‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 58 sur 105 · AH · texte numérisé non relu

AH

Koos JtwMS de Toir connimt ce se» s^csl éTeîllé,pis dérelopp^ , et comnMnt , Porçane étant entièrement eoBStitué, Tame s*en sert poar saisir r^objel; mais là, CMune toojoars, c'est la pensée, ce premier instminent de Tane, qui met en jeu Tautre instrament: Forgane dn sens.

Maintenant, si nous examinons le moaremeot de la penséf? et la manière dont elle fonctionne , nous ponrrons croire que la rariété des objets qm nous frappent idoItiplie le nombre de cfs pensées.

Néanmoins , ce n'est pas tonjonrs le nombre des objets qui fait celui des pensées, sinon tons les indiridas devant lesquels passe une suite de cboses, annient précisément autant de pensif qu'il y a en de cboses devant eux, sans plus ni moins.

Le nombre de pensées rient donc , non des objets qu'on peut voir, mais bien de ceux qn'on Toit, qu'on mesure et qu'on sent: et nn seul objet peut domer plus de pensées à nn homme que mille à nn autre.

Ensuite, c'est toujours l'ame on la pensée qui amèoe reffet des sens ; quand on a dit que les sens allumaient fimagination , on s'est trompé, c'est le contraire. Poor que nos sens s'allument, il faut d^abord que l'imagination parle, il faut que quelque chose excite nos désirs on notre effroi, et ceci n'arrive jamais que par la peosée et même la réflexion, car la simple yue de l'objelae snfGt pas; et si en le voyant, nous ne calculons pas l'effet qu'il doit produire , nous ne le désirons ni ne le craignons , tandis que nous pouvons , par la pensée seule, désirer et craindre quelque chose que . nous ne voyons pas.

L'objet qui frappe nos sens n'est dono pas toujours celui qui est devant nous et qui nous touche, parce que cet objet présent n'est rien pour les sens si Famé en contemple un autre; or, l'ame pour qui la distance

'€8t pas un Dfostade, va souvent chercher au loin un ffet et y appliquer le sens.

L'ame peut également absorber complètement le sens. >ans une forte préoccupation , Peffet du sens peut cesser u sortir de sa spécialité. Par exemple , je ne sentirai as la saveur de ce que je mange , ou si je songe fortelent au goût du bceuf, je trouverai au mouton le goût u bœuf et croirai avoir mangé d'un bœuf; mais si je e pense ni au bceuf , ni au mouton , si une tierce pensée l'attache fortement, je ne sentirai ni le goût de Tun li celui de l'autre , je ne saurai même pas si j'ai mangé.

C'est par une cause semblable qu'une douleur violente tons ôte la conscience d'une autre douleur. Ou bien ncore que le bruit du canon qui, dans un moment de aime , nous ferait tressaillir , ne sera pas entendu par tous quand la colère t)u toute autre passion nous agite : lourtant dans les deux cas notre position physique est a même; l'état moral seul diffère.

Notre préoccupation peut même être telle que ce bruit ions fera éprouver une secousse, nous fera faire un nubresaut, sans que cette préoccupation cesse.

Qu'on objecte que cette secousse n'aurait pu avoir lieu li le sens, l'ouïe ou le toucher avaient été insensibles ; je répondrai que ces sens ont leurs effets physiques comme eurs conséquences intellectuelles. Lorsqu'un mouvement 81 tout-à'fait «nachinal ou quand l'action de l'organe précède notre volonté, ce n'est plus une action, c'est me conséquence de la matière, c'est un ébranlement >faysique ou nerveux qui a pu être amené par des cir-> ionstances précédentes, mais sur qui la circonstance ^ente n'a aucune influence intelligente ou réfléchie.

ki encore , c'est la pensée qui dirige les sens ; ou si ne prenant l'effet des sens que physiquement vous voulez que ce soient les « sens qui éveillent la pensée,

du moins est-il certain que si la pensée ne s'éTeille pas, les sens n'agissent point par eux-mêmes. Quelque frappant que soit un objet posé devant mes yeux , je ne le verrai pas jusqu'à ce que la pensée ait dit: il y est; tandis que même lorsqu'il n'y est pas, si Famé a la conviction qu'il y est, je le vois comme s'il y était. La pensée peut tromper les yeux, mais les yeux ne tromperont pas la pensée, et quand nous croyons qu'ils la trompent , c'est absolument le contraire et c'est la pensée seule qui est dans l'erreur.

Il faut d'ailleurs un contact quelconque entre l'œil et l'objet. Quel que soit le point oii ils se rencontrent, il y a union , par conséquent toucher. Pour que l'œil poisse rencontrer ou voir un objet , il faut que l'ame se porte elle-même sur cet objet, ou cet objet sur l'ame. Alors c'est l'ame qui l'attire à elle, car l'ame aussi a sa matière « puisqu'elle vit et qu'elle a action sur toutes les autres matières.

D'après ceci, le sens qui se serait prononcé le premier dans l'être lors de son réveil, serait le toucher, ou plutôt chaque sens n'aurait été et ne serait encore qu'une modification de ce toucher.

Dans les odeurs, dans les couleurs, dans la lumière, dans le son, il y a certainement queUffue chose de palpable, non pour nos mains peut-être, mais pour des organes plus délicats. La lumière, le brait, l'odeur nons frappent, nous blessent même. S'ils nous blessent , il y a choc^ il y a toucher. On peut donc dire à la rignenr qu'il n'y a qu'un sens, mais nous en tenant aux divisions reçues et prenant comme spécialité ce qui n'est qu'une division ou une conséquence , nous reconnaîtrons que tous les sens ont une connexité telle, que rarement un sens agit seul: si l'un manque son effet, l'autre insiste et s'efforce de le remplacer.

Ainsi, chez l'homme, le premier mouvement est de toocher; s'il ne sent pas, il regarde; s'il ne voit pas, il écoute : il ne pense guère à flairer que lorsque l'odeur le frappe.

En ceci nous différons des animaux: c'est en flairant qae beaucoup d^entr'eux commencent la reconnaissance d'une chose ou d'un être; mais, chez eux comme chez les hommes, un sens confirme ce qu'annonce l'autre, le toucher confirme ce que présente la vue, la vue ce qu'indique l'odorat. Cependant un sens peut gagner par Fabsence d'un autre, non par un effet inné, mais par Texercice et la nécessité.

Par Veffet contraire ou le défaut d'usage, le sens s'affaiblit.

L'odorat, si utile aux animaux et à l'homme daqs Fétat de nature, n'est plus qu'un organe de luxe pour rhomme civilisé ; presque jamais il ne nous sert dans les circonstances essentielles ou pour résoudre une question importante.

Aussi l'odorat chez les hommes est-il excessivement grossier si on le compare à celui des animaux qui distinguent, non-seulement à quelle espèce appartient l'être dont ils sentent la trace, mais si cet être est jeune ou vieux, mâle ou femelle, et s'il leur est connu.

C'est par l'odorat qu'un chien reconnaît ce qui a appartenu à son maître, même longtemps après que ce maître s'est éloigné. C'est aussi à l'aide de l'odorat qu'il le cherche à travers de vastes contrées et qu'il finit par le trouver v et pourtant notre chien domestique est loin d'avoir l'odorat aussi subtil que son analogue sauvage.

Les êtres de chaque espèce ont toujours des sens et des organes adaptés à leurs besoins et aux lieux qu'ils habitent, mais ces organes peuvent se modifier d'après ces besoins et ces localités.

Cette modification des sens et des organes peut aller jusqu'à leur disparition complète ; et une race qui pourrait vivre dans une obscurité absolue, perdrait, après un certain nombre de générations, jusqu'à la trace des yeur.

Ce que fait à la longue l'habitude et la nécessité phy» siqnes, Tame peut le faire spontanément; Timaginatioa absorbe souvent un sens au profit d'un autre. Il est vrai que l'annulation du sens n'est que momentanée, mais ne durât-elle qu'un quart-d'heure, elle prouve la possibilité du fait.

Il est à remarquer que l'absence ou la disparition d'un ou plusieurs sens, n'influe point sur l'intelligence de l'individu qui en est privé, et qu'un sourd et muet oa qu'un aveugle peut avoir autant de génie qu'un homme ayant tous ses sens.

Sans doute cet homme de génie manquera d'un ins« trument utile, mais il pourra y suppléer par un autre qui, dans ce cas, prendra, par ce double exercice, os développement extraordinaire. C'est ainsi que cet avengle aura l'ouïe ou le toucher d'une finesse extrême, et que la vue du sourd et muet et l'intelligence de cette vue lui fera saisir tout d'abord des combinaisons de signes et des mesures qu'un homme pourvu de tous ses sens n'appréciera qu'après de longs calculs.

Un Ecossais , James Mitchell , mort il y a peu d'années» né sourd-muet et aveugle, avait acquis une finesse extrême de toucher, de goût et d'odorat. C'est à l'aide de ces trois sens qu'on avait développé son intelligence, et non-seulement il n'était pas idiot , mais il était supérieur à beaucoup d'individus doués de tous leurs sens, et son jugement était parfaitement sain.

La finesse des sens peut, sans doute, aider à la puis» sance de Tame et mieux encore à TapplicatHm de la

»lonté; Déanmoiiis, on se tromperait si Ton voulait esarer sur cette perfection des sens le rang intellectuel i rmdividu.

L'on pourra même en tirer des inductions contraires: 'après ce qui se passe sous nos yeux, les êtres dont iotelligeoce a le moins de portée, sont souvent ceux ont les sens en ont davantage.

La raison en est simple : c'est que Têtre intelligent rrivant plus vîte à la perception et à Tœuvre par un aleol de Tesprit que par TappUcation des sens , use plus le Tun que des autres ; conséquemment les >8ens perdent Q finesse dans la même proportion que Tesprit gagne B perception.

Les sens servent plus aux besoins et aux passions ia*anx actes de Tesprit. C'est pour satisfaire à ces besoins {oe les passions agissent avec le plus d'ardeur et d'en* laioement. Un homme peut , sans doute , avoir à la fois in génie et des goûts sensuels , mais ordinairement ces ^ûts ne contribuent ni à nourrir ni à étendre le génie. .

Ceci tend encore à prouver que si les sens ou leur INrincipe constitutif font partie des facultés de l'ame et iie ses effets , ils ne sont nullement l'une de ses causes.

Dès lors, il faut admettre aussi que Tame a précédé les sens , qu'elle est plus forte qu'eux , ou que l'influence iQ'elie peut exercer sur les élémens est plus puissante |Qe celle qu'ils ont sur elle.

Les êtres terrestres n'ont que cinq sens qui repré* testent les principaux élémens parmi lesquels ils vivent, Hîs les élémens terrestres ne sont pas les seuls dont se impose la masse universelle. Dans un monde où il y inrait d'autres élémens, il y aurait d'autres sens et l^aiitr-es organes.

n est probable qu'il existe des êtres dont la puissance le sens est infiniment supérieure à la nôtre : sur la

terre même , Thomme peut passer pour un être aux sens obtus, puisque ce n'est que par la force de son gâne et par les instrumens quMI a créés qu'il suppl^ à leur faiblesse et arrive à voir ce que sa raison a entrevu.

Cette impuissance de ses sens n'ôte donc rien à sa puissance intellectuelle, mais l'extension de ces mêmes sens ne pourrait-elle pas y ajouter quelque chose? S'il avait la finesse d'ouïe ou d'odorat de certains quadrupèdes , si son regard était aussi perçant que celui de l'aigle, s'il l'était cent fois, mille fois davantage, s'il pouvait, sans télescope y lire dans les astres, s'il pouvait voir à travers les couches de la terre , si au lieu de ses cinq sens il en avait dix, vingt, trente, si une nouvelle série de sensations, de jouissances et de passions était ainsi ouverte devant lui , en aurait-il moins de science et de puissance? Or, nous le demandons encore, n'est-il ancim être qui jouisse de semblables facultés, et tous les globes j sont-ils aussi misérables que le nôtre? Ce n'est pas vraisemblable , et notre orgueil ne peut pas aller jusqu'à dire que nous sommes, après Dieu, les plus grands, les plus heureux et les plus puissans des êtres? Si nous le croyons, il faut croire aussi que notre planète est la plus riche, la plus belle, la plus parfaite et la mieux gouvernée de l'univers. Alors que sera-ce des autres?

L'homme est sans contredit le premier des êtres terrestres, mais il serait peut-être le dernier du moindre de ces soleils qui nous entourent.

La religion nous dit et la raison nous prouve que l'homme est un être déchu qui péniblement s'agite pour reconquérir le ciel qu'il a perdu.

Ce ciel, il le reconquerra, parce que si ses fautes l'ont jeté sur cette terre maudite, la bonté du Créateur en lui donnant l'immortalité lui a ouvert l'immensité.

SBlf Iti

SENSATION. De quoi se compose la vie? De sensaioDS. Quand elles cessent , la vie est inerte , elle n'a plus t conscience d'elle-même, et une minute de mouvement aisse plus de traces qu'un siècle d'immobilité.

Les sensations viennent de l'ame, mais ne s'éveillent Mmrtant que par un effet extérieur; cet effet naît du iontact d'une autre ame, du choc de la matière ou du ionvenir de l'un et de l'autre.

En dehors de ces conditions, il n'y a plus de sensations, il n'y a plus de conscience de la vie: la vie D'en existe 'pas moins, car la vie c'est Fàme, et l'ame est indestructible, mais la pensée sommeille et la vie n'a plus d'action. Ce sommeil peut durer des siècles, des millions de siècles; mais, dans cette position, de ces millions de siècles à un jour, une heure, une minute, il n'y a aucune différence sensible ; le temps marche pour les autres, mais ne marche pas pour l'ame endormie. Pour elle il n'y a plus de temps, et le temps ne recommence qu'à sa première sensation.

Alors, qu'est-ce que la vie? Qu'est-ce que la mort?

Sur la terre, la vie c'est la naissance, puis la croissance et l'action d'un corps organisé pour- nous mettre en rapport avec la matière.

La mort c'est la dissolution de ce corps.

Mais cette forme matérielle, utile pour marquer le tops, sera-t-elle unique? Cette ame aura-t-elle été Ute pour ce corps de quelques jours?

Non , la vie n'est pas là , le temps n'y est pas davantage ou plutôt le temps n'est rien comme mesure, pas pk» que le corps n'est quelque chose comme durée.

Si cet édi6ce corporel , si cette forme s'affaisse et ^éïroole, bientôt elle se relève et toujours aussi nos teasations se réveillent avec elle, car il n'est ni ne peut T avoir pour l'ame de sommeil sans fin.

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Si votre cœur est pur de crimes, pourquoi donc redouter la mort quand elle ne conduit qu'au rajeunissement de la vie, quand elle n'est que la crise qui précède le réveil?

Qu'est-ce que la vie dans un corps vieux et cacochyme? L'animal , quand il est dans la force de l'âge , n'est-il pas plus heureux que l'homme à son déclin et même que l'enfant dont les facultés languissent ou sommeillent?

Sans ce renouvellement incessant des organes, sans ce peu de durée des corps, que deviendrait la sensation? Ne le voyons-nous pas par notre propre expérience: qui peut dire que celte sensation est chez nous à cinquante ans ce qu'elle est à vingt, à quatre-vingts ce qu'elle est à cinquante? A cent ans, la vie est purement végétative; que serait-elle à deux cents?

N'en doutons pas, ce que Dieu a fait est bien fait, et la mort sur la terre n'est que le rajeunissement de la vie.

SERIEUX, SÉRIEUSE. Ne mêlez jamais la plaisanterie aux choses sérieuses , et faites nettement la part de chacun, sinon bien des auditeurs s'y tromperont; ils prendront au sérieux votre plaisanterie et riront de votre chose grave.

Il est des gens qui^ dans leurs écrits comme dans k monde, ne savent jamais être ni sérieux ni plaisans i propos, et c'est ainsi qu'ils vous donnent envie de pleurer quand ils veulent vous faire rire, et i^ice-verai

Hn homme naturellement sérieux est presque toujoun fatigant quand il veut continuer longtemps sur le (on de la plaisanterie; mais ce qui est souvent très-comique, c'est celui qui , bouffon par nature , se croit obligé d'être sérieux du jour au lendemain, parce qu'il est reça

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loctenr ou nomme substitut. Le combat du caractère contre la robe, et de Tesprit de métier contre l'habitude, est quelquefois très-risible pour Tobservateur.

Il est des physionomies qui ne peuvent jamais paraître sérieuses. J'ai vu Brunet Tacleur , racontant tristement ses chagrins domestiques ou ses souffrances de poitrine, et les auditeurs se tenant à quatre- pour ne pas pouffer de rire; ils se croyaient encore au spectacle et se rappelaient le désespoir de Jocrisse.

Un jour Talma, dans une comédie de société chez M^^e Hocquart , voulut faire ce rôle de Jocrisse. 11 le fit bien, mais pourtant chacun, habitué à le voir sérieux, se chatouillait pour rire , nul n'en avait envie.

11 est un proverbe qui dit : sérieux comme un âne (j^m étrille, c'est que cette cérémonie donne en effet beaucoup à penser à Fane, naturellement réfléchi, et qui n'est pas bien certain si ce n'est point une première préparation pour le tondre et l'écorcher.

Ce qui ressemble parfaitement à l'âne sous la main du palefrenier, c'est Fécolier qui s'achemine vers le confessionnal; sa mine moitié espiègle, moitié contrite ou pateline, a tout-à-fait la physionomie du grison quand les deux oreilles lui pendent sur le dos; mais son sérieux n'est pas tenace , et il en a déjà perdu une bonne partie lorsqu'il sort de la boîte.

Il est une souffrance presqu'intolérable: c'est l'obligation de tenir son sérieux devant une parole ou une action ridicule, gravement dite ou faite dans un lieu où la gravité est d'obligation; alors, véritablement, c'est pour en mourir, surtout si la cause vient d'une personne que TOUS devez respecter ou craindre. Quand votre dvie de rire est arrivée à son paroxisme , quand elle né tient plus qu'à vos lèvres que vous mordez ou à ^otre mouchoir que vous mâchez, si quelqu'un €ait

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entendre ne fût-ce qu'un pHt imperceptible, il deriest comme Tétincelle dans la poudre et le rire éclate en tonnerre universel: et plus la victime se fôohe, plus eet homme, dont vous avez tout à espérer ou à craindre, vous menace, plus vous rirez; il vous mettrait le pistolet sur la gorge, que vous ririez encore.

N^ai-je pas vu dans une cour d'assises rire en mène temps le public, les juges, les témoins, les jurés et jusqu'aux accusés eux-mêmes, et il s'agissait d'une peine capitale? C'est qu'il est des cas où garder son sérieux est, non-seulement difficile, mais impossible.

Les hommes oblige par état à dire d'une manière sérieuse les choses qui le sont le moins, ne peaveit pas toujours eux-mêmes résister à ces entrainemens. On a vu des acteurs qui, par leur sang-froid impertorbable dans le genre bouffon, avaient conquis la faveur du public, être, malgré cette longue pratique de h scène burlesque, tout-à-conp pris d'un rire que ni les sifflets, ni les buées, ni les meuaces du parterre ne pouvaient calmer.

Brunet n'en fut pas plus exempt que les autres, te fut même ce qui l'obligea de quitter le théâtre plus tôt qu'il ne l'aurait fait. En vieillissant, il riait le premier des sottises qu'il débitait: dès lors, il en riait toat seul.

Potier riait rarement, cependant je l'ai vu aussi obligé de renoncer à un rôle , parce qu'à certain passage il était, quoi qu'il fît, pris d'un accès de fou rire.

Perlet seul était indéridable et jamais, dit*on, on se l'a vu sourire. Il est vrai qu'ayant fait un long séjour ea Angleterre, il y avait gagné le spleen et qu'il en estmoit

On a prétendu la même chose de Carlin, l'Ârleqûi fameux des Italiens. Lui qui fit, dans les rôles ^ifil improvisait, pouffer de rire pendant vingt ans Puis

toot entier, à;ait hors de la scèoe plus grave, plus itritax qu'on juge sur son siège.

Par mi contraste assez bizarre, j'ai connu quelques ■Mgistrats qui , dès t}u'ils avaient mis bas la toge , n'aimaient qu'à rire et batifoler: tel étaitravocat-gdnéralde Marchangy. Maigre sa figure cadavéreuse et sa maigreur de squelette, il était chez lui rieur et même enfant ; il s^amusait pendant une heure d'une mouche et d'un calembourg.

M. Martin (du Nord), étant ministre et garde-dessceaux, avait conservé toute sa galté: il se plaisait à conter et contait bien , puis riait de tout son cœur du eoDte qu'il vous avait fait ou de celui que vous lui fidsiez, car, sous ce rapport, il n'était pas exclusif.

Les personnes qui ont le plus souffert et qui se trouvent même encore en face du danger, ne sont pas exemptes de ces accès de rire que peuvent faire naître les circonstances les plus futiles. En 1829, le jour même que fut connue la nomination du ministère Pplignac, la duchesse d'AugouIême était à Dieppe ; elle voulut aller au spectacle, et j'eus l'honneur de l'y accompagner. C'était UK troupe d'enfans qui jouaient, et jouaient assez mal. Un seul petit garçon avait bien saisi l'esprit de son rôle, qsi était celui d'un jeune paysan espiègle faisant le niais. ie ne sais quel souvenir ceci pouvait rappeler à la duchesse, mais elle ordinairement si triste, elle qui nous arait annoncé, peu d'heures avant, la composition de ce ministère formé contre son opinion, se mit à sourire ka le premier quolibet de l'enfent; puis elle en vint i rire, puis à pouffer, et chaque fois que le gamin rentrait M scène, ses rires recommençaient; bientôt la salle entière y prit part, car, ainsi applaudi, l'enfant devint và^tablcment plaisant , et rexcellente femme rit sans contrainte jusqu'au bout.

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