‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 5 sur 105 · PIN · texte numérisé non relu

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trop vîte , la culotte serrée , qui joignait la cuisse au cou-dc-pied eu supprimant Tarticulation du genou, qu'elle ne permettait plus de ployer. La culotte, vu son excessive incommodité , avait prospéré pendant trois cents ans , quand , allongée et élargie , elle devint pantalon.

Les pantalons rendaient libres le mouvement des jambes et des pieds, mais c^était trop bien; aussi cela ne durat-il pas , et Taisance qu'ils nous donnaient , une fois reconnue , nous y avons remédié en inventant le souspied qui, tirant à-hu tandis que la bretelle tire à~dia, réunit Tavantage de nous empêcher à la fois 4e marcher et de nous asseoir.

Voyez: Ficelé.

PINCETTE. Un vieux garçon avait une servante , comme toujours. Il avait aussi une cuisine, et dans cette cuisine une pincette. Un jour la pincette disparaît. La servante , grosse fille assez fraîche , qu'on appelait Marie, cherche, cherche encore, cherche toujours, et ne peut découvrir le meuble égaré.

Ces recherches durèrent huit jours, et tout le voisinage en était en émoi. En6n, le neuvième, une voisine qui aidait la digne servante à retourner , pour la vingtième fois, tous les meubles de la maison, se sentant essoufQée, s'appuie sur le lit de la bonne fille. Qu'y sent-elle? La pincette cachée entre deux draps. >* Âh! ma pauvre Marie , s'écrie-t-elle , quel bonheur ! la voilà votre pincette; elle était au milieu de votre lit et tout en travers. »

La bonne voisine alla conter partout le hasard qu'elle avait eu de retrouver la pincette du voisin. . Chose étrange! c'est que celui-ci ne lui en sut pas le moindre gré, et la bonne Marie pas davantage.

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PITIÉ. C'est toujours par fe mal qu'on éprouve ou qu'on craint d'éprouver, qu'on s'intéresse au prochain , et nous le plaignons d'autant que nous sommes plus susceptibles de souffrir. On peut donc , jusqu'à certain point, mesurer à cette sensibilité physique la sensibilité morale, puisqu'il est évident que l'être qui n'aurait aucune idée de la douleur, ne pourrait ressentir de pitié pour personne.

Nul doute que le tempérament, ou le plus ou moins d'irritabilité des nerCs, n'influe beaucoup sur les moyens de supporter la souffrance , et conséquémment sur la souffrance elle-même qui, poignante dans celui-ci, sera presque nulle dans celui-là. Cette différence agira également sur le sentiment que nous aurons pour autrui , car , ne nous y trompons pas , c'est toujours soi qu'on considère en lui.

Il ne suffit pas, pourtant, d'être sensible à la douleur physique, de la haïr, de la repousser, pour éprouver la pitié: il faut que notre expérience ou notre intelligence soit assez étendue pour que nous puissions comprendre que les .causes qui nous font souffrir peuvent faire souffrir autrui. Si la brute ne connaît pas la pitié , c'est que son intelligence n'est pas assez élevée pour faire ce rapprochement.

C'est la même ignorance qui rend impitoyables le petit enfant, l'idiot et le sauvage. Ils ne comprennent pas qu'un autre qu'eux souffre , ou s'ils le comprennent , ils ne conçoivent pas qu'il y ait du mal à le faire souffrir , puisqu'ils ne souffrent pas eux-mêmes.

La pitié est donc une sorte de répercussion du mal d'autrui sur notre propre individu. Nous sommes tellement pénétrés de sa position , de la souffrance qu'il éprouve ou qu'il va éprouver , que nous en ressentons une partie. C'est ainsi qu'un homme se précipite dans

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le feu pour en retirer celui dont il entend les cris de Couleur: il ne peut endurer ces cris; il faut qu'il fuie ou qu'il secoure ce malheureux, parce que la crainte de 9e brûler est moins cruelle pour lui que celle de voir œt homme que le feu dévore et d'entendre ses plaintes.

L'animal ou l'homme insensible ne comprend rien à ceci; il n'éprouve que la satisfaction de ne pas brûle? lui-même. Que lui importe que cet individu brûle! c'est, pour lui, une souche qui flambe, un tison qui fumCé

La pitié de l'un, comme l'insensibilité de l'autre, naît évidemment de l'amour de soi. Mais dans le premier cas, c'est un amour généreux, c'est l'amour d'un homme qui sent la puissance de la réciprocité. Dans l'autre , c'est régoisme de la brute et la tranquillité d'un cœur stupidCé

La pitié n'est pas toujours fondée sur la sensibilité réciproque ou la conscience du mal d'autrui. Tel homme sans pitié agira précisément comme le plus sensible , il exposera sa vie pour sauver son semblable, et pourtant il n'éprouvera, pour ce semblable, aucun sentiment de sympathie.

Ce sera même le contraire. Traversant un pont, il est coudoyé par un homme qui, enjambant le parapet, se précipite dans la rivière. Son premier mouvement est de maudire cet homme qui lui cause cette émotion désagréable. Cependant, mu par la curiosité, il s'approche ^ le voit qui lutte contre la mort. Alors, bien qu'il ne connaisse pas l'individu , il s'élance et le sauve. Est-ce pitié? — Non. — Est-ce intérêt? — Non. C'est par un mouvement qui lui dit qu'il ne doit pas laisser noyer cet homme , parce que lui-môme tiendrait pour lâche celui qui, le voyant dans la même position, l'abandonnerait à son sort. Cette conduite annonce du courage, de la vertu , de la délicatesse si vous voulez , mais ce n'est pas de la pitié. Cela en est si peu, que le quidam

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