‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 6 sur 53 · OS · texte numérisé non relu

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vigoureuse chez l'homme primitif que chez le singe. Tel est encore le péroné, os qui est très-puissant chez l’homme primitif, comme chez le singe, et qui est assez grèle chez l’homme actuel.

Le

Fig. 6. Crâne de singe cynoeéphale.

Quand on sait combien le genre de vie modifie les formes du squelette, chez l'homme aussi bien que chez les animaux, on ne

ES Fig. 7. Crène de singe macaque.

peut être surpris de voir certains organes se développer plus chez les individus qui exercent puissamment ces organes, que chez ceux qui laissent ces mèmes organes dans un repos relatif. Si l’homme de l’époque du grand ours et du mammouth a la jambe plus robuste, le fémur plus volumineux que l’homme actuel, dans la plupart de ses races, c'est que son existence sauvage, qui se passait au milieu des animaux des forèts, l’obligeait à de violents exercices, qui développaient cette partie de son corps. C’est ainsi que les grands marcheurs ont le mollet volumineux et les personnes stationnaires la jambe grèle. Ces différences dans la structure de quelques parties du squelette ne tiennent denc Lu la différence du genre de vie. ë e À Pourquoi d'ailleurs ne considérer j jamais que le squelette pour chercher des analogies entre l'homme et, une espèce animale? Si

l'on envisageait d'autres organes, on arriverait à une conclusion qui ‘prouverail bien tout ce qu'il y a d'irrationnel dans des rapprochements de ce genre. En eflet, si l'homme a la structure osseuse du singe, il a aussi la struclure anatomique de bien d'autres animaux, si l'on s'en rapporte à d'autres organes. Les viscères de la digestion ne sont-ils pas les mêmes, n'ont-ils pas le mème plan de structure cliez l'homme que chez les animaux carnassiers? Notre estomac, nos intestins, nos reins, nos poumons, notre cœur, sont-ils bien autrement faits que ceux du tigre et du lion? Direz-vous, d'après cela, que l'homme dérive du tigre, qu’il n'est qu'un lion perfectionné, un chat fait homme? Vous devriez pourtant tirer cetle conclusion, si vous ne vous borniez pas à considérer le squelelte, la seule partie de l'individu à laquelle vous vous attachiez, on ne voit pas bien pour quelle raison.

Mais en vérité toute cette anatomie fait pitié. N'y a-t-il donc dans l'homme que des os? Le squelette, les viscères résument-ils

l'être lumain ? Que faites-vous don£, as cs rhéteurs, de cette faculté de l'intelligence, imnanifestée par 1 parole? L'intelligence et la parole, voilà ce qui constitue l’homme, voilà ce qui fait de lui l'être le plus achevé de la creation, le privilégié de Dieu, Montrez-moi un singe qui parle, et alors je reconnaîtrai avec vous que l'homme est un singe perfectionné. Montrez-moi un singe qui fabrique avee des silex des hacheS'et des flèches, qui allume du feu, qui fasse cuire des alimeuts, qui M À | un mot, conime une créature intelligente, et je confesserai que je ne suis qu'un oraug-outang revu et corrigé. .

Nous ne voulons pas éependant parler d'une question aussi controversée que celle de la ressemblance anatomique du singe et de l'homme, sans l'approfondir; nous ne voulons pas éviter la discussion sur ce point.

Nous commencerons par invoquer l'opinion d’un savant parfaitement autorisé en de telles matières, celle de M. de Quatrefages, professeur d'anthropologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

M. de Quatrefages, dans son Rapport sur le progrès de l'anthropologie, publié en 1868 , a traité avec quelques développements la question de savoir si l’homme descend du singe. 11 a résumé plusieurs travaux contemporains relatifs à cette question, et conclu à la parfaite impossibilité, au point de vue anatomique, de cette généalogie.

L'extrait suivant de son ouvrage fera connaître suffisamment les idées du savant professeur d'anthropologie sur la question qui nous occupe.

« L'homme et les singes en général, dit M. de Quatrefages, présentent un contraste des plus frappants et sur lequel Vicq-d'Azyr, Lawrence, M. Serres, etc., ont insisté depuis bien longtemps avec détail. Le premier est un animal marcheur, et marcheur sur ses membres de derrière ; tous les singes sont des animaux yrimpeurs. Dans les deux groupes tout l'appareil 1ocomoteur porte l'empreinte de ces destinations fort différentes : les deux types sont parfaitement distincts.

« Les travaux si remarquables de Duvernoy sur le Gorille, de MM. Gratiolet et Alix sur le Chimpanzé, ont confiriné pleinement pour les singes anthropomorphes ce résultat, très-important à quelque point de vue qu'on se place, mais qui a plus de valeur encore pour qui veut appliquer logiquement la doctrine de Darwin. Ces recherches modernes démontrent en effet que le type singe, en se perfectionnant, ne perd en rien son caractère fondamental et reste toujours parfaitement distinet du type humain. Celui-ci ne peut donc dériver de celui-là.

« La doctrine de Darwin, rationnellement adaptée au fait de l'apparition de l'Iloinme, conduirait à dire :

« Nous connaissons un grand nombre de termes de la série simienne. Nous la voyons se ramifier elle-même en séries secondaires aboutissant également aux Anthropomorphes, qui sont, non pas les membres d'une mème famille, mais bien les termes correspondants supérieurs de tro's familles distinctes {Gratiolet). Malgré les modifications secondaires entraînées par des perfectionnements de mème nature, l'Orang, le Gorille, le Climpanzé n'en restent pas moins fondamentalement des singes, des grimpeurs (Duvernoy, Gratiolet, Alix. Par conséquent, l'Ilomme, chez qui tout révèle le marcheur, ne peut appartenir ni à l’une ni à l'autre de ces séries: il ne peut être que le terme supérieur d'une série distincte dont les autres représentants ont disparu ou ont échappé jusqu'à ce jour à nos recherches. L'Ilomme et les Anthropomorplies sont les termes extrêmes de deux séries qui ont commencé à diverger au plus tard dès que le singe le plus inférieur a paru.

æ Voilà comment devra raisonner le vrai dartiniste, alors même qu'il tiendrait compte uniquement des caractères morphologiques extérieurs, et des caractéres anatomiques dont les premiers sont la traduction chez l'animal adulte.

« Dira-t-on qu'une fois arrivé au degré d'organisation aceusé par les Anthropomorphes, l'organisme a subi une impulsion nouvelle et s'est trouvé modifié pour ln marche? Ce serait ajouter une hypothèse de plus ; et catte fois on n'aurait pas mênx à invoquer la gradation orxanique présentée par l'ensemble des Quadrumanes et sur laquelle on insiste, coinme conduisant à la conclusion que je combats; on serait complétement en dehors de ja théorie de Darwin, sur laquelle on a la prétention de s'appuyer.

« Sans sortir de ces considérations purement morphologiques, on peut mettre en regard, comme l'a fat M. Pruner-Bey, les caractères généraux

les plus saillants chez l'Ilomme et ehez les Anthropomorphes.On arrive alors à constater ce fait général, qu'il existe « un ordre inverse du terme final du « développement dans les appareils sensitifs et végélatifs, dans les systèmes « de locomotion et de reproduction » lruner-Bey).

« l'y a plus: cet ordre inverse se montre également dans la série des phénomènes du développement individuel.

« M. Pruner-ley a montré qu'il en est ainsi pour une partie des dents permanentes. M. Welker, dans ses curieuses études sur l'angle sphénoïdal de Virchow, est arrivé à un résultat semblable, Îl a montré que les modifications de la base du erâne, c'est-à-dire d'une des parties du squelette, dont les rapports avec le cerveau sont les plus intimes, avaient lieu eu sens inverse chez l'Ilonme et chez le singe. Cet angle diminue chez l'Ilomme à partir de la naissance, et s'agrandit au contraire chez le singe parfois au point de s'effacer.

« Mais ce qui est bien plus fondamental encore, c'est que cette marche inverse du développement se constate jusque dans le cerveau. Ce fait, signalé par Graliolct, sur lequel il a insisté à diverses reprises et qui n'a élé contesté par personne ni à la Société d'Anthropologie, ni ailleurs, a une importanee et une signification faciles à saisir.

« Chez l'Ilomme et chez l'Anthropomorphe adultes il existe dans le mode d'arrangement des plis cérébraux une certaine ressemblance qui a pu en imposer et sur laquelle on a vivement insisté. Mais ce résultat est atteint par une marche inverse. « Chez le siuge, les eirconvolutions temporo-sphé- « noïdales qui forment le lobe moyen paraissent et s'achèvent avant les cir- « convolutions antérieures qui forment le lobe frontal. Chez l'Homme, au “ contraire, les circonvolutions frontales apparaissent les premières et celles a du lobe moyen se dessinent en dernier lieu. »

« Ilest évident que, lorsque deux êtres organisés suivent dans leur développement une marche inverse, le plus élevé des deux ne peut descendre de l'autre par voie d'évolution.

« L'Embryogtuie vient donc ajouter son lémolffhagéà celui de l'Anatomie et de la Morphologie, pour montrer combien se sont trompés ceux qui ont cru trouver dans les idées de Darwin un moyen de soutenir l'origine simienne de l'Ilomme.

« En présence de ces faits, on comprendra que des anthropologistes, fort peu d'accord parfois sur bien d’autres points, se soient accordés sur celui-ci et aient été amenés également à conelure que rien ne permet de voir dans le cerveau du singe un cerveau d'Hlomme frappé d'arrêt de développement, ni dans le cerveau de l'Homme un cerveau de singe déycloppé {Gratiolet} ; que l'étude de l'organisme en général, celles des extrémités en particulier, révèle, à côté d'un plan général, des différences de forme et des dispositions accusant des adaptations tout à fait spéeiales ct distinctes, et incompatibles avec l’idée d'une filiation (Gratiolet, Alix) ; qu'en se perfectionnant, les singes ne se rapprochent pas de l'Homme, et réciproquement, qu'en se dégradant, le type humain ne se rapproche pas des singes (Bert); enfin qu’il n'existe pas de passage possible entre l'Ilomme et le singe, si ce n'est à la condition d'intervertir les lois du développement (Pruner-Bey), etc.

« À ces faits généraux, que je ne puis qu'indiquer, à la multitude des faits

de détail dont ils ne sont que le résumé, qu'opposent les partisans de l'origine shuienne de l'Homme?

« J'ai beau chereher, je ne rencontre partout que la même nature d'arguments: des exagérations de ressemblances morphologiques que personne nc nie ; des induetions tirées de quelques faits exceptionnels et qu'on généralise, ou de quelques coïneidenees dans lesquelles on suppose des relations de cause à effet; puis enfin un appel aux possibilités d'où l'on tire une conclusion plus ou moins affirmative.

+ Citons quelques exemples de eette manitre de raisonner.

& 19 La main osseuse de l'flomme et eelle des singes, surtout de certains Anthropomorphes, présentent des analogies marquées. Ne serait-il pas possible qu'une modification à peine sensible eût conduit à l'identité ?

« Non, répondent MM. Graliolet et Alix, car la museulature du pouce êtablit une différence profonde et aceuse une adaptation à des usages très-différents. L

« 2 Chez l'Iomme seulement et chez les Authropomorphes l'articulation de l'épaule perinet des mouvements de rotation. N'y a-t-il pas là une véritable ressemblanee ?

« Nou, répondent encore les mêmes anatomisles, car, même à ne considérer que les os, on reconnait que les mouvements ne sauraient être les mèmes; mais surtout la museulature présente des différences tranchées, accusant encore des adaptations spéciales.

a Ces réponses sont justes, car, quand il s'agit de locomotion, il est évident qu'il faut tenir eompte des muscles, agents actifs de la fonction, au moins autant que des os, qui servent seulement de points d'attache et sont eonstamment passifs.

a 3° La voûte du erâne de quelques races humaines, au lieu de présenter dans le sens transversal une courbure uniforme, s'infléchit un peu vers le haut des deux côtés el se relève vers la ligne médiane (Néo-Calédoniens, Australiens, etc.). N'est-ce pas, dit-on, un acheminement vers les crètes osseuses qui se dressent vers cette région ehez certains Anthropomorphes?

« Non, répondrons-nous, car chez ces derniers les erêtes osseuses se détachent des parois du crâne et ne font nullement partie de la voñte.

« 4° N'est-il pas très-remarquable de voir l'Orang brachycéphale comme le Malais dont il est compatriote, tandis que le Gorille et le Chimpanzé sont dolichocéphales comme le Nègre? N'y a-t-il pas là une raison pour regarder le premier comme le père des populations malaises, et les sceonds eomme les aneîtres des peuples africains?

« Les fails avaneés seraient exaets, que la conséquence qu’on en tiro serait loin d’être démontrée. Mais la coïncidence qu'on invoque n'existe mène pas. En effet, l'Orang, essentiellement originaire de Bornéo, y vit au milieu des Dayaks et non pas des Malais; or les Dayaks sont doliehoeéphales' bien plutôt que brachycéphales. Quant à la dolichocéphalie des Gorilles, elle est loin d'être générale, puisque sur frois femelles de ce singe dont on a mesuré les erânes, deux sont braehycéphales {Pruner-Bey.

« 5° Les microcéphales présentent dans leur cervean un mélange de caractères humains et simiens, et indiquent une conformation inlermédraire,

normale à une époque anlérieurc, mais qui aujourd'hui ne se réalise que par un arrèt de déveluppemeut et nn fait d'atavisme,

e Les recherches de Gratiolet sur l'encéphale du singc, de l'ilomme normal et des microcéphales ont montré qne les resseniblanees indiquées sont purement illusoircs. C'est pour ne pas y avoir regardé d'assez près qu'on a cru les apcrcævoir. Chez le microcéphale, le cerveau huniain se simplifie, mais le plan initial n'csl pas changé pour cela, el ce plan n'est pas celui que l'on conslale chez le singe. Aussi Gratiolet a-t-il pu dire sans que personne ait tenté de le combaltre : « Le cerveau humain difftre d'autant « plus de celui du singe qu'il est moins développé, et uu arrèl de dévelop- « pement ne pourra qu'exagérer celle différence naturelle... Souvent moins « volumineux et moins plissés que ceux des singes anthropomorphes, les « cerveaux de microcéphales ne leur deviennent point semblables. Le mi- « crocépliale, si réduil qu'il sait, u'esl pas une bète; ce n'est qu'un homme « amoindri. » x à .

« Les lois du développement du cerveau dans les deux types expliquent et justifient ce langage, comure Ÿes faits dout il est le résumé sont la réfutation formelle du rapprochement qu'on a essayé de faire entre le cerveau humain amoïindri el le cerveau animal quelque développé qu'il soit.

« … La théorie de l'origine simicnne de l'Homme n’est qu'une pure hypothise où micux un simple jeu d'esprit, en faveur driquel on n'a pu invoquer encore aucun frit sérigux ct dout au contraire lout démontre le peu de fondement, »

Nous ajouterons, pour prendre la même question à un point de vue plus général, que la science la plus éclairée nous déclare que l'espèce est immuable, qu'aucune espèce animale ne dérive d'une autre, qu'elle peut se translormer, mais que loutes reconnaissent une créetion indépendante.

ll est aujourd'hui bien prouvé que les espèces sont véritablement créées par la nature. Ce qui le démontre, c'est qu'on ne peut obtenir de croisements d'une espèce à l'autre, et que les rares métis que l’on peut créer en mariant deux espèces différentes, comme l'âne et la jument, le cheval et l'ânesse, sont des individus inféconds, incapables de fournir la souche de générations nouvelles. Or aucun croisement, aucun mariage ne pouvant s'exécuter entre l'homme et le singe, il faut en conclure que les deux espèces sont radicalement différentes, et ne se rattachent par aucun lien l’une à l'autre, :

Cette grande vérité de l'indépendance absolue de l'espèce, résultant de l'impossibilité de la reproduction entre deux espèces différenites, prouve que l’homme et le singe n'ont entre eux aucune filiation, et que nous ne dérivons pas plus du singe que de la baleine.

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