‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 29 sur 53 · Pfahlbauten, in-4°, Zurich · texte numérisé non relu

Pfahlbauten, in-4°, Zurich

308 AGE DES METALUX.

1854, on se mit à explorer les lacs suisses avec ardeur, et l'on ne tarda pas à y découvrir des traces nombreuses de stations humaines. On en connaît plus de 200 aujourd'hui‘, et chaque année on en retrouve de nouvelles.

Grâce à l'activité déployée par une foule d’explorateurs, on a pu former de magnifiques collections de ces trésors archéologiques. Les pêcheurs connaissaient de longue date les emplacements d'un certain nombre de ces stations, pour avoir, en maïntes occasions, déchiré leurs filets aux piquets plantés dans là vase. On les interrogea, on les prit pour guides, et bientôt toute une civilisation, jusqu'alors ignorée, sortit du fond des lacs helvétiques.

Parmi les lacs qui ont fourni le plus de restes des temps préhistoriques, nous citerons celui de Neuchâtel, où l’on comptait déjà 46 stations en 1847; — le lac de Constance (32 stations) ; — le lac de Genève (24 stations): — le lac de Bienne, canton de Berne (20 stations) ; — le lac de Morat, canton de Fribourg {8 stations).

Viennent ensuite d’autres lacs de moindre importance: le lac de Zurich (3 stations); — le luc de Pfæffikon, canton de Zurich {4 stations) ; — le lac de Sempach, canton de Lucerne (4 stations); — le lac de Moosseedorf, canton de Berne (2 stations); —le lac d’Inkwyl, près de Soleure {1 station); — le lac de Nussbaumen, canton de Thurgovie {1 station); — le lac de Zug, etc. .

Enlin des pilotages ont été retrouvés dans d'anciens lacs transformés en tourbiéres. 11 faut ranger dans cette catégorie la tourbière de Wauwyl, canton de Lucerne (5 stations).

Mentionnons en dernier lieu la station du pont de la Thièle, sur un cours d'eau qui réunit les lacs de Bienne et de Neuchâtel. Cette station a dù faire partie du lac de Bienne, alors qu'il s'étendait jusqu'au pont de la Thièle,

"Toutes les bourgades lacustres de la Suisse ne correspondent pas à la même période. La nature des débris qu'elles renferment indique, à n'en pas pouvoir douter, que les unes sont plus anciennes que les autres, On y retrouve des vestiges de trois époques

1. Des savants distingués se sont imposé la tâche d'inilier le public aux résultats des fouilles sans cesse poursuivies, et de faire revivre à ses veux l'antique civilisation des vallées hetvétiques. Au nombre des ouvrages qui ont le mieux atteint ce but, il faut citer les Jfabitations lacustres des temps anciens et modernes, par Troyon; les Études géologico-archéologiques en Danemark et en Suïsse, par Morlot; et les Palafittes, ou constructions lacustres du lac de Neuchdtel, par M. Desor. Ces travaux, qui ont été traduits en diverses langues, renferment l'exposé de toutes les découveiles archéogéologiques accomplies en Sui-se.

successives : l'époque dela pierre polie, l'époque du bronze et celle. du fer.

Les stations lacustres de la Suisse, considérées sous le rapport de l’époque historique à laquelle elles se rattachent, peuvent se répartir de la manière suivante:

Age de la pierre: le lac de Constance {environ 30 stations); — le lac de Neuchâtel {12 stations); — le lac de Genève {2 stations); — le lac de Morat (1 station); — les lacs de Bienne, de Zurich, de Pfæffikon, d’Inkwyl, de Moosseedorf, de Nussbaumen, de Wanger, etc.; les stations de Saint-Aubin et Concise, la tourbière de Wauwyl et la station du pont de la Thièle.

Époque du bronze: le lac de Genève (20 stations}; — le lac de Neuchâtel (25 stations); — le lac de Bienne (10 stations}; — les lacs de Morat et de Sempach.

Époque du fer: les lacs de Neuchâtel et de Bienne.

H peut sembler étrange que les premiers habitants de la Suisse aient préféré des habitations aquatiques à des demeures en terré ferme, qu'il aurait été beaucoup plus facile de construire. Nous dirons plus loin les avantages que les hommes trouvaient à cette disposition si particulière de leurs demeures; mais nous pouvons faire remarquer dès maintenant que cette habitude fut assez répandue chez les premiers habitants de l'Europe. L'histoire ancienne en fournit des exemples assez nombreux. Voici ce que rapporte Hérodote, parlant des Péoniens du lac Prasias, dans la Thrace:

« Leurs maisons sont ainsi construites : sur des pieux très-élevès, enfoncés dans le Jac, on a posé des planehes jointes ensemble; un pont étroit est le seul passage qui y conduise. Les habitants plantaient autrefois ces pilotis à frais communs; mais dans la suite il fut réglé qu'on en apporterait trois du mont Orbelur à chaque femme que l'on épouserait. La pluralité des femmes est permise en ee pays. lis ont chacun sur ees planehes leurs cabanes, avec une trappe bien jointe qui conduit au lae; et dans la crainte que leurs enfants ne lombent par cette ouverture, ils les attachent par le pied avee une corde. En place de foin ils donnent aux chevaux et aux bètes de somme du poisson. llest si abondant dans ce lac, qu'en y descendant par la trap;.e un panier on le retire peu après rempli de poissons. e

M. Lubbock affirme, sur la foi d’un de ses amis, résidant à Salonique, que les pêcheurs du lac Prasias habitent encore des huttes de bois construites sur l'eau, comme au temps d'Hérodote.

Le fait n’a rien d'invraisemblable, puisque la ville de Tcherkask, en Russie, est bâtie de la même manière, au-dessus du Don, et

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que Venise n'est autre chose qu'une cité lacustre, bâtie dans les temps historiques, sur une lagune de la mer Adriatique.

Ajoutons que cette coutume de bâtir des villages sur pilotis * existe encore de nos jours en quelques parties du monde. D'après les témoignages de Dampier et de Dumont d’Urville, on rencontre des habitations sur pilotis dans la Nouvelle-Guinée, aux Célèbes, à Ceram, à Mindanao, aux îles Carolines, etc. La ville de Bornéo est même tout entière construite de cette façon. Dans certaines Îles de l'océan Pacifique, plusieurs peuplades sauvages habitent également au-dessus de l’eau. Les Indiens du Vénézuéla ont adopté celte coutume, dans le seul but de se mettre à l'abri des moustiques.

Il est permis de supposer que le besoin de sécurité fut le motif qui détermina les anciens habitants de la Suisse et d’autres contrées à camper et à vivre sur les lacs. Entourés de vastes marais et de forêts impénétrables, ils avaient à redouter les attaques de nombreux animaux. Ils s'ingéniérent donc à s’en préserver le mieux possible, et rien ne leur parut plus efficace que de s'entourer d'eau. Plus tard, quand les hommes commencèrent à guerroÿer les uns contre les autres, ces habitations aquatiques devinrent plus précieuses encorè. Elles constituaient des espèces de camps, ou des fortifications, à l'abri des coups de main, et où les populations de la contrée défiaient les efforts de leurs ennemis.

Il faut ajouter que dans les derniers temps ces habitations sur pilotis ne servirent plus que de magasins, destinés aux ustensiles et aux provisions, tandis que les véritables habitations se trouvaient sur la terre ferme,

Les constructions lacustres sont désignées sous différents noms par les auteurs. La dénomination la plus généralement employée en France est celle d'habitations ou de cités lacusires. Le docteur Keller, qui les a décrites le premier, leur a donné le nom allemand de pfahlbauten (constructions sur pilotis), que les Italiensont traduit par palafitta. Cette dernière appellation, francisée par M. Desor, est devenue le mot palafitte. Enfin l’on nomme ténevières ou. steinbergs (montagnes de pierres) des constructions d'un caractère particulier, dans lesquelles les pilotis sont maintenus par des amas de pierres transportées. C’est ce que M. Keller a appelé gackwerkbauten.

Lorsqu'on examine l'ensemble des stationslacustres aujourd’hui

EÉPOQUE DU BRONZE. ali

connues, on s'aperçoit, en effet, que ceux qui les ont bâties possédaient deux systèmes différents de construction : ou bien ils enfonçaient des pieux dans le fond du lac, et ils posaient sur ces pieux la plate-forme qui devait supporter leurs cabanes; ou bien ils élevaient artificiellement le fond du lac au moyen de pierres amoncelées entre des piquets assez gros, qui avaient moins pour but de supporter les habitations que de faire de l'entassement de pierres un tout compacte et indivisible.

C'est ce dernier mode de construction que représente la figure 166,

Fig. 166, Coupe de la ténevière de Ilauterive.

d'après le dessin donné par M. Desor, dans son remarquable mémoire sur les palafittes!.

L'un ou l’autre de ces modes de construction était employé, suivant la nature du fond du lac. Dans les lacs à fond vaseux, on pouvait appliquer le premier; mais lorsque le sol était rocheux, il fallait en venir au second. C’est pourquoi sur la rive septentrionale du lac de Neuchâtel, où les bancs de calcaire sont trèsrapprochés de la surface, on observe un assez grand nombre de ténevières.

Voilà ce qu'on observe le plus souvent, surtout dans les lacs étendus et profonds; cependant l'édifice n’était pas toujours construit de cette façon. Dans les marais et les petits lacs, aujourd'hui changés en tourbières, on appliquait fréquemment un autre système, dont la tourbière de Wauwÿl a fourni un remarquable exemple. On a trouvé là plusieurs places quadrangulaires, trèsnettement circonscrites par des pilotis, entre lesquels s'élèvent jusqu'à cinq plates-formes les unes au-dessus des autres. Ces pilotis sont naturellement très-longs, et quelques-uns sont enfoncés de dix pieds dans le sol du fond, ce qui a dù exiger un travail énorme. Les intervalles des planchers sont remplis de

1. Les Palafittes, ou constructions lacustres du lac de Neuchdtel, in-8°, 1865, Paris, P- 13.

branchages et d argile, et les planchers eux-mêmes sont formés À peu près comme nous l'avons dit précédemment. Le moins élevé repose directement sur le fond du lac, et c’est sur le supérieur que s'installaient les cabanes.

Jl arrive Parfois que ces empierrements s'élèvent au-dessus des eaux: ils constiuent alors de véritables îles artificielles, et les habitations qui les ont recouvertes ne sont plus, à proprement parler, des habitations sur pilotis. Telle est la station du Lac d'Inkwyl en Suisse, tels sont les crannoges d'Irlande, auxquels nous accorderons une mention spéciale. Quelques-unes de ces îles ont bravé l’action destructive des siècles et sont encore habitées de nos jours. M. Desor cite l'ile des Roses, dans le lac de Starnberg (Bavière). qu'on n’a jamais connue déserte, et qui renferme encore aujourd'hui une résidence royale.

Revenons au mode de construction des maisons aquatiques de la Suisse.

Selon toutes probabilités, le transport des pierres s'opérait du rivage à l'endroit désigné au moyen de pirogues, faites de troncs d'arbres creusés. On aperçoit plusieurs de ces pirogues au fond du lac de Bienne, et l’une d'elles est même encore chargée de cailloux, ce qui donne à penser qu'elle a sombré avec son chargement Mais il est très-diflicile de les relever, et d'ailleurs il est probable qu’exposées à l'air libre, elles tomberaient en poussière. Il existe cependant une de ces pirogues antiques au Musée de Neuchâtel.

On voit au Musée de Saint-Germain une pirogue assez semblable à celle de Neuchâtel. Elle est faite d’un tronc d'arbre creusé. Une seconde pirogue, à peu près semblable, mais toute en écorce eten mauvais état de conservation, se trouve à l'entrée du même Musée de Saint-Germain. Elle fut retirée de la Seine, comme nous l'avons dit en parlant, dans un chapitre précédent, de la découverte de la navigation à l’âge de la pierre.

On peut très-bien s'expliquer comment les constructeurs s'y prenaient pour abattre des arbres et en faire des pilotis. M. Desor a remarqué que les pieux composant les pilotis ne sont coupés nettement que sur leur pourtour; La partie centrale présente des inégalités tout à fait semblables à celles qu’on observe lorsque, après avoir entaillé circulairement un bäton, on achève de le briser avec la main, Les constructeurs des cités lacustres agissaient donc comme il suit pour abattre un arbre. Après l'avoir entaillé tout autour jusqu’à une profondeur de 8 à 12 centimètres,

its attachalent une corde au sommet, et le cassaient en tirant dessus avec force. Ils le coupaient ensuite, par le même moyen, avec des haches de pierre ou de bronze, à la longueur voulue, et le taillaient en pointe à l'extrémité inférieure, afin de l’enfoncer plus

facilement dans la vase. Quelquefois le feu appliqué à la base de :

l'arbre préparait et facilitait l'effet des instruments tranchants, Un grand nombre des pieux qu'on a retrouvés portent encore aujourd'hui les marques du feu et des entailles faites avec des haches de pierre. Pour les ténevières, le travail d'apointissage était inutile, puisque les pilotis se trouvaient calés par les pierres composant l'amoncellement que nous avons représenté plus haut (fig. 166).

Lorsque les pieux étaient préparés, il. fallait les transporter dans les pirogues jusqu'au lieu de la bourgade, et les fixer dans le fond du lac. Si l'on considère que, dans bien des cas, la longueur de ces pieux atteignait jusqu'à 5 ou 6 mètres, on se fera une idée de la difficulté d'une pareille entreprise. Pour la construction des ténevières, on employait des pilotis beaucoup plus gros, et le travail était moins pénible. Dans les ténevières les plus anciennes du lac de Neuchâtel, par exemple, on retrouve des pieux qui sont formés de troncs d'arbres entiers, et qui mesurent jusqu'à 25 ou 30 centimètres de diamètre.

L'esprit reste confondu lorsqu'il suppute la dose d'énergie et de volonté qu'ont dû dépenser les premières populations de la Suisse pour construire, sans l'aide du métal, les premiers cantonnements lacustres, dont quelques-uns présentent une fort grande étendue. La station de Morges, l'une des plus vastes du lac de Genève, n'a pas moins de 60 000 mètres de superficie. Celle de Chabrey, dans le lac de Neuchâtel, mesure environ 50000 mètres carrés; une autre dans le même lac, 40000 mètres; une troisième enfin, celle de la Tène, 3000 mètres carrés. Beaucoup d'autres sont plus petites, quoique conservant encore des dimensions respectables.

Ce qu'il est entré de pieux dans ces édifices est véritablement surprenant. M. Lohle a calculé qu'au seul village de Wangen, dans le lac de Constance, il a été planté au moins 40 000 pilotis, et que plusieurs générations ont été nécessaires pour terminer ce travail. L'interprétation Ja plus raisonnable à donner à pareil fait, c'est que Wangen, fort exigu à l'origine, s'est peu à peu agrandi, à mesure que la population augmentait. On peut sans doute en dire autant de toutes les stations importantes.

Voilà comment on procédait pour la construction d'une habitation simple. Quand il s'agissait de bâtir toutun village en pleine eau, on suivait une marche méthodique. On commençait par placer une certaine quantité de pieux parallèlement au rivage, puis on jetait tout de suite le pont destiné à relier le village à la terre " ferme, et qui devait rendre le transport des matériaux beaucoup moins pénible.

Le pont terminé, et avant d’avoir planté tous les pilotis, on commençait immédiatement la plate-forme, qui constituait une

base d'opérations, à.l'aide de laquelle on pouvait plus aisément achever le pilotage.

Cette plate-forme était élevée de trois ou nuire pieds au-dessus des eaux, de manière à n'avoir rien à redouter des vagues pendant les ouragans. Elle se composait ordinairement de branches et de troucs d'arbres non équarris, serrés horizontalement les uns contre les autres, et cimentés avec de l'argile, quelquefois aussi de plateaux épais et grossiers, obtenus en fendant des troncs d'arbres avec un coin. Des cordages la fixaient solidement sur le pilotage, et, dans certains cas, des chevilles rassemblaient entre elles les pièces de bois les plus considérables, afin que la cohésion et Thomogénéité du plancher fussent plus complètes. Dès que l'esplanade était lerminée, on procédait à l'érection des cabanes.

Les cabanes s'ouvraient sur la plate-forme par une porte. Avaient-elles une fenêtre? On n'en sait rien. Mais il existait vraisemblablement une ouverture au sommet du toit. C'est par là que

s'échappait la fumée du foyer. Pour éviler un incendie, un âtre de pierre était placé au milieu de l’habitation. 11 devait venir assez de jour par l'ouverture du toit pour que l'absence ‘de fenêtre ne se fit pas trop sentir.

Dans chaque demeure, il y avait sans doute une trappe établis- Sant une communication directe avec le lac, ainsi que cela se pra-

tiquait dans les habitations des Péoniens décrites par Hérodote. Sous cette trappe était établi un réservoir en osier, destiné à la conservation du poisson.

Les hommes des cités lacustres ne vivant sur l'eau que pour augmenter leur sécurité, on ne comprendrait point qu'ils eussent jeté un grand nombre de ponts de leurs cantonnements à la rive du lac. Il n'y avait donc, en général, qu'un seul pont pour un de ces villages aquatiques.

Comment étaient bâties les cabanes? Quelles étaient leur forme

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et leurs dimensions? Ces questions semblent difficiles à résoudre, car on pense bien qu'aucun spécimen de ces antiques habitations n'est parvenu jusqu'à nous. Pourtant quelques vestiges, insignifants en apparence, ont permis de répondre à cette question d’une manière plus ou moins satisfaisante.

Tout annonce que les cabanes étaient formées de troncs d'arbres, placés verticalement à côté les uns des autres, et reliés horizontalement par des branchages entrelacés. Un enduit de terre recouvrait cet entrelacement.

On a cru pouvoir conclure de la forme de quelques empreintes de branchages qui servaient à bätir ces huttes, qu'elles étaient circulaires, comme celles que les historiens attribuent aux Gaulois. Telle était l'opinion de Troyon, et telle fut aussi d'abord l'opinion du D° Keller. Cet auteur a même figuré une cabane circulaire dans une planche représentant une habitation lacustre restaurée, et qui accompagne un de ses mémoires. M. Lyell a reproduit cette mème planche dans le frontispice de son ouvrage sur l'Ancienneté de l'homme. C'est ce même dessin, emprunté au mémoire de M. Keller, que nous avons cru devoir mettre sous les yeux du lecteur à la page 315 {fig. 167).

Cependant, par la suite de ses observations, M. Keller a abandonné cette idée, et dans un autre de ses mémoires il a donné un nouveau dessin présentant uniquement des cabanes à toit plat ou incliné.

C'est d’après ce dernier document, également emprunté au mémoire du docteur Keller, que nous représentons ici un village lacustre de la Suisse (fig. 168).

Pour cette restauration, le docteur Keller s’est inspiré, nonseulement des indications de la science, mais encore et surtout d'un croquis d'habitations semblables, pris chez les Papous de la Nouvelle-Guinée, par Dumont d'Urville.

Suivant M. Keller, il y avait encore, au siècle dernier, sur la rivière Limat, près de Zurich, quelques cabanes de pêcheurs bàties de la même manière.

Quelle pouvait ètre la population d'un village lacustre? C'est ce que Troyon a tenté d'évaluer, entreprise évidemment fort intéressante. ]l a pris pour base de ses calculs le village lacustre de Morges (lac de Genève), qui a, comme nous l'avons dit, 60000 mètres de superficie. Admettant que la moitié seulement de cette superficie était occupée par les huttes, et que l’autre moitié était

réservée aux passages, puis adoptant pour chaque cabane un diamètre moyen de 5 mètres, Troyon arrive au chiffre de 311 pour le nombre des habitations du village antéhistorique de Morges. Supposant ensuite quatre personnes en moyenne dans chaque cabane, il trouve une population tolale de 1244 habitants.

- On pourrait à bon droit s'étonner que l’homme de l’époque du bronze, pourvu d'armes de métal, et par conséquent en état de résister aux agressions violentes, eût continué d’habiter exclusivement au milieu de l'eau, qu'il ne se fùt point un peu éparpillé sur le sol, qui est notre plancher naturel. Il était donc tout simple de s'attendre à trouver des vestiges d'habitations terrestres renfermant des débris de l’époque du bronze. C’est ce qui est arrivé, en effet, et l’on a ainsi acquis la conviction que non-seulement les lacs, mais aussi les vallées de la Suisse, étaient occupés, à cette date, par un peuple industrieux et agriculteur.

A Ebersberg, canton de Zurich, on a découvert, ce qui est assez curieux, les restes dun véritable pilotage, situé en terre fermé, et contenant des ustensiles analogues à ceux des stations lacustres. En 1861, le docteur Clément a fouillé aux environs de Gorgier (canton de Neuchâtel) plusieurs tertres, composés de cailloux portaut des traces de feu. Un de ces tertres lui a fourni, mélangés avec des charbons, divers objets en bronze, notamment un bracelet et des faucilles, caractérisées par l'existence d'une proéminence ou talon à la naissance de la lame,

Sur le plateau de Granges (canton de Soleure), le docteur Schild a étudié un emplacement qu'il croit être celui d'une ancienne fonderie de bronze, car il a retrouvé, outre des cailloux et de la terre calcinée, un certain nombre de faucilles à talon, un tronçon d'épée et quatre beaux tranchets.

Un couteau-hache a été également recueilli dans les gorges du Seyon, près de Neuchâtel; un bracelet, aux environs de Morges, canton de Genève. D'autres bracelets, accompagnés d'ossements humains calcinés, ont été trouvés près de Sion, dans le Valais.

Enfin M. Thioly a extrait d'une caverne du mont Salève, près de Genève, de nombreux fragments de poteries de l'époque du bronze; et dans une grotte du canton de Neuchâtel, sur le bord -de la Reuse, M. Otz a trouvé des restes de poteries, à pâte plus fine, à côté d'une quantité d'ossements.

Ainsi les populations de cette époque n'étaient pas exclusive-

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ment cantonnées sur les eaux. Elles se bâtissaient sur la terre ferme des demeures pourvues de tout ce qui était nécessaire à la vie.

Ce qui a été observé en Suisse doit se généraliser, et l’on peut dire qu'à l'époque du bronze la résidence de l’homme était définitivement fixée. Aux cavernes de l'époque du grand ours et du mammouth,aux abris sous roche et aux huttes des époques du renne et de la pierre polie, avaient succédé les habitations peu différentes de celles des peuples civilisés qui commenceront l'ère des temps historiques.

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