LORD PALMER3T0N
Il va de soi qu'une politique aussi excentrique, aussi fantaisiste que celle-là doive emprunter beaucoup de son prestige comme aussi de ses inconvénients à la personnalité de l'homme d*État qui la représente. J'oserais presque dire que Tair dont lord Palmerston pratique sa politique lui a valu plus d'ennemis que sa politique elle-même. Qu'on se figure, en effet, une indomptable énergie, touchant parfois à la brutalité ; et, dans le choix des moyens, quel défaut de scrupules, quelle façon étourdie de sauter par-dessus la difficulté du moment, quitte à se créer mille complications qu'il faudra résoudre plus tardi Avez-vous jamais vu un cabinet de magie blanche ? il y a là trente appareils qui, tous, servent à faire des tours, et dont, pas un ne ressemble à l'autre. Lord Palmerston est un laboratoire de ce genre, les gobelets qu'il emploie
n'ont, pour la forme et potir Tusage, aucun rapport entre eux ; celui-ci sert à tel escamotage, celui-là sert à tel autre, et c'est l'ensemble de tous ces tours qui compose la physionomie kaléïdoscopique du grand homme d'État actuel de l'Angleterre !
Lord Palmerston compte aujourd'hui soixantequinze ans, et l'âge ne l'a pas ployé. C'est toujours ce galantin svelte et pimpant, ce beau coureur dePaphos et d'idalie, toujours aussi, dans la discussion du Parlement, ce virtuose habile, exercé, prompt à la manœuvre, et dont la riposte ne fait point quartier. Sa recette pour ne point vieillir est la môme qu'employa feu le duc de Wellington, la même que savent si bien mettre en usage lord Brougham, lord Lyndhurst, et tant d'illustres jeunes octogénaires qui sont l'honneur de la Pairie et des Communes : beaucoup d'activité physique unie à beaucoup d'activité morale, un constant et parfait équilibre maintenu à force d'exercice et de distraction entre la vie intellectuelle et la vie organique.
A Londres, lord Palmerston travaille tous les jours de dix à quatre heures, monte à cheval et va au parc,