‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 4 sur 105 · PU · texte numérisé non relu

PU

sait faire chanter Tinstrument. Or, le piano ne chante ni ne peut chanter, parce qu'il ne peut ni tenir ni filer un son : faites donc chanter un tourne-broche !

Pourquoi y a-t-il tant de grands pianistes? Pourquoi tout individu , s'il a une main bien conformée , peut-ii Iç devenir? Cest qu'il ne faut pas être musicien pour être pianiste, qu'il est même inutile if a voir 1^ sentiment de rintonation et du chant, de la musique enfin.

Aussi, l'auditeur qui voudra être. de bonne foi et eh même temps de sang-froid , l'auditeur qui pourra oublier un instant la réputation de l'exécutant et la dextérité de l'exécution et ne juger que le résultat, dira que, quels que soient la difficulté vaincue et le talent même, ce résultat est toujours pitoyable; s'il intéresse un mom^it, il devieqt bientôt monotone , puis mortellement ennuyeux. Cet étemel tapotage, ce tic-tac de moulin qui domine tous les efforts , toutes les inspirations , et qu'on ne cesse' jamais d'entendre, ces sons qui retombent à chaque effort, qui s'éteignent dès qu'ils commencent, pourraient servir à dessiner l'impuissance. C'est un asthmatique qui veut respirer, c'est un fantôme qui veut crier et dont la voix expire, c'est la machine visant à la parole; c'est la poupée qui dit: maman ^ et qui, quoiqu'on fasse, n'en dira pas davantage. Enfin le talent du plus grand pianiste n'est pas même, jusqu'à ce jour, parvenu à la hauteur d'un orgue de Barbarie qui, à l'aide de ses tuyaux, peut, du moins, étendre, fondre et unir les sons. Réservons-donc le piano pour l'accompagnement, pour la composition ou les concerts de familles, pour la contredanse surtout; laissons-le figurer dans les duos, trios, quatuors, quintetti, et même, de temps à autre, dans les symphonies. Mais point d'improvisations , point de morceaux seuls, on qu'ils soient si courts, si courts qu'ils ne laissent pa3 à Tennui le temps d'atteindre l'auditoire.

9d PIE

Ce petit article ou ropinion qu'il manifeste , regardée comme une hérésie, révoltera plus d'un noble dilettante. Parler mal des pianos et des pianistes, cVst le fait d'un welche, d'un barbare, pis encore, d'un malintentionné, d'un radical , d'un communiste , d'un homme qui veut commencer ainsi la démolition de l'édifice social. Aussi le bon pub^c et les luthiers surtout, les plus intéressés dans la question, n'en couronneront -ils pas moins les grands pianistes et même les petits. Qu'il en soit ainsi, je le veux bien, mais qu'ils se pressent les uns d'offrir des couronnes et les autres de les recevoir, et qu'ils les entassent bien sur leurs fronts, car ce que font naître le caprice et la mode est ordinairement de peu de durée. Igncore quelques années, et il en sera du piano comme il a été du luth et de la lyre, ce sera l'instrument d'un autre âge, qui ne figurera que dans les cabinets d'études, les tableaux de mœurs et les romans historiques; et le grand pianiste, de même que le célèbre canard de Vaucanson, sera rangé parmi les pièces mécaniques qui ont fait honneur à l'industrie du dernier siècle.

Voyez: Bruit,^

PIE. Une pie avait été élevée dans une basse-cour avec une nichée de canards; tous les jours on faisait sortir les canards pour les mener dans un plant voisin: la pie sortait avec eux. On jour, la domestique ayant oublié de les y conduire, les y trouva néanmoins. Le Icsidemain, il en fut de même; bref, elle s'aperçut que c'était la pie qui faisait la conduite, piquant de son bec )jBS traînards pour les empêcher de rester en arrière.

Cependant à mesure que les canards grandissaient et tSQgraissaieot , on les prenait pour la table du maître ; )a.pil3. aoigoait les survjiTaiis. Eni»! il n-eti resta plus

qa^un; Margot le conduisit à la pâtarc comme elle avait foit des autres.

Un jour , la cuisinière voulut le prendre pour la broche: Margot cria beaucoup, et voyant que ses cris ne Élisaient rien, elle s'élança sur la servante, la blessa à coups de griffes et de bec, puis prit son vol et ne reparut plus.

Ce que je viens de dire , je ne Tai pas vu , mais on me fa raconté, et j'y crois, car si Margot ne l'a pas £ût elle en est bien capable.

PIED. Au lieu d'apprendre le latin aux enfans , je leur apprendrais à se servir de leurs pieds : car, pourquoi ne se sert-on pas de ses pieds comme de ses mains? Est-ce que les nourrissons ne s'en servent pas quand vous les laissez libres? Essayez plutôt: ils serreront vos doigts avec les doigts flexibles encore de leurs petits pieds.

Les Chinois brisent les pieds des petites filles; nous y ajoutons ceux des petits garçons. Oui , par nos usages bizarres ou absurdes, nous paralysons une bonne moitié de notre individu physique et moral. Nul doute que Fusage des pieds , dans certains métiers dits manuels , n'aidât beaucoup à avancer la besogne. Plusieurs peuples asiatiques , mieux avisés que nous , savent en tirer parti pour une foule de choses , sans compter celle de marcher.

Celle-là même nous Pavons restreinte, autant que possible, au moyen de chaussures merveilleusement propres à nous flaire rester en route et auxquelles, pourtant, nous demeurons fidèles depuis dix siècles : probablement parce qu'en outre de leurs autres inconvéniens , elles coûtent cher et durent peu.

Nons avions imaginé, toujours dans la crainte d'aller

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