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Dans les cavernes de l'Ariège, MM. Garigou et Filhol ont recueilli des restes de poteries grossières, en argile, munies d’anses, de forme tout à fait primitive. Parmi les fragments de poteries trouvés par ces observateurs, il en est un qui mesure vingt-huit centimètres de hauteur, et qui a dà appartenir à un vase d’un demi-mètre de hauteur. Ce vase, nécessairement très-lourd, était suspendu par des cordes, ainsi que le prouvent trois trous percés dans un autre fragment du même objet.
C'est d’après ces données que nous représentons dans la composition ci-jointe (fig. 139), un atelier de polier à l'époque de la pierre polie.
Agricullure. — On a des preuves certaines que l’homme, à l'époque de lâ pierre polie, possédait une agriculture, ou, si l'on veut, qu'il cultivait les céréales. MM. Garrigou et Filhol ont trouvé dans les cavernes de l'Ariège plus de vingt meules, qui ne pouvaient servir qu'à triturer les grains. Ces meules ont de vingt à soixante centimètres de diamètre.
Ainsi les peuplades qui habitaient notre Ariége, à l'époque de la pierre polie, connaissaient, sinon le blé, au moins une graine céréale alimntaire. °
M. le D° Foulon Menard a publié, en 1869, un mémoire destiné à décrire une pierre trouvée à Penchasteau, près de Nantes, dans un tombeau appartenant à l'âge de la pierre‘. Large de soixante centimètres, cette pierre est creusée sur sa face supérieure. Elle servait évidemment à écraser les grains avec un rouleau de pierre ou tout simplement avec un caillou rond, promené dans sa cavité. La farine obtenue par cette pression descendait par la pente donnée à l'excavation de la pierre, et était reçue sur quelque lambeau de natte.
Nous représentons ici, d'après le modèle qui existe au Musée de Saint-Germain, le moulin primitif de Penchasteau (fig. 140).
Pour comprendre comment une excavation pratiquée dans une pierre circulaire fut le premier moulin à blé des anciens âges, il suffit de savoir que, méme de nos jours, chez les peuples sauvages, c'est ainsi que l'on procède pour écraser les grains des céréales.
1. Les Moulins primitifs, Nantes, 1869. Extrait du Bullrtin de la Société archéolagique de Nantes
On lit dans le Voyage du Mississipi à l'océan pacifique, par M. Molhaüsen : :
« La nourriture principale des Indiens Mohares consiste en gâteaux grillés de maïs et de blé, dont ils pulvérisent les grains entre deux pierres. »
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Fig. 440. Moulin primitif,
On lit dans les Erplorations du Zambèse et de ses affluents (Afrique centrale), par Livingstone :
« Le moulin des Mangajas, Makalolos, Landines et autres peuplades, est composé d'un bloc de granit, ou de syénite, parfois même de mieaschiste, ayant de 15 à 18 pouces carrés sur 5 ou 6 d'épaisseur, et d'un morceau de quartz, ou d'autre roche également dure, de la dimension d'une demibrique; l'un des cotés de cette espèce de meule est convexe, de manière à s'adapter à un creux en forme d'auge, pratiqué dans le bloc qui est immobile.
e Quand la femme a du grain à moudre, elle s'agenouille, saisit à deux mains la pierre convexe, et la promène dans le creux de la pierre inférieure par un mouvement analogue à celui d'un boulanger qui presse sa pâte et la roule devant lui. Tout en la faisant aller et venir, la ménagère pèse de tout son poids sur la meule, et de temps en temps remet un peu de grain dans l'auge du bloc. Celui-ei est ineliné, de manière que la farine, à mesure qu’elle se fait, tombe sur une nappe disposée pour la recueillir %, »
Tel fut donc le premier moulin. Nous verrons plus tard apparaître une autre forme: deux meules superposées, dont l’une est mue par-dessus l'autre, avec un manche de bois. C'est le moulin de l'époque du bronze, Cette forme se maintiendra d'ailleurs jusqu'aux temps historiques, puisqu'elle constitue le premier moulin que les agriculteurs romains aient employé.
1. Tour du monde, 1860, 1°" semestre, page 376, Hachette et Ci. 2. In-8°, Paris, 1866.
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C'est pour représenter l'existence de l'agriculture à l'époque de la pierre polie, que nous avons fait dessiner, dans la planche 141, une femme réduisant du grain en farine dans le moulin primitif.
On voit, sur le mème dessin, la manière de préparer, avec la farine sortant du moulin, une sorte de galette grossière. Des enfants font chauffer à un foyer des pierres circulaires, ou rondelles. Sur ces pierres brülantes, qu'ils viennent de retirer rapidement du feu, ense servant, pour les saisir, de deux bätons mouillés, ils placent un peu de farine délayée dans l'eau. La chaleur de la pierre suflit à cuire la farine, et à former une sorte de galette. à
Disons tout de suite, pour montrer qu'il ne s’agit pas ici d’hypothèses, que c'est de cette manière que de nos jours encore se prépare, dans les contrées pauvres de la Toscane, la polenta. La pâte, faite avec des farines de chätaignes délayées dans l’eau, est cuite entre des rondelles de pierre, que l'on superpose en rangées, comme nous l'avons figuré dans la planche 141, l'art de faire le pain à l'dge de la pierre.
A l'arrière-plan du mème dessin, on voit des animaux, réduits à l'état de bétail, ramenés vers le groupe des travailleurs. Nous avons voulu indiquer par cette particularité que l'époque de la pierre polie est aussi celle de la domestication des animaux, et que déjà le chien, le mouton et le bœuf étaient asservis par l'homme, et lui servaient d'auxiliaires ou de compagnons.
Les traces d'agriculture que nous avons remarquées dans les cavernes de l'Ariège se retrouvent dans d'autres parties de la France. MM. Pommerol ont découvert, dans des foyers du département du Puy-de-Dôme, du blé carbonisé mélé à des poteries et à des instruments de silex. L'homme de la période qui nous occupe ne s’adonnait donc plus exclusivement à la chasse et à la pêche. Il commençait à exercer celte noble profession de cultivateur, qui devait ètre plus tard la source de la richesse des nations.
Navigation. — C'est à l'époque de la pierre polie que l'on peut placer l'origine de l'art de la navigation.
Selon M. de Mortillet, la navigation, tant marine que lacustre, existait régulièrement à l'époque de la pierre polie.
Les premières embarcations que l’'hommese fabriqua consistaient
seulement en de gros troncs d'arbres, équarris d'un côté, creusés ensuite à l'intérieur. Elles ne portaient aucun point d'appui pour les avirons ou les rames, qui se maniaient avec les deux mains. On se sérvait, pour creuser l'arbre, tout à la fois des instruments de pierre et de l'action du feu.
Dans les p’emières embarcalions, le tronc d'arbre, coupé aux deux bouts, aussi bien que le permettaient les outils de pierre, conservait sa forme extérieure. L'embarcation n'était donc qu'un tronc d'arbre, creusé d'abord par le feu, ensuite par l'instrument tranchant, c'est-à-dire par la hache de pierre.
Plus tard la fabrication se perfectionna. On tailla l'extérieur du tronc d'arbre, et ses deux extrémités, au lieu d’être coupées droit, se terminérent en pointe. Pour lui donner plus de fixité sur l'eau et l'empêcher de chavirer, un équarrit également et l'on évida le bas de la pirogue. Des contre-forts furent laissés dans l'intérieur, pour consolider l'embarcation, peut-être aussi pour servir de point d'appui aux reins, et plus probablement encore aux picds des rameurs, qui étaient assis au fond de la pirogue.
La voile dut être bientôt adjointe à ces moyens de progression nautique. Mais il serait diflicile de préciser la date de cette découverte importante, qui servit de transition entre la navigation élémentaire, primitive, et la grande navigation. Ce progrès n'a dû se faire qu'avec le secours des métaux.
M. de Mortillet, dans un mémoire qui a pour titre Origine de la navigation et de la pêche, passe en revue les trouvailles qui ont été faites en différents pays, des premières embarcations propres à l'homme antélristorique.
Il rappelle que le Musée de Copenhague contient le dessin de trois pirogues anciennes, puis il continue en ces termes:
« La première pirogue cs un demi-tronc d'arbre, de quaranle-cinq cen-: limiètres de large, coupé droil aux deux extrémités, ayant deux mètres en viron de long, et creusé en forme d'auge. Cette pirogue ressemble fort à celle de Suisse.
« La seconde avait environ trois mîtres de longueur, une des extrémités se lerminait en pointe, l'autre était plus arrondie. Formée d'un seul tronc d'arbre creusé en deux compartiments, une espèce de contre-fort ou siége ayant élé laissé à peu près au Liers de la longueur, à partir du bout le plus large.
« La troisième pirogue, n° 295, égalcment d'un seul tronc d'arbre, était plus longue, avait au moins quatre mètres, el étail terminée en pointe aux deux extrémités. Du côté le plus dé'ié, le creux se Lermine carrément, et il
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existe une petite banquette terminale triangulaire. Dans l’intérieur du vide ant été laissés en relief deux contre-forts,
« Ces trois pirogues sont classées dans la série du bronze, pourtant avec un point d'interrogation ou de doute pour les deux dernières.
« Comnie la Scañdinavie, l'Irlande a une histoire qui ne remonte pas très-baut dans le passé; aussi, comme la Scandinavie, l'Irlande a été une des premitres à recueillir avec soin les monuments et jusqu'aux moindres débris de la haute anliquité, des temps préhistoriques. La Royale Académie irlandaise a réuni à Dublin de magnifiques collections, dont elle a eu aussi la bonne idée de publier le catalogue illustré de six cent vingt-six figures.
« Dans ces collections existent trois anciens bateaux. Le premier, long de sept mètres environ, large de quatre-vingts centimètres et profond dè trente, est creusé dans un seul tronc de chêne, qui devait avoir au moins un mètre trente-cinq de diam'tre. Cette embarcation, provenant du marais de Calione, sur la cîte de Wexford, est largement équarrie dessous. La'des bouts, arrondi, 8e relève un peu; l'autre est coupé à angle droit, et fermé par une pièce de rapport fikée dans des rainures et calfeutrée avec de l'écorce. Dans l'intérieur se trouvent trois eontre-forts taillés à mème dans le tronc de chène.
« Cet intérieur, au moment do la découverte, contenait un vase en bois pour vider l'eau et deux rouleaux destinés probablement à pou-ser l'embarcation à la mer.
a Le second bateau est une piroguc, d'une seule pièce de chène, longue d'un peu plus de sept mîtres, large d’un ‘peu plus de trente centimètres et profonde de vingt, Il se termine en pointe aux deux bouts, et renferme trois contre-forts taillés à mêmo dans le bois, et un petit siége terminal Iriangulaire. «
« Le troisième, également d'une seule pièce, a un peu plus de six mètres de long sur environ einquante-cing centimètres de large. Il présente de chaque côté sur les bords une entaille pour placer un banc. Celte barqne parait moins ancienne que les autres, qui elles-mêmes pourraient bien no pas remonter à une très-haute antiquité. En effct, Ware dit que de son temps il y avait encore sur les rivières d'Irlande des pirogues creusées dâns. un seul tronc de chène, ;
< On sait aussi que les habitations lacustres, construites sur des espèces d'iles artificielles nomintes crannoges, se sont coutinuées fact faud en Irlande. Toutes les barques trouvées autuur de ees cranuoges sont. dus pirogues d’une pièce, ereustes dans de gros trones d'arbres.
« La pirogue en furme d'auge, simple trouc d'arbre goufié droit aux deux bouts, nullement équarri à l'exlérieur, existe aussi en fehnle On en a trouvé dans le comté de Monaghan ‘ une variété fort singulière; aux deux extrémités existaient desespèces d'anses ou poignets, qui servaient probablement à transporter l'embarcalion d’un lieu à un autre, ou bien à la retirer sur la plage après Ics navigalions.
L Shiriey's Account of the territory of Fornay. «
« D'après MN. John Buehanan, cité par sir Charles Lyell *, de 1775 à 1855, on a reliré au moins dix-sept canots des terrains bas, résidus de mer qui bordent la Clyde à Glaseow. M. Buchanan en a exaniné plusieurs avant leur exhumalion. Ciuq d’entre eux élaient enfouis dans la vase sous les rues de Glaseow. L'un d'eux, dans une position verticale, la proue en haut, eomme sil eût sombré dans une tempête, contenaïil un assez grand nombre de coqai'les marines. Douze autres canols furent trouvés à environ quatre-vingtdix mètres de la rivière. à la profondeur moyenne de ein mètres cinquante au-dessous de Ja surface du sol, soit à deux mètres dix au-dessus de Ja ligne des hautes eaux. Un petit nombre d’entre eux seulement n'était qu'à un mètre vingt ou un mêtre cinquante de profondeur, par conséquent à plus de six mètres au-dessus du niveau actuel de la mer. L'un était piqué dans le sable, sous un angle de quarante-inq degrés; un autre avail été renversé et gisait la quille en l'air; les autres étaient dans une position horizontale, eonnne s'ils avaient eoulé cn eau tranquille.
« Presque tous ces anciens hateaux étaient formés d’un seul tronc de chène, ereust avec des instruments à tranchant mousse, probablement des haches en pierre, aidées par l'aetion du fen. Un petit nombre offraient des eoupures nettes évidemment faites par des outils métalliques. Deux d’entre eux étaient eonstruits en planehes. Le plus sowné portait la trace de clous earrés en mélal, mais qui avaient entièrement disparu. Dans une pirogue on trouva une hache en diorite, et au fond d’une autre un tampon en liège qui suppose des relations avee la France méridionale, l'Espagne ou l'Italie,
« Les lacs de la Snisse, avee leurs habitations lacustres, ont fourni de nombreux spéeimens d'anciennes pirogues. M. le doeteur Keller, dans son cinquième Rapport sur les palañittes, planche X, figure 23, en représente une de Robenhausen : c'est un demi-trone d'arbre long de trois mètres soixante, large de soixante-quinze centimètres, creusé à l'intérieur de quinze à dix-huit eentimèlres seulement. Ce Lronc a été aminci et allégé à partir du eentre, en se dirigeant vers les deux extrémités, qui sont arrondies. Il est pourtant très-probable que tout ce travail a êté fait avec des instruments en pierre, ear la stalion de Robenhausen, située dans une tourbière, prés du petit lac de Pfeffikon, canton de Zurich, bien que fort riche en objets divers, n'a pas fourni jusqu’à présent un seul instrument en tuélal,
« Déjà dans son premier Rapport, planche IV, figure 21, M. Keller avait donné le dessin d'une autre pirogue. Elle provient du lae de Bienne, Comme la première eilée par M. Worsaæ, c'est une moitié de tronc d'arbre, coupé presque droit aux deux bouts, creusé à l'intérieur en forme d'auge et laissé sans travail à l'extérieur.
« M. le professeur Desor cite plusieurs pirogues dans le lac dc Bienne. L'une d'elles, près de l'he Saïnt-lierre, est encore chargée de cailloux. D'après M. Desor, à l'époque de la pierre polie, les constructeurs des habilations lacustres, pour consolider les pieux destinés à soutenir ces habita-
1. J. Buchanan, British Association Reports, 1855, page 80. — Charles Lyell, l'Ancéenneté de l'homme, page 49.
tions, les calaient avec des pierres qu'ils allaient chercher en bateau sur les rives, le fond du lac en étant completement dépourvu, La pirogue de l'île Saint-Pierre"serait une embarcation coulée à fond avec sa cargaison de cailloux, et remonterait ainsi à l'époque de la pierre polie, M. Troyon ‘ donne des détails encore plus circonstanciés sur cette pirogne. Elle est en partie prise dans la vase à l'angle septentrionai de l'ile; faite d'une seule pièce d'un tronc de chène de grande dimension, elle ne mesure guère moins de quinze mètres de long, sur une largeur de un mètre cinq à un mètre trente.
« M. Desor, dans scs Palafittes, nous apprend que le Musée de Neuchâtel s'est enrichi dernièrement d'une pirogne provenant du lac; malheureuse ment clle s'est horriblement déformée en séchant.
« Et M. Troyon, dans ses Habitations lacustres, nous parle de diverses pirogucs d'Estavayer et de Morges.
« Estavayer est situé sur le lac de Neuchâtel. 11 y a deux slations voisines, l'une de l'âge de la pierre, l’autre de l’Age du bronze. Une pirogue git encore au fond du lac près de ces stations. Des pêcheurs en ont sorti une autre, il y a quelques années, qui mesurait environ trois métres de longueur sur soixante centimètres de largeur. L'extrémilé conservée était taillée en pointe légèrement relevée.
« Morges est sur le lac de Genève, dans le canton de Vaud. MM. Forcl père et fils y ont découvert et exploité deux intéressantes stations de l'âge du bronze. On y a trouvé deux pirogues. D'après M. Troyon, l'une d'elles, transportée sur le rivage il ÿ a environ quarante-cinq ans, n'a pas tartié à être détruite. Elle était formée d'un tronc de chène creusé comme un bassin, L'autre git encore auprès des pilotis sous quatre mètres vingt à quatre mètres cinquante d'eau. Une partie est prise dans le sable, celle qui n'a pas été recouverte mesure environ trois mètres de longueur sur soixanie centimètres de largeur. Elle se termine en pointe ct a été laillée de manière à ménager une espèce de siège, pris sur l'épaisseur du bois à l'extrémité, comme dans la troisième figurée dans le catalogue du Musée de Copenhague. F
a En France, on a remarqué aussi plusieurs pirogues remontant aux temps préhistoriques.
« Le 6 janvier 1860, des ouvriers occupés aux fortifications que le génie faisait élever à Abbeville, dans les terrains dits de Saint-Jean-des Prés, sur la rive gauche du canal de transit, découvrirent une pirogue, dans la tourbe, à trois mètres soixante-dix en contre-bas du chemin de halage et à deux cents mètres environ du débarcadère du chemin de fer. Faite d'un seul tronc de chène, elle avait six mètres soixante de longueur; ses bouts carrés étaient taillés en biais, de sorte que son plan supérieur se trouvait de deux mètres cinquante plus long que sa ligne inférieure un peu aplatie sur une largeur de trente-cinq centimètres. La plus grande largeur de la partie supérieure, placée au tiers de la longueur, mesurait quatre-vingt-dix centimè -
1. Frédérie Troyon, Habitations lacustres des temps anciens el modernes, pages : 119, 159 et 166.
tres; à parlir de ee point, la pirogue se rétrécissail et ne présentait plus qu'une largeur de cinquante cenlinètres à l'extrémité la plus éloignée. Or, comme il n'existe pas d'arbre diminuant naturellement de quarante eentimètres de diamètre sur une longueur de quatre mîtres, il faul conclure que le trone dont on s’est servi avail été taillé exlérieu rement,
« Deux saillies de onze centimètres d'épaisseur, placées à deux mètres de l'extrénuité la plus étroite, faisant corps avec les bordages et le fond plus épais en eet endroit, laissaient entre elles un vide rectangulaire, qui était probablement destiné à emboiter deux eôtés d’une pièee de bois à base earrée servant de mâture. Le plus grand creux intérieur n'avait que vingt-cinq cônlimèlres de flèche, et le.bordage, qui nf présentait en haut que deux caetimètres d'épaisseur, allait, en suivant la courbe nalurelle du trane, se con fondre avee le fond épais de plus du double. Celle pirogue, bien que mise complélement à découvert, et encore en très-bon étal de conservation, n'a pas été extraile de son gisement.
« En 1834, on avait découvert une autre pirogue à Estrebœuf, longue de dix mèlres, large de cinquante-cinq centimètres el profonde de cinquante. Elle avait le fond plat, les côtés coupés verticalement en dedans el en dehors, ce qui lui donnail à peu près la forme d'une auge équarrie, Dans sa partie la plus large elle portait des indices de mâture. Transportée au Musée d'Abbeville, elle s'est complétement détériorée, et on n'en voit plus que des restes informes.
« M. l'abbé Cochet raconte que de 1788 à 1800, pendant les fouilles du bassin de la Barre, au Havre, on rencontra à trois mètres lrente de profondeur une pirogue de plus de treize mètres de long. creusée dans un seul tronc d'arbre. Les deux extrémités étaient pointues el massives, et l’inlérieur renforcé de courbes formées à même de l'arbre. Cetle pirogue, reconnue pour être en bois d'orme, avait près de un mètre treute de creux. Elle était si parfaitement conservée qu'elle put étre transportée derrière la maison des ingénieurs des ponts et ehaussées, sur la jette du sud ; mais là elle fut détruite par T'aclion successive de la pluie et du soleil.
« Le même aréhéologue cite aussi une pirogue, de cinq à sepl mètres de quille, déeouverte en 1780, à Montévilliers, daus les fossés eomblés encore connus sous le nom de la Bergue.
« Le Musée archéologique de Dijon renferue une pirogue trouvée dans le gravier du lit de la Loue, aux eonfins du département du Jura, entre Düle el Salins. Elle esl en bois de chène, faite d’un seul trone colossal, travaillé, à ce que pense M. Baudol, au moyen du feu. La longueur aeluelle esl de einq mètres cinquante, la largeur de soixante-douze eentimétres; mais il y a eu un grand retrail par la dessiccation. Des armalures en fer posées pour maintenir le bois permettent de eonstater sur la largeur un retrait . d'au moins qualorze centimètres. Dans l'intérieur on voit les races fort distinctes de deux banquettes ou contre-forts laissés à méme du bois pour consolider la pirogue. Le premier est à un mètre de l'un des bouts, le second à un-fnètre soixante-quinze de l'autre bout. Les deux extrémités « e Lerminent en poinle, dont l'une beaueoup plus aiguë et plus allongée que
l'autre. ;
« Le Musée de Lyon possède aussi une pirogue trouvée dans les graviers
du Rhône, près du pont de Cordon, dans le département de l'Ain. Elle a douze mètres cinquante de long, creusée dans un seul tronc de chène, les deux extrémitts vont en s'atténuant. Le milieu est équarri et l'intérieur est consolidé par deux contre forts laissés à même du bois.
« Enfin il reste à citer la pirogue extraite du lit de la Seine, à Paris, et donnée par M. Forgeais à l'Empereur. Elle se trouve maintenant au Musée des origines nationales de Saint-Germain. Faite d'un seul tronc de chine, elle a été très-façonnée à l'extérieur et se terminait en pointe des deux côtés. Cette pirogue gisait dans la vase et le gravier vers l'extrémité de la Cité, du côté de Notre-Dame. Tout près s'est rencontré un silex taillé, et ont été recueillies diverses armes en bronze, entre autres un casque et plusieurs épées. Dans les lits des fleuves, les objets dés diverses époques sont facilement mêlés. Ce silex parait être accidentel, et-@8sont bien plutôt les armes an bronze qui doivent servir à dater la pirogue‘. »
Nous avons parlé plus haut, et nous avons figuré par le dessin le premier atelier de l'industrie humaine, Par opposition à ce tableau pacilique, nous pouvons représenter les témoignages, encore conservés aujourd'hui, des premiers moyens de défense et d'attaque qui constituent la guerre régulière entre les peuples. Les batailles et la guerre sont nées sans doute avec l'humanité même. Les haines, les rivalités d’individu à individu et de famille à famille, haines et rivalités qui ont existé de tout temps, se sont étendues peu à peu à la tribu, puis à la peuplade tout entière, et se sont traduites par des incursions armées, par le pillage et la mort. Ces violences ont été systématisées de bonne heure dans l’art de la guerre, expédient terrible auquel n’ont pas su se soustraire encore les nations modernes.
Pour trouver les témoignages encore debout des guerres des hommes de l'âge de la pierre, il faut nous transporter dans la partie de l’Europe qui forme aujourd'hui la Belgique. Qui, à l’âge de la pierre, par delà toute tradition écrite, les peuples de cette contrée guerroyaient déjà, soit entre èux, soit cotre d'autres peuples venus du dehors. On en a la preuve par les enceintes fortifiées ou camps retranchés, qui ont été découverts par MM. Hannour et Himelette. Ces camps sont ceux de Furfooz, de Pont-de-Bonn, de Simon, de Jemelle, de l'fastedon et Poilvache..
Ces divers camps présentent des caractères communs. Îls sont généralement établis en surplo®b de Vallées escarpées, sur un massif de rochers, formant une sorte de promontoire, qui est relié au reste du pays par un étroit passage. Un large fossé était.
1. Origine de La navigation et de la péche, brochure in-8°, p. 11-21. Paris, 1867.
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creusé dans cette langue de terre, et le camp tout entier était entouré d'une épaisse muraille de pierres, simplement assemblées les unes contre les autres, sans aucun mortier niciment. Au camp de l'Hastedon, ‘près de Namur, cette muraille, qui était encore bien conservée au moment de sa découverte, mesurait trois mètres de largeur. sur une hauteur à peu près égale, Lorsqu'ils étaient attaqués, les hommes, réunis dans l'enceinte, faisaient pleuvoir sur les assaillants des pierres empruntées à leur mur, lequel devenait ainsi tout à la fois un ouvrage de défense et d'attaque (fig. 143).
° * Ces positions retranchées étaient si bien choisies, que la plupart continuèrent à être occupées pendant le siècle suivant Nous citerons en exemyAde celle de Poilvache. Après avoir été citadelle romaine, elle se transforma, au moyen âge, en un château fort, qui fut détruit seûlement au quinzième siècle,
Les camps de l'Ilastedon et de Furfooz ont également été utilisés par les Romains.
Dans toute l'enceinte de ces anciens camps, on a trouvé des silex taillés et des débris de poteries, toutes choses qui sufliraient pour attester la présence de l'homme primitif. Les énormes murailles de ces mèmes camps indiquent en même temps qu'il a vécu sur les poiñts désignés en agglomérations déjà nombreuses.
Si nous voulions étudier avec détail les vestiges de l'époque de la pierre polie dans les autres contrées de l'Europe, nous serions amené à répéler ce que nous avons dit pour les contrées qui forment aujourd'hui la France et la Belgique. C'est toujours, sur une grande partie de l'Europe, le même mode d'existence, ce sont les mèmes coutumes et le mème degré de civilisation naissante. Nous ne pourrions donc songer à faire, au point de vue qui nous occupe, une étude spéciale de chaque pays.
Disons seulement qu'en Espagne les cavernes de la Vieille-Castille, explorées par M. Ed. Lartet, ont fourni des restes divers de l'époque du renne et de celle de la pierre polie. Les provinces de Séville et de Badajoz ont également donné des haches polies, la plupart de roches dioritiques.
De nombreux vestiges de la mème époque ont été découverts dans différentes provinces de l'Italie.
Nous donnons ci-dessous (fig. 144) le dessin d'une pointe de flèche très-remarquable, trouvée dans la province de Civita-Nova
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Fig. 143. Le: premiers combats réguliers entre les hommes à l'âge de la pierre, ou le camp retranché de Fnrfoos.
ancien royaume de Naples). Elle est pourvue d'un pédoncule à entailles latérales, pour faciliter l'emmanchement de la pointe dans une hampe de bois.
L'ile d'Elbe a été parcourue par M. Raffaello Foresi, qui a trouvé
Fig. 115. Polnte de fléche en sllex, de Civita-Nova (Italie),
dans cette île de la Méditerranée une grande quantité de flèches, de couteaux, de scies, de grattoirs, etc., taillés dans le silex, le jaspe, l’obsidienne et mème le cristal de roche. L'ile d'Elbe possédait des ateliers pour le travail du silex. La Grande-Bretagne, le Wurtemberg, la Hongrie, la Pologne, la Russie ont leurs instruments de pierre polie, sur lesquels, pour la raison donnée plus haut, il serait superflu d'insister.