CHAPITRE III
Les Lombeaux et le mode d'ensevelissement à l'époque de la pierre polie, — Tumuli et autres monuments funéraires anciennement appelés celtiques ou druidiquer. — Travaux de MM. Alexandre Bertrand et de Bonstetten. — Pratiques funéraires.
Après avoir décrit et figuré les armes, ainsi que les instruments de l'industrie rudiméntaire des hommes à l'époque de la pierre polie, il nous reste à parler des tombeaux, du mode d'ensevelissement, et de tout ce qui se rapporte aux pratiques funéraires.
Une circonstance heureuse. et bizarre à la fois a rendu extrèmement faciles, et en méme temps certaines, les notions que nous allons présenter à nos lecteurs. Ces tombeaux des hommes de l'époque de la pierre polie, ces monuments funéraires, ont élé étudiés, décrits, fouillés d'une manière approfondie, par les archéologues et les antiquaires, qui en ont fait le sujet d'une foule de publications et de savants mémoires. En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments dits celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme 6n l'avait toujours pensé, aux temps historiques, c'est-àdire aux temps des Celtes ou des Güulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l'époque antéhistorique de la pierre polie,
Nous étudierons, avec cette donnée explicative, les dolmens et autres monuments dit mégalithiques, restes grandioses d’une époque ensevelie dans la nuit des temps, énigmes colossales qui s’imposent à notre raison et piquent au plus haut point la curiosité de l'érudit et du penseur.
Les dolmens {fig. 145 et 146) sont des monuments qui se composent d'un gros bloc de rocher, plus ou moins aplati, et posé hori-
zontalement sur un certain nombre de pierres, dressées verticalement elles-mêmes pour servir de supports.
Vig. 145. Doimen danois.
La terre recouvrait ces sortes de chambres sépulcrales et formait un monticule; mais par la suite des temps cette Éerre ayant
| Fig 16. Dolmen d'Assier (département da Lot)
souvent disparu, on voit apparaître seulement les pierres nues de la chambre sépulcrale.
Ce sont ces pierres nues que l'on a prises pour des auteis de pierre et que l’on a rapportées ou culte religieux des Gaulois. Les prétendus autels druidiques ne sont que des dolmens en ruine. Ce n'est donc pas, comme on l'a toujours dit, pour servir aux pratiques d'un culte cruel qu'ils ont été élevés. Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que les dolmens étaient des tombeaux de l'époque antéhistorique.
Ces tombeaux recevaient ordinairement plusieurs cadavres. Les corps étaient placès dans la chambre formée par la table supérieure et les supports. Quelquefoïis ces chambres étaient à deux étages, et constituaient alors des sépultures multiples.”
Les figures 146, 147 et 148 représentent différents ‘dolmens qui existent encore en France.
Parmi les dolmens existant aujourd'hu, les uns sont apparents, comme celui que représente la figure 147, et rien ne les dérobe à Ja vue; tandis que d'autres sont recouverts d'un monticule de terre, dont les dimensions varient selon l'importance du monument lui-m ème. ®
Fig. 167. Dolmen de Connéré (Marne).
Ces derniers dolmens doivent prendre plus particulièrement le nom de tumuli, car cette désignation renferme l'idée d'un tertre élevé au-dessus de la tombe,
Fig. 138. Coupe verticale, existant qu Musée de Salnt-Germain, du dolmen de Lokmariaquer, en Bretagne.
Les figures 149 et 150 représentent le tumulus dolmen qui existe à Gavr'inis (ile des Chênes), en Bretagne, ou, pour être exact, dans le département du Morbihan. C'est la vue, en petit, d'un
énorme modéle qui existe au Musée de Saint-Germain. Unetranche de ce modèle en relief, qui peut à volonté s'élever ou s’abaisser au moyen d'une corde et d’une poulie, permet de voir l'intérieur
Fig. 149. Tumulus-dolmen de Gavr'inis (Morbihan),
du dolmen. Il se compose d'une seule chambre, à laquelle aboutit nn long couloir.
Les dolmens ont-ils tous été originairement recouverts deterre? C'est une question qui n’est pas tranchée. M. Alexandre Bertrand,
Fig. 150. Une partie dadolmen de Gavr'inis
directeur du Musée archéologique de Saint-Germain, à qui l'on doit des travaux si remarquables sur les monuments primitifs de la Gaule, se déclare pour l’affirmative, tandis qu’un archéologue suisse d’un grand mérite, M. de Bonstetten, est d'un avis contraire. Le fait, au surplus, n’a pas grande importance en lui-même. Ce qui est incontestable, c'est que certains dolmens, aujourd’hui découverts, ont été enfouis autrefois, car on les voit se dresser au centre de monticules peu élevés, dans lesquels les supports sont profondément enfoncés. Comme nous le disions plus haut, l'action du temps a détruit ces sortes de manteaux que les peuples antéhistoriques jetaient sur les sépultures, pour les défendre des injures du temps et de celles des hommes. De sorte que nous ne voyons plus apparaître que les pierres nues des chambres sépul-
crales des prélendus autels si longtemps attribués au culte religieux des (raulois.
Il faut donc renoncer à voir dans les dolmens de la Bretagne, qui ont été tant de fois décrits par les antiquaires, et qui figurent au noinbre des monuments de notre histoire, des symboles de la religion de nos pères. On ne peut plus les regarder que comme des chambres sépulcrales.
Les dolmens sont très-nombreux en France, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense. On croit généralement qu’il n’en existe qu'en Bretagne, et les curieux admirent sous ce rapport les
Fig 151, Formc generale d'une alles couverte.
prétendus autels druidiques si répandus dans cette ancienne province de la France. Mais la Bretagne est loin d'avoir le privilège
Fig. 152. Allée couverte de Bagneux, pres de Saumur.
des constructions mégalithiques. On en a trouvé dans cinquantehuit denos départements, appartenant pour la plupart aux régions de l'Ouest et du Sud-Ouest. Le département du Finistère en contient 500; le Lot, 500; le Morbihan, 250; l'Ardèche, 155, l’Aveyron, 125; la Dordogne, 100, etc. .