LE GÉNÉRAL FILAN6IER
d'une part, les Suisses de l'autre, et le général Filangieri pour ministre, il n'en demandait pas davantage pour régner. Même un moment, sur la fin, il avisa que c'était trop ; Filangieri lui semblait un Jacobin, et il réconduisit doucement, quitte à lé recommander à son successeur, lequel encore jugea à propos d'y regarder à deux fois avant de s'en faire un premier ministre. Il faut, en vérité, être à la cour de Naples, pour qu'un homme comme le général Filangieri puisse représenter une idée de mouvement et de progrès.
Voyons ce Jacobin,
Né à Gava, petite ville du Principato citeriore, le 1 5 mai 1784, le général Filangieri, prince de Satriano, est le fils de l'illustre jurisconsulte. Après avoir de bonne heure embrassé le métier des armes, il était,
tout jeune encore, lieutenant de cavalerie, lorsque, en 4808, il dut, avec sa famille, quitter les États de Napies pour cause d'opinion libérale. Le premier consul Fadmit dans son Prytanée, d*où il sortait, en 1803, pour être incorporé, en qualité de sous-lieutenant cette fois, dans la 33^ demi-brigade, qui opérait en Hanovre sous les ordres du général Mortier. C'étaient ses premières armes, et il se distingua. Ses états de service parlent d'une blessui^e qu'il reçut à Vliessingen en sauvant, au milieu des morts et des éclopés, une chaloupe canonnière. A la campagne de 4807, dans une rencontre avec le corps de Meerfeldt, il s'empara d'un drapeau autrichien et reçut deux coups de baïonnette. Capitaine à Austerlitz, il prit, à la tête de ses grenadiers, deux redoutes placées à l'entrée du village de Tellnitz, emmena quatre canons et fut atteint d'une balle au visage.
Revenu à Naples, Filangieri entrait, en 4806, dans l'état-major de Joseph Bonaparte, et nommé aide de camp du général Mathieu Dumas, se faisait remarquer au siège de Gaëte en empêchant la flotte anglosicilienne de brûler le pont du Garigliano. Lorsque,
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plus tard, Joseph devint roi d'Espagne, il raccompagna en qualité d*officier d'ordonnance; mais, après la bataille de Burgos, il lui fallut retourner à Naples, à la suite d'un duel malheureux, dans lequel Filangieri tua son adversaire, le général Franceschi, un Corse. Colonel du 8® régiment de ligne en 4842, il fut fait maréchal de camp (général-major) en 4843; puis, en 484 4, aide de camp de Murât, qui le prit en confiance et le chargea d'importantes missions diplomatiques à Vienne, Paris et Milan. Le 4 avril 4845, il franchit le premier le pont du Tanaro, força le passage à travers les colonnes autrichiennes, et reçut quatre balles dans le corps, dont l'une lui fracassa la jambe droite. Il avait alors trente et un ans et le grade de lieutenant général.
A la restauration de la dynastie des Bourbons, Filangieri resta au service, mais sans inspirer grande sympathie à la cour, qui le maintenait à distance comme tous les officiers muratistes. Ce que voyant, Filangieri prit le parti de passer du côté de l'absolu-
tisme. « Si la montagne ne vient à nous, allons h la montagne ; » divin précepte qui a servi et qui, jusqu'à la fin des siècles, servira de règle à bien des hommes de guerre et des hommes d'État, plus ou moins illustres! Les uns prétendent qu'avec le temps, les opinions du général s'étaient gravement modi* fiées; d'autres, ses ennemis, déclarent au contraire qu'il n'opéra son évolution que par haine et jalousie contre le général Pepe, qui s'était mis à la tète du parti des libéraux. Quoi qu'il en soit, Filangieri perdit sa peine, et, pour cette fois du moins, ses avances furent inutiles; car les armes autrichiennes ayant dûment remis à leur place les constitutionnels napolitains, la réaction victorieuse se crut dispensée de toute espèce d'égards envers l.es muratistes défectionnaires, et il se vit congédié comme les autres.
Sa mise en non-activité ne cessa guère qu'à l'avénement du roi Ferdinand II, qui vient de mourir. Rappelé par le nouveau gouvernement, le général Filangieri fut nommé à la direction de rartillerie et du génie. Le roi avait pour lui du goût et même de