ANECDOTE ÉPISODIQUE
Il peut y avoir quinze ans environ, je me trouvais à Nuremberg, en compagnie d'un de mes amis, le comte de S... L'idée nous vint à tous les deux de visiter un château du voisinage qui renferme une célèbre galerie de tableaux. J'ai oublié depuis le nom de l'endroit, mais le bâtiment, aussi bien que les quelques jours que j'ai passés dans ses murs, n'ont cessé d'être présents à ma mémoire.
' C'était une vaste construction du temps de Louis XV, avec une riche façade surchargée d'ornementations, des accouplements de colonnes, des frises en forme de coquilles, des guirlandes, des vases de fleurs et un nombre infini de chérubins potelés arrondissant leurs membres, et déployant à se maintenir en équilibre une dextérité que les nymphes placées aux alentours semblaient s'efforcer d'imiter. Les fenêtres, quoique
les volets en fussent clos, laissaient encore pénétrer au dedans assez de jour pour éclairer un magnifique vestibule où Ton voyait«se dérouler un escalier grandiose qui vous conduisait par deux étages jusqu'à d'immenses appartements dont on ne franchissait le seuil qu'avec admiration.
Tout vibrait et résonnait dans ces salles, chaque pas éveillait un écho, et c'était à craindre que l'ébranlement ne causât la chute de quelqu'une de ces dorures vermoulues. Le plafond représentait une assemblée des dieux, mais le temps avait si fort amoncelé les nuages autour des immortels olympiens, qu'il devenait tout à fait impossible de distinguer désormais Pallas de Junon.
J'ai toujours raffolé du dix-huitième siècle; ce château abandonné, avec ses longs corridors délabrés, ses cours silencieuses où croissait l'herbe, me parut aussitôt un lieu de déhces, et je ne rêvai plus qu'à m'y enfermer, qu'à y vivre de longs mois en compagnie des souvenirs d'un âge que j'aime et dont j'ai contracté l'habitude de demander des nouvelles à tous les pastels, à toutes les rocailles. Mon ami, le comte