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Jamais elle De peut être faiblesse. Si elle va jusqu'à l'abandon d'un droit commun, si elle est une concession à l'injustice , elle cesse d'être utile et devient un mal pour la masse, puisqu'elle est de fait un encouragement à l'indélicatesse qui spécule sur cette honnêteté négative et qui en profite contre l'intérêt de tous.
Quoique la probité ne soit qu'une et que le principe dont elle émane soit uniforme , il est peu d'états , peu de situations dans la vie qui ne puissent avoir des obligations spéciales et une honnêteté qui leur soient propres. En indiquer toutes les nuances nous conduirait trop loin, nous n'en ébaucherons ici que quelques traits.
La probité du magistrat, de l'administrateur, consiste non -seulement à être juste et soumis à la loi , mais encore à y soumettre ses administrés par ses conseils, son exemple et sa fermeté: homme de bien, il doit faire que les autres le soient.
La probité du chef de famille se compose à peu près des mêmes qualités. Administrateur , il est un père ; père, il doit être administrateur: c'est de sa conduite que dépendra celle de ses enfans. Le père consciencieux a ordinairement un fils qui lui ressemble, car si le mal se gagne aisément, on peut dire la même chose du bien.
Le devoir sp^ial du commis, de remployé, son honneur à lui, est d'être exact et assidu, de ne point perdre ou mal employer ce temps qu'il a vendu, de faire pour le public ce qu'il ferait pour lui-même , et surtout de s'instruire , car le mauqne d'instruction , quand il est volontaire, quand il peut compromettre les intérêts d'nu tiers, est une improbité véritable.
Il est une vertu qui , plus que toutes les autres , a une influence directe sur le bonheur de la société , vertu surtout nécessaire sur le^ol de la liberté: c'est
la probité de Thomme de lettres. Un mauvais livre n'est pas sealement un mai présent , c'est une peste qui frappe sur l'avenir et qui , des siècles après Fauteur, corrompra encore les générations futures. Oui, un homme qui écrit contre la morale, contre la vérité, est le moins probe des hommes; il en est le plus coupable. Pourquoi encourageons-nous son crime en lisant son œuvre, en le payant? 11 y aurait bien plus d'écrivains honnêtes, s'il n'y avait pas tant de lecteurs qui ne le sont pas.
La probité des femmes a d'autres devoirs que celle des hommes. Cette probité , toute intérieure , toute de sentiment, devient, quand elle est comprise par l'épctase et la mère , la sauvegarde de la famille ; elle fait le bien de tout ce qui l'entoure ; elle est la paix du mâiage et le bonheur de l'époux.
Elle se montre d'abord dans une franchise entière, daps l'absence de cette dissimulation, résultat peut-être de l'éducation que nous donnons à nos filles : impression première qui dirige ensuite les actions de la femme. Dissimuler est toujours un faux calcul, ude erreur funeste. Que l'épouse oublie donc les leçons données à la pensionnaire et les subtilités d'une école imprudente; qu'elle redevienne ce que le Créateur l'a faite, bonne et simple. Qu'attentive et soigneuse, elle ne sépare jamais ses intérêts de ceux de son mari , de ses enfans , qu'elle les défende partout.
C'est cet e^rit de famille , ce sentiment d'ordre et de conduite qn'il faut inspirer aux jeunes filles , à la plus riche comme à la plus pauvre. C'est surtout à en fûre d'honnêtes femmes que les institutrices doivent Rattacher. Avec cette qualité, elles seront partout dignes 4e plaire , si ee n'est par leurs charmes , au moins far leurs bienfaits , car la probité d'une mère est
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le plus sûr garant de la force morale et physique de ses enfans. La mère probe ne les abandonne pas à l'étrangère; elle les nourrit, les soigne, les surveille. Ainsi entourés , le malheur les respecte , les accidens les atteignent moins , leur santé se fortifie , ^et leur cœur reste pur et ferme : ils deviennent des hommes.
Jusqu'ici nous n'avons considéré la probité que sous un point de vue purement matériel et même local, c'està-dire dans ses rapports avec nos mœurs, nos habitudes, nos lois ; nous y avons vu moins une propension de l'ame ou une disposition innée, qu'une règle imposée, qu'une condition nécessaire de Tétat social, sujétion indispensable pour obtenir la vie légale.
Cette probité, que nous pourrions nommer secondaire ou politique , n'est réellement qu'un moyen , car sans être dans la volonté , elle peut être constamment dans les œuvres. C'est une probité qu'on n'a peut-être pas , mais qu'on se fait, parce qu'elle est la base d'une position , l'outil d'une profession. Elle ne prouve pas la délicatesse du cœur, mais elle indique le bon raisonnement de la tête. Tel individu n'a jamais fait tort à qui que ce soit, parce qu'il habite un quartier où ce tort à autrui pourrait lui en causer un plus grand à lui-même. 11 ne vole pas, pour n'être point puni et encore pour n'être point déshonoré, ou bien pour ne pas perdre son .crédit; enfin il est honnête par peur, par intérêt, par ambition. Au fond , il n'est que spéculateur ; sa vertu n'est qu'une règle de proportion qui a des résultats vrais parce que les chiffres le sont toujours; mais la proportion .peut changer avec les nombres: la valeur d'un chiffre, du zéro même, est dans sa position. Cette probité de calcul pourrait donc être aussi de convention. Ainsi, la vertu devenant variable, l'acte malhonnête dans un pays ne le s^ait^ pas dai^us; l'autre, et l'homme probe du joi^
ne serait pas celui au lendemain. Certes , on pourrait argumenter longuement sur ce système et présenter à Fappui , des faits , des préceptes , des lois et même des codes entiers. Mais, avec une apparence de raison, il n'y aurait là que sophismes. La probité, la vraie probité, celle de Dieu , celle de la nature , est la même partout, parce qu'elle a apparu avec cette nature et qu'elle en fait partie.
Le sentiment du juste et de l'injuste, perfectionné par l'éducation , n'en est pas la création ; il ne dérive pas des lois humaines, il vient de Tame, il touche à l'être, il naît avec lui. La preuve , c'est que le plus petit enfant, avec son premier besoin qui amène sa première pensée , aura la conscience d'une injustice ; s'il tient quelque chose à la main, ôtez^le lui de force, il se dépite, il s'indigne, et non-seulement il s'afflige, il pleure, il crie, mais tout en lui exprime la colère. D'où vientelle ? C'est que cet enfant regardait comme à lui ce qu'il tenait; sa volonté l'avait choisi, sa main Fembrassait ou seulement le touchait ; là était son droit, premier droit de la terre ; c'était sa conquête devenue son bien , sa propriété.
Or , s'il a ressenti cette impression , et il la ressent , n'en doutons pas , il est bien près de la reporter sur aotmi et de savoir qu'en faisant subir à un autre la violence qui vient d'être exercée sur lui , il est injuste envers cet autre.
Que cet enfant convoite la dépouille de son camarade, qa'il lui ravisse son jouet, il ne le fera pas de la même manière que s'il le ramassait à terre. Voyez ses yeux dans l'nne et l'autre situations, l'expression n'est point temblable. Ce n'est donc point la même intention qui le dirige, et avant qu'on lui ait défendu de dérober, il sait qi^il ne doit pas le faire.
J'irai plus loin, la }>itite même a aperçu' la propriété.
Dans l'état sauvage comme dans Tëtat domestique, ranimai défend sa proie, sa touffe d'herbe^ sa place, son nid. Quand il veut s'emparer de ce qui est au roisiii , il prend ses précautions ponr n'être point > surprise : il attend qu'il dorme ou qu'il s'éloigne , enfin il ruse , il dissimule, parce qu'il a des motifs pour en agir ainsi et qu'il les connaît Or, dès qu'un être a entrevu le drcfit d'autrui, il a le sentiment de la justice , par conséquent il est , jusqu'à certain point , susceptible d'y manquer sciemment.
Nous en voyons joumellemen^ des exemples: le chien est un animal essentiellement probe , puisqu'il mourra de faim plutôt que de toucher au repas qu'on a confié à sa garde. Sans doute le contact des hommes a perfectionné cette délicatesse on cet instinct comme nous l'appelons , mais l-éducation ne fait pas naître Taffection dont le germe n'existe pas. Si le chien n*ent pas été susceptible d'honnêteté, si elle n'eut pas été en lui, qnel moyen, quelle instruction aurait pu Ty mettre?
On dira que c'est la crainte. — Non , car il est des animaux qui agissent ainsi dans un isolement complet. •—Mais c'est le souvenir du châtiment. — Pas davantage; on en a vu, gardiens fidèles peu de jours après ienr naissance , et sans jamais avoir été maltraités ni même menacés.
La probité peut donc n'être pas une qualité acquise; elle est innée et elle est commune è presque tous les êtres. Ensuite, die croît ou décroît d'après les circonstances et présente mille variétés^ mille incidens, résultats de la volonté ou de la faiblesse , de l'exemple ou des passions qui peuvent, jusqu'à certain point, fasciner cette pi^obité ,. Tétourdir , l'endormir même , mais non l'étouffer. Tant que la raison n'est pas détruite, la pro- J>ité.yit en:nou»,.elle y 6st qod^ue part.