‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 33 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'industrie et l'agriculture à l'époque du bronze. — L'invention du verre, L'invention du tissage.

L'art du potier pritun grand développement à l'époque du bronze. On lavait l'argile destinée à la confection des poteries, et l’on cuisait les pièces dans de véritables fours. On trouva à cette date l'art de recouvrir les poteries d'un vernis.

Les restes de poteries que l'on recueille dans les stations humaines de cette période sont aussi nombreux qu'intéressants; on a mème retrouvé des vases tout entiers. La poterie accuse ici un progrès très-marqué sur l'âge de la pierre polie. Elle est encore façonnée à la main et sans l'aide du tour, mais les formes sont à la fois plus variées et plus élégañtes. En outre, si la pâte des grands vases est grossière et mélangée des grains quartzeux, comme à l'âge de la pierre, celle des petits vases est beaucoup plus fine, et fréquemment recouverte d'un enduit de plombagine.

La plupart de ces vases sont caractérisés par leur base conique, forme que nous avons signalée dans quelques vases en bois de cerf de l’âge de la pierre. Il fallait donc, pour les maintenir debout, les enfoncer dans la terre, ou les placer sur des supports creusés pour les recevoir.

Ces supports ont élé retrouvés. Ce sont des anneaux en terre cuite, appelés torches, ou torchères, par les archéologues.

Les figures 217 et 218 représentent d'après le Mémoire de M. Desor un vase de bronze des habitations lacustres de la Suisse, et son support ou torchère.

En général, les vases à base conique n'ont point d'anses; mais les autres sont pourvus d’une anse (fig. 219). Ils sont presque

tous enjolivés de dessins, figurant soit de simples lignes parallèles au bord, soit des triangles, soit des chevrons, soit des ran-

Fig 217. Vase en terre à fond coniqua das habitations lacustres de la Suisse,

gées de points autour de l'anse ou du col. Les plus grossiers ne sont même point dépourvus d’ornements, et l'on y observe sou-

Fig. 218. Vase de terre posé Fig. 219. Fragment d'un vase de terre avr muai d'une anse son support. des habitations lacusires de la Suisse

vent, autour du col, un cordon, où les doigts du potier ont laissé leur trace.

Ces vases étaient destinés à contenir des boissons et des substances alimentaires. M. Desor a retiré de l'un d'eux des pommes, des cerises, des prunes sauvages et une grande quantité de noisettes. Quelques-uns, percés de petits trous, servaient à la fabrication du fromage On à aussi recueilli des plats, des écuelles, etc.

Les débris de poterie de l'âge de la pierre sont très-abondants dans les lacs de la Suisse, mais on y rencontre rarement des

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vases entiers. Il est cependant avéré qu'il en existait jadis des amas considérables, dont malheureusement on n’a connu l'importance que plus tard. Un vieux pècheur du lac de Neuchâtel a raconté à M. Desor qu'étant enfant, il s'était quelquefois amusé à enfoncer ces vieilles casseroles de terre avec une longue perche, et que dans certaines parties du lac il ÿ en avait de véritables montagnes. Aujourd'hui les vieilles casseroles sont brisées, et l'on n'en recheille que les restes.

Ces restes sont pourtant suffisants pour donner une idée à peu près exacte de la manière dont les Suisses primitifs façonnaient l'argile. Ils indiquent de grands vases cylindriques (fig. 220 et

Fig. 220. Vase en terre cuite Fig. 9221. Vase en terre culte des stations lacustres de la Sulsse. des stations lacustres de \a Sulsse.

221) ou rebondis à fond plai, travaillés à la main, sans l’aide du tour à potier, La pâte en est grossière, de couleur grise ou noire, et toujours mélangée de petits grains quartzeux ; la cuisson laisse beaucoup à désirer,

Quant à l'ornementation, elle est tout à fait ordinaire. Elle consiste généralement en de simples sillons tracès dans l'argile molle, soit avec le doigt, soit avec un bäton pointu, soit avec une corde. Point de courbes ni d'arabesques d'aucune sorte : les lignes sont presque loujours droites.

Quelques vases sont pourtant mieux décorés. Il en est qui portent des mamelons rercès de trous, pour le passage d'un fil de suspension; d'autres qui présentent sur tout leur pourtour, et immédiatement au-dessous du bord, une rangée de boutons; d'autres enfin où ces boutons sont remplacés par des dépressions. On en a rencontré plusieurs qui sont percés de trous à différentes hautenrs : on a supposé qu'ils servaient à la préparation du lait caillé, les trous étant pratiqués pour laisser couler le petit-

lait, Les vases de cette époque n'ont jamais d'anses : cet ornement n'apparaît qu'à l'âge du bronze.

Les meules; ou pierres à écraser le grain, ne sont pas rares non plus dans les lacs de la Suisse.

C'est pendant la période qui nous occupe que l’on doit placer la découverte du verre. On trouve, en effet, dans les tombeaux de l'époque du bronze, des perles en verre, de couleur bleue ou verte. Quelle était. leur origine? La chimie et la métallurgie se réunissent pour nous apprendre que dès qu'il existe des fonderies de bronze, le verre est connu. En effet, qu'este que le verre? Un silicate à base de soude et de potasse, avec quelques parcelles de silicate de fer et de cuivre, qui le colorent en bleu ou en vert. Comme ces silicates composent les scories des fonderies de bronze, il est indubitable que le verre sortit des premières usines où se fabriquait cet alliage. 1] composait les scories ou résidus de l'usine.

Ainsi la tradition classique qui attribue l'invention du verre à des marchands phéniciens qui auraient obtenn une masse de verre en faisant chauffer sur le sable le natron apporté d'Égypte, c'est-à-dire la soude, assigne à l'invention du verre une date trop récente. C’est à l'époque antéhistorique du bronze qu'il faut reporter cette découverte.

Le travail de l'ambre jaune (succin) était poussé fort loin chez les mêmes populations. Les ornements et objets en ambre jaune abondent dans les stations lacustres de la Suisse.

En résumé, si nous comparons l’industrie de l'époque du bronze à celle de l’âge précédent, nous reconnaitrons qu'elle lui est bien supérieure. '

C'est à l’époque du bronze que parait avoir été inventé l'art du tissage. On a des preuves certaines, irrécusables que les populations de cette époque savaient fabriquer des étoffes, et c'est par là qu'éclate leur supériorité sur les peuples de l’époque de la pierre polie. Tous les objets que nous avons jusqu'ici passés en revue ne dépassent guère, en effet, ce qu'on peut attendre de sauvages intelligents; mais l’art de préparer et de tisser les matières textiles marque la première conquête d'hommes civilisés.

Chacun peut voir et toucher, au Musée de Saint-Germain, des morceaux de toile tressée et tissée, qui ont été recueillis dans

plusieurs stations lacustres de la Suisse, notamment à Robenhausen et à Wangen. Cette toile, que nous représentons ici ,. (äg. 222), d'après un échantillon du Musée de Saint-Germain, est

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Fig. 222. Tlssu de l'epoque du bronse trouve dans les batltations lscustres de la Suisse.

formée de mèches de lin grossiérement entrelacées, mais elle n'en . est pas moins fort remarquable pour l'époque. C'est à leur carho- : nisation et à leur enfouissement dans la tourbe que ces débrisde +. tissus antéhistoriques on dû de se conserver PO ment jusqu'à nos jours.

On a trouvé aussi des rotor de fil et de ficelle, des bouts. de cordes et de câbles en écorce, des’filels à grandes ou Moyennes mailles, que nous avons déjà représentés (page 215), faits avec ce filet ces cordes, enfin des fragments de panier en paille ou en osier.

De nombreuses côtes d'animaux refendues et eftilées à l'un des + bouts ont été’reconnues pour des dents de cardes ou des peignes pour le lin. Le peigne complek se composait de plusieurs desces cèles réunies par un lien.

Fig. 223. Peson en terre culte, pour les métiers À tisser, trouvé dans les habitations lacuetree de la Suisse,

Enfin on trouve dans les lacs de la Suisse de grandes quantités de disques en terre cuite, percés d'un trou à leur centre, et tels

Fg 224. Le premier lisserand.

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Varie. Th DILRANE)

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EPOQUE DU BRONZF. 363

que nous les représentons ici (fig. 2231, d'après les nombreux échantillons qui existent au Musée de Saint-Germain.

Ces disques, pesants et percés d'un trou. à leur centre, étaient destinés à supporter les fils de lin dans le métier à tisser, Le fil passait par le trou à disque, et était arrêté par un nœud à son extrémité. Nous ne croyons pas que cette interprétation puisse être révoquée en doute.

La coexistence, dans les stations lacustres de l'époque du bronze, des étoffes tissées, des fils et ficelles, des peignes à carder le lin, enfin de pesons de métier à tisser, prouve que l'on peut fixer à cette date l'invention du tissage, Le métier du tisserand remonte donc aux temps les plus reculés.

C'est d'après cette idée que nous avons fait représenter dans la figure 224 le tissage à l'époque du bronze.

Le métier à tisser est tellement simple, que les hommes de l'époque du bronze ont dù le créer à peu près tel qu'il existe aujourd'hui pour le tissage des étoffes composées d'un seul fil et non fagçonnées, c'est-à-dire les toiles écrues, par exemple. Seulement, au lieu d'aiguilles de fer que l'on emploie pour tendre les fils de la chaîne dans le métier à tisser moderne, on se servait, à l’époque du bronze, de pesons en terre cuite. Là est la seule diflérence; mais. nous le répétons, le métier du tisserand, dans son ensemble, ne devait pas être bien différent de celui de nos jours, Ses œuvres en font foi.

Les armes et les outils en métal avaient été obtenus à l’origine, par voie d'échange. Maïs bientôt l'art de fabriquer le bronze se répandit en Suisse, et des fonderies s’y établirent. On ne peut conserver aucun doute à cet égard, puisqu'on a découvert à Morges un moule à haches celtiques, et à Estavayer une barré d’étain. Ù

À cette époque, les formes de poteries s’ennoblissent, l’ornementation devient la règle et non l'exception. Après l'indispensable vient le superflu. Le goût de la parure apparaît et se traduit en objets céramiques d’un style élégant. Les poteries prennent des contours charmants et se parent de dessins variés. Le progrès est évident, manifeste.

Une chose à noter, c'est la simplicité et la monotonie de l'ornementation à cette époque. La décoration des poteries est alors circonscrite à la représentation d'un certain nombre de lignes

et de figures géométriques. Elles sont semblables à celles que nous relraçons figure 225, et s'appliquent à tous les objets : armes, vases, ustensiles, bijoux.

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Fig 125. Principaux detelne qui composent l'ornementation à l'époque du bronse.

Mais la décoration des poteries ne résume pas toute la science artistique des hommes de l'époque du bronze, Ils continuaient d'exécuter sur des plaques d'ardoise ou sur des bois de cerf, des dessins que produisaient déjà leurs ancètres, les hommes des cavernes du Périgord, contemporains du mammouth et du renne. Jls étaient également sculpteurs, et de leurs mains, ils savaient faire sortir quelques ébauches, représentations plus ou moins heureuses des animaux qui les entouraient (fig. 226).

Les relations commerciales avaient, pendant la période où nous sommes parvenus, une tout autre activité qu'aux temps de l'âge de la pierre. Il fallait nécessairement se procurer l'étain, indispensable à la fabrication du bronze. Comme il n'existe pas en Suisse de minerais d'étain, les habitants de ce pays allaient sans doute le chercher en Saxe. Le trafic devait se faire par voie d'échange, comme cela se pratique chez tous les peuples enfants.

Le silex, qui n'existe pas non plus dans les terrains de la Suisse, se tirait nécessairement des contrées environnantes les plus favorisées sous ce rapport. Nulle n'était mieux partagée que la France : il y avait donc commerce entre les deux pays.

On a retrouvé à Concise, en Suisse, des morceaux de corail blanc, et à Meilen, sur les bords du lac de Zurich, des fragments d'ambre jaune : d'où la conclusion qu'à l'époque du bronze la

Suisse trafiquait avec les bords de la Méditerranée et de la Baltique.

Parmi les autres’ objets de provenance étrangère, nous citerons le graphite, qui servait à vernir les poteries, des perles d'ambre et mème quelques verroteries appliquées à la parure des femmes.

Passons à l'alimentation de l’homme à l’époque du bronze.

Des trouvailles faites dans différentes stations laoustres ont fourni des renseignements très-circonslanciés sur le mode d’alimentation des premiers habitants de la Suisse. Elles sont venues nous apprendre que ces hommes ne vivaient pas seulement .des produits de la pêche et de la chasse, mais qu'ils possédaient des notions d'agriculture et se livraïent à l'élevage du bétail. Nous entrerons dans quelques détails sur ce côté éminemment intéressant de leur histoire, en prenant pour guides les professeurs Heer et Rütimeyer, qui ont fort bien étudié, le premier les restes végétaux, et le second les débris animaux des stations lacustres de la Suisse.

A Meilen, à Moossecdorf et à Wangen, on a recueilli des céréales carbonisées, de l'orge et du froment. Ce dernier est le plus abondant, et à Wangen notamment il y en avait plusieurs boisseaux, soit en épis, soit en grains battus et amoncelés en grands tas. Ces grains ont à peu près la forme et la grosseur de nos grains de blé actuels. On a retrouvé beaucoup d'épis de l'orge à six rangs (Hordeum hexastichon), qui diffère de l'orge commune par des grains plus petits et disposés sur six rangs. D'après de Candolle, c’est cetle espèce que cultivaient les anciens Égyptiens, les Grecs et les Romains.

Les céréales se conservaient dans de grands vases en terre, ainsi qu'on a pu s’en assurer par le contenu de quelques-uns de ces vases, restés entiers.

Quelle préparation faisail-on subir aux grains pour les rendre aptes à servir de nourriture ? On a des données assez précises à cet égard,

Le grain était écrasé à la main, soit entre deux disques de pierre ou meules, soit dans un mortier, au moyen d’un pilon arrondi. Dans presque toutes les bourgades lacustres, on à ramassé de ces meules en grès ou en granit, dont quelques-unes atteignent jusqu’à soixante centimètres de diamètre. M. Heer pense que les grains étaient grillés avant le broïement, puis déposés

dans des vases légèrement mouillés. On les mangeait en cet état. :

Il parait qu'à l'époque de la conquète des Îles Canaries par les Espagnols, les indigènes préparaient les céréales de cette façon, et qu'aujourd'hui encore la plus grande partie de la population des mèmes parages se nourrit avec des grains torréfiés.

Toutefois les premiers habitants de la Suisse occidentale confectionnaient également de véritables pains, ou plutôt des galettes de froment, car le levain n'était pas encore connu. On a retrouvé des fragments carbonisés de ces pains, dont le grain est mal broyé, ce qui permet de reconnaître quelle espèce de céréales est entrée dans leur composition. Ces fragments sont plats et indiquent une forme circulaire pour le gâteau tout entier. Sans doute le grain, broyé et humecté, était réduit en une espèce de pâle qu'on faisait cire entre deux pierres chauffées, comme nous l'avons représenté déjà (page 253) pour l'âge de la pierre.

Pour cultiver les céréales, il fallait nécessairement faire subir au sol un travail préalable. 1! fallait tout au moins l'ameublir, le diviser, et tracer un sillon dans lequel on déposait la semence. Pour tout ce qui concerne ces opérations, nous en sommes réduits aux conjectures, car aucun instrument d'agricullure n'a été découvert dans les différentes slations humaines de l’époque du bronze. Peut-ètre, comme le suggère M. Ieer, se servait-on, pour faire l'office de la charrue, d'un tronc d'arbre à branche recourbée.

Les fruits et les baies sauvages entraient pour une grande part dans l'alimentation des premières populations lacustres, et l'on a même reconnu, à des signes certains, que plusieurs variétés d'arbres élaient l'objet de soins intelligents, en un mot qu'on les cultivait dans des vergers et des jardins. La station de Robenhausen, sur le lac de Pfæffikon, exploitée par M. Messikommer, est celle qui a fourni les renseignements les plus précieux à cet égard. Celles de Wangen (lac de Constance) et de Concise {tac de Neuchâtel) ont été également le théâtre de curieuses découvertes.

Dans ces divers cantonnements, on a recueilli un grand nombre de pommes carbonisées, coupées en deux, et quelquefois en quatre morceaux, évidemment tenues en réserve pour l'hiver Ces pommes ne sont pas plus grosses que des noix, et il existe encore aujourd’hui dans plusieurs forêts de la Suisse une espèce de pomme qui paraît ètre celle qu'on a retrouvée dans les habitations

Fig. 227. La Culture des jardins à l'epoque du bronze.

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lacustres. La station de Wangen seule a fourni des poires; elles étaient coupées et desséchées comme les pommes.

On a encore trouvé dans la vase des lacs des noyaux de prunellier sauvage, de cerisier à grappes ou prunier Sainte-Lucie, des graines de mûres, de framboises, des coquilles de faînes, de noisettes et beaucoup d'exemplaires de la châtaigne d'eau, qui ne se rencontre plus maintenant qu’en deux points des Alpes suisses.

Nous ajouterons que M. Gilliéron a ramassé, dans la station de l'ile Saint-Pierre, de l’avoine, des pois, des lentilles et des glands, ces derniers étant évidemment destinés à la nourriture des pourceaux. Cette trouvaille est importante, parce que l'avoine ne s'était encore montrée nulle part.

Nous compléterons cette nomenclature en énumérant les autres végétaux dont la présence a été constatée dans les lacs et dont les baies ou les graines ont pu servir d’aliment. Ce sont le fraisier, la ronce, le hètre, l'if, le cormier rouge des haies, le lis d’eau, le nénufar, le jone, le pin sylvestre et le pin des marais. Nulle trace de la vigne, du seigle ni du chanvre.

La planche 227, la culture des jardins à l’époque du bronze, a pour objet de résumer et de représenter matériellement les notions qui précédent concernant les connaissances horticoles des hommes de l'époque du bronze. Un jardinier travaille la terre avec le pic en bois déjà figuré plus haut {fig. 188, page 344). D'autres cueillent des fruits d'arbres plantés et cultivés en vue des besoins de l'ali-, mentation.

Les moutons et les bœufs, que l’on voit dans cette composition, sont l'indice de la domestication de ces animaux et de leur élevage comme bétail. Le chien, compagnon fidèle de l’homme, ne pouvait être oublié dans cette réunion d'animaux auxiliaires ou domestiques.

Les ossements d'animaux trouvés dans les habilations lacustres de la Suisse permettent de reconstruire assez exactement la faune de cette époque, et de reconnaître quelles espèces animales étaient alors soumises au joug de l'homme.

D'après le professeur Rütimeyer, l’ensemble des ossements se rapporte à environ soixante-dix espèces animales, dont dix de poissons, trois de reptiles, vingt d'oiseaux, et le reste de mammifères.

Les restes les plus communs sont ceux du cerf et du bœuf,

celui-ci domestique, l'autre sauvage. Vient ensuite le cochon, qui est encore assez abondant; puis le chevreuil, la chèvre, le mouton, beaucoup moins répandus. Le renard est à peu près aussi fréquent que ces derniers, et malgré son odeur fétide, il est certain qu'on le mangeait, comme le prouvent ses os fendus et entaillés par des couteaux. il est probable pourtant qu’on ne se résignait à cette nourriture qu'en l'absence d'aliments plus convenables.

Comme ceux des cavernes, comme ceux des kjockken -moeddings, les os longs que l’on a trouvés dans les lacs avaient été fendus, pour en extraire la moelle. Comme dans les amas coquilliers également, les parties les plus tendres en sont toujours rongées, ce qui indique la présence du chien ‘fig. 228'.

Un fait curieux, et qui montre combien certains préjugés sont difliciles à déraciner, c'est la répulsion qu'éprouvent encore plu-

sieurs peuples pour la chair du liévre. Cette répulsion remonte ‘aux temps préhistoriques. Les caverues, les kjoekken-moeddings et les cantonnements lacustres n'ont présenté, en eflet, presque aucune trace du lièvre. Or nous voyons aujourd'hui les Lapons et les Groenlandais bannir cet animal de leur alimentation. Chez les Hottentots, les fenmes le mangent, mais non les hommes. Les Juifs le regardent comme une nourriture impure, et il n'y a pas bien longtemps que nos paysans de la Bretagne n’en voulaient pas entendre perler.

Cette antipathie de certains peuples modernes pour la chair du lièvre est, on le voit, un héritage des temps primitifs de l'humanité.

Les recherches de M. Rütimeyer l’ont amené à conclure qu'il existait en Suisse, à l'âge de la pierre, six espèces d'animaux domestiques : le bœuf, le cochon, la chèvre, le mouton, le chien et le cheval, ce dernier très-rare. L'espèce bovine aurait mème formé trois variétés : aux deux espèces sauvages du genre du bœuf, savoir l'urus et l’aurochs, très-anciennement connues, venait s'ajouter le bœuf,

Les ossements trouvés dans les stations lacustres de l'âge de la pierre indiquent une plus forte proportion de bètes sauvages que de bêtes domestiques, et l’on devait naturellement s’y attendre. L'art de la domestication des animaux était encore dans l'enfance à cette époque; mais il avait pris naissance, et il allait se déve lopper rapidement dans l'âge suivant.

Pendant l'époque du bronze, en effet, l'agriculture et l'élève du

Fig. 228, Un repas à l'epoque duLbronm.

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bétail firent des progrès considérables. On utilise de nouvelles races de bestiaux. Le bœuf remplace l’aurochs; le mouton est élève, ainsi que la chèvre. On consacre ces bestiaux à l'alimentation. ,

Arrêtons-nous ici un instant, et contemplons avec orgueil cette étonnante résurrection d'un passé enfoui dans les ténèbres des siècles. . S ÿ

Grâce aux investigations de la science, nous savons que les premiers habitants de la Suisse demeuraient dans des villages de bois construits sur les lacs; — qu'ils étaient à la fois chasseurs, pècheurs, pasteurs et agriculteurs ; — qu'ils cultivaient le froment, l'orge, l'avoine; — qu'ils avaient soumis à la domestication plusieurs animaux, et qu'ils consacraient aux besoins de l’agriculture le bœuf, le mouton, la chèvre; — qu'ils possédaient les principaux rudiments de l’art du boulanger ; — qu'ils faisaient des provisions de pommes, de poires et autres fruits ou baies, pour l’hiver, soit à leur usage, soit pour la consommation de: leurs bestiaux; — qu'ils connaissaient l'art du tissage et fabriquaient des étoffes de lin; — qu'ils confectionnaient des cordes et des nattes d'écorce; — qu'ils utilisaient enfin pour la confection de leurs outils et de leurs armes, tout à la fois la pierre, le bronze, les os des animaux et les bois de cerf.

Il est également certain qu’ils entretenaient avec les pays voisins des relations commerciales ; ne füt-ce, comme nous l'avons déjà dit, que pour aller chercher les silex, qui manquent en Suisse, ainsi que l'ambre et le corail blanc, dont on retrouve de nombreux débris dans les stations de Meïlen et de Concise.

S'il reste encore bien des pages obscures dans l’histoire de l'humanité à l'époque du bronze, il faut convenir que celle’ qui se rapporte au mode d'existence de l’homme de cette période dans les rêgions helvétiques a été éclairée d’une vive lumière.

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