CHAPITRE PREMIER
Origine première de l'homme. — Réfutation de la théorie qui fait dériver l'espèce humaine du singe.
L'homme a vécu pendant que les derniers représentants des anciennes créations animales, le mammouth, le grand ours, l'hyène des cavernes, le rhinocéros tichorhinus, etc., existaient encore. C’est cette première période de son histoire que nous allons aborder. .
Nous ne savons rien de précis sur l'homme aux premiers temps de son existence sur le globe. Comment est-il apparu sur la terre? En quel lieu peut-on signaler ses premières traces? Est-1l né en Europe? ou bien n'est-il arrivé dans cette partie de notre hémisphère qu'après avoir vu le jour sur les plateaux de l'Asie centrale? .
Cette dernière opinion est généralement reçue. Nous verrons, en parlant des races humaines, dans le volume qui suivra celui-ci, que la majorité des naturalistes admet aujourd'hui un seul centre de création pour l’homme. L'homme a pris sans doute naissance dans l'Asie centrale, et il se répandit de là dans les différentes parties de notre globe. L'action du climat qu'il habitait détermina ensuite la formation des différentes races, blanche, noire, jaune et rouge, qui existent aujourd'hui, avec leurs infinies subdivisions.
Mais il est une autre question à laquelle il faut répondre tout de suite, car elle a été et elle est sans cesse agitée, avec une passion qu’explique la nature d'un débat qui nous est si profondément personnel. L'homme a-t-il été créé par Dieu de toutes pièces, et le type humain est-il indépendant du type des animaux qui existaient avant lui? Ou bien faut-il admettre, au contraire, que l’homme dérive, par des transformations insensibles, par des
perfectionnements graduels, d’une autre espèce animale, et particuliérement du singe?
Cette dernière opinion fut soutenue, au commencement de notre siècle, par le naturaliste français de Lamarck, qui la formula trèsnettement dans sa Philosophie zoologique. La même théorie a été reprise de nos jours, et développée avec une grande abondance apparente de faits à l'appui, par un certain nombre de savants, tels que MM, Carl Vogt en Suisse et Iluxley en Angleterre.
Nous répudions hautement une pareille doctrine. Pour établir que l'homme n'est qu'un singe perfectionné, un orang-outang ou un gorille élevés en dignité, on se borne à invoquer des considérations anatomiques. On compare le crâne du singe à celui de l'homme primitif, et trouvant des caractéres d’analogie, plus ou moins réels, entre l'une et l'autre boîte osseuse, on en conclut la fusion graduelle du type du singe dans le type humain.
Ces analogies, disons-le d'abord, sont fort exagérées, et elles disparaissent devant l'examen approfondi des choses.
Chez les singes, l'os maxillaire inférieur offre en bas un retrait en arriére bien manifeste, tandis que chez l'homme actuel il offre, tout au contraire, la saillie que nous appelons menton. Il existe chez les singes, comme chez la plupart des animaux, une séparation entre les dents canines et les dents incisives, tandis que chez l’homme de tous les âges et de toutes les races cette séparation n’existe pas : les dents sont toutes alignées sans laisser entre elles aucune interruption. Tandis que chez le singe les dents molaires vont en augmentant de volume, de la première à la derniére, on observe chez l’homme la disposition inverse, c’està-dire que les molaires diminuent de grosseur jusqu'à la dent de sagesse, qui manque quelquefois.
Jetez les yeux sur les crânes trouvés dans les tombeaux appartenant à l’âge de la pierre : par exemple, sur les crânes de Bruniquel el de Solutré, qui appartiennent à l’âge du Renne, ou sur les crânes de la grotte de Cro-Magnon, qui remontent à une période encore plus reculée, c'est-à-dire à l'époque du grand ours et du mammouth, et vous serez surpris de voir qu'ils different à peine des cränes de l’homme actuel. On croirait, à entendre les partisans de la théorie de Lamarck, que l’homme primitif présente la mâchoire saillante du singe, ou, tout au moins, celle du nègre. C'est donc avec surprise que l'on constate, au contraire, que le crâne de l'homme de l’âge de la pierre est presque en tout
semblable,» par l'aspect, aux cränes de l'espèce humaine actuelle. Il faut des connaissances spéciales pour distinguer l’une de l’autre ces boîtes osseuses.
Si l'on met en présence, comme nous le faisons ici, le crâne des plus anciens types de l’homme de l’âge de la pierre et les cränes des principaux singes de grande taille, ces dissemblanees sautent aux yeux. Il ne faut pas d'autres éléments de comparaison
. que la simple vue pour réfuter la doctrine de la basse origine de l'humanité. e La figure 2 représente le crâne de l'homme de Cro-Magnon, sur
Fig. 2. Crâne de l'homme de Cro-Magnon. {Époque du grand ours.)
lequel nous reviendrons bientôt, et qui appartient à l'époque du
Fig. 3. Crâne de l'homme de Solntré, (Époque du renne.)
grand ours, la figure 3, un cräne de l’homme de Solutré, qui ap-
partient à l'époque du renne, et sur lequel nous aurons également à revenir. D'autre part, la figure 4 représente le crâne du gorille; la
Fig. 4. Crâne de gorille.
figure 5 celui de l'orang-outang ; la figure 6 celui du singe cynocéphale; la figure 7 celui du singe macaque. Mettez l’image du crâne
Fig. 5. Crâne d'orang-outang.
des deux hommes de l'âge de la pierre en regard de ces masques d'animaux, et tirez vous-même. lecteur, la conséquence, sans vous préoccuper des dires de quelques anatomistes imbus d'idées contraires. :
Battus sur la question du crâne, les transformistes se rejettent sur les os. Dans ce but, ils nous montrent quelques dispositions analogues entre le squelette du singe et celui de l'homme primitif. Telle est, par éxemple, la saillie longitudinale qui existe sur l'os du fémur; la ligne dpre, comme on l'appelle, qui est aussi