‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 23 sur 53 · L'Homme avant l'histoire, 1n-8°, page 91. Paris · texte numérisé non relu

L'Homme avant l'histoire, 1n-8°, page 91. Paris

« Des pierres à peu près plates de plus grande hauteur que celles formant les caveaux, et d'assez fortes dimensions, sont posées de champ, de façon à former une salle carrée. Une cloison de pierres semblables, laissant un vide ou passage entre elles, sépare la salle en deux parties inégales : disposition observée dans la plupart des beaux dolmens, et qui existe, non loin de Ghamant, l'allée couverte connue sous le nom des Pierres Turquoises, dans la forèt de Carnelle, près de Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise),

« Seulement à Chamant la saile n'avait guère plus d’un mètre à un mètre vingt-cinq centimètres de hauteur sous le plafond qui était formé par de larges pierres plates; et elle était assez grande pour permettre à un grand nombre d'individus d’y reposer assis ou couchés. Près d'eux on avait placé des silex travaillés délicatement, ainsi que de belles haches polies, dont une

en serpentine, et une de grande dimension, taillée à la façon des haches die »

luviennes, m'a paru avoir été préparée pour le polissage.

« Les recherches n'ont constaté que de faibles traces de poteries, et de légers fragments, que j'ai exuninés, n'assignent pas à ce monument un âge bien reculé. Du reste, la fouille de cette snnitue, dirigée par une autre idée que celle d'étudier le monument lui-même, n’a pas été menée avec tout le soin nécessaire pour recucillir tous les indices qu'il devait fournir. !

« Entre la sépulture de Chamant et les beaux dolmens il“#y"4 quane

question de dimensions plutôt qu'unequéstion chronologique, Ceuxét#ënt ,

formés de pierres-colossales, et lorsqu'en les examine florsque l'on chefche

à se rendre compile des procédés employés pour leur érection, on démeure

confondu, ct l’imagination a peine à concevoir comment if a Eté possible dé remuer ces masses considérables, et surtout de les mettre en plaeé, alors

. qéaujour d'hui, poür arriver aux mêmes résultats, il serail nébessaire d' em: ployer tous les moyens que la science possède *, » . à

Toutes les constructions mégalithiques ne remontent pas’# la même époque. Les unes ont été élevées pendant l'âge de la piérre, les autres pendant l’époque du bronze. Rien dans leur mode d'architecture ne peut nous faire reconnaître leur degré d'ancienneté; mais les restes qu’ils contiennent nous renseignent parfaitement à cet égard. Ainsi en France, suivant M. Alexandre Bertrand, les dolmens et les tumuli-dolmens ne contiennent ordinairement que des objets de pierre et d'os; le bronze et l'or y sont très-rares ; le fer ne s’y rencontre jamais. Dans les vrais tumuli, au contraire,

le bronze domine, et le fer est plus abondant, preuve évidente :

qu'ils sont d'une origine moins ancienne que les dolmens. On s'est

assuré de la mème façon que les dolmens danois et les grandes ‘

salles sépulcrales de la Scandinavie appartiennent à l’époque de la pierre polie. En rangeant les dolmens dans cette dernière pé-

1. Des Sépultures à l'âge de la pierre, in-8°. Meaux, 1865, pages 15 et 16

riode de l’histoire de l'humanité, nous sommes donc d'accord avec la généralité des faits.

Pour préciser davantage, on pourrait dire que les dolmens et les tumuli se rapportent aux derniers temps de l'époque de la pierre polie et au commencement de l'époque du bronze. Mais nous n'ajoutons aucune importance, disons-le encore, à ces distinctions, qui ne pourraient qu'embarrasser, sans aucune utilité, l'esprit du lecteur.

L'examen des dolmens du Danemark a amené l’auteur du Catalogue des objets antéhistoriques envoyés par le Danemark à l'Exposition tniverselle de 1867 à résumer comme il suit ce qui concerne ces

” monuments funéraires.

« Dans les dolmens du Danemark, le nombre des squelettes varie beaucoup; dans les plus grands on en compte jusqu'à une vingtaine, dans les plus petits il n'y en a que cinq ou six; quelquefois ils sont placés en étages superposés. + .

« Les ossements ne sont jamais en ordre: la tête se rencontre près des genoux, aucun membre n'est dans ga posilion naturelle. 11 suit de celte disposition qu'en aurait accroupi les corps pour les ensevelir. ;

« Le fond de la chambre sépulcrale des dolmens est couvert le plus souvent d'une souche de silex passés au feu; c'est sur ce fond que le corps a été déposé. 11 a été codvert ensuite avec une mince couche de terre, et la

tombé a été fcraite. Cependant, comme nous venons de le dire, les dolmens

ne contienneñt que rarement un seul squelette. Il faut donc qu'on les ait guverts de nouveau pour y déposer d'autres corps. C'est alors qu'on aura, pour combaltre lesimiasmes de la putréfaction, allumé le feu dont l'intérieur des dolmens porte des traces nombreuses et évidentes. On a continué ainsi, paraît-il, jusqu'au / moment où le dolmen a été entièrement rempli; mais mème alors, semble-t-il, on n'a point toujours abandonné le tombeau. Quelque fois les squelettes les plus anciens ont été déplacés pour faire place à de nouveaux corps. Cela aurait eu lieu dans un dolmen près de Copenhagüe, qui fut fouillé en 1862 en présence du feu roi Frédéric VII.

« Un dolmen près du village de Ilammer, fouillé il y à quelques années par M. Boye, a offert des particularités fort curieuses. On y trouva, outre les instruments en silex, des ossements humains qui avaient subi le même traitement. On peut donc supposer qu'un repas funéraire a eu lieu dans le voisinage du tombeau, et qu’on a même ajouté au rôti de cerf des morceaux de chair humaine, Du reste celte trouvaille est unique jusqu'ici, et on ne peut nullement en tirer la conséquence que les habitants du Danemark, à cette époque, auraient été des anthropophages.

« Les inorts étaient déposés avec leurs armes et ustensiles el avec des vases qui doivent avoir contenu des aliments que l'usage religieux pouvait commander de laisser auprès des corps. On avait longtemps supposé que l'usage était de ne placer des armes qu'anprès des hommes. Mais dans un

quelquefois on sacrifiait des victimes sur le corps du défunt, peutêtre des esclaves, peut-être mème sa veuve, comme cela se pratique encore dans certaines parties de l'Inde,

M. Lubbock croit, en outre, que lorsqu'une femme mourait en donnant le jour à un enfant, ou tandis qu'elle l'allaitait encore, l'enfant était enterré vivant avec elle. Cette hypothèse se présente naturellement, dit l'auteur anglais. lorsqu'on réfléchit au grand nombre de cas où l'on a retrouvé ensemble les squelettes d'une femme et d'un enfant.

M. Leguay, dans le Mémoire sur les säpultures des Parisii, que nous citions plus haut, croit qu'après chaque ensevelissement, outre le repas funéraire, on allumaïit sur le tertre couronnant le tumulus un feu, dans lequel chacun jetait des objets précieux.

Les objets précieux à l'époque de Ja pierre polie, c'étaient les silex taillés en hache, en poigna:d ou en couteau.

« Dans eet ardent foyer, dit M. Legnay, de nombreux exemples sont là pour en témoigner, les assistants jetaient des pierres, on plus souvent des silex taillés, des ustensiles ou des instruments, toujours en pierres de diverses natures ou en os, des fragments de poterie, et saus doute beaucoup d'autres objets que le feu a détruits.

« {l'est beancoup de ces objets qui n'ont subi nulle atleinte du feu; eers tains silex mème sont si frais de taîlle. si peu altérés par le temps, qu'on les croirait récemment travaillés; mais alors ils n'étaient pas placés dans la sépulture, ils se rencontrent mélangés aux terres qui recouvrent ou environnent le foyer; et ils paraissent, dans beaucoup de eas, y avoir été jetés après son extinction au fur et à mesure du remblai.

« 1 arrive même un moment où, lorsque l'archéologue opère sa fouille avec soin, il rencontre une espèee de eonche de silex travaillés qui sont bien plutôt des éclats que des pièees. Leur position semble indiquer le sol de l'époque recouvert par des dépôts que les siècles ont successivement ap- - portés, et si certains de ees éelats proviennent de la taille sur placc de quelques-unes des pièces mises dans la sépulture, beaucoup d'autres n'ont pas la même origine, et proviennent de pièces déposies ailleurs.

« Tontes ees pierres, communes aux trois genres de sépultures, ont pour moi une attribution votive, c'est-à-dire qu'elles reprèsentent, pour cette époque, les eouronnes d'immortelles ou les autres objets qu'aujourd'hui encore nous déposons sur les tombes de nos parents et de nos amis, suivant un usage qui se perd dans la nuit des temps.

« Et que l'on ne rie pas trop de cette idée que je crois assez juste. Les hommes peuvent ehanger, ils peuvent disparaitre, mais ils transmettent toujours à leurs remplaçants, à eeux qui les suivent, les usages de leur époque, qui ne se modifient qu'en même temps que disparaissent les causes qui les ont produits. Îl n'en est pas ainsi de la fin de l'homme, qui ne change pas, et qui arrive toujours avec son eortige de ehagrins et de regrets, A

quelque époque que ee soit, à quelque degré de civilisation qu'il soit arrivé, il éprouve le besoin de témoigner ses regrets, el si aujourd’hui un peu d'argent suffit pour exprimer les nôtres, à ces époques éloignées chacun façonait son offrande, taillait son silex, et le portait lui-même.

« C'est ee qu'explique cette diversité de formes des silex placés autour et dans les sépultures, et surtout la rusticilé d'un grand nombre de pièces qui, loutes fabriquées avec la même matière, décèlent une façon unique pratiquée diversemcnt par un grand nombre de mains plus ou moins exercées.

« On concevra du reste qu'à une époque où la pierre était la matière première de tous les instruments utiles, tout silex travaillé représentait une valeur. S'en priver pour l’offrir aux mânes d’un mort était une louable action, comme plus tard cela exista pour des objets plus précieux, et cet .usage, conservé pendant de longs siècles, praliqué quelquefois, souvent peut-être, avec le relâchement inhérent à chaque coutume religieuse, ful l'origine d’une pratique adoptéc par beaucoup de peuples de l'antiquité, qui consistait à jeter une pierre sur la tombe du mort. C'est ce qui forme ces tombclles élevées, appelées gal-gals, dont quelques-unes cxistent encore.

« C'est sans aucun doute à celle idée votive qu'on doit attribuer le dépôl, daus les sépultures, de ces belles pièces qui ornent les collections: seule ment, les grandes haches taillécs brules, ainsi que les couteaux de la seconde époque, sont, à la troisième époque, remplacés par des hachcs polies, souvent mênie emmanchées, ainsi que par des couteaux beaucoup plus grands et bien mieux travaillés. $

« Encore à l'appui de celte idée, j'ai constaté un fait eurieux commun à deux stpultures de ce genre que j'ai fouillées, et dont l'interprétation ne peut s'expliquer qu'au moyen d’une hypothèse que chacun peut développer aisément.

« Elles contenaient chacune une hache longue, polie, mais cassée vers le milieu, et dont l'autre partie ne se trouvait pas dans la sépulture, € L'une est au Musée de Cluny, où je l'ai déposée; l’autre est encore en ma possession, ct il est incontestable qu'elles ont été brisées ainsi lors de l'ensépullurement. »

Plus tard, c'est-à-dire à l'époque du bronze, les corps furent souvent, comme nous le verrons, réduits en cendres, en tout ou en partie, et les cendres renfermées dans des urnes.

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