LE ROI FERDINAND II
« Si j'étais Dieu le père, disait Stendhal, je passerais six jours de la semaine dans le ciel, et le septième à Naples, rue de Tolède, ou à Chiaja. » Quel plus beau pays, en effet, que ce royaume des Deux-Siciles ! Mais, en revanche, quelle plus triste histoire que la sienne 1 A quoi tient cela? Influences énervantes du climat, diversité des races composant la population ; avec une pareille matière et de la bonne volonté, on écrirait de beaux chapitres. Faisons mieux, ne les écrivons pas. Sur une masse d'environ cinq cent mille
habitants, Naples renferme quelque chose comme cent mille lazzaroni; de là tout un système de gouvernement plus mauvais que bon, mais qui, sans aucun doute, a sa raison d'être comme tant d'autres systèmes qui ne valent pas mieux.
Qu'est-ce qu'un lazzarone ?
Le lazzarone, qui tire son nom du biblique Lazare, est le plus gueux des êtres de la création, et néanmoins le plus heureux : le plus heureux parce qu'il vit content sous le ciel d'azur de la Sicile; le plus content parce qu'il n'a aucun besoin. La nuit venue, il installe son gtte sur le degré de marbre d'un palais, et la voûte étoilée lui sert detoit. Au jour nouveau, il se réveille, baise pieusement son scapulaire et se recommande à son patron comme dans la Muette de P&rtici.
Ferdinand II fut le vrai roi des lazzaroni ; ce monarque, si décrié dans les conseils de l'Europe, était au demeurant fort populaire chez lui. Les lazzaroni