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LE FELD-MARÉCHAL BARON DE HESS

Dans les conseils et sur le champ de bataille deux hommes complétaient le maréchal Radetzky. Ces deux hommes étaient le lieutenant-feld-maréchal Hess et ie lieutenant feld-maréchal Schoenhals.

A Milan, tous les deux habitaient avec le maréchal Radetzky la Villa-Reale, et la trinité militaire s'était déjà depuis longtemps formée lorsque les événements de 1848 éclatèrent. Tacticien habile et consommé, Hess combinait les plans d'opération, tandis que le comte SchoenhalSj homme de naissance et beau par-*

leur, était plus spécialement chargé de la rédaction des dépêches, bulletins, manifestes et ordres du jour.

Pour aujourd'hui, occupons-nous du tacticien .

Le général Hess est né à Vienne en 1788. Il avait dix-sept ans lorsqu'il commeqçji sa carrière militaire. Son intelligence et ses bons services ne tardèrent pas à le faire remarquer; il fut nommé bientôt officier d'état-major, et prit part en cette qualité aux campagnes de 1805, 1809, 1813, 1814 et 1815. Sa conduite à la bataille de Wagram lui valut le grade de capitaine dans le même corps, et, en 1813, il accompagna le général Bubna dans sa fameuse mission à Dresde. Nous le^ retrouvons, toujours sous les ordres de ce même général, à la bataille de Leipzig, et, en 1814, aux combats de Genève et de Lyon, Ce fut seulement en 1815 qu'il entra dans l'état-major général, et, pour la première fois, se vit en position de suivre les plans d'opération de grandes armées. A la fin des guerres de l'Empire, il avait vingt-sept ans, le grade de major et quatre croix sur la poitrine.

Le jeune oflBcier, que le goût de l'étude passionnait, profita des jours de calme survenus, pour se

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livrer à des travaux approfondis de géographie et d'histoire militaires. Lieutenant-colonel en 4822, colonel en 4829, il était, en 1830, placé & la tête de Tétat-major du corps d*armée mobile opérant dans la haute Italie. Ces importantes fonctions le mirent naturellement en rapport avec le général Radetzky, dont il ne tarda point à se concilier toute la confiance et dont il sut, dès le premier moment, saisir et exécuter les idées et les plans avec une rare intelligence. Nul mieux que Radetzky ne connaissait le côté faible de Tarmée autrichienne, nul mieux que lui ne se rendait compte des réformes à introduire dans l^s manœuvres ; mais il savait en même temps que pour avoir le droit d'émettre certaines idées, il faut occuper certains postes. Aussi avait*il prudemment attendu d'être commandant en chef. Parvenu aux grades culminants^ il possédait désormais toute Tindépendance nécessaire; un aide seulement lui manquait : cet aide s'offrit à lui dans Hess. Radetzky se donna garde de laisser échapper l'occasion; il s'empara de cet esprit actif, prompt à comprendre et à formuler, lai communiqua ses principes et lui dicta, en quelque

sorte, les InstrU'Ctions de Campagne et les Instructions de manoeuvre, deux ouvrages qui furent remarqués en Europe des hommes compétents, et dont Farmée autrichienne en Italie conunença dès lors à mettre les préceptes h exécution.

^ II va sans dire que ces réformes ne triomphèrent point sans résistance. Puisque, aujourd'hui encore, recelé de Mêlas peut avoir ses classiques, on imagine aisément quelle opposition entêtée dut provoquer, il y a vingt ans, chez les sectateurs routiniers de la vieille stratégie, une réforme s'inspirant des besoins nouveaux et des traditions napoléoniennes. Six ou huit têtes à perruques, gravement rassemblées à Vienne autour d'un tapis vert, disposaient autrefois des mouvements et du sort d'une armée. Ces honnêtes gens vous pointaient sur une carte les opérations

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d'un corps de cent mille hommes, comme* un conseil aulique de chorégraphes réglerait un ballet ; puis, le plan, ainsi dressé ofiBciellement, était scellé du grand sceau de FÉtat et porté par estafette au général commandant en chef les troupes de Sa Majesté Impériale, Royale, Apostolique, lequel général se faisait battre incontinent, en ayante part lui, dans sa défaite, cette consolation, que les médecins de Molière accordent à leurs malades, de mourir au moins selon les règles.

Le maréchal Radetzky n'était point homme à se laisser imposer un plan de campagne, et tous les conseils auliques de Tempire eussent à ce jeu perdu leur peine et leur latin. Qu'on se rappelle l'insolent dédain qu'il affecta en 1848 vis-à-vis de l'assemblée de Kremsier, lorsque, en dépit des ordres qu'il recevait de Vienne, il se retira dans Vérone pour y ravitailler ses troupes, organiser son matériel, et attendre l'armée de réserve que Nugent lui amenait.

Le général Hess appartient, lui aussi, à cette classe d'esprits fermes et convaincus qui peuvent se passer du commandement, mais qui, dès qu'ils l'acceptent, prétendent l'exercer librement.

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En 1834, Hes8 fut promu aU gi^de de général de brigade d'infanterie, et après avoir longtemps, en cette qualité, servi à la léte de rétat-majorj il reçut, en 1842, le titre de liôutenant-'feld-maréchaL Leë événements de 1 848 allaient faire de Hess un commandant supérieur de la garde nationale, lorsque Radetzk} rappela auprès de lui eu Italie.

On a souvent comparé la position du général Hess auprès de Radetzky pendant les années 1848 et 1849, à celle que jadis ocôupait auprès de Blûcher le général Gneisenau. C'était la môme confiance de la part des deux chefs toujours disposés à mettre leur vieille expérience et leur popularité au service des idées et dés talents de leurs plus jeuhes lieutenants.

Hess, à son arrivée en Italie, trouva l'armée autrichienne sinon complètement désorganisée, du moins forl dépourvue, et retirée derrière l'Adlge. Forte seulement de trente-cinq mille hommes, et menacée de trois côtés par l'ennemi, elle campait au milieu du fameux quadrilatère de Peschiera, Vérone, Mantoue et Legnano. Mais lorsque le 25 mai, la première réserve, composée environ de dix«neuf mille hommes,

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arriva de risoozo mm la conduite du comte Thum, Radetzky se prépara à mettre à exécution les plans longuement médités de son nouveau qnartiëi'-tnâttre générai. La première opération conseillée par Hesâ fut une marche de flanc très-hardie de Vérone à Mantoue, et ptesquô sous les yeii* de Fetinèmi; cette marche, qui conduisit aux combats de CUttatoûè et de Montanara, avait pour but définitif de débloquer Peschiera. L'entreprise, toutefois, ne tâussit point Si complètement qu'on croyait pouvoir attendre, et les chefs de l'armée autrichienne attribuèrent leur mé^ saventure à l'insubordinèition du général d'Aspfé, qui, par un de ces coups de tête dont sa carrièrre mi-^ litaire otfre vingt exemples, avait ju^é à propos de ne pas donner.

C'était en effet le plus intraitable compagnon, qiië ce général d'Aspre, et, comme on dirait vulgaire^ ment, lé plus mauvais coucheur z Misères de l'humanité! faut-il bien que jusque chez les héros on vous rencontre ! Le général d*Aspre était sujet à de terrl»bles accès de goutte, et cette maladie avait pour résultat de paralyser en un clin d'œil tous ses mouve>-

ments. Il souffrait alors les tortures d'un damné. Mais, à Tentendre, ces tortures physiques n'étaient que peu de chose auprès du supplice moral qu'il endurait à se voir ainsi impotent et perclus. Impotent ! ce fier soldat dont le cheval hennit aux apprêts d'une bataille ! Perclus I ce vainqueur de la veille de qui dépend l'affaire du lendemain. « Pends-toi I brave Grillon ! disait jadis le roi de France, on s'est battu sans toi ! » Mais d'Aspre, lui, ne voulait pas qu'on se battît ; il aimait mieux, cet homme impraticable, compromettre le succès d'une journée que d'envoyer ses troupes au combat quand il ne pouvait pas les y conduire. Lorsque, après Goïto, le Maréchal lui demanda sévèrement pourquoi il n'était pas arrivé au bruit du canon? — Le canon, répondit d'Aspre avec amertume, je ne l'ai pas entendu. — I^ goutte l'avait, cette fois, rendu sourd. Ennuyé, maussade, sarcastique, dégoûté de tout, il n'écoutait que l'humeur du moment; tantôt, comme aux affaires de Goïto et de Peschiera, refusant de donner, et tantôt, comme à Novare, s'exposant à compromettre l'action par l'excès de son audace. On eût dit qu'aux jours de bien-être il voulût regagner le

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temps perdu et se montrer héroïque et pour Theure présente et pour le lendemain, dont moins que personne il pouvait répondre.

Je n'ai point à mimproviser ici Thistorien des batailles de Custozza et de Novare. Après Custozza, il y eut un armistice à négocier, et ce fut le lieutenantfeld-maréchal Hess qu'on chargea d'apposer son nom au bas de ce traité. Puis, sept mois plus tard, le 46 mars 1849, les hostilités ayant été de nouveau dénoncées, ce fut encore à Hess qu'on s'en remit du soin d'aviser à la situation. Le général avait à part lui son plan de campagne dès longtemps étudié, et dont il fit mystère jusqu'au moment de l'exécution. Après la bataille de Novare, Radetzky, loin de chercher à s'a{)-

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proprier la part que pouvait avoir eue dans s^ saccôs cet ofScier général, se réserva le soin de consigner lui-même ses services. Voici ce qtfon lit dans le rapport oflSciel du Maréchal sur la seconde campagne d'Italie : « Parmi les compagnons fidèles qui ont soutenu chacun de mes pas, je nomme au premier rang, et avant tous, mon quartier-maître général le lieutenant-feld-maréchal Hess. A lui, et j'en rends témoignage ici du fond de mon cœur, appartient, et de beaucoup, la plus grande part des succès obtenus dans la dernière campagne par les armes de TEmpereuf. Prompt à embrasser la situation d*un coup d'œil infaillible, habile à saisir Toccasion, à profiter des moindres avantages, le regard toujours fixé sur le but... Je Favais investi de toute ma confiance, Tarmée le savait. » J'ajoute à ces paroles le billet écrit à la baronne de Hess une heure après la bataille : « Nous avonâ battu l'ennemi à Novarô, et si la gloire de cette journée me revient, votre mari, madame, en a, lui, tout le mérite. »

En 1855, lors de la guerre d'Orient, le général

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