‹ Hommes du jourChapitre 3 sur 26 · L*EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH · texte numérisé non relu

L*EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH

fois et ce sera sans doute la dernière que j'aurai quelque chose à refuser à Votre Majesté; mais si vous voulez absolument entrer à Raab, que ce soit avec le troisième bataillon et à mes côtés.

A dater de ce momeût, l'armée autrichienne, appuyée sur les forces envoyées à son secours par le Czar, reprit encore une fois l'offensive ; de Raab à Villagosh les victoires se succédèrent, et la capitulation de Goergey mit fin à cette campagne de trois mois, dernier effort de la! guerre de Hongrie.

Vinrent alors les difficultés de la politique intérieure. Aussi longtemps que le comte de Stadion resta au pouvoir, il y vécut dans la meilleure intention de fonder le gouvernement constitutionnel, ou du moins quelque chose d'approchant ; disons aussi que les vues de ce ministre, à l'égard de l'organisation du système provincial, étaient très-modérées et de nature à satisfaire le plus grand nombre. Malheureusement sa mauvaise santé éloigna bientôt des affaires cet homme d'État, qui fut remplacé par M. Bach, un de ces petits avocats que les révolutions mettent en évidence, et qui n'ont ensuite rien de plus pressé que de

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tourner le dos, comme des parvenus, aux doctrines qu'ils professaient la veille avec le plus sublime enthousiasme. Une fois entré au conseil, M. Bach y devint l'intime, parlons mieux, l'âme damnée du prince Schwarzenberg, qui fit de lui l'agent bénévole de ce système de centralisation universelle au moyen duquel on allait couper cours au véritable esprit de réforme et de progrès. L'affranchissement de l'agriculture et des populations des campagnes fut renvoyé aux calendes grecques ; on ne toucha à l'administration de la justice que pour la réorganiser sur le pied d'autrefois, et quant à l'instruction publique, on la subordonna au clergé, de telle façon qu'il iie restait au Concordat plus rien à faire pour la lui livrer tout entière.

Le prince Schwarzenberg, qui pratiquait la politique en grand seigneur et de ce ton d'un homme qui n'a jamais douté de rien, exerça jusqu'à la fin une irrésistible influence sur le jeune Empereur dont il avait élevé l'enfance. A la mort de ce Mazarin éperonné*,

« 5 avril 1852.

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il semblait qu'une ère nouvelle d'initiative et de liberté allait s'ouvrir pour François-Joseph, mais on avait compté sans les influences cléricales dont Fautorité se fit surtout sentir lors de la guerre d'Orient. Parlerai-je de Fadjudant général de l'Empereur, de ce comte Grùnne, auquel une opinion publique, exagérée sans doute, a tant attribué de conseils funestes, et dont il faut que l'ascendant ait été un moment trèsfort sur son jeune maître, pour avoir éloigné de lui, jusques à ce comte O'Donell qui, au 48 février 4853, lors de l'attentat du hongrois Libenyi, se trouvait près de l'Empereur et sauva ses jours.

L'empereur François-Joseph passe aujourd'hui pour un tacticien consommé, et parmi les vieilles moustaches de son état-major, il ne s'en trouverait pas une, si blanche qu'elle fût, qui osât discuter ses ordres. Même dans les premières années de son règne, où les

plaisirs et les aimables distractions eurent bien aussi leur place, à en croire la chronique des salons et des théâtres impériaux et autres de la bonne ville de Vienne,— môme dans la première ivresse de la jeunesse et du pouvoir, les préoccupations stratégiques ne l'abandonnèrent jamais complètement. On le voyait chaque jour, à heure âxe, le corps pincé dans son Attila de drap blanc, traverser le Prater à cheval, et s'en aller, en compagnie du comte de Grûnne, son inséparable aide de camp, soit commander une manœuvre, soit visiter les casernes ou les arsenaux.

En 1 854, Tempereur François-Joseph épousa la princesse Elisabeth, fille du duc Maximilien de Bavière, personne exemplaire et digne, par ses agréments, ses vertus et son éducation, de fixer un cœur qui, jusqu'alors, n'avait eu que des inclinations passagères. Si la raison d'État eut ses droits dans cette union, on peut ajQBrmer que l'amour n'y perdit pas les siens, et le penchant du jeune souverain pour sa jolie fiancée ne laissa pas que de tourner au romanesque, à ce point que le Roméo couronné, non content de congédier Ro-

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salinde, s'abstint pendant tout un hiver de valser avec toiïte autre femme que sa Juliette.

Ce fut à dater de son mariage qu'on vit poindre dans l'humeur du jeune souverain cette teinte de mysticisme clérical qui va s'accuisant davantage chaque jour. Les princes galants font les dévots monarques. François-Joseph, à vingt-neuf ans, subit le joug d'une camarilla de sacristains et de généraux obscurantistes, parmi lesquels il faut nommer au premier rang le comte Grûnne, que j'ai cité plus haut, personnage médiocre et dont l'influence désastreuse a fini par aliéner les plus chevaleresques dévouements. Avant d'étonner le monde par son ingratitude, selon la cynique expression d'un homme d'État, l'Autriche avait centriste le cœur de ses propres enfants. Qu'est devenu le ban Jellachich ? Qu'a-t-on fait de celui qu'on appelait il y a dix ans le sauveur de l'empire? Seraitce que le héros des jours passés, trompé dans toutes les espérances qu'on lui avait fait concevoir pour son peuple, déconsidéré par les ruses et la mauvaise foi du prince Schwarzenberg, aux yeux de ses Croates, a

fini par mourir dans l'amerturae et l'abandon pour avoir eu la folie ie croire un instant aux sentiments généreux de FAutriche? Quand le prince Schwarzenberg proclamait aux yeux du monde l'ingratitude comme le grand mobile de la politique de son pays, il avait ses raisons pour agir ainsi. C'était au fond une nature étroite et mesquine, et qui, en ne sachant rien faire pour les nationalités des avantages que lui donnait la pacification de l'empire après les événements de i 848, travaillait à préparer la situation actuelle. Le malheur de François-Joseph est de s'être entêté dans une politique maladroite, que les temps condamnaient, et contre laquelle il semblait que les circonstances mêmes de son avènement au trône, à lui, jeune cadet de la dynastie, que deux générations en éloignaient, fussent la plus vivante protestation I

Il court de par le monde un bruit qui prétendrait faire de l'empereur François-Joseph le fils du duo de Reichstadt. Rien n'&t plus faux, et c'est à Vienne qu'on doit aller pour savoir ce qu'on peut ajouter de foi à cette invention saugrenue, contre laquelle s'élè-

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