Alexandre Berirand, les Monuments primatifs de la Gau'e
Les auteurs qui ont écrit sur la question qui nous occupe, particulièrement M. Lubbock, dans son ouvrage l'Homme avant l'his-
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Fig. 153. Allée couvorte de Plouharnel (Morbihan).
toire, et l'archéologue suédois Nilsson, ont beaucoup trop compliqué la description des tombeaux des temps antéhistoriques, en multipliant les divisions dans ce genre de monuments. Suivre ces
Fig. 154. Allée couverte dite table de Cesar, À Lokmariaquer (Morbihan).
auteurs dans toutes leurs divisions serait égarer le lecteur. Nous devons cependant en dire quelques mots.
M. Lubbock appelle allée couverte ce que les archéologues du Nord appellent ganggraben (tombeau à passages), et dont nous présentons ici quatre spécimens, choisis en France (fig. 151, 152, 153, 154). Onnomme ainsi une galerie aboutissant à une salle plus spacieuse, autour de laquelle sont rangés les corps. La galerie, formée d'énormes dalles de pierres placées à la suite les unes des autres, est presque toujours orientée de la mème façon; dans les États scandinaves, elle s'ouvre ordinairement vers le sad ou l’est, jamais vers le nord.
Le même auteur appelle tumuli à salles, ou vrais tumuli, des
tombeaux qui se composent, soit d’une salle unique, soit d'une agglomération de grandes salles, dont les voûtes et les parois sont construites avec des pierres gigantesques, que recouvre une
Fig. 155 Tumulus danois, ou tumulus à salles.
masse de terre considérable. C'est dans les régions du Nord qu'ils se montrent le plus fréquemment.
La figure 155 représente, d’après l'ouvrage de M. Lubbock, un tumulus à salles du Danemark.
Pour terminer la description des monuments mégalithiques, nous devons dire un mot des menhirs et des cromlechs. Les menhirs étaient d'énormes blocs de pierres brutes, que l'on
Fig. 156. Forme genérale d'un meubir.
fichait en terre aux environs des tombeaux. Ils étaient plantés isolément, comme le représente la figure 156, ou par rangées, c'est-à-dire en cercle ou en avenue.
Il existe en Bretagne un alignement de ce genre extrèmement
curieux: c'est l'alignement des menhirs de Carnac (fig. 157). Ici les pierres sont disposées sur onze lignes parallèles, dans un espace
Fig. 157. L'alignement des menhirs de Carnac.
de 1000 mêtres, et ils présentent le long de la grève de Bretagne l'aspect le plus étrange.
Quandles menhirs sont rangés en cercles, uniques ou multiples, on les nomme cromlechs. Ce sont de vastes enceintes de pierres, ordinairement disposées autour d'un dolmen. Le culte dû aux morts parait avoir converti ces enceintes en lieux de pélerinage où se tenaient, à de certains jours, des assemblées publiques. Ces enceintes sont tantôt circulaires, comme en Angleterre, tantôt rectangulaires, comme en Allemagne; elles comprennent un ou plusieurs rangs.
La figure 158 représente un dolmen avec enceinte de pierres, c'est-à-dire un cromlech, qui a été trouvé dans la province de Constantine; la figure 159, un groupe de cromlechs danois.
De ces divers monuments, les allées couvertes et les tumuli sont les seuls qui rentrent dans le cadre de cet ouvrage, car seuls ils ont fourni des restes des temps antéhistoriques, et seuls ils peuvent nous donner des éclaircissements sur les peuples qui ont occupé une grande partie de l'Europe antérieurement à toute tradition. :
Ces monuments de pierre, nous l’avons déjà dit, ne sont pas | plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent
Fig. 158. Dolmen avec enceinte de pierres (cromlech) de la province de Constantine.
une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne,
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© Fig. 159. Grappe de cromlechs danois.
sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques. Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et sans doute
ils les considérèrent avec autant d'étonnement que nous-mèmes. Ils en tirèrent parti, lorsqu'il leur parut avantageux deles utiliser. Quant aux prètres de ces peuples anciens, quant'aux druides qui cueillaient le gui sacré sur le chène, ils accomplissaient leurs cérémonies dans la profondeur des forèts. Or jamais dolmen ne fut bâti au fond des forêts; tous les monuments de pierre qui existent encore aujourd'hui se dressent dans la partie découverte du pays. 11 faut donc renoncer à l'antique et poétique aperçu qui fait des dolmens les autels du culte religieux de nos ancêtres,
Certains tumuli atteignent des proportions vraiment colossales. Tel est celui de Silbury-Hill, le plus vaste de la Grande-Bretagne, qui a près de soixante mètres de haut. L'énorme somme de travail que nécessitaient ces sortes de constructions a fait supposer qu'on ne les élevait qu'en l'honneur des chefs et autres grands personnages.
Quand on consulte les archives de l’histoire jusqu'aux époques les plus reculées, on constate que la coutume d'élever aux morts illustres des tombes colossales était fort usitée dans l'antiquité orientale. On en retrouve des traces chez les llébreux, les Assy riens, les Égyptiens, les Grecs, etc.
C'est ainsi que Sémiramis, reine de Ninive, fit élever un monticule sur la tombe de Ninus, son époux, Des pierres furent également entassées sur la dépouille de Laïus, père d'OEdipe. Dans l'Iliade, Homère parle des collines édifiées à la mémoire d'Hector et de Patrocle. Celle de Patrocle, œuvre pieuse d'Achille, avait plus de cent pieds de diamètre. Homère parlant des tumuli, de son temps déjà trés-anciens en Grèce, dit que ce sont les tombeaux des héros. Un tumulus fut érigé par Alexandre le Grand sur les cendres de son ami Éphestion, et telles étaient les dimensions de ce dernier monument, qu'il coûta, dit-on, 1200 talents, c’est-à-dire près desix millions de francs de notre monnaie. L'histoire romaine nous offre des exemples du mème genre. Enfin les pyramides d'Égypte, fastueux et colossaux monuments funéraires, représentent à nos yeux la plus haute expression de l'hommage que les générations de l'antiquité rendaient, après leur mort, aux hommes illustres ou puissants. :
Cependant ce ne fut pas toujours cette pensée qui présida, chez les hommes de l'âge de la pierre, à l'érection des tumuli. Le grand nombre de cadavres qu'on a retrouvés dans quelques-uns de ces monuments exclut l'idée qu'ils aient été construits eñ l'honneur
d'un seul personnage, ou mème d'une seule famille. C'étaient souvent des sépultures communes, des nécropoles à l'usage de tous. Dans cette catégorie sont les tumudi d’Axevalla et de Luttra, situés non loin l’un de l'autre, en Suède. Le premier, que l'on fouilla en 1805, contenait une vingtaine de cercueils, de forme à peu près cubique, renfermant chacun un squelette, dans une attitude repliée. Lorsqu'on pénétra dans le second, on se trouva en présence de centaines de squelettes, formant quatre rangées superposées, et repliés sur eux-mèmes, comme ceux d'Axevalla. Des débris de l'âge de la pierre accompagnaient ces ossements humains.
La figure 160 représente la position dans laquelle on trouva ces squelettes.
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Fig. 160. Position des squeleltes dans un tombeau suédois à l'âge de la pierre.
M. Nilsson a émis l'opinion que les allées couvertes ne sont que d'anciennes habitations, que l’on transformait en tombeaux à la mort de leurs propriétaires. Quand le maitre de la maison avait rendu le dernier soupir, surtout s'il s'agissait d'un homme illustre, on plaçait près de lui des aliments pour le grand voyage, ainsi que ses armes et ses objets les plus précieux; puis on fermait sa demeure, eton ne la rouvrait que pour y transporter les dépouil les de sa compagne et de ses enfants.
M. Lubbock partage et défend cetie opinion. H rapporte les récits de plusieurs voyageurs, d'après lesquels les habitations d'hiver de certaines populations de l'extrème Nord ressembleraient beaucoup aux allées couvertes de l’âge de la pierre. Telles sont celles des Sibériens et des Esquimaux. qui se composent d'une salle, ovale ou circulaire, un peu enfoncée dans le sol et complétement
recouverte de terre. M. Lubbock pense donc qu'on a souvent pu prendre des habitations semblables pour des tumuli, d'autant plus, ajoute-t-il, que quelques-uns de ces monlicules, quoique renfermant des cendres, des poteries, des instruments, n'ont fourni aucun vestige d’ossements humains!.
Dans un travail sur les Sépultures de l'âge de la pierre chez les Parisii, M. Leguay, savant architecte, membre de la Société d’archéologie, fait remarquer que les constructions des dolmens nous révèlent, dans une proportion même assez avancée, la connaissance, par les hommes de cette époque, des éléments de l’archi-. lecture.
« L’ensépulturement, dit M, Leguay, a été pratiqué à l’époque de la pierre polie dans des caveaux, ou espèces de cercueils construits sur place, formés de pierres d'épaisseur variable, assez généralement plates, de peu de hauteur, et posées sans aucune espèce de mortier, Ces caveaux, sans distribution d'abord, plus tard séparés en compartiments par des pierres semblables, recevaient les corps placés également dans diverses positions. La terre, ou bien des pierres plates, les recouvraient, et il arrive quelquefois de renconirer au-dessus une éminence circulaire, formée d'un amas considérable de pierres apportées après coup, ainsi que M. Brouillet a pu le constater en en 1862, à la Tombelle de Brioux Vieune.
« Ce genre de sépulture constate un progrès réel. Les silex polis s’y rencontrent mèlés à des pierres travaillées, apportées de loin. Les poteries, fort signif calives, se rapprochent de l'époque où on commençait à les orner ; et notamment la Tombelle de Brioux a offert deux vases entiers avee anses, enlevées en saillie dans la terre et percées, dont j'ai rencontré les similaires comme forme et comme façon dans les sépultures à crémaltion de Villeneuve-Saint-Georges, qui, comme je l'ai avancé plus haut, m'ont paru être postérieures à celle à ensépulturement simple placée au-dessous.
e Les premiers éléments de l'art de construire, c'est-à-dire la stabilité, se montrent dans ces monuments. Ce ne sont pas encore les beaux dolmens ni les monuments qui suivirent, mais le principe de la juxtaposition des pierres est trouvé. La dalle, formant la couverture, est le premier essai du linteau, base primitive de la science architecturale. Insensiblement les dimensions du monument s’augmenteront, les matériaux se modifieront, et du petit monument élémentaire aux belles sépultures à dolmen il n’y aura qu’un pas à faire, pas de géant, il est vrai, mais que saura franchir l'intelligence humaine.
« Cependant il ne s’accomplira pas brusquement ni sans transition : nous en avons la preuve dans le bel ossuaire découvert en 1863 à Chamant, près Senlis (Oise), dans la propriété de M. le comte de Lavaulx. Ce monument n’est pas encore le beau du genre, mais il en possède toutes les inspirations, et il en est le lype.