CHAPITRE PREMIER
La découverte des métaux. — Diverses raisons proposées pour expliquer l'origine du bronze dans l'Occident. — Invention du bronze. — Une fonderie à l'époque du bronze. — Les fonderies permanentes et les fondeurs ambulants à l’époque du bronze. — La connaissance des métaux a-t-elle jailli en Europe des progrès de la civilisation, ou est-elle d'importation étrangère?
La conquête des métaux est le plus grand fait de notre histoire . sociale. Le chimiste Thenard a dit que l'on peut juger de l'état
de civilisation d'un peuple par le degré de perfectionnement auquel est parvenu chez lui le travail du fer. On peut dire, d’une, manière plus générale, que si'l’homme n'eût jamais connu les métaux, il serait demeuré éternellement à l'état sauvage.
C'est que l'usage ou la privation des métaux est pour les.nations une question de vie ou de mort. Quand on voit le rôle im-
mense que les métaux jouent dans les sociétès modernes; on doit - " ,
rester convaincu que sans eux la civilisation aurait été impossible. Cet étonnant mouvement scientifique et industriel, dont le dix-neuvième siécle offre le plus remarquable exemple, ce bienêtre matériel dont bénéficient les générations présentes , ces instruments mécaniques, les industries diverses, les livres, les arts, rien de tout cela n'aurait pu se produire en l’absence des métaux. Sans le métal l'homme eût été condamné à végéter sans cesse misérablement; avec cet irrésistible levier, sa puissance a été centuplée, et son empire s’est graduellement étendu sur la nature entière.
La grande révolution industrielle et économique que la machine à vapeur est venue réaliser dans la société moderne, pendant notre siècle, donne une idée exacte de la transformation que pro-
.duisirent dans la société antéhistorique la découverte et l'emploi général des métaux. | ;
Selon toutes probabilités, c’est l'or qui, de tous les métaux, arriva le premier à la connaissance de l'homme. L'or métallique est roulé par les eaux de bien des rivières, et son brillant éclat le signalait naturellement aux populations primitives. Les sauvages sont comme les enfants : ils aiment tout ce qui reluit. L'or dut par conséquent se rencontrer de très-bonne heure sais les mains des premiers habitants de notre globe. .
L'or n’est pas rare dans les monts Ourals, et c'est peut-être de là qu'il a été porté dans tout le nord de l’Europe. Les rivières et les fleuves de certäines contrées du centre de l’Europe, telles que la Suisse, la Gaule, la Germanie, ont pu, d'autre port en fournir, une certaine quantité.
”. Après l'or, c'est le cuivre qui fixa l'attention des hommés, # abord parce que ce métal se présente quelquefois & l'état natif, ensuite parce que les minerais cuprifères, et surtout les pyriles de cuivre, sont très-répandus. Cependant l'extraction du cuivre
+ de Ses minerais est une opération tellement délicate, qu'elle fut. évidemment hors de la portée des moyens métallurgiques des
” hommes de la périade qui nous occupe.
La connaissance de l’étain remonte également à une re ‘antiquité. Seulement la même remarque que nous faisions pour le cuivre doit s'appliquer à l'étain. Si les hommes connurent les
minerais slannifères, ils ne purent réussir qu'après un long inter-
” falle & en extraire le métal, en raison des difficulfés que présente
l'extraction de l'étain. *
L'argent n'a été connu des hommes que beaucoup plus tard, car on n'enrencontre presque pas dans les tumuli de l'époque du bronze. C'est que l'argent ne se trouve guère dans la nature qu'allié aux minerais de plomb; or le plomb n’a pas été connu avant le fer.
Le bronze est, comme tout le monde le sait, un alliage de cuivre et d'étain (neuf parties de cuivre pour une d'étain). C'est’ précisément cet alliage, c'est-à-dire le bronze, qui fut la première substance métallique employée en Europe, et employée seule, à l'exclusion du cuivre. Nous avons donc à expliquer cette circonstance, assez singulière, qu’un alliage, et non un métal pur, ‘ait été la première substance métallique connue en Europe, et à rechercher ensuite comment le bronze put être fabriqué par les peuplades qui succédèrent à celles de l'époque de la pierre polie.
11 peut sembler élrange, à première vue, qu'un alliage comme le. bronze ait fourni aux hommes la première substance métallique, au détriment du fer, dont les gisements sont très-äbon-
4 dantg en Europe. Mais il faut remarquer que les minerais de fer ‘ s'imposent moins à l'attention que ceux du cuivre et de l’étain En outre, l'extraction du fer de ses minerais est un travail des plus difficiles. En agissant sur les minerais ferrugineux, on n'obtient, par la Brent opération , qu'une substance très-impure, fa fonte, qui n’a presque aucune : des métaux, tant elle est aigre et cassante, et qui ne diffère pas beaucoup d'une pierre, quant aux emplois qu'elle peut recevoir. Pour retirer de cette -* fonte Impure le fer proprement dit, il faut toutes les ressources d'une science métallurgique avancée. Au contraire, en fondant simplement ensemble des minerais de cuivre et d'étain, avec addition d'un peu de charbon, on obtient, du premier coup, le onzé, Sans qu'il soit nécessaire d'avoir extrait et obtenu préalablement Îe cuivre et l'étain purs.
Voilà ce ‘qui explique comment les premiers métallurgistes ont
{abriqué du bronze, sans connaitre les métaux qui entrent Es composition. ” v i ‘0€ On ne peut faire. ques hypothèses sur la Mmanière dont les , Hommes t amenés à mélanger les minerais de cuivre et ‘ d'étain, et à “préparer le bronze, alliage dur, résistant, fusible, et ,Par conséquent susceptible d’être consacré sans peine à la fabrica- Ne par.fusion dans les moules, des haches, poignards, épées, e à celle des instruments atoires et mécaniques. ronge était. doué de qualités transcendantes pour l’industrie : fa nte de’l'humanité. 11 est plus fusible que le cuivre; il est . r que ce métal, et sous ce rapport'il rivalise avec le fer. ” + Chose curieuse , il jouit de la faculté des endurcir par un refroi- « dissement lent. Si on le fait rougir au feu, et qu "ensuite on le re- Ÿ télllisse brusquemeñt, en le plongeant dans l'eau froide, le bronze + devient plus. ductile, il se laisse facilement marteler ; puis il re- . prend sa ‘dureté première, si, après l'avoir de nouveau chauffé au rouge, on le laisse refroidir lentement. C'est le contraire, on le #voit, desipfopriétés de l'acier.
% TEndmettant à profit cette propriété du bronze, on —. le marteler , et après le travail du marteau, lui rendre, par un re-
. fro ment lent, sa dureté premiére. De nos jours, les cym- . balles et les tamtams nesse fabriquent pas autrement. . À Es A .#", k j . sn, " x s " LA G ; 3
Ces considérations expliqueront suffisamment au lecteur que l'usage du bronze ait précédé celui du fer chez tous les peuples de l'Europe et chez ceux de l'Asie.
C'est sur cette quasi-absence du cuivre manufacturé dans les monuments préhistoriques de l'Europe que certains archéologues se sont fondés pour avancer que le bronze fut apporté en Europe par un peuple venu de l'Orient, peuple plus civilisé, et qui aurait passé par un âge de cuivre, c'est-à-dire aurait connu et employé le cuivre pur. Ge peuple, venu de l'Asie, aurait violemment envahi l'Europe, et se serait presque partout substitué aux eus lations primitives; de sorte que, dans nos contrées, le bronze a” rait succédé brusquement à la pierre pour la confection des in- * struments, armes et outils.
‘A côté de ces savants qui représentent assez bien, dans les «questions ethnologiques, les partisans des révolutions du globe, ên géologie, on en trouve d’ autres qui veulent expliquer par une grande extension des relations commerciales l'apparition du bronze en Europe. Ils repoussent l'idée d'une conquête, d’une
dimmense invasion, ayant amené avec elle un changement profond de"mœurs, de coutumes et de procédés industriels. Ils croient que c'est par lecommerce que le bronze fut apporté de l'Orient aux hommes de l'Occident. C'est l'opinion de l'archéologue anglais Cornewall Lewis et celle de M. Nilsson, qui attribue aux Phéniciens l'importation du bronze en Europe. : %. M. Nilsson s'est donné, sans grand résultat, beaucoup de peine pour appuyer cette idée de preuves acceptables. Il faudrait, en Vetret, admettre, ave, l'archéologue danois, que les Phéniciens, c'est-à-dire les habitants de Tyr et de Sidon, allaient chercher avec deurs vaisseaux l'étain dans la Grande-Bretagne, pour en fabriquer chez eux uñh alliage qu'ils importaient ensuite en Europe !. :
C'est là de la fantaisie historique. Nous opposerons à ce roman de l'archéologie la simple explication que la chimie nous suggère. Nous croyons que le bronze a été fabriqué sur les lieux, par les peuples mêmes qui en firent usage. Pour obtenir le bronze, il suflit de méler et de fondre ensemble les minerais de cuivre oxydé ou la pyrite de cuivre, et le minerai d’étain oxydé, avec addition d’un peu de charbon. Or les minerais de cuivre