‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 27 sur 53 · Livre 1V, p · texte numérisé non relu

Livre 1V, p

Fig. 165. Un atelier de mouleur à l'époque (du bronze.

Suisse, à Devaine, près de Thonon, à Walflinger, près de Winterthur, et surtout à Échallens, où l'on a trouvé des pièces qui provenaientévidemment de l'outillage d'une fonderie antéhistorique.

À Morges, en Suisse, on a trouvé un moule en pierre destiné à couler des haches à ailerons. En coulant du bronze dans ce vieux moule, on a obtenu une hache semblable à celle de nos collections.

Le moulage s'effectuait aussi dans des.moules de sable, ce qui est Le plus ordinaire et le plus facile.

D'après ces données, il est possible de se figurer ce que pouvait ètre une fonderie à l’époque du bronze.

Pour préparer le bronze, on prenait le minerai d'étain oxydé, on le mélangeait, dans la proportion que l'expérience avait enseignée, avec le minerai de cuivre oxydé ou avec la pyrite de cuivre, et l’on ajoutait à ce mélange une certaine quantité de charbon. On plaçait le tout dans un vase de terre, au milieu d’un fourneau allumé. Les deux oxydes étant réduits par le charbon à l'état métallique. le cuivre et l’élain, rendus libres, s'alliaient et formaient le bronze.

Quand l'alliage était obtenu, il suffisait de le puiser avec des poches de métal, et de le verser dans des moules de sable ou de pierre , préalablement disposés.

L'art du mouleur en bronze dut jouer un rèle essentiel chez les peuples primitifs. Il n’était aucun instrument que l'on ne püt fabriquer en le coulant en bronze. Les lames d'épée mêmes étaient ainsi coulées. Pour endurcir le trancliant de l'arme, on commençait par le chauffer, puis on le refroïdissait brusquement, et on le martelait alors avec un marteau de pierre.

Nous représentons ici (fig. 165) l'atelier d'un mouleur de bronze à l’époque qui nous occupe. L'alliage, préalablement fabriqué, est fondu dans un fourneau, et un ouvrier le coule dans un moule de sable. Un autre homme examine la lame d'une épée de bronze qui vient d'être coulée.

Le bronze étant cher, il est probable que dans la société de ces temps antiques les ustensiles et armes en bronze étaient réservés aux personnages riches et puissants, et que les armes de pierre restaient le privilège de la plèbe. Ce ne fut que par les progrès du temfs que l'emploi du bronze put se généraliser,

La cherté du bronze amenait à économiser, autant qu'on le pouvait, cet alliage. Le Musée antéhistorique de Copenhague ren-

ferme des preuves irrécusables de cette pénurie, et de la maniére dont on y remédiait. Parmi les haches de bronze qui existent au Musée de Copenhague, il en est qui n’ont pu servir que d'ornement, car elles contiennent un noyau d'argile, et le métal dont elles se composent n’a pas plus d'épaisseur qu'une feuille de papier.

Ajoutons que les vieux bronzes ou les ustensiles hors de service étaient conservés avec soin, pour être refondus et renaître sous d’autres formes, avec la même matière,

Nous venons de représenter un atelier de mouleur en bronze; mais il nous reste à ajouter qu'outre ces établissements fixes il devait exister, à l'époque dont nous parlons, des fondeurs ambulants, qui, emportant sur leur dos tout leur bagage, voyageaient pour offrir leurs services là où ils étaient utiles.

On connaît ces chaudronniers nomades, qui, de nos jours, descendent des montagnes de l'Auvergne, de la Forét-Noire, des Alpes, ou des Cévennes. On les désigne sous les noms de peirerous et d'estama-brazaries dans le midi de la France, et d'épingliers en d'autres pays. IIs travaillent sur les places des villages et jusque dans les carrefours des villes. Voyageant avec un attirail réduit au strict nécessaire, ils suffisent pourtant à tout. Un creux pratiqué danslesolest le foyer danslequelils dirigent le tuyau de leur soufflet portatif, et ils battent le fer sur une petite enclume fichée en terre.

Avec ces moyens rudimentaires, ils exécutent des pièces de métal de dimensions vraiment surprenantes. Ils fabriquent des clous et des pointes, ils taraudent méme des vis, raccommodent les serrures, nettoient les horloges à poids, font des couteaux, restaurent les écumoires et rhabillent les carcasses des parapluies. Ils fabriquent des bagues de bronze avec un décime républicain, et vendent ce bijou populaire aux beautés villageoises.

Chaudronniers incomparables, ils n'ont pas leur égal pour rapiécer, étamer les vases de fer-blanc, de fer battu ou de tôle. Le raccommodage de la faïence rentre mème dans leurs attributions multiples, et le rajustement, à l'aide d'un fil de fer, d’un plat brisé, est un jeu pour la dextérité de leurs doigts. Mais la fonte et le moulage, voilà leur triomphe. C’est à eux que la ménagère du bourg va porter sa vieille vaisselle d'étain, pour la voir renaître en un nouvel ustensile, brillant et poli. Les lampes, les burettes, les couverts, les assiettes et plats d’étain reviennent ainsi au jour avec leur éclat primitif.

La fvsion et le moulage du bronze ne les embarrassent pas

plus que celle de l'étain. Ils coulent divers ustensiles de bronze, tels que des chandeliers, des clochettes, des crochets, etc. Le creuset qui leur sert à opérer la fusion du bronze est un trou creusé dans le sol, et rempli de charbon allumé. Ils entretiennent la combustion à l'aide de leur soufflet, dont le tube se prolonge de manière à déboucher au milieu du charbon. Sur ce foyer, ils placent leur creuset portatif, qui est une espèce de pochon en terre, muni d'un manche.

Quant à leur système de moulage, il est bien simple, Le sable comprimé qui leur sert de moule est emprunté au fossé de la route. Dans ce moule, ils coulent l’alliage, au moyen du creuset mème où ils l'ont fondu.

Ces métallurgistes ambulants, ces estama-brazaïres que nous avons vus fonctionner, pendant notre enfance, dans les villages du bas Languedoc, et dont nous venons de nous complaire à tracer le portrait, ne sont que les descendants des fondeurs nomades de l'époque antéhistorique dite du bronze. Outre ces établissements permanents, ces fonderies dont on a recueilli les vestiges en Suisse, dans le Jura français, en Allemagne et en Danemark, il y avait alors certainement des ouvriers qui allaient isolément exercer leur industrie d'un lieu à l’autre. Leur outillage était simple, comme les objets qu'ils avaient à confectionner oû à réparer. Le sable des fossés était leur agent de moulage, et leur combustible était le bois des forêts.

Ce qui prouve qu'il existait, à cette époque reculée de l'histoire de l'humanité, des rafistoleurs, ou des métallurgistes ambulants, c'est que l’on trouve dans les premiers temps historiques de semblables praticiens, déjà un peu perfectionnés par le progrès. Le législateur des Mébreux, Moïse, put faire fabriquer, dans le désert, un serpént d'airain, dont la vue guérissait les Israëlites mordus par les reptiles, et pendant la retraite de ce prophète sur le mont Sinaï, Aaron ne fut pas embarrassé pour faire couler le veau d'or que réclamaient les murmures du peuple. Des fondeurs ambulants accompagnaient donc l’armée juive.

Nous avons dù nous étendre sur les considérations générales relatives à l'introduction du bronze chez les habitants de l'Europe primitive qui ont succédé aux hommes de l’âge de la pierre. Dans les chapitres qui vont suivre, nous allons tracer le tableau de cette période de lhistoire de l'humanité que nous nommons l'époque du bronze, et qui commence l'ége des métaux.

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