‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 47 sur 105 · I7S RÉP · texte numérisé non relu

I7S RÉP

<}uant à la part d'action gouvernementale qne la minorité régnante ne manque jamais, dans sa libéralité, d'octroyer à la majorité au nom de la fidélité si die est monarchique , et de la fraternité si elle est démocratique, c'est celle de payer d'abord, puis de payer ensuite, en6n de payer toujours.

Elle leur accorde aussi l'honneur de mourir pour la patrie, c'est-à-dire pour eux, gouvornans, qui la représentent. En ceci, le gouvernement de tous ressemble encore à celui de quelques-uns.

Si l'on veut savoir ensuite ce que c'est que le gouvernement de tous, je répondrai que c'est celui d'un millier au plus, et d'une centaine au moins, pour une nation de trente-six millions d'ames.

Quant au gouvernement de quelques-uns, on peut Testimer approximativement à une douzaine d'individus, nombre assez ordinairement réduit au quart par suite des non-valeurs , et souvent à moins ; car il y sr grandement à parier que, dans un temps très-limité, un des trois annulera les deux autres. Il en résulte alors nne République qui n'est plus ni démocratique ni sociale, mais impériale, sorte de gouvernement aussi paternel que libéral, comme ont pu s'en apercevoir ceux qm ont eu le bonheur d'en essayer: c'est, d'ailleurs, ce genre de République que l'on restaure en ce moment, afin de nous l'offrir pour étrennes.

En définitive , pour peu que l'on sache les deux premières des quatre règles, on est forcé de reconnaître que, quels que soient le principe, le nom, la forme et l'intention d*un gouvernement, ce n'est jaiiiais, quoi qu'on veuille et quoi qu'on fasse , la volonté de la masse qui domine, pas même d'une partie notable de cette masse, e'est toujours celle de la très-petite minorité. D'abord, parce que les. femmes , les enfans , les adokscens , les

malades, les infirmes et les paresseux ne votent pas ; ensuite parce que parmi ceux qui votent, un bon tiers Tote sans savoir pourquoi et un autre tiers en sens contraire de ce qu'il veut et croit voter.

Reste donc un tiers qui agit avec connaissance de cause et une volonté, à ce qu'il dit. Mais il faut ajouter que dans le tiers de ce tiers, la volonté varie d'heure en heure ; d'où il s'en suit , que ce que fait le gouvernement par la volonté de la majorité du jour, est en contradiction avec ce que cette même majorité voulait hier, et pro-îbablement avec ce qu'elle voudra demain.

Dans ce conflit ou cette vacillation incessante de girouettes qui tournent à tout vent, c'est celle qui tourné le moins, ou l'individu, fût-ce même le plus stupide^ qui s'accroche le plus ferme à son dire et le répète le plus haut, qui finit par avoir raison. De façon, qu'en gouvernement , les choses se passent à peu près comme dans nos ménages : c'est toujours un seul qui fait marcher les autres , quand , d'ailleurs , les autres marchent ; si ce u'cst pas le père, c'est la mère, ou bien l'un des enfans ; à défaut , la servante , ou son amoureux le cornnissionnaire du coin.

En un mot, le droit, la forme, la règle, l'équité, lé bon sens, le génie lui-même s'annulent devant l'entêtement d'une buse qui ne cède rien aux circonstances, et dont le seul mérite est de vouloir plus fort et plus longtemps qae les autres.

Aussi, lisez l'histoire et comptez, depuis Solon et le bon temps de la République romaine , combien de gouveroemens, véritablement libres et populaires, ont été imaginés et tentés. Mais remarquez aussi que ce sont toujours les plos beaux , les plus généreux , les plus propres à dé-* ▼elopper les facultés physiques et les facultés morales de ^ l'homme et à le rendre libre, sage et heureux, qui ont été

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le plui^ obstinément repousses et qui ont duré le moins.

L'homme est ainsi fait : donnez-lui à choisir entre une selle et un bât, c'est le bât qu'il prendra indubitablement. Si^ par distraction ou accident, il a pris la selle, il la rejettera bientôt en disant qu'il ne la sent pas sur son dos; et il reviendra au bât, qu'il estimera d'autant mieux qu'il lui écorchera plus rudement l'échiné. C'est un instrument fort et solide , dira-t-il , tout fier de l'ornement qu'il porte, surtout si on y ajoute une bride, bien qu'il eût préféré un licol comme allant mieux à sa figure.

De cette disposition naturelle à l'homme et spécialement à nous , mes chers compatriotes , qu'est-il résulté, et qu'a gagné la patrie à notre dernière émancipation ? Ici encore, l'amour du bât a prévalu. L'on voulait faire un consefl de sages, et l'on a fait un gynécée de fous. Pourquoi? C'est que les sages ne s'improvisent pas, et qu'avant de donner un droit à un homme, il faudrait lui apprendre ce qu'est ce droit et ce qu'il en peut faire.

Il rapprendra par l'usage, répondrez -vous. Erreur! car il commencera par en faire un mauvais usage, et cela fait, voyant qu'il n'en résulte pour lui que du mal, il dira: cela n'est pas bon, et il n'en voudra plus. N'est-ce pas précisément ce qui est arrivé dans nos provinces, où l'on ne peut phis décider les citoyens à faire acte de civisme, qu'en les menaçant des gamisaires?

Bref, pour avoir improvisé la République, pour l'avoir mise en route avant de savoir celle qu'elle pouvait faire, et même avant de comprendre précisément ce que c'était qu'une République, vous n'avez pas la République; car je ne pense pas que vous nommiez ainsi la chose sans nom sons laquelle nous vivons. Non, cela ne ressemble en rien à un régime républicain. Contentez-vous d'affirmer que vous y voyez un régime -quelconque, et que

nous ne nageons pas dans les limbes, vers les rives de rinconna.

Tout chemin mène à Rome , dit le proverbe ; pourquoi donc désespérer? Un vent favorable ne peut-il pas s^élever et nous conduire au port ou à la bonne République?

Je ne demande pas mieux, car c'est celle-là que je r^amais le 10 mars dernier. Je la comprenais alors et je crois la comprendre encore aujourd'hui , malgré les brouillards qui, depuis, ont surgi et qui l'environuent.

Cette RépubUqne que je veux, est celle de famille, ou le gouvernement au profit de tous.

Je veux un gouvernement qui ne soit pas une exploitation des places au bénéfice d'un parti ; qui ne soit pas une arène ouverte à quelques-uns et une impasse pour tout le reste.

Un gouvernement assez fort par la confiance qu'il inspire , pour n'être pas contraint d'armer la moitié de la nation pour se défendre de l'autre moitié.

Un gouvernement à l'abri de Tinfluenoe du sabre et dont soit à jamais banni l'impôt du sang ou le recrutement forcé, le plus improductif, le plus lourd et le plus destructeur de tous les impôts.

Un gouvernement qui agisse plus souvent qu'il ne parle.

Un gouvernement où l'on ne nous donne plus, en échange da meilleur de notre substance, des mots vides et des droits stériles. Un gouvernement où la vie du gouverné ne soit plus usée en devoirs factices, ou dans l'exercice d'une souveraineté illusoire.

Un gouvernement qui assure à tous l'air et l'eau, qui ne sacrifie pas à l'intérêt fiscal, la santé et la moralité do peuple.

Un gouvernement qui offre à chacun une éducation ntionnelle et pratique, un éducation mère du travail et (pn en donne à la fois le goût et Faptitude. Cest moins IV 8.

lé travail qui manque au peuple que ia volonté > el surtout la capacité indispensable pour rendre ce travail fructueux.

Un gouvernement qui protège la faiblesse contre la force, la femme contre Thomme, l'homme contre Ini^ même, c'est-à-dire contre ses vices et l'alcool qui les enfante, qui défende surtout Fenfance contre l'exemple , la sottise et la brutalité.

C'est par l'enfant qu'on peut reconstituer ia société. C'est ainsi qu'à nue génération gangrenée, à an peuple esclave de ses vices et de sa misère , succédera une race forte, intelligente et véritablement républicaine.

La nation présente croira l'être, mais ne le sera jamais: c'est une branche dont la sève est desséchée et qui s'affaisse sous le poids de son bois mort. Elle ne produira plus , et l'avenir du tronc n'est que dans ses jeunes rameaux. Dévouons-nous donc à leur développement.

Telle est , gouvernans , votre mission ; telle est la nôtre, gouvernés. Si nous sommes réduits au rôle d'enfans , qu'un jour, du moins, nos enfans soient des hommes. Fondons pour eux la République; mais, avant tout, entendons-nous sur ce que c'est qu'une République. Donnons tout ce que nous promettons, et pour cela, ne promettons que ce que nous pouvons donner.

Probité, réalité, telle devrait être la devise de toute constitution, de tout pacte gouvernemental.

Malheureusement, offrant tout et ne donnant rien, c'est la devise contraire que nous avons choisie.

RESPIRATION. Pour que l'organe de la respiratkta ait pu s'établir chez les êtres terrestres, il 9 fallu d'abord que l'air fût , et que l'individu eût besoin de le respirer. Avant l'existence de l'organe , 41 y avait donc une caîuse

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