulement d'une grande parlie de la voûte de la caverne. 11 ne peut être estimé à moins de 150 mètres cubes.

« Iles clair que tous les objels qui recouvraient le sol au moment d'un tel écroulement furent immobilisés et soustraits à toute atleinte destructive. Je les remis au jour par mes fouilles de l'été de 1865 ct je pus les voir dans l'état exact laissé au moment de l'abandon de la caverne. Suivant la comparaison que M. H. Le Hon en a faite, c'élait un l’ompéi en miniature, où les fragments de pierres, remplaçant les cendres volcaniques, conservaient en dépôt l'antique civilisation de la période du renne, pour la remettre intacte aux yeux de nolre génération.

a La distribution des objets de la surface de la caverne a donc ici une haute importance pour reconnaîlre la manière de vivre de ses habitants et l'usage de cerlains restes remarquables dont la présence, dans toute autre circonstance, eût été à peu près impossible à interpréler.

a Les débris qui s'étaient conservés sous cet énorme éboulis se composent principalement des ossements des animaux qui servirent aux repas de l'homme, et des objets de son industrie, comme ceux qui viennent d'étre décrits. On les rencontrait, toujours sous les produits de l'écroulement, depuis le bord de la rivière jusque près du fond de la caverne.

a Sur le rebord intérieur du parapet formé par le premier écroulement on observait un vaste foyer, d’un mètre et deuni de surface, marqué par des terres brûlées, des cendres et du charbon.

« Les restes d'industrie et d'osscments abondaient autour de ce foyer, et plusieurs avaient subi l'action du feu. Ces restes devenaient de plus en plus rares vers le fond de la caverne et vers l'extérieur. Trente mille silex taillés, des bois de renne travaillés, des ornements formés de coquilles fossiles d'ivoire et d'autres matières, d'innombrables plaques de psammites, etc., neuf cent trente-sept dents molaires et des fragments de squelettes de chevaux suffisants pour remplir un chariot, des restes du squelelte de treize autres espèces d'animaux jonchaient le sol.

«a Les ossements de chevaux, — Le cheval était, sur les bords de la Lesse, la principale nourriture de l’homme du renne. Neuf cent trente-sept molaires et un nombre considérable de débris fracturés du squelelte témoignent du nombre d'individus qu'il a mangés dans le trou de Chaleux. Ces dents représentent le râtelier dentaire de quarante chevaux. Quoique la quantité d'os-

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qui peuvent à si jusie titre être "appel nombreux animaux, parmi lesquels A suifantés : renne, renard, chèv ours brun, æat « Le chamois, ‘tés à cette liste, « L'état où 88 trouvent les os'de ces animaux prouve assez 1 but pour quel if ont été introduits dans lteaverne ; car, outre les squeleltes

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sié tent la trace du feu. Le “animaux ordinaires pe débris nt toujours abondanls.

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Ces habitauts du trou de Chaleux.

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quer autrement la présence de leurs restes en telle quantité au milieu des cendres, surtout que les débris des animaux qui ont évidemment servi de nourriture à l'homme ne portent pas l'indice de la dent de co rongeur, J'ai recueilli également quantité de leurs os dans toutes les cavernes habitées par les hommes de cet Âge, et il semble que c'est le cas général pour presque toutes les cavernes de l'Europe occidentale présentant des débris de cette époque.

« Le trou de Chaleux après l'écroulement d'une partie de la voûte, — Lorsque le vaste écroulement de pierre qui nous eonserva si heureusement ces nowbreux restes eut lieu, l'homme du renne ne revint dans la caverne que longtemps après l'événement et pour peu de temps,

« J'ai reeueilli quelques silex taillés et quelques ossements de chevaux au-dessus de l'éboulis et sous l'argile à blocaux. Les silex sont entièrement dépourvus de patine, tandis que ceux qui étaient situës sous l'éboulis présentent utfétepdissépätine.

« Ces ubservations démontrent le court séjour de l'homme dans cette grotte postérieurement à N'écroulement, et le long espace de temps qui s'écoula entfe les Ucux séjours. En effet, de l'avis des hommes les plus compéténts, où peut mésurer la longueur du séjour des peuplades du renne dans une caverne par le Hombre des restes qu'elles ÿ ont laissés, Du petit nombre d'objets trouvés au-dessus de l'éboulis, on peut donc conclure à une courte habitation,

« La courte réapparition des peuplades du renne dans le trou de Chaleux, longtemps après la catastrophe qui les en avait expulsées, me parait digne de renarque.

« La caverne me semble, lorsque l'écroulement se fut produit, avoir été aussi habitable qu'auparavant. La présence de nombreux objets qui y furent abandonnés ne montre-t-elle pas que la chute des pierres fut subite? Tout indique même que ce volume de 150 mètres cubes de pierres se détacha d'un seul coup, et rien ne porte à croire que d'autres éeroulements aïent succédé à celui-là.

« Pourquoi, dès lors, les habitants de la caverne n'y revinrent-ils pas fixer leur demeure alors que les grottes bien disposées pour l'habitation sont si rares dans la vallée de la Lesse? Faut-il y voir, eonune je l'ai dit dans le rapport que j'ai adressé à M. le ministre de l'intérieur, faut-il ÿ voir la preuve que ces peuplades regardèrent l'événement comme la manifestation d’une volonté supérieure? 11 n'est évidemment pas nécessaire de recourir à des peuplades aussi barbares pour trouver de semblables idées superstitieuses. »

Après avoir décrit une habilation de l'homme de l'époque du renne, c'est-à-dire la grotle de Chaleux, M. Édouard Dupont va nous faire connaître une station humaine, ou ce que l'on pourrait appeler un village à l'époque du renne. Ce village résulte de la réunion des quatre cavernes que M. Dupont décrit comme il suit :

« Station humaine de Furfooz. — Nous devons étudier un groupe de ca-

vernes, car nous n'avons plus seulement affaire à une habitation de l’homme du renne, maïs encore à une sépulture qu’il établit dans ces lieux.

« Nous aurons en outre à cxaminer une caverne qui a présenté un grand nombre d'ossements humains, et une autre renfermant quelques débris du même âge.

« Ce groupe se compose donc de quatre cavernes : les trous des Nutons, du Frontal, Rosette et Reviau.

« Trou des Nutons. — Le trou des Nutons offrait à l'homme du renne les avantages que nous avons vus dans le trou de Chalcux pour une habitation. Seulement il était très-humide, car une épaisse nappe de stalagmite s'y formait à l'entrée sur le linon stratifié.

« Les peuplades hippophages n'y firent qu'un séjour relativement court et à la fin même de celle époque géologique. En effet, si elles l'eussent f nté pendant la formation des stalagmites, leurs traces se verraient au milieu de cette nappe, et cela n'a pas lieu: la stalagmi il parfaitement bomogène et pure, et, rualgré l'attention particulière q ortii, elle n'a offert aucun débris qui dénotät la présence de l'ho dant son dépôt séculaire. Les ossements d'animaux et les restes de l'industrie se trouvaient au-dessus du plancher de stalagmite, et comme ils n'étaient pas protégés, ainsi qu'ils le furent à Chaleux, contre l'action du phénomène qui recouvrit, à la fin de l'époque du ren la contrée d'un manteau d'argile jaune à blocaux et de loess, tou e l'homme laissa dans cette caverne fut mélangé avec des blocaux à jaune.

« Comme preuve confirwative de la courte habitation du trou des Nutons, on doit citer la petite quantité relative d'os et. d'instruments qu'il contenait. Cette quantité est très-faible relativement ämcelle qui a été fournie par le trou de Chaleux. Moins de trois cents éclats de silex, une seule coquille, éocène, un petit nombre d'os travaillés, peu de plaques de psammites, des ossements d'animaux comparativement peu nombreux, ne dénotent certainement pas un séjour prolongé.

« DR — M. Van Beneden a reconnu que ces ossement nt pricipalement aux mammifères suivants : renne, sanglier un, ours brun, chèvre, glouton, chamoïis, renard, bouque-

tin, blaïreau, bœuf, lièvre, cheval, rat d'eau. « C'est bien la faune de cette époque avec son mélange des principales espèces actuelles du pays et des espèces reléguées au nord ou sur les hauts sommets de l'Europe occidentale, « Les ossements du trou des Nulons sont les restes des repas des habitant cet antre. Les os fendus ou brûlés, Icswsquelettes incomplets, ete., en sont les preuves.

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les plaques des tion de la caverne

traces de foye i l'action du feu.

les orncments démo e antérieure au

par des cendres, du taillés, les poteries, | également l'habita-

eruier grand phénomène

aqueux. "

« Ce qu . Cavl de plus remarquable au point de vue de l'habitation, c'est le no de bois de renne qui, comptés d'après les and -: s'élève à près nt cinquante. J'ai recueilli les restes du sque-

lette d'un très-faible nombre de rennes, de sorte que cela suffirait déjà pour nous montrer que ces bois ne proviennent pas d'animaux mangés dans la caverne. Cette déduction est corroborée par leur examen: ce sont des bois de rennc, de sorte que ces nombreux ornements de la tête du ruminant actuellement polaire ont dû être collectionnés par les habitants mêmes de la caverne, Dans quel but, sinon de les travailler en dards et en lissoirs, puisque nous voyons que ces instruments sont fabriqués avec cette substance.

« Grâce aux soins habiles de M. Van Beneden, les principaux ossements recueillis dans le trou des Nutons sont actuellement au Musée royal d'histoire naturelle, réunis en séries spécifiques et disposés dans des cadres d'après une méthode très-ingénieuse.

a Trou du Frontal. — Sur la planche 47, on verra la disposition de cette caverne relativement au trou des Nutons, ou mieux la disposition de la sépulture de l'honime du renne relativement à son habitation; car le trou du Frontal fut la sépulture de la peuplade dont le trou des Nutons fut la demeure.

a Disposition de la caverne. — Son accès aussi bien que ses communications avec le trou des Nutons sont faciles (pl. 48 et 471. Elle offrait une première salle sous forme d’abri, par conséquent bien éclairée. A l'extrémité se trouve une anfractuosité d’un mètre vingt centimètres environ de largeur, d'un mètre en moyenne de hauteur, de deux mètres de profondeur. C'était là la sépulture; l’abri extérieur était la salle de festin. Cette caverne, comme an le voit, est complétement analogue à la célèbre sépulture d'Aurignac, étudiée avec tant de sagacité par M. Lartet. Il suffit, en effet, d'appliquer à la sépulture de Furfooz l'interprétation de M. Lartet relative à la sépulture de l'Aquitaine, pour y expliquer facilement tous les faits observés.

a L'abni extéricur recélait, sous un épais amas d'argile à blocaux, des restes d'animaux de toute nature dans un état qui dénote à l'évidence des résidus de repas. Mille éclats de silex crétacé taillés dans les formes décrites et figurées plus haut, quelques 6s travaillés, des coquiiles éocènes de la Champagne, de la Huorine, du jayet, etc., y ont également été trouvés. Je citerai aussi des fragments de cônes de stalactites, qui ont certainement dù y étre importés sans doute du trou des Nutons; le trou du Frontal n'a produit, et encore est-ce d'une manière rudimentaire, de la stalagmite que de nos jours, dans la cavité sépulerale méme et non dans l'abri extérieur,

‘a L'anfractuosité du fond contenait des osseinents humains mélangés à la terre à blocaux, et se rapportant au moins à quatorze individus,

a De la sépulture. — On vient de voir les dimensions de l’anfractuosité sépulcrale. Pour pouvoir y placer au moins quatorze cadavres d'enfants et d'adultes, il était nécessaire de les superposer, et encore devait-elle être comble. Cette disposition des squelettes se retrouvait à Aurignac, d'après les dernières observations de M. Lartet, et on l'a constaté dans des dolmens.

« Une urue, qui est peut-être le spécinien de céramique le plus ancien en notre possession, se trouvait à l'entrée et à la droite de la sépulture, réduite en de nombreux fragments ; six cabochons, dont les trous sont dirigés du fond dans le col, permettaient dy passer des ligaments. La trace de l’u-

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