‹ Homme Primitif Louis Figuier 2eme edition 1870Chapitre 8 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Habitation de l'homme à l’époque du grand ours et du mammouth. — Les cavernes à ossements dans le terrain quaternaire. — Mode de formation de ces cavernes. — Leur distinction en plusieurs catégories. — Instruments en silex, en os, en bois de renne existant dans ces cavernes. — La sépulture d'Aurignac. — Son âge probable. — Coutumes qu'elle révèle. — Les repas funéraires à l'époque du grand ours et du mammouth.

Après avoir décrit les armes et l'outillage de l'homme à l’époque

du grand ours et du mammouth, nous avons à parler de son “habitation.

«Les cavernes creusées dans l'épaisseur des roches furent la première habitation de l’homme. Nous devons, en conséquence, étudier avec attention ces simples et sauvages retraites de nos ‘arrière-ancêtres. Les objets que l'on a trouvés dans ces cavernes, étant nombreux et variés, jettent une vive lumière sur les mœurs des premiers hommes, et affirment d'une façon péremptoire leur contemporanéité avecles mammifères d'espèces aujourd’hui éteintes, comme le mammouth, le grand ours et le rhinocéros tichorhinus.

Mais, avant d'aller plus loin, demandons-nous comment ont pu se former ces cavernes, dans lesquelles sont restés accumulés tant de débris de l'existence de l’homme primitif.

M. Desnoyers, bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle de Paris, pense que les cavernes sont des crevasses de même ordre que les filons métalliféres. Seulement, au lieu de contenir des minerais métalliques, elles auraient été remplies à l’origine par des dépôts des sources thermales.

La figure 24 représente, d'après le mémoire de M. Desnoyers sur les cavernes, une de ces poches primordiales existant dans le

EEE

calcaire carbonifère. Au moment de l'inondation diluvienne, ces mêmes poches auraient élé ouvertes par l’action impétueuse des

Fig. 24. Conps théorique d'une poche argileuse du calcaire carbonifère avant lo creusement dos vallées partlesseaux dilnviennes.

eaux. Ainsi déblayées et mises à jour, elles auraient pris l'aspect d'une caverne, comme le représente la figure 25.

L'inondation diluvienne d'Europe est postérieure, comme on sait, à l’époque glaciaire.

On peut admettre également que les cavernes sont le produit

Fig. 25. Conpe théorique de la même poche argilenee changée en caverne après le ereusement des vallées par les eaux diluviennes.

d'éboulements internes, ou qu'elles étaient jadis les canaux naturels et souterrains de certains cours d’eau, comme on en connaît aujourd'hui beaucoup d'exemples en différents pays. Ajoutons que toutes les cavernes n'ont pas eu la même origine, et que les causes multiples qui viennent d'être énumérées ont pu. les unes ou les autres, contribuer à leur formation. On comprend sous la dénomination générale de cavernes toutes

sortes de cavités souterraines; mais il est bon d'introduire ici quelques distinctions. 11 y a d'abord de simples fentes ou crevasses, qui ne sont qué des puits étroits s'écartant très-peu de la verticale. Viennent ensuite les grottes (ou baumes, comme on les nomme dans le midi de ance), qui s'ouvrent ordinairement par une large ouverture, et ne présentent qu'une faible profondeur. Il faut distinguer enfin les véri cavernes à ossements, sistent en une série de , Séparées par des ages étroits, et dont les proportions sont souvent considérables.

Il est des cavernes qui occupent sous le sol une étendue de plusieurs lieues, avec des différences de niveau qui en rendent

Fig. 26. Grotte de Galeinreuth.

l'exploration très-difficile. Elles sont en général d'un accès malaisé. Presque toujours il faut faire jouer la pioche, pour se frayer un passage d'une chambre à l'autre.

Dans la plupart des grottes et des cavernes, le sol et les parois sont recouverts de dépôts calcaires, connus sous le nom de stalactiles et de stalagmites, qui, se réunissant parfois en piliers et en colonnes, prètent à quelques-unes de ces salles souterraines une élégance pleine d'un charme mystérieux. Ces dépôts sont dus à

des eaux d'infiltration chargées de carbonate de chaux. Suintant goutte à goutte, à travers les interstices des rochers, ces eaux perdent lentement l'acide carbonique qui tenait dissous le carbonate de chaux, et ce sel,en se précipitant peu à peu, forme les dépôts, cristallins ou amorphes, qui forment ces colonnes naturelles,

On appelle stalagmites les dépôts calcaires qui s’étalent sur le sol des cavernes, et stalactites ceux qui descendent de la voûte en formant des pendentifs, des supports, décorations naturelles,

ornements d'albâtre ou de marbre, quelquefois du plus majestueux effet.

C'est sous les stalagmites que l'on a trouvé le plus grand nombre d'ossements d'animaux. Gette croûte terreuse, qui leur a servi de tombeau conservateur, est tellement épaisse et dure, qu'il faut la pioche pour la briser. C'est gräce à cet abri protecteur que les ossements ont été soustraits à toutes les causes de décomposition et de destruction. Le calcaire a formé un ciment, qui, réunissant dans un tout compacte et inébranlable, argile, boue, sable, cailloux, ossements d'hommes et d'animaux, armes et ustensiles, les a conservés pour les études de la science de nos jours.

C'est en effet sous la couche cristalline qui recouvre le sol des cavernes que se trouve la terre dite à ossements.

La figure 26, qui représente une coupe de la grotte de Galeinreuth, en Bavière, fera bien comprendre la situation qu'occupent les ossements dans la plupart des cavernes.

Pour donner un autre exemple de la véritable situation des ossements et débris fossiles qui se trouvent dans les cavernes, nous donnons (fig. 27) la coupe d’une autre caverne très-fenommée : celle de Kirkdale, en Angleterre, qui fut le théâtre des fructueuses et longues explorations de Buckland. Sur cette figure E représente les stalactites, E les stalagmites. En B est la couche à ossements. On comprend dès lors comment la couche de stalagmites a préservé et conservé jusqu’à nous la précieuse couche de débris des anciens âges.

La terre à ossements consiste en une argile rougeätre ou jaunâtre, souvent mélangée de cailloux, qui semblent provenir de terrains éloignés, car ils ne sauraient être rapportés aux roches du voisinage. Cette couche varie beaucoup d'épaisseur : parfois trèsmince, elle s'élève d'autres fois jusqu'au sommet de la caverne, sur une hauteur de douze à quinze mètres. Maïs alors elle se compose, en réalité, de plusieurs couches se rapportant à des âges différents, et les explorateurs doivent noter avec beaucoup d'attention l’altitude exacte des débris organiques trouvés dans leur masse.

Il y a pourtant, dans plusieurs cavernes à ossements, des particularités qui exigent une explication. Les cavernes recèlent fréquemment de grands amas d’ossements, placés à des hauteurs absolument inaccessibles aux animaux qui les habitaient. Comment donc ces os s'y trouvent-ils? 11 est fort étrange ensuite qu'aucune caverne n'ait jamais fourni un squelette entier, ni mème une portion entière du squelette d’un homme ou d’un animal quelconque. Non-seulement, en effet, les ossements gisent toujours pêle-mêle et sans ordre, mais jusqu’à présent il a été impossible de retrouver l'ensemble des os ayant constitué jadis un individu. Il faut donc admettre que les accumulations d'osse-

ments et de débris humains dans la plupart des cavernes sont dus à une autre cause que le séjour de l’homme et de quelques animaux féroces dans ces antres ténébreux.

On suppose donc que ces ossements ont été souvent amenés et déposés dans ces cavités par l'irruption et les courants des eaux

diluviennes, qui les avaient rencontrés sur leur passage. Ce qui rend cette hypothèse vraisemblable, c'est que des cailloux roulés sont constamment associés aux ossements. Or ces cailloux proviennent de localités éloignées de la caverne. Souvent même des coquilles terrestres et fluviatiles accompagnent ces ossements. D'autres fois on remarque que les fémurs et les tibias des grands Mammifères ont leurs ongles arrondis, et que les os plus petits sont réduits en fragments roulés. Ce sont là des indices évidents du transport des ossements, par des courants d'eau rapides qui ont tout balayé sur leur passage, en d'autres termes par le torrent des eaux du déluge qui signala l'époque quaternaire. £ |

Toutes les cavernes n’ont pas eu, à l'époque de l'existence de l’homme primitif, la mème destination. Les unes furent le repaire des bêtes fauves, les autres servaient d'habitation à l'homme; les dernières furent les lieux de sa sépulture.

Passons en revue ces trois catégories de cavernes,

Les cavernes qui ont servi de repaire aux bêtes fauves pendant l'époque quaternaire sont trés-nombreuses. Les savants expérimentés les reconnaissent à divers indices. Les ossements qu'elles renferment ne sont jamais fracturés de main d'homme. On voit qu'ils ont été seulement rongés par les animaux carnassiers, car ils portent encore l'empreinte de leurs dents. C’est là que le grand tigre (Felis spelæa) et l'hyène (Ayæna spelæa) traïînaient leur proie, pour la déchirer, la dévorer, ou pour la dépecer en morceaux et la donner à leurs petits, On trouve souvent, en effet, dans ces cavernes, des excréments d'hyène mêlés à de petits os, non digérés. Le grand ours se retirait dans les mêmes retraites, mais il n’y venait probablement que pour y passer le temps de son sommeil hibernal. Enfin, les mêmes antres donnaient asile aux animaux malades ou mourants, qui s'arrangeaient pour y expirer en paix. On en a la preuve dans les traces de blessures et de carie que portent certains ossements d'animaux que Schmerling a trouvés dans les cavernes de la Meuse, et dans un cräne d'hyène dont la crête médiane avait été mordue et se montrait à moitié guérie.

Les cavernes qui ont abrité l'homme primitif se reconnaissent, aussi bien que les précédentes, à la seule inspection des ossements. Les os longs du bœuf, du cheval, du cerf, du tigre, du rninocéros et autres quadrupèdes dont l’homme faisait sa nourriture pendant ces temps reculés, sont toujours brisés, et ils

ne

sont brisés de la même façon, c'est-à-dire en long. Pourquoi auraient-ils été fendus de cette manière, si ce n’est pour en extraire la moelle et la manger? Un tel mode de cassure ne saurait être pratiqué sur des os par aucun animal,

Cette circonstance a une importance extrême. Elle conduit, en effet, à cette conclusion : « L'homme, ayant mangé les grands mammiféres dont les espèces sont aujourd'hui éteintes, a été le contemporain de ces mêmes espèces. » »

Passons aux cavernes qui ont Servi de sépulture à l'homme.

C'est à LE Édouard bartet que revient l'honneur d'avoir le premier recueilli less données importantes sur les cavernes ayant servi de sépulture aux premiers hommes à l’époque du grand ourswæt du mammouth. On a été ainsi mis sur la voie d'une cou- ; =. nm propre à l’homme de ces temps reculés: nous vou- Jons parler du repas funéraire. Ce renseignement a jailli de la découverte «d’une sépulture antéhistorique,. faite à Aurignac (Haute-Garonne), comine nous l'avons raconté dans l'introduction decet ou , ét Que nous sommes forcé de rappeler ici, ‘

près de la ville d'Aurignac s'élève la colline de Fajoles, que les habitants du pays appellent, dans leur patois, mountagno de las Hajoles (montagne des Hétres), ce qui semble indiqüer qu'elle a été autrefois couverte de hètres . C'est dans une pente de cette colline qu'en 1852 un ouvrier terrassier, nommé Bonnemaison, se trouva, comme nous l'avons dit en face d'une grande dalle de grès, placée verticalement, et qui fermait une ouverture cintrée. Dans la grotte que fermait cette dalle, le terrassier découvrit les restes de dix-sept squelettes humains!

Nous avons dit également comment ces squelettes furent trans- . portés au cimetière du village, et malheureusement perdus à jamais pour la science. .

Lorsque, dix-huit ans plus tard, en 1860, “. Lartet, ayant entendu parler de l'événement, se rendit sur les lieux, accompagné de Bonnemaison, il s’expliqua tomment la grotte avait pu échapper, pendant une longue suite de siècles, aux regards des habitants du pays. L'entrée en était dissimulée par des terres qui, descendues du haut de la colline par l’action des eaux, s'étaient accumulées au devant de l'entrée, cachant une plate-forme où se trouvaient beaucoup de vestiges des temps préhistoriques. Comme aucun bouleversement du sol ne s'était produit en ce lieu postérieurement à la date de la sépulture, le talus avait suffi pour

protéger contre toute atteinte extérieure les traces de l'homme contemporain du mammouth.

La figure 28 représente, d’après le mémoire de M. Lartet, une coupe verticale de la grotte funéraire d’Aurignac.

Fig. %. Coupe de la grotte funéraire d'Aurlgnac.

Après une rapide inspection de la grotte et des alentours, M. Lartet résolut de procéder à des fouilles complètes et méthodiques, avec l’aide d'ouvriers intellisents, travaillant sous sa surveillance, et voici les résultats qu'il obtint,

Un lit de terre meuble couvrait le sol de la grotte, sur une épaisseur d'environ 60 centimètres. On y trouva quelques ossements humains, qui avaient échappé aux premières investigations, à savoir, des os de Mammifères bien conservés, ne présentant aucune cassure ni aucune marque de dents, des silex taillés, la plupart du type couteau (fig. 29), et des bois de renne travaillés, parmi lesquels un instrument soigneusement effilé et arrondi, mais privé de sa pointe (fig. 30), l’autre extrémité étant taillée en biseau pour recevoir probablement un manche,

Il faut ajouter ici que, lors de sa découverte, Bonnemaison avait recueilli, au milieu des ossements, dix-huit petits disques, ou rondelles, percées au centre (fig. 31), et destinées sans doute a être rassemblées en collier ou en bracelet. Ces rondelles, formées d'une substance blanchâtre et compacte, furent reconnues pour des coquilles marines d’une espèce de Cardium.

La grotte d'Aurignac était un lieu de sépulture de l'époque quaternaire, car M. Lartet y trouva une quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l’aurochs, du renne, du cheval, etc.

Nous représentons ici, comme exemple de l'état des ossements

trouvés dans cette caverne, un fragment de mâclioire inférieure de grand ours (fig. 32), et une dent d'aurochs (fig. 33).

Fig. 29. Couteau en silex trouve dans la grotte funeraire d'Aurignac.

Fig. 31. Série de rondelles de coquilles Fig. 30, Instrument de Cardium trouvées en bois de renne où de cerf dans la grotte funeraire trouvé dans la grotte funéraire d'Aurignac. d'Aurignac,

L'é lat de parfaite conservalion de ces ossements indique qu'ils n'ont été ni brisés pour servir à la nourriture de l'homme, ni rongés par les animaux carnassiers, et en particulier par les, hyènes, comme cela se voit dans un grand nombre de cavernes. Ï1 faut conclure de celte particularité que la pierre qui fermait la grolte était écartée au moment de chaque inhumation, puis remise en place avec soin, immédiatement après.

Pour expliquer la présence, à côté des squelettes humains, de tant d'objets étrangers : — ossements d'animaux, — instruments de silex et de bois de renne, — colliers ou bracelets, — il faut admettre qu'il existait chez les hommes de l'époque du grand

ours et du mammouth une coutume funéraire qui s'est conservée dans les temps postérieurs. On devait déposer dans la tombe, au-

Fig. 32. Fragment de mâchoire inférieure de l'ours des cavernes trouve dans la grotte funéraire d’Aurignac.

* près du corps, les armes, les trophées de chasse et les ornements ‘de tous genres appartenant au défunt. Cette coutume existe mêrne encore de nos jours parmi bien des peuplades plus an moins sauvages.

Devant la grotte s'étendait, avons-nous dit, une sorte de plateforme, qui avait été recouverte plus tard par les terres éboulées du’hgut de la colline. Lorsqu'on eut déblayé les terres qui recouvraient cette plate-forme, on rencontra un nouveau dépôt renfermant des ossements. Ge dépôt était situé sur le prolongement de celui qui supportait les squelettes à l'intérieur de la grotte. Sous ce dépôt apparut une couche de cendres et de cliarbon, de 15 à 20 centimètres d'épaisseur.

C'était donc là l'emplacement d’un ancien foyer.

En d'autres termes, au-devant de la 75,37 dei 0 NpEents grotte funéraire était une sorte de terrasse, Cendres du foyers de1x

. grotte funeraire d'Aurignse:

sur laquelle, après l’ensevelissement du corps dans Ja caverne, on se livrait à un repas, au repas funcraire.

Dans cette couche placée au-devant de la grotte, on découvrit une foule de débris du plus haut intérêt sun grand nombre de dents et d'os.brisés d'herbivores ; une centaine de couteaux de silex,,— deuxablocs de silex taillés, que les archéologues

nn.

croient être des projectiles de fronde; — un caillou arrondi, avec une dépression au milieu, qui, selon M. Steinhauer, conservateur du Musée etlinographique de Copenhague, a dù servir à retailler le tranchant des couteaux de silex; — enfin une grande quantité d'instruments en bois de renne, offrant les formes les plus variées. Citons, par exemple, des têtes de flèches, façonnées fort simplement, sans ailes ni barbes (fig. 34), et dont quelqüuesunes paraissent avoir subi l'action du feu, comme si elles fussent restées dans le corps de la bète pendant la cuisson; — un poinçon en bois de chevreuil (fig. 35), très-soigneusement appointé el

Fig. 34 Fig. 35

Fig. 30. Lame de hois

Tête 1e flèche Poinçon en bois de renne tronqnée xs pu de chevreuil portant deux séries de raies nne trouvée dans trouvé transversales et des encoches la grotte funeraire dans la grotte funéraire servant d'Autignac, d'Aurignae. peut-être à la numération.

si bien conservé, qu'il aurait pu, dit M. Lartet, servir encore à percer des peaux d'animaux pour la couture, et tel devait être en ‘effet son usage; — un second outil, analogue au précédent, mais moins finement aiguisé, et que M. Lartet n'est pas éloigné de considérer comme un instrument de tatouage ; — des lames peu épaisses et de proportions diverses, qui ressemblent beaucoup, suivant M. Steinhauer, aux lissoirs de bois de renne dont se servent en-

core les Lapons pour rabattre les coutures de leurs grossiers vètements de peau; — une autre lame (fig. 36), accidentellement tronquée aux deux bouts, dont l’une des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également distancées entre elles, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. M. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Stenhauer a émis l’idée que ce sont des marques de chasse. L'une et l’autre hypothèse sont possibles, d'autant qu'elles ne sont point en contradiction.

Parmi les os, quelques-uns étaient en partie carbonisés, d'autres seulement roussis, mais la plupart n'avaient aucunement subi l'action du feu. Tous les os à cavité médullaire étaient brisés longitudinalement, indice certain que cette opération avait été faite pour en extraire la moelle, et que ces os avaient servi à . un repas exécuté selon les us et coutumes de cette époque, où la moelle des os des animaux était regardée comme le mets le plus délicieux, — et beaucoup d'hommes de notre temps sont encore de cet avis.

Un certain nombre devces 6s offraient des entailles peu profondes, attestant l'action d'un instrument tranchant, qui aurait servi à en détacher les chairs. Presque tous ceux qui n'avaient pas reçu l'action du feu portaient l'empreinte des dents d'un animal carnassier. Sans douté cet animal était venu les ronger après le départ de l'homme. Ce carnassier n'était autre d'ailleurs que l'hyène, commemlé démontraient les excréments laissés sur la place. 4 Le remblai OSsifére placé immédiatement au-dessus du foyer: contenait, comme les cendres sous-jacentes, un grand nombre d'ossements d'herbivores.

Nous terminons cet exposé des précieuses découvertes qui ont été faites dans la grotte funéraire d'Aurignac, en donnant la liste des espèces de mammifères dont les ossements ont été re cueillis tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de ceztte grotte. Les six premières espèces sont éteintes ; les autres sont encore vivantes :

Grand ours des cavernes (Ursus spelæus); — mammouth (Elephas primigenius, ; — rhinocéros (Rhinoeeros tichorhinus); — grand tigre des cavernes (Felis spelza); — hyène des cavernes (Hyæna spelæa); — cerf gigantesque (Cervus megaceros); — aurochs, — renne, — * Le

ré

cerf, — cheval, — âne, — chevreuil, — sanglier, — renard, — loup, — chat sauvage, — blaireau, — putois.

De toutes ces espèces, c'était le renard qui avait laissé le plus de vestiges, Ce curnassier était représenté par dix-huit à vingt individus environ. Quant au mammouth, au grand tigre des cavernes et au sanglier, ils ne semblent pas avoir été amenés en entier sur le terrain, car deux ou trois dents molaires ou incisives sont les seuls restes qui aient été retrouvés de leur carcasse. :

Ce qu'il y a de certain, c'est que les hommes qui mangeaient le rhinocéros tichorhinus ensevelissaient leurs morts dans cette ca-. verne. M. Lartet a constaté, en effet, que les os de rhinocéros avaient été fendus par l'homme, pour en extraire la moelle. De plus, ils avaient été rongés par les hyènes, ce qui ne fût point arrivé si ces os n'eussent été jetés et abandonnés sur le sol à l'état frais. . La sépulture d’Aurignac remonte à la plus haute antiquité,

C'est-à-dire qu'elle est antérieure au grand déluge européen. En “effet, selon M. Lartet, le grand ours des éavernes serait la plus anciennement disparue des espèces éteintes; puis se seraient

éclipsés le mammouth etle rhinocéros tichorhinus; plus tardivement encore, auraient émigré, dans les régions septentrionales et

orientales de l'Europe, le renne d'abord, l’aurochis ensuite, Or le

diluvium, c'est-à-dire le terrain formé de cailloux roulés, et qui provient du grand bouleversement par l'inondation de l’époque quaternaire, ne contient pas traces d'ossements de l'ours des cavernes. Il correspond donc à une époque de l'âge de la pierre plus récente que la grotte d'Aurignac!. Ce qui veut dire que c'est à l'époque du grand ours et du mammouth, qui a précédé le cataclysme diluvien, qu'appartient la grotte funéraire qui a fourni à la science de l'antiquité de l’homme un si grand nombre de renseignements précieux. :

1. Nouvelles recherches sur la coexistence de l'homme et des grands mammifères fossiles (Annales de sciences naturelles, Zoologie, tome XV, 3° cahier).

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