‹ Hommes du jourChapitre 13 sur 26 · LE GÉNÉRAL COMTE GYULAI · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL COMTE GYULAI

C'est un Hongrois de haute race, que Tancien commandant en chef de Tarmée autrichienne en Italie, et qui a pour nom comte Gyulai de Maros-Nemetz-Nadaska. Son père, le général Ignace Gyulai, à la fois militaire et diplomate, comme il arrive très-souvent en Autriche, où les officiers généraux sont presque toujours des gens de naissance, son père ne déploya jamais, dans Tune et l'autre de ces deux carrières, que des talents fort contestables, et ses compatriotes iui reprochent le double tort de s'être laissé battre et du-

per en mainte occasion I Cependant le vieil empereur François n'avait pour ce diplomate et ce guerrier médiocre que sympathie et tendresse, car c'était un homme de son système.

L'empereur François I®"' d'Autriche était un de ces princes qui s'entourent de tout un système comme l'âme fait du corps, si bien qu'après leur disparition de la scène du monde, ils ne laissent plus derrière eux qu'une froide et inerte dépouille.

Les défauts qu'on a tant reprochés à la politique autrichienne, son inflexibilité, ses lenteurs, le mystère impénétrable dont elle s'entourait, doivent bien plutôt être attribués à l'empereur qu'à M. de Metternich. Finances, commerce, guerre, administration, tout ressortait immédiatemeat de l'empereur, doni l'action incessante se faisait sentir jusque dans les moindres détails. Pas une lettre, quel que fût son su** jet» qui ne passât sous les yeux du monarque, qui décidait seul s'il examinerait l'affaire qu'on y traitait, se réservant d'autoriser ensuite, et s*il le jugeait convenable, la communication de cette aSàire aux mem-^

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bres de son gouvernement que leurs fonctions appelaient à s'en occuper.

Cette intervention directe de l'autorité la plus haute du pays avait deux conséquences : la première, de flatter singulièrement les classes inférieures, qu'elle mettait absolument à l'abri de l'injustice; la seconde, de mécontenter tous ceux dont l'autorité se trouvait pour ainsi dire mise en question, au moins dans certaines circonstances. En outre, elle amenait une lenteur déplorable dans les négociations importantes, lenteur qui, du reste, était aussi le résultât du caractère personnel de l'empereur. Ce prince scrupuleux à l'excès, et chez lequel cette disposition ne fit que croître avec l'âge , en vint plus tard à ne pouvoir prendre une résolution quelconque, persuadé qu'en différant davantage on arriverait à une détermination plus sûre.

Le général Ignace Gyulai, homme du système, fut donc un de ceux qui secondèrent le vieil empereur^ je ne dirai pas dans le gouvernement, mais dans l'administration du pays, et vécurent jusqu'à la Qn au sein de l'illusion la plus complète par rapport aux

sentiments dont était animée la grande masse des classes intelligentes et qui possèdent.

Lorsque le général Gjulai mourut à Vienne, en 4834, il était président du comité supérieur de la guerre, et jouissait de la faveur du maître en toute plénitude.

Son fils François Gyulai, né à Pesth en 4799, entra au service un an après le traité de Paris. Quoique la paix régnât partout, son avancement n'en fut pas moins rapide. Lieutenant-colonel en 4830, il devenait, en 4834, propriétaire du régiment d'infanterie n** 49; puis général-major et brigadier, puis, en 4 846, lieutenant-feld-maréchal et commandant la division de Vienne. L'année suivante il fut chargé de pourvoir à la défense du littoral, et pendant la révolution de 4848 il prit une part active à l'armement de la marine. Au moment où le général Zichy se faisait chasser de Vienne, Gyulai commandait à Trieste et n'eut

pas grand'peine à maintenir cette ville, tout allenaande d'ailleurs, en dehors du mouvement où les italianissimes auraient voulu l'entraîner. Car Trieste, entendons-nous bien, est purement et simplement une bonne ville de la Confédération germanique et ne songe, à ce titre, qu'à faire le mieux possible ses affaires en ce monde. Trieste serait située à trois mille lieues de Venise qu'elle ne pourrait pas moins ressembler qu'elle ne ressemble pour l'esprit et pour les mœurs, à son illustre sœur de l'Adriatique. Le 48 août 1848, tandis que les canons autrichiens entassaient décombres sur décombres dans la cité des doges, les mêmes canons autrichiens tiraient des salves de réjouissance dans Trieste, qui célébrait toute en joie l'heureux jour de naissance de son empereur. Statue de l'empereur Ferdinand P'^ sur la place du Dôme, statue de l'empereur Léopold sur la place de la Bourse, statue de l'impératrice Marie-Thérèse au vieux Lazareth, vous ne rencontrez là que des Habsbourg.

Numine sub nostro felices vivite gentes, Afbitrii yestri qaidquid hàbetis eriti

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Quelle différence avec Venise I Hais, je le répète, ja* mais deux villes n'eurent moins d'affinité.

L'une est italienne, l'autre allemande.

L'une doit tout à son passé, l'autre n'attend rien que de son avenir.

L'une est politique, Fautre oommerçai^te .

Tandis qu'à Venise le marchand ouvre à neuf heures et ferme à cinq, toujours pressé de laisser là les affaires pour voler à ses plaisirs, le négociant de Trieste est à son comptoir sitôt Taube, et bien après la nuit vous Ty trouveriez encore.

Or, pour un général autrichien, commander à Trieste dans des temps difficiles devait nécessairement passer pour une bonne fortune. Le général Gyulai exerça donc son gouvernement avec une modération que les circonstances lui rendaient aisée.

De juin 4849 à juillet 1850, nous le voyons ministre de la guerre. Il déploya môme comme tel, à ce qu'on raconte, des talents d'organisation qui lui méritèrent la faveur de la cour. Envoyé en Italie pour y commander à Milan le cinquième corps d'armée, il y devint bientôt un type complet d'impopularité, ni

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plus ni moins que tous les autres proconsuls par lesquels Vienne fit depuis vingt-^inq ans administrer militairement ses provinces lombardes. € Va-t'en, Germain» car je te hais, va-f en, car le sol où tu marches brûle sous tes pieds, et ceux-là te trompent qui te disent que pi peux y dormir en paix. Va-f en, Germain, Ya-t'en, car Thomme à qui cette terre appar-^ tient te hait dans Tàme.

» Il te hait aujourd'hui, il te haïra demain, et tout jours i

» Tu ris et je pleure.

» Mais garde-toi que ton rire ne se change en amertume et que mes larmes, en te baignant, ne t'empoisonnent 1 »

Cette apostrophe que nous citons là, nous Pavons copiée nous-méme, il y a quelques années, en pleine paix, sur les murs de Milan, où il en éclosait tous les jours par centaines, et nous nous demandions si en présence d'une haine aussi profondément invétérée, aussi implacable, lesi qualités personnelles d'un général, d'un vice-roi, pouvaient encore quelque chose.

Évidemment non, etTexemple de Tarchiduc Maximilièn l*a bien prouvé.

« Va-t'en, Germain, car Thomme h qui appartient cette terre te hait du fond de Tâme ; il te hait aujourd'hui, il te haïra demain et toujours ! »

Le maestro Ricci devait donner à la Scala je ne sais plus quel nouveau chef-d'œuvre de sa composition. Et le jour même de la représentation, un de ses amis se promenait avec lui, bras dessus bras dessous, au Corso. On sait quel spectacle animé, pittoresque, brillant, offrait, toutes les après-midi, cette promenade, rendez-vous général de tout ce qu'il y a d'illustre et d'élégant dans Milan. On s'aborde, on se quitte, on se reprend, vous diriez le foyer de l'Opéra, avec le soleil d'Italie pour lustre. Notre ami s'en allait donc causant de chose et d'autre, lorsqu'il fut abordé par le général Gyulai, qui, lui aussi, faisait à pied comme un bon bourgeois, son tour de promenade.

Rien, dans l'attitude du général, ne semblait de nature à devoir embarrasser personne, et cependant, du plus loin qu'il l'aperçut, Ricci parut se troubler ; puiSi après un moment d'hésitation et comnie

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