‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 67 sur 105 · S6 SOT · texte numérisé non relu

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de travers? C*est un mystère incessant , un logogriphe qui tient continu ellemenl Fesprit en suspens et rattache par le tourment même qu'il lui donne. Bref, on aiise la sottise , on la respecte , on l'adore , parce qu^on ne la comprend pas ; et la prenve, c'est que le jour oii le voile se déchire , où il est bien avéré quelle est la sottise , personne n'en veut plus.

Aussi, la puissance de la sottise n'est réelle, n'est durable que lorsqu'elle est si bien mélangée, tissée, truffée si Ton veut de raisons de toute sorte, qu'il devient impossible de les séparer, de distinguer le bon du mauvais et de faire nettement la part du vrai et du £aux.

Quand la sottise est de tradition, quand elle est bronzée par le temps et qu'elle a acquis son vernis antique, sa patine , elle est à peu près inamovible : k mettre en doute devient une témérité , un blasphème ; et au bon temps de l'Université, un écolier aurait été fouetté à la porte du collège, puis congédié honteusement, s'il eut dit que Polyphemc avait deux yeux.

Aujourd'hui , on est un peu plus tolérant sur cet article ; on peut dire qu'une sottise , fût-die grecque oa romaine , est une sottise. On peut même le prouver et là faire rayer du dictionnaire , mais à la condition expresse qu'on la remplacera par une autre. Si cette clause n'est pas remplie, vous vous ferez avec l'Académie une lâcheuse affaire, car le savant pur-sang, le savant delà vieille roche en tient le compte exact, et s'il n'en veat pas une de plus, il n'entend pas en avoir une de moins, ni une petite pour une grosse. Aussi a-t-on écrit dix fois plus de livres pour défendre la sottise que pev étendre la raison.

Chaque siècle a en , d'ailleurs , sa sottise de prédikctioo. 11 y a eu successivement la sottise bérdiquC) ^astrologique, magique, poétique, monarchique, répnW'

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eaine, constitutionnelle, représentative, blanche, verte, tricolore, rouge, etc. Nous en sommes maintenant à la sottise démocratique, la plus bavarde de toutes, et sous ce rapport , la plus favorable à la médiocrité , la plus mortelle au génie.

Que cotte manière d'atteler les hommes au char de fEtat soit beaucoup plus mauvaise que les autres, quand d'ailleurs on ne les attèle pas, comme aujourd'hui, dos à dos, les uns devant, les autres derrière, ce n'est point ce que je veux dire , vu que je n'en sais rien. Seulement , je me suis aperçu que si elle rend la sottise de la tête plus difGcile, elle facilite un peu trop celle de la queue. On voit moins de grosses absurdités , mais on en voit beaucoup plus de petites, car chacun veut créer la sienne et la léguer à la postérité.

SOUFFRANCE, DOULEUR. De toutes les langues, ia plus universelle, la plus intelligible, c'est la douleur; pour elle , il n'est pas besoin d'interprète. Là , pas de Confusion, pas d'oubh, pas de cause d'ignorance possible, et l'homme, comme l'animal, sait toujours où le bât le blesse, où Taiguillon le pique.

Le plaisir est faible ou nul quand il est solitaire; il lui faut de la compagnie, ou au moins un tête-à-téte. Four la douleur, c'est inutile ; elle se suflit à elle-même.

Le plaisir n'affecte qu'un sens ; la souffrance attaque fétre par tous ses organes.

Le plaisir est ordinairement suivi de la souffrance. La souffrance ne l'est pas toujours du plaisir , sinon de celui d'en être délivré.

Les plaisirs sont en petit nombre, difGciles à saisir, souvent coûteux. La douleur est partout et ne coûte nea. Variée à ridGni, il n'est pas un seul point de notre

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corps où elle ne se trouve, oa du moins où die ne seit possible. Machine à doulenr, il semble que ce corps ne soit organisé à autre fin que de la saisir ou de la recevoir. Il suftit de lever un doigt et de le laisser retomber, pour éprouver une sensation pénible et quelquefois mortelle; et la bouche seule est comme un clavier de souffrance où chaque dont, répondant à une torture différente, présente un supplice nouveau.

Enfin , si nous considérons la nature des affections terrestres et ce qui se passe en nous et autour de nous, il faiidra reconnaître qu'il n'y a sur cette terre aucune proportion entre les chances de plaisir et celles de douleur.

L'existence des animaux tels que nous nous les représentons, de ces animaux nés pour végéter et mourir, celle existence sans avenir serait une anomalie, une monstruosité méuie; et pourtant, en ne considérant que le présent et la position matérielle de chacun, l'animal serait certainement le moins mal partagé. L'être qui prévoit peu ne saurait souffrir beaucoup, parce qu'il ne souffre que de la douleur présente. 'Il est vrai qu'il en est de nîéme de ses plaisirs. Mais si la jouiss.mce dégagée, autant qu'elle peut rélre, de Timagination, est faible, elle n'est point inquiète; (Ile n'est précédée ni suivie d'heuies d'angoisses.

L'homme achète ordinairement par une longue suite d'efforts , de travaux et de peines , le moindre de ses plaisirs; et après l'avoir goûté, il ne lui reste souvent que le regret d'avoir tant donné pour obteriir si peu.

Dans la douleur, au contraire, cette douleur qui vient sans qu'on l'appelle , il souffre à la fois du mal pr<^nt et du mal à venir. L'attente de la douleur est, pour loi, plus terrible que la douleur même ; elle le poursuit au milieu de ses triomphes et de ses voluptés. Pour lui, il n'est point de repos, parce que son œil voit un précipice toujours béant. Pour lui non plus, il n'est pas d'aboo-

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lance, parce qne comblé de biens réels, il se crée des besoins factices.

Si ranimai ne connaît pas les plaisirs intellectuels ou »'il les conn.iît peu, il ne rissent qne superfieieilement es peines morales; et ici, de même que dans les sonsaions physiques, la balance nVst pas en faveur du plaisir.

Les animaux sont donc, physiquement et moralement, moins susceptibles de souffrir que les hommes , parce une Tame dv. ceux-ci, plus impressionnable, plus irritable, communique à leur corps une plus grande sensibilité. L^ine est la conséquence de l'autre.

Pour giMiéraliser la question , nous dirons : la faculté de souffrir est d'autant plus prononcée et la douleur d'autant plus active que Têtre est plus avancé dans Téchelle de la création. Ainsi, Panimal souffre plus que le végétal, Thomme plus que Panimal, et Thomme perfectionné plus que rhomme primitif.

La disposition à la souffrance est donc loin d'être égale parmi les créatures, et d'un homme de génie à un idiot, il y a la même différence de souffrance possiWe que d'un animal à un être humain. La femme, généralement d'un l&oral plus faible que l'homme, doit aussi souffrir moins. Ses jouissiuices sont moins vives, parce que ses passions sont moins ardentes. Toutefois, cette règle n'est pas sans Kiception.

La cause la plus ordinaire, ou peut être Tunique cause de la douleur et du plaisir sur la terre , est le besoin. Considérés dans leur principe, les besoins, comme les maladies, semblent être une suite de l'imperfection de la forme et annoncer qne cette forme n*est pas entièrement d'accord avec les élémens où elle fonctionne, ou bien que famé ne peut obtenir de ces élémens tout ce qu'elle en attend, tout ce qu'rlle en veut.

Ajoutons que si l'ame cessait de désirer et, par cela

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même, de vouloir, dès ce moment elle cesserait aussi <)e souffrir, mais en même temps elle serait immobile. U désir et le besoin sont, chez Tétre terrestre , la cause.du mouvement: nous essaierons ci-nprès de le démontrer.

Le désir touche à la souffrance, le besoin n^en est pis loin : qu*m\ tarde à le satisfaire, elle apparaît. Cest donc elle ou la crainte de son approche , qui nous avertit de ce besoin et nous dit qu'il faut y pourvoir. Sans cette douleur ou au moins ce désir, sans la volonté et Tactioa qu'elle détermine, Têtre n'ayant point la conscience de la nécessité de boire ou de manger, serait mort de fàin avant d'avoir songé à s'en préserver.

On voit que les besoins du corps ne deviennent tels pour Pâme que du moment qu'elle les sent et que, par un revirement d'action, elle les fait sentir à ce corps.

On a beaucoup crié contre Dieu à l'occasion de la douleur. « La douleur , a-t-on dit , non^seulement est inutile dans la nature, mais elle est nuisible à son action; elle en arrête la marche; et ne ]'drr(^ta-^t-elle pas, du momeut qu'elle n'est pas indispensable, elle devient m mal sans contre-poids, une cruauté gratuite. Dès-lors, elle est incompatible avec l'existence d'un Dieu sage et puissant, car s'il est sage, il ne fera pas ce qui est superflu et moins encore ce qui est nuisible; et s'il est puissant, il ne le laissera pas faire à d'autres. Ainsi, (W la douleur subsiste en dépit de Dieu, ou elle existe par sa volonté, et dans Tuu ou l'autre cas, Dieu est annihilé: si la douleur est, la Providence n'est pas. »

Cette manière de raisonner ne me paraît pas juste. Si vous supprimez la possibilité du mal , vous suppriiiex aussi celle du bien : or, en dehors du bien ou du mal, il n'y a pas d'action possible. Sans action, la vie nleat qu'un mythe ; c'est une faculté, mais non un fait; et Pétre resté inerte serait encore à s'éveiUer ou à se matûfester.

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C«st donc la doalear qui , d'alK)rd , éveille Taine en ni procurant la sensation d^où résulte la pensée.

Cest ensuite cette pensée qui, en s'appliquant , puis le compliquant par le besoin ou le désir , devient la rolonté qui conduit à Pœuvre.

Dans Pœuvre on Faction de créer ou seulement d'organiser, réside la liberté. La liberté comporte bien des roies, car on n'arrive à Tœuvre que par un choix des moyens. C'est la liberté qui prouve Findividualitc; c'est die qui la constitue; c'est elle entin qui distingue Tôtre de la matière inerte et qui rend, en établissant son inflaence sur elle, cette matière obéissante.

La douleur , ou le désir et le besoin qui n'en sont ^ des nuances, deviennent ainsi sur la terre Taiguillon de la vie. C'est la douleur qui met i'ame en mouvement, 9ii la force à penser, à agir, à créer, à vivre.

11 s'agit maintenant d'étayer ces diverses propositions de quelques preuves, ou du moins de quelques inductitms et probabilités. Mais, d*abord, disons quelques mots de la titnière dont nous considérerons les effets de la douleur.

La douleur n'est qu'une extension de la sensibilité. ^our que l'âme soit sensible, il faut que les élémens existent, qu'ils soient soumis à des règles fixes, et que Pétre soit en rapport avec eux ; de plus, il faut que ce ^rps soit sujet à leur influence.

:Les élémens ne font impression sur les corps vivans ^êe parce que ces corps sont eux-mêmes composés d'élëmens et d'élémens identiques à ceux sur lesquels ils bnctionnent. il y a là une action réciproque , action oécfssaire, car i'ame isolée de la matière terrestre ou de ses effets, ne pourrait éprouver ni les douleurs ni les voloptés de la terre.

Tous les maux corporels de ce monde sont la conséquence, mais la couséquence secondaire des élémens, c'est-

à-dire que si h douleur naît effectivement de Fame^si réellement elle ne peut exister qu^en elle , cette douleur n'est pourtant possible que par l'emploi de la matière et lorsque la vi» est en contact avec elle ou incorpora à elle, et cette incorporation est elle-même une consëqaeoce de la faculté de sentir.

Si les élémens cessaient d'agir sur Tame, ou si Tame n'ëtnit plus susceptible de Fimprcssion de douleur produite par le contact des élémens et par la -nécessité où elle est d'agir parmi eux , Famé ne se constituerait pas d'enveloppe ; elle ne formerait aucun corps , ou après ravoir formé , n'aurait aucun moyen de le conserver et de le perfectionner..

La soulfrance, venons-nous de voir, n'a de prise snr l'ame que par la matière ou l'enveloppe corporelle, bien que ce ne soit pas cette enveloppe qui souffre, -car dès que Pâme s'en retire ou seulement quand elle sommeille, le corps est insensible. Ainsi, lorsqu'un coup nous atteint et nous fait mal, c'est que le coup frappé sur le corps a retenti sur l'ame, à peu près comme celui qui tombe sur mon chapeau se fait sentir sur ma tête. Le corps ne paraît sensible que parce qu'il reproduit les convulsions de Tame, convulsions d'autant plus prononcées que l'union de l'esprit et de la matière est plus complète. Néanmoins, cette union n'est pas si intime que l'ame ne puisse se retirer d'une partie de ce corps , partie qui devient alors invulnérable comme la matière inerte on inanimée.

Si l'ame abandonne entièrement le corps , la doulecf n'a plus de prise sur lui ; mais aussi l'ame , par sa puissance constitutrice , n'en liant plus les parties, k matiore restée seule se dissout et chaque élément retourne à la masse d'oii il provient.

Pour que nous éprouvions une douleur, il faut donc

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f pensions, c'est-à-dire il faut qu*nn des resame se trouve aifecté , soit parce qu'il a Inir rintermédiaire du corps, ri*çii le choc, soit est en contact avec la partie qui Ta reçu. En sommes blessé et cotte blessure présente tous s qui déterminent la plus vive souffrance , si rancc n'a point , par la pensée , mordu sur Tame assoupie Tignore , le corps ne peut pas parce que cette souffrance n'est pas dans la léme , mais dans la réflexion qui agit sur le se. Ici , comme toujours , c'est Timagination allumant , détermine Faction du corps mis en I choc antérieur.

eurs, cette machine corporelle est impressionutes les variations des élémens, c'est qu'elle me composée d'éiémens; et bien que Tame se éc de ces parties élémentaires et les ait ainsi ornent séparées de la masse, elles n'en conservent , en restant sujettes aux impulsions de cette qualités qui leur sont propres. Enlin, la vie 'unter ces fractions d'éiémens pour les faire m action , mais elle ne peut pourtant les neu- Ile n'en peut changer la nature ni la mettre ion avec les lois de l'ensemble, rance de l'ame , car il n'en est pas d'autre , être déterminée de deux manières :

on choc purement élémentaire , commotion titérieurement ou extérieurement par l'effet de C'est ce qui constitue la douleur dite physique. un mouvement intellectuel ou par lu pensée e Tame et se retournant contre l'ame, mouveliendant de l'éléuient et qui fait naître la résouvenir, le regret, le remords. C'est ce que mous douleur morale.

Mais dans un cas comme dans rautre , ou dans k douleur morale comme dans la douleur physique, c'etf rimaginalion qui fonctionne. $on action est ici la eondilion indispensable , parce qu'encore une fois , toute sensation cruelle ou douce , corporelle on intellectuelle , vient de Tame, et que le corps ou Télément, quoique nécessaiee ici, ne Test que comme la cire qui reçoit ie cachet. .

Nous pourrons en tirer cette induction, bizarre en apparence, et pourtant dont les conséquences sont déoioiitrées par les faits : pour éprouver la douleur lorsqne a cause existe , il faut nécessairement avoir la conscieoee de celte douleur. Avec cette conscience , vous réprouverez même lorsque cette cause n'existera pas.

La douleur qui affecte exclusivement Tame , celle à laquelle ne se joint aucun effet purement élémentaire et qui vient des convulsions de la pensée, est souvent hm plus cruelle que la douleur dite physique ; et ce qai le prouve, c'est que la première porte au suicide i)ien pitts souvent que l'autre. La douleur produite par rimaginatioB est aussi la plus difOcile à guérir.

Celte douleur imaginaire est même possible chez les êtres autres que Thomme. Un animal peut mourir des suites d'une affection morale, c'est-à-dire d'un mal vena de l'imagination ; et l'on en a des exemples, notapunoil chez les chiens qui ont perdu leur maître. Ce n'est pas peut-être ce chagrin ^eul qui les tue , c'est aussi l'oubli du boire et du manger: dans cet état de prostration, l'animal ne songe plus à chercher sa nourriture; il k repousse même quand on la lui présente, et bientôt mel^ d'inanition.

En admettant qu'il puisse mourir de ses seuls regretC ou de sa pensée douloureuse, c'estrà-dire tout en ooih tinuant de se bien nourrir , cette pensée ne deviendn jamais acerbe jusqu'à le pousser au suicide ou le cou-

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daire à la folie : preuve encore que la douleur n^a pas autant de prise sur ranimai que sur Thomine. Preuve aossi que la mesure de la sensibilité physique , ou de la susceptibilité de ^impression douloureuse, suit tou>jottrs celle de TimaginatioD.

Que la forme terrestre , ou ces diverses catégories d'enveloppes que la science divise en espèces et qui représentent les chaînons de la chaîne des êUvs , que cette forme , dis-je , soit plus ou moins parfaite selon que ces êtres sont plus ou moins impressionnables physiquement et moralement , c'est ce dont nous n'avons jamais douté. Si la plante est moins sensible que Ta- ■imal, celui-ci, avons nous dit, Test moins que l'homme. L'ame croît donc en sensibilité en passant par la filière des corps.

Ce qui ressort bien nettement de ceci , cVst qu'au* cane sensation , aucune appréciation n'est possible , si , BOQ-seulement la cause n'agit pas directement ou indirectement sur nous, mais encore si nous ne sommes pas impressionnables à Teifet contraire. Une sensation agréable , remarquons - le bien , est presque toujours amenée par l'impix^ssion opposée , c'est-à-dire par une disposition ou une pensée douloureuse.

On pourra ici nous faire cette objection : si la douleur est dans l'a me et si l'ame ne peut vouloir la douleur , il faut qu'il y ait dans cette ame quelque chose de plus fort que sa volonté.

Je répoudrai que nulle volonté n'est possible sans la liberté; et que sans deux voies ouvertes, deux voies au moins, il n'y a ni volonté ni liberté.

Pour que la douleur soit, il est indispensable qu'il enste uu autre état que la douleur , car ,une sensation uniforme, quelque violente qu'on la suppose, ne serait bitiitôt ni la doulear ni le plaisir, mais bien Tinsen^

sibiliti^. Crst donc la transition d*un offot à nn autre., ou du repos au mouvement, qui fait la sensation, et c'est le contraste de ces elTets qui produit la doulenr et le plaisir.

La faculté de souffrir n'est que la consé/{uencc de celie de jouir, et réciproquement : la possibilité de Tune natt de la possibilité de Tautre. Cependant la volonté de la douleur n'est jamais en nous, et elle n*y vient que comme contre-coup de Tautrc volonté : celle du plaisir. Après avoir reçu une blessure , pourquoi en souffrons-nous? C'est que nous y pensons. Pourquoi y pensons-nous? CVst que Tirritation qu'éprouve la machine et que lui conununique Tanie , nous force d'y penser. C'est alors l'aiiie qui se torture elle-même à l'aide de la matière et par la fermentation que ce choc a éveillée dans cette matière. Sans ces deux forces, ame et matière, mises ea présence et le conflit qui en résulte, la douleur serait impossible , sur la terre du moins , ou elle n'y serait que volontaire.

Mais encore ici n'oublions pas que ce contraste, on ce pouvoir d'opposition mécanique de la matière , est indispensable, qu'il naît d'une loi d'ensemble égale pour tous, qu'il est le mobile de l'action dont seul il donne le moyen. Il n'est pas de balance sans contre-poids, ni de force sans résistance.

C'est à l'énergie de l'opposition ou de l'obstacle que la vie peut mesurer son œuvre; disons plus, c'est par la force de cette opposition que cette œuvre acquiert de la force, c'est par sa complication qu'elle se complique. Que l'opposition soit simple , l'œuvre restera simple ; qu'elle soit faible et molle, l'œuvre le sera également. Si c^est par l'opposition que la vie fonctionne, c'est par une opposition puissante qu'elle fonctionne puissamment Cette opposition est son point d'appui : si ce point cède,

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me cède ; elle s'affaisse sur elle-même , elle s'endort. Ainsi, il faut à l'être pour agir, non-seulement un inant , la douleur ou le besoin , mais un obstacle : un re que rien ne force ni à penser, ni à combiner ses nsées, ni à les réaliser, ne pense ni n'agit. Il n'agit pas davantage si, l'impulsion donnée, la vo- Qlé d'agir ne trouve pas à s'appliquer. Enfin, cette matière de l'aclion étant trouve'e, l'action, suUat d'une volonté sans obstacle, sera sinon nulle, I moins inintelligente. En vain la volonté est réfléchie, nivre ne l'est pas , car elle est la conséquence d'une leulion dont elle précède l'action.

Rendons ceci plus clair. Toute action a doux phases en distinctes : l'intention et l'exécution. Séparez- les , il aura un fait sans intention , un fait purement matéel; ou bien une intention sans exécution, c'est à-dire ils œuvre , ce qui é()uivaut à une cause sans effet, aiatenant , admettez que l'œuvre soit la conséquence îcessaire de cette intention ou qu'une chose se trouve ite par cela seul qu'elle a été conçue , la conception lit être intelligente , mais certainement l'œuvre ne le ira pas , puisqu'elle est la conséquence nécessaire ou Jcaiiique de cette intention. Sans doute l'être a eu Pidée i faire une chose , mais il ne Ta pas faite , puisqu'elle est faite seule. Que l'œuvre existe, c'est vrai ; mais qu'il i soit l'auteur , cela ne l'est pas. 11 peut revendiquer ntrnlion, mais non l'exécution.

Sans obstacle , l'intelligence ne peut donc s'appliquer, obstacle ou la difiiculté est le mobile de la combiûson et la condition indispensable de toute œuvre. Ce qui se fait stul n'est ni une œuvre ni une action ; est un effet de la matière, d'une loi d'ensemble et de cause universelle. L'œuvre, c'est la difficulté vaincue ir riutelligeuce.

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