‹ Hommes du jourChapitre 7 sur 26 · LORI> PALMERSTON · texte numérisé non relu

LORI> PALMERSTON

Russell, peelile par occasion, il va du pôle nord au pôle sud; rouge hier, blanc aujourd'hui, demain noir; et cette grande nation britannique, qui voit en lui depuis cinquante ans son Bosco en politique, acclame et bat des mains à chaque évolution nouvelle. On sait quelle rare aptitude possèdent les Anglais à rédiger de, solides commentaires sur leurs. hommes d'État. Chez eux, point de caractère politique, si simple et si aisé à débrouiller, qui ne fournisse matière à trois ou quatre compendieux volumes. On se demande, avec ces habitudes explicatives, ce que deviendra l'histoire de lord Palmerston, entre les mains d'un judicieux biographe cherchant à mettre de Tordre dans cette bizarre et divertissante confusion.

Quanta moi, je vois là sujet à toute une littérature. Seulement, je doute fort que les générations présentes en jouissent, vu le manque de sources. Les documents pour servir à cette curieuse histoire seront, en effet, longtemps tenus secrets, et pour cause; et Dieu veuille, quand ils paraîtront, qu'ils ne soient pas complètement falsifiés.

Entreprendre d'écrire au sérieux un portrait de lord Palmerston, qui l'oserait, je le demande , qui voudrait se risquer à définir Tindéfinissable? Lord Palmerston, y pensez-vous; mais c'est un article de foi ni plus ni moins! Or, un article de foi, cela ne se juge pas, ne se discute pas, il y faut croire purement et simplement; credo quia absurdum! S'il est vrai que la parole ait été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée, un diplomate du temps où uous vivons doit nécessairement beaucoup parler, et c'est ce qu'a toujours fait lord Palmerston, dont les discours n'ont guère d'autre but que celui de dépister leur monde. Le moindre défaut de l'Europe est d'avoir trop cru depuis cinquante ans et aux discours de lord Palmerston et à tout ce qui se débite en Angleterre, soit au Parlement, soit dans les journaux. 11 s'est dit et im-

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primé là, depuis un demi-siècle, des himalayas de maculatures; mais s*i1 fallait en tenir un compte exact, peut-être trouverait-on que la masse des choses qui se sont tues dépasse encore la somme de tout ce qui s*est dit et imprimé.

Or, dans ce grand art des réticences calculées, lord Palmerston ne connaît pas son maître. L'avez-vous * jamais entendu à la Chambre? Quelle verve, quelle humeur, quel sublime sans-géne ! rien ne lui coûte, ni le persiflage, ni l'anecdote triviale, ni même au besoin l'enthousiasme. Et quand il a diverti et bafoué son public suffisamment, quand il Ta, environ quatre heures d'horloge, tenu dans Tattente d'une explication qui n'arrivera pas, il entame le couplet final et termine son feu d'artifice par une pétarade drolatique qui a pour résultat inévitable de provoquer dans l'auditoire un éclat de rire olympien.

« J'ai ri, me voilà désarmé. »

Avoir les rieurs de son côté est en effet pour lord Palmerston l'importante affaire, et là, sans doute, on trouverait un des secrets de sa longue fortune. Mais les actes 1 les actes ! des gens malintentionnés préten-

dent que c'est un peu le côté critique. Aimez-vous les iaconséquences? on en^a mis partout. Mais qu'importent les inconséquences, qu'importent les contradictions pourvu qu'on réussisse I Tory d'abord avec les plus réactionnaires , puis libéral avec Canning, puis réformateur modéré, au dedans que n'a-t-il pas été, que ne sera-t-il pas! Et si nous touchions à sa politique étrangère, à quels travestissements plus bizarres nous assisterions !

Lorsque, en 1803, lord Castelreagh se retira du ministère de la guerre, on ne trouvait personne pour lui succéder. Et si ce portefeuille, pitoyablement compromis, ne fut pas colporté davantage, c'est que, fort heureusement, lord Palmerston se rencontra sur son chemin pour lui faire accueil et reprendre, avec cette grâce et ce humbug qu'on lui connaît, l'œuvre de l'administration la plus décriée. Ce nouveau minisire de la guerre brillait de tout l'éclat de la jeunesse, et pour ses succès auprès des belles, on l'avait surnommé lord Cupido. Ses victoires et conquêtes en promettaient d'autres sur un terrain plus vaste, et lord

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Cupido trouva moyen, entre deux bonnes fortunes, de faire la guerre à Napoléon ! Il eut donc sa part et dans la bataille de Waterloo, et aussi dans la déchéance de Napoléon !•'. Mais les choses humaines ont leur retour, et comme réparation suprême, la Providence avait d'avance décrété que celui-là qui avait renié l'oncle serait un jour le premier à reconnaître, le neveu !

Si habile qu'elle ait pu être depuis cinquante ans, cette politique d'inconséquences délibérées et d'effrontés revirements a dû réussir à mécontenter tout le monde. Lord Palmerston est devenu la bête noire de tous les partis ; tandis que les absolutistes voient en lui l'incarnation vivante de l'idée révolutionnaire , il passe chez les radicaux pour un vieux roué de diplomate, toujours prêt, avec sa frivole suflSsance et ses adroites perfidies, à vendre à la réaction la cause de la liberté. Comme il n'a jamais affiché la moindre sympathie pour le gouvernement autrichien en ItaUe, le cabinet de Vienne l'appelle un professeur de barricades, et d'autre part, il s'est bel et bien attiré les fou-

dres de MM. Kossuth et Mazzini pour le peu de zèle qu'il a mis à faire, en Hongrie et en Italie, les affaires de la république. Les libéraux du continent, eux aussi, ont pu se croire en droit de compter sur lui; mais il les a dupés comme tant d'autres, car lord Palmerston n'a jamais eu et n'aura jamais pour mobile que l'intérêt anglais du moment, et c'est chercher les désappointements que se fier à ses principes.

— Si je n'étais Français, lui disait un de nos hommes d'État dans un élan d'enthousiasme britannique, si je n'étais Français, je voudrais être Anglais.

— Moi, monsieur, répliqua lord Palmerston, si je n'étais Anglais, je voudrais être Anglais!

« Civis romarms sum! » Ainsi répondait-il à sir Robert Peel qui, après avoir condamné impitoyablement sa politique, venait de terminer l'apostrophe en s'écriant : « N'importe, comme Anglais, nous n'en devons pas moins tous, être fiers de lui ! » Et, dans le même sens, Bulwer a dit en un vers fameux : « Quiconque bail l'Angleterre doit le haïr^ lui, du fond de l'âme I »

Who hateth Eoglaod hateth him the most.

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