‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 11 sur 105 · POC · texte numérisé non relu

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un point d'appui : ce point d^appui, où le trouver dans le vide et même dans une matière qui, n'étant ni palpable ni condensable, ne serait susceptible ni d'union ni de résistance? Une telle substance n'en serait pas une, puisqu'elle n'en aurait aucune des qualités ; elle serait encore le néant. Elle ne pourrait donc être ni le prin-* cipe ni la base de quoi que ce soit, et encore moins de toute chose.

Or, cette base générale, ce point d'appui, ce fondement de l'œuvre, ce moyen d'union des parties entr'elles, enfin cette force matérielle qui , sous la main de Dieu , empêche la dilatation des corps ou leur chute éternelle , c'est l'universalité de la matière, c'est que cette matière est partout; c'est que l'immensité entière est le plein, que le vide n'occupe qu'une portion très-minime de l'espace et n'a été répandu dans cet océan de matière que pour en permettre le mouvement.

Nous pouvons ajouter que cette plénitude de l'espace est indiquée par la multiplicité des astres , dont certainement n'bus n'apercevons que le moindre nombre. Si la matière n'était point partout , comment se seraient-ils formés, comment s'en formerait-il encore? Il faudrait qu'ils emprmtâssent la substance d'un autre globe; ce qui arrive quelquefois, mais non toujours, car alors la multitude de ces mondes serait limitée : l'un invariablement remplacerait l'autre. Or, je ne crois pas que cela puisse être , car il n'y a pas de bornes à la création.

Voyez : Vide moléculaire.

POCHES. Un Européen pourrait-il vivre sans poches? J'en doute : je n'en ai jamais vu qui n'en ait pas deux au moins.

Le goût des poches semble être dans la nature , et

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ohez Tenfant, la première poche est souvent sa première joie : c'est de ce moment qu'il se croit propriétaire et seigneur suzerain d'un immeuble.

Quant à moi , je n'ai jamais été plus fier que le jour où j'en ai senti une à la gauche de ma jupe , car je n'avais pas encore de culottes ; et si j'éprouvai plus tard une autre bouffée d'orgueil , ce fut quand j'y mis mon premier sou. ^

J'étais donc heureux de ma poche unique; mais l'ambition vient avec les chausses : chaque fois qu'on me prenait la mesure d'un vêtement nouveau, j'intriguais, je cabalais et, sous main, cajolais le tailleur pour avoir une poche de plus. De sorte que de vêtement en vêtement, car j'avais soin, à cette intention, de les nser le plus vite possible, j'étais arrivé à posséder quatorze poches bien comptées, et je n'avais pas encore sept ans. Que serait-il arrivé si Fambition des poches avait continué dans une progression croissante, et combien n'en aurais-je pas aujourd'hui?

La raison venue , je m'en suis tenu à mes quatorze, en ayant soin , pour le maintien du principe , qu'il y eut habituellement qudque chose dans chacune, ce qui n'était pas toujours facile, vu la dimension exiguS de quelques-unes ou leur situation peu comoipde , car j'en avais par tous les degrés de latitude et longitude de mon individu.

Quand toutes mes poches étaient garnies , on aurait pu me comparer à ces cabinets de Hollande aux vingt tiroirs, aux vingt secrets. Je n'en étais pas moins trèssatisfait de moi-même ; je pouvais dire , comme Bias : omnia mecum porto. Je n'étais troublé dans ma joie que lorsqu'ayant besoin de mon mouchoir, de mes gants ou de tout autre objet indispensable; je ne me rappelais plus dans laquelle , de mes quatorze poches , je l'avais mis, ressemblant, en ceci, à un propriétaire de vingt

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