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LE MARÉCHAL BARAGUEY-D^HILLIERS

Né à Paris le 9 septembre 1795, le maréchal comte Baraguey-d'Hilliers est le fils d*un brave général de l'Empire. Dès seize ans il entrait au service,- et fit ses premières armes en 181^, dans la campagne de Russie, où il perdit/Son père, et qui lui aurait coûté la vie à lui-môme, sans le dévouement de quelques généreux compagnons. A Leipzig, une balle lui fracassa le poignet gauche, et cette blessure ayant nécessité Tamputation de l'avant-bras, condamna le jeune et vaillant mutilé à une douloureuse inaction, qui se prolongea pendant toute la durée des campagnes de 1 8U & 1 81 5 .

Sous la Restauration, ses opinions bonapartistes bien connues n'étaient point de nature à l'aider à faire

vite son chemin, et quoique sa mère et une de ses sœurs mariée au général Damrémont (l'autre avait épousé le général Foy), appartinssent au parti légitimiste, on ne laissa pas que de le négliger un peu, et ses services dans ïa guerre d'Espagne ne lui valurent que le grade de capitaine. Il se trouvait à Alger, près du général de Bourmont, lorsque la révolution de Juillet éclata, et de cette époque il semb]e qu'on ait commencé seulement à rendre justice aux remarquables connaissances que ses longs loisirs d'ofScier subalterne ravalent mis à même d'acquérir. Colonel en août 1830, il fut, quelques années après, nommé vice-gouverneur, puis gouverneur deSaint-Cyr, avec rang et titre de général.

De 1841 à 1844, le général Baraguey-d'Hilliers commanda, en Algérie, la province de Constantine.

Au moment de la révolution de Février, il avait déjà quitté l'Afrique et se trouvait à Besançon à la tête d'une division. Les plénipotentiaires de M. Ledru-Rollin et des rou^e^, comme on disait alors, avaient choisi

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cette ville pour en faire un de leurs quartiers généraux ; mais le général, sans lequel ils avaient compté, y mit bon ordre. Son attitude, en effet, fut telle, qu'il ne resta aux agitateurs qu'à vider la place tout de suite, ce dont les habitants de la Franche-Comté surent si bon gré au général Baraguey-d'Hilliers qu'ils le nommèrent à Tenvi leur député. Il fut ainsi membre des deux Assemblées nationale et législative, et son influence parlementaire marqua dans le grand parti de l'ordre. Cavaignac et lui s'entendaient mal, et plus d'une fois il leur arriva d'échanger dans la discussion des paroles amères. Avec le prince-président, ses rapports devinrent au contraire de plus en plus sympathiques, et il fut bientôt nommé commandant du corps d'occupation à Rome. Mais le parti ultramontain vit ce chef avec déplaisir, et ne ménagea point ses attaques. Le général, qui, de son côté, n'est pas endurant, fit voir au moins qu'il y tiendrait tête ; les relations s'aigrirent, et, pour éviter de fâcheux conflits, le général fut rappelé.

Un an s'était à peine écoulé depuis son retour,

qu'il remplaçait le général Changamier dans le com* mandement militaire de Paris. On en conclut d*abord que le général Baraguey-d'Hilliers avait mis son épée au service de la politique personnelle du prince^président. On se trompait. Quels que soient les motifs qui dirigèrent sa conduite, il quitta son poste avant le coup d'État, et lorsqu'arriva le 2 décembre, on ne le vit ni parmi les généraux combattant pour le prince Louis Bonaparte ni parmi ceux qui protestèrent. Le général se tint à Técart des partis, et conserva cette position expectante jusqu'au jour où le nouveau gouvernement, étant décidément fondé, crut devoir faire appel à ses sentiments bonapartistes et le nomn^a vice-président du Sénat.

En 1853, le général Baraguey-d'Hilliers fut envoyé comme ambassadeur à Constantinople. C'était l'époque où l'on se préparait à la guerre d'Orient, et la situation exigeait une attitude plus militaire que diplomatique. Le général répondit à toutes les exigences de la situation. Au lieu de gaspiller son temps dans les intrigues

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ordinairefi^ il remploya en tournées d'inspection, en efforte et en travaux de toute espèce pour la meilleure organisation des troupes turques ; traitant militairement jusqu'aux difficultés de chancellerie, et répondant à je ne sais plus quel diplomate, dans une contestation : « Que s'il avait perdu une main à la bataille de Leipzig, ce n'était, Dieu merci, point celle dont il se servait pour manier le pistolet. » Sa mission terminée, il revint en France, fut nommé maréchal, et, peu de temps après l'attentat d'Orsini, reçut le com«mandement supérieur des provinces de l'Ouest.

Vrai tempérament miUtaire, aimant toujours et partout mieux se battre que négocier, môme sur les bases les plus favorables, — le maréchal Baraguey-d'Hilliers porte dans son extérieur le signe de l'énergie morale qui le caractérise. Il y avait au camp du maréchal Radetzky, un vaillant soldat, un héros, qu'on appelait le général d'Aspre. C'était un lion pour le courage, mais ses égaux le trouvaient parfois difficile à vivre, et cette humeur impraticable se montrait surtout en

campagne. Nous entendions dire dernièrement à un officier étranger que le maréchal Baraguey-d'Hilliers était un d'Âspre français, et nous admettrions le rapprochement à la condition qu'on ne parlerait que de la bravoure intrépide et de Tindomptable énergie dans la résolution, — deux qualités par lesquelles les deux officiers généraux se ressemblent en effet, — et qu'on laisserait en propre au lieutenant-feldmaréchal autrichien les inégalités et difficultés d'humeur.

BENEDEK

(le lieutenant-feld-maréchal)

Le général Benedek commandait un des trois corps d'armée qui franchirent le Tessin il y a aujourd'hui quatre mois environ. Né çn 1804, à Œdenburg en Hongrie, Louis Benedek appartient à une famille bourgeoise, cas assez rare parmi les ofiSciers généraux de l'armée autrichienne pour qu'on en tienne compte, et qui prouve du moins que le brillant militaire en question ne doit rien qu'à sa bravoure et qu'à ses talents. Son père était médecin. Entré dans l'armée comme

cadet en 4822, Louis Bénedek fat nommé sous-lieutenant en 1824, puis, en 1831 attaché en qualité de capitaine à rétat-major de Farmée d'Italie. En 1846, il était colonel et se trouvait à Faffaire de Cracovie, où il contribua puissamment, par son énergie et sa présence d'esprit, h repousser Fémeute des paysans contre la noblesse.

Ce fut aussi par ces qualités de bravoure et de calme imperturbable qu'il se distingua en 1848, lors de la retraite de Milan et de la fameuse marche sur Vérone. Il fit si bien à l'attaque de Curtatone que Radetzky mit sa conduite à Tordre du jour deVarmée et le recommanda dans les termes les plus favorables pour la croix de Marie-Tti^rège.

A la rupture de l'armistice et lorsque le roi de Piémont voulut recommencer la guerre, Benedek pénétra dans Hortara à la tête de son régiment, y culbuta l'ennemi, et fit en se retournant toute une brigade

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prisonnière. A la bataille de Novare, où son coup de main fut également des plus décisifs, il se comporta également en tacticien habile en même temps qu'en vigoureux et intrépide soldat.

Détaché du corps d'armée du général d'Aspre, auquel jusque-là il avait appartenu, le chevalier Benedek fut envoyé à Farmée du Danube et mis h la tête d'une brigade, sous les ordres du général Haynau. A Raab, il commandait le mouvement dont Toffensive força les Hongrois à se replier, et dans le combat livré le 11 juillet sous les murs de Comorn, sa défen* sive fut si opiniâtre que Goergey, qui était venu Tat^ taquer avec toutes ses troupes, se vit rejeter dans la foileresse. Blessé à Szegedin d'un éclat de bombe, il mit peu de temps à se rét^iblir, et, bientôt après la paix, reparut en Italie pour y diriger Fétat-major du second corps d'armée. Le v^eux maréchal Radetzky, investi à cette époque du commandement supérieur, faisait le plus grand cas de sa bravoure et de ses ta«lents militaires. Malheureusement à cette bravoure et à ces talents incontestables, aucun esprit de conci*

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liation ne se joignait. C'est un caractère fier et implacable que le général Benedek et dont un gouyemementne doit réclamer les services que lorsqu'il faut tirer Tépée. A cette heure, TAutriche croyant pouvoir encore ramener Fltaliepar les demi-mesures, le général Benedek fut éloigné et nommé gouverneur de Cracovie, où il resta jusqu'au mois d'avril dernier.

La guerre était résolue, TAutriche faisait appel à toutes ses forces, et Benedek, naturellement, ne devait pas être oublié. On se souvient que son nom se trouvait avec le nom du général Hess dans toutes les bouches comme ceux des tacticiens les plus distingués de l'armée impériale. Bien qu'il ne soit guère aujourd'hui permis de croire que les troupes françaises eussent été moins victorieuses, si, au lieu de Gyulai, c'eût été Benedek ou Hess qui eussent commandé, on peut constater cependant que, du côté des Autrichiens, la campagne aurait pu être mieux conduite, et le général Benedek n'y ayant figuré qu'en sous-

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ordre, il serait au moins superflu de prétendre se prononcer sur la valeur de son génie stratégique. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il s'est bravement battu et qu'à Melegnano, comme ailleurs, il s'est rendu digne de cette noble estime où les oi&ciers français .tiennent aujourd'hui les officiers de l'armée autrichienne.

Au début de la campagne, Benedek commandait un corps d'armée de l'aile gauche. Plus tard,lorsqu'après la bataille de Magenta (4 juin] l'armée autrichienne se replia sur la ligne du Mincio, il reçut l'ordre d'arrêter la marche de nos légions, ordre qu'il tenta d'exécuter le 20 juin au combat de Melegnano, lequel fut un nouvel échec pour les armes autrichiennes. A la bataille de Solferino (24 juillet), Benedek prit également une part très-active. Malade à Vérone, il quitta le lit pour aller commander l'aile droite et fit beaucoup de mal aux troupes piémontaises, sur lesquelles il avait obtenu déjà maint avantage, lorsqu'il eut à se porter vers le centre de l'armée autrichienne, si vigoureusement menacé par nous.

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Benedek est un bon soldat, solide au feu, énergique dans le commandement, rude même parfois, mais toujours juste et généralement aimé de ses hommes ^

A Â côté da général Benodak, il faut citer le prince Alexandre de Hesse, dont le renom et la popularité ont également beaucoup grandi dans l'armée autrichienne, bien revenue désormais, il faut le croire, sur le compte de tant d'autres chefs qu'on disait, ou plutôt qui se disaient habiles. Le prince Alexandre de Hesse est le fr^ cadet du grand-duc régnant de Darmstadt, et par conséquent le propre frère de l'impératrice de Russie. Longtemps au service de Russie, il a épousé, pendant le règne de Nicolas, une demoiselle d'honneur, alliance morganatique à la suite de laquelle il passa sous les drapeaux de l'Autriche. A Solferino, il a fait des prodiges de valeur, et c'est lui que l'empereur Fran-% çois-Joseph avait clioisi pour porter à Napoléon III les divers messages qui ont amené l'entrevue de Villafranca. t

M- DE BOURQUENEY

C'est un homme poli, aimable, bienveillant que le plénipotentiaire de la France aux conférences de Zurich. Les bureaux du Journal des Débats l'ont vu naître à la politique, il y a de cela quelque trente ans, vers la fin de la Restauration. M. de Bourqueney rédigeait la partie des affaires étrangères sous la haute inspiration de M. Bertin de Vaux, et préludait, par des articles faciles et multipliés, à la science du protocole, où plus tard, les événements aidant, il devait passer maître. C'était l'homme informé de la rue des Prêtres, il lisait et dépouillait les journaux anglais et américains, voyait M. Mole et M. Guizot et ne perdait pas une minute; exact, affairé, sérieux» ne quittant

la plume que pour prendre les ciseaux. Janin commençait à peine à cette époque, Malte-Brun venait de mourir, Fastre des Geoffroy et des Duvicquet sombrait à l'horizon et MM. Saint-Marc Girardin et Cuvillier- Fleury, encore à leur début, occupaient au journal la place que peuvent y tenir aujourd'hui MM. Prévost- Paradol et John Lemoinne. Grande et illustre période où les jeunes gens ne copaptaient guère. M. Bertin Taîné et son frère M. Bertin de Vaux présidaient à Tadministration et souvent entre ces deux chefs respectés, tenant conseil, venait, au sortir de la Chambre des Pairs, s'asseoir M. de Chateaubriand.

Autour de M. Bertin l'aîné, accueillant, familier, paternel, se groupait plus volontiers la gent littéraire et musicale, tandis que M. Bertin de Vaux attirait plus spécialement les politiques.

Diplomate déjà, M. de Bourqueney était des deux camps; et si sa qualité de nouvelliste politique lui donnait droit d'entrée à l'hôtel de la rue Louis-le- Grand, il s'estimait assez fin dilettante pour ne pas

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manquer une seule de ces fêtes que M. Bertin Taîné donnait Tété dans sa villa de Bièvres, dans cette noble et hospitalière résidence où Meyerbeer, Victor Hugo et Rossini se rencontraient pour applaudir aux vaillants essais d*une grande intelligence féminine, la seule peut-être de son sexe que rétude approfondie et les fortes conceptions de Tart musical aient jamais tentée.

A la révolution de Juillet, M. de Bourqueney eut le bon esprit de quitter le journalisme, et Tesprit meilleur encore de ne pas quitter le Journal des Débats y dont le haut patronage allait désormais à distance aider à son avancement. Après avoir parcouru avec rapidité les grades inférieurs de la carrière diplomatique, il fut nommé premier secrétaire à Londres, où le maréchal Sébastiani, lors de son ambassade, l'investit de toute sa confiance. Familier avec la langue et les mœurs anglaises, M. de Bourqueney eut bientôt à Londres une fonction agréable et considérée ; et sans marcher dé pair avec cette grande aristocratie

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britaanique, satisfaire dans ce monde des Howard et des Russellla brillante figure que le comte de Jarnac, son successeur, y fit plus tard, il y tint sa place avec mesure et dignité.

Un soir, il y avait concert à Apsley-House, chez le duc de Wellington. Le maréchal Sébastian! était à sa partie de whist, et la musique allait son train au milieu du papotage et des déplacements ; dans les salons du HighrLife britannique, la musique, on le sait, n'a pas d'autre destination. Son unique affsureest d'accompagner les mille bruits de la soirée ; on cause, on rit, on va et vient, on prend des glaces et, pendant ce temps, Rubini chante laiVïoé^' et la Malibran pleure le Sat^Ze.^ Une personne de ce monde-là que nous ne pourrions nommer nous disait un jour en parlant de Chopin : « C'est un délicieux talent! oh I délicieux I il ne fait presque pas de bruit /.. . et l'on peut si bien causer!»

On causait donc à Apsley-House, et M. de Bourqueney faisait comme les autres, lorsqu'on froissant un programme l'idée lui vint de savoir ce qu'on allait

M. DE BOURQUBNET.

entendre. C*était d'abord le duo de la Gazza^ par Da- Tid et la Malibran, fier régal pour un dilettante I puis Tenait une improvisation de Liszt; bravo encore 1 de merveille en merveille I Puis enfin, pour clore le feu d'artifice et comme bouquet, devinez

L'hymne awaterloo!

Ici, M. de Bourqueney fronça le sourcil et sentit se réveiller en lui son double caractère de Français et d'agent officiel du gouvernement. Comme nous l'avons dit, le général Sébastiani, qui n'aimait pas la musique, jouait au whist dans un salon voisin. Pour rinformer de ce qui se passait, M. de Bourqueney n'eut qu'à lui mettre sous les yeux le programme.

Le maréchal lut d'abord sans trop se douter de ce qu'on lui voulait; mais tout à coup, se levant brusquement :

« L'hymne de Waterloo! s*écria-t-il d'une voix presque tonnante et dont une accentuation apoplec-

tique augmentait encore la solennité. — L'hymne de Waterloo ! En effet, notre place n'est pas ici ! Sortons 1 messieurs, sortons l »

Et il quitta Thôtel, s'appuyant sur le bras de M. de Bourqueney et suivi de tous ses attachés.

Il va sans dire que cet incident était le fait d'une simple inadvertance. Pas plus que le maréchal Se-bastiani, le duc de Wellington n'avait lu le programme, et le lendemain tout s'expliqua. Mais l'ambassadeur de France et M. de Bourqueney n'en firent pas moins acte de vigilance et de dignité.

M. de Bourqueney quitta Londres pour Constantinopie, où il remplissait les fonctions d'ambassadeur, lorsque la révolution de Février éclata. Comblé des bontés du roi Louis-Philippe, qui l'avait toujours traité avec une distinction particulière, M. de Bourqueney ne pouvait guère servir le gouvernement de la République; il offrit donc sa démission et se retira dans la vie privée, à peu près vers le même temp»

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que MM. de Jarnâc, de La Rosière et de Lagrenée, lesquels ont depuis continué à s'abstenir. Désormais libre du soin des affaires, Tancien ambassadeur de la monarchie de Juillet se maria, et par son alliance avec la famille de Juigné, entra dans le faubourg Saint-Germain dont il n'était pas. Rien ne pèse à certaines organisations actives comme Toisiveté^ et ce n'est pas impunément qu'on a mis une fois la main aux grandes affaires de son pays; M. de Bourqueney s'ennuya bientôt des longs loisirs que lui faisait une fidélité trop exagérée pour être dans nos mœurs. Jeune encore et capable de rendre des services, il céda aux instances de ses amis et laissa l'intérêt du pays prévaloir sur d'honorables mais inutiles sympathies. On nous objectera sans doute que M. de Chateaubriand n'avait pour ces manières d'agir que d'implacables colères et qu'il ne manquait pas une occasion de les qualifier sévèrement*. Mais c'était aussi un esprit

^ Voir dans les Mémoires tV outre-tombe la verte et généreuse apostrophe commençant ainsi : « Survivre aux gouvernements, rester quand un pouvoir s'en va, se déclarer en permanence, se vanter de n'appartenir qu'au pays, d'Être l'iiomme des choses et non l'honune des individus, etc., etc., etc. »

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fort maussade que le grand écrivain des Mémoires d'outre-tombe, et dont le moindre tort fut peut-être de prendre trop au sérieux tant de choses qui se voient tous les jours.

Ministre à Vienne d'abord, puis ambassadeur près la même cour, M. de Bourqueney déploya lors de la guerre d'Orient beaucoup de tact et d'esprit de suite à préparer la neutralité de l'Autriche et à maintenir dans le concert des puissances occidentales l'ancienne et naturelle alliée des czars, ce qui mérita comme récompense à l'habile diplomate le grand cordon de la Légion d'honneur.

M. de Bourqueney touche à la soixantaine; il a beaucoup vu, observé beaucoup, et personne mieux que lui ne connaît le corps diplomatique européen. Esprit souple, insinuant, rompu au protocole, il sait lire dans une dépêche ce qui s'y trouve et aussi ce qui n'y est pas, et pour ce qui regarde l'histoire des traités, ni le comte de Garden ni Martens n'ont rien à lui apprendre. Ce qu'il serait au premier rang, quel con-

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tingent d'idées et d'initiative il apporterait au conseil comme ministre des affaires étrangères, naturellement on rignore, puisqu'il n'a jamais été mis à Tépreuve. En attendant, on doit dire que tout ce que l'expérience, tout ce qu'une longue pratique peuvent donner, il le possède à fond. Les bureaux l'aiment, car c'est par excellence l'homme de la carrière. C'est aussi un spirituel causeur, un dilettante émérite, un fin gourmet. Rossini n'a pas de plus intelligent et de plus zélé prosélyte, et, d'autre part, nous jurerions que le dtner donné le 15 août à Zurich par M. de Bourqueney fut un repas choisi.

Sous le dernier règne, presque toutes les fois que M. de Bourqueney dînait au Château, Louis-Philippe, qui connaissait le goût délicat de son ministre, se plaisait à soumettre à son appréciation certaines raretés des meilleurs crus; et plusieurs d'entre les illustres commensaux des Tuileries à cette époque se souviennent encore de la benoîte onction avec laquelle M. de Bourqueney, après avoir gravement dégusté, répondait en s'inclinant: « Sire, c'est parfait! »

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