‹ Hommes du jourChapitre 21 sur 26 · LE GÉNÉRAL FILAN6IERI · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL FILAN6IERI

quillement dans son palais, lorsqu'on accourut l'avertir de ce qui se passait.

« Fllangieri ! dit-il, voilà en effet plusieurs jours que je ne le vois pas I » Et ordre fut donné à la personne qui s'était chargée d'apporter cette nouvelle, d'aller quérir le général, et de l'amener sur l'heure, iraort ou vif.

Quand il entra, pâle encore de désespoir dans le cabinet du roi, Ferdinand se leva pour aller à sa rencontre, et, l'attirant dans ses bras, lui reprocha avec émotion son manque de confiance, et voulut absolument savoir ce qu'il devait. Filangieri hésitant à répondre et à s'expliquer sur la somme, laquelle était de conséquence, le roi comprit qu'il n'en finirait pas s'il n'essayait de deviner.

« Voyons I est-ce six cent mille francs qu'il te faut?

— • Hélas I Sire, soupira le général.

— Huit cents, peutr-être ! Diable d'homme I »

Le général baissa la tête.

« Allons, va pour le million I »

Et comme Filangieri çersi&tBitk garderlle silence, Ferdinand II continua à grimper son échelle de chiffres degré par degré, jusqu'à quinze cent mille francs.

Là, le général fit un signe affirmatif et le roi s'essuya le front en s'écriant : « Ouf! » comme un homme essoufiQé d'avoir monté neuf étages.

Ferdinand II offrit à Tinstant de donner la somme; mais Filangieri crut d'abord devoir refuser, et il s'établit à ce sujet une lutte des plus chaleureuses entre les deux amis, lutte à laquelle le roi mit fin en s'écriant :

« Mais si je te la prête cette somme... prends toujours... tu me la rendras quand tu pourras! »

L'histoire ne dit pas si le général Filangieri a ja-

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mais acquitté cette dette en espèces sonnantes et trébuchantes, mais son dévouement resta depuis inaltérable, et le royal bienfaiteur a pu mourir avec la conscience de n'avoir point fait un ingrat.

En 1848, lorsque les troupes napolitaines partirent pour aller soutenir la guerre de Tindépendance, Filangieri voulut un moment les commander, mais il rencontra sur ce chemin son vieil antagoniste, le général Pepe, et se tint en réserve, attendant que l'heure sonnât de servir la cause royale. L'insurrection sicilienne vint quelques mois plus tard offrir à son zèle une grande occasion de se montrer. Il dirigea l'expédition contre Messine, prit la ville après un bombardement de quatre jours, et s'apprêtait à pousser sa victoire jusqu'à Palerme, quand l'intervention des amiraux des flottes française et anglaise l'amena,

de gré ou de force, à accorder une amnistie. Ce ne fui qu*au printemps de \ 849 qu'il reprit Toffensive à la tète d*une armée soigneusement choisie et dans laquelle les Suisses entraient pour une bonne part. Les Siciliens combattaient sous les ordres de Mierolawski; le général les défit en plusieurs rencontres décisives, et le 6 avril, à Catane, le 45 mai, à Palerme, éteignit les foyers de la révolte.

La couronne à qui Filangieri rendait ainsi son plus beau fleuron paya ce glorieux service du titre de duc de Taormina, et joignit au titre un majorât de douze mille ducats. Puis vinrent les grands cordons en abondance; de la Russie, de TAutriche, de l'Espagne, il en arriva par douzaines. Cependant» il est perçiis de croire que, si comblé qu'il fût de richesses et d'honneurs, Filangieri n'approuva pas toujours au fond de Tâme les maximes que le roi Ferdinand mettait en pratique pour gouverner. Dans ces dernières années surtout, le désaccord éclata tellement que le général crut devoir s'éloigner des affaires, et retira son concours à son royal mattre et bienfaiteur, dont il resta pourtant l'ami jusqu'à la lin.

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