‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 42 sur 105 · BEM · texte numérisé non relu

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Si le soldat riebe est républicain , dira-t-on , s'il comprend les devoirs de la fraternité, il emploiera son aisance à rétablir l'équilibre , il achètera la camaraderie qu'il n'a pu conquérir , et partagera sa bourse avec ses frères d'armes.

Sans doute, il le peut, et probablement il le fera, mais les choses en iront-elles mieux? Demandez aux chefs de corps comment servent ces soldats rentiers et bous enfans? Ils vous diront qu'il n'en faut qu'un dans une compagnie pour la rendre la plus mauvaise du régiment. Ce n'est pas seulement à l'indiscipline et au désordre qne conduit l'or du conscrit riche. Il fut un temps où la réquisition , puis la levée en masse , obhgeaient aussi tout Français à servir en personne. On vit alors , dans les rangs , des soldats millionnaires. Que s'en suivait- il? C'est que nonobstant l'esprit radical du jour, les soldats et jusqu'aux sous-ofûciers étaient les trèsbnmblcs valets de ces favoris de Plutus: ils montaient la garde pour eux, pansaient leurs chevaux, ciraient leurs bottes; bref, jamais chevalier banneret n'avait eu tant d'écuyers ni de pages. Aussi, lorsqu'à cette même ^)oque, les officiers furent nommés par élection, tous les grades revinrent à ces turcarets militaires: ils achetaient leurs épaulettes chez le traiteur au prix d'un dîner fin, arrosé du meilleur.

Cela valait-il mieux que le remplacement? Non; car on fat obligé, après quelques mois d'expérience, de renoncer aux élections régimentaires. S'il en était ainsi alors, il en serait ainsi aujourd'hui: le contact du soldat doré ne ferait qu'aider à la corruption du soldat pauvre.

Vous prêchez l'égalité , cette vertu des Républiques ; hélas! dans les Républiques même, l'égalité tombe devant la fascination de l'or. C'est que le riche en a trop, direz-vous. Je vous répondrai : il en aurait moins , que

le mal subsisterait encore. La preuve , c'est qae lorsqu'an soldat a cent sous dans sa poche, il a pour sujet son camarade tant que la pièce dure.

Sans vouloir vous faire communiste , je vais vous indiquer un moyen qui peut contribuer à ramener un certain équilibre dans les fortunes, et sans appauvrir beaucoup le riche, aider largement au pauvre.

Sous la féodalité , le noble pressurait le vilain , il s'en faisait servir ; mais aussi il ne le forçait pas à se battre : il se battait pour lui et au besoin se faisait tuer pour le défendre. Aujourd'hui c'est le contraire ; c'est le vilain qui se fait tuer pour le noble; et j'entends par noble celui qui a de bons biens au soleil ou beaucoup d'écus dans son coffre : c'est de nos jours la seule noblesse reconnue, la seule qui ait cours. Puisqu'il y a échange de rôle, il faut que ce soit le noble qui paie le service du vilain. Qu'il le paie donc et si bien que le vilain dise : le métier me convient.

Mais que le marché soit loyal , que le vilain vende sa peau ce qu'elle vaut, ou, si vous aimez mieux, ce que vaut celle du noble si l'expertise démontre qu'elle vaut davantage.

Que le prix du remplaçant soit ainsi établi sur Vaisance, la richesse, le revenu du remplacé ou de son père, en tenant compte d'ailleurs des charges de celuici ou du nombre de ses enfants.

Sans doute le riche achètera son remplaçant plus cher qu'aujourd'hui , et même très-cher s'il est très-riche. . Mais aussi l'artisan, le laboureur, le petit rentier qui voudra garder son fils, en aura la possibilité, puisqu'il ne sera taxé qu'à une somme établie sur son avoir, ou, s'il n'en a pas, sur le prix moyen de ses journées payable à long terme.

Avec les sommes ainsi recueillies, le gouvernement

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