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Ainsi , au moyen de cette position complexe on de cette opposition incessante de ]*esprit contre la matière et réciproquement , de la volonté interne contre Fentraîncment externe , de l'intérêt égoïste contre la lot d'ensemble , de Tétre contre Têtre , cet être aussi pent combattre contre lui-même ; et c'est dans ce conflit intérieur amené par Tentraînement des désirs et des besoins, par la volonté que ces besoins déterminent, i^t Fobstacle que leur suscitent la matière et la douleur, c'est enfin par cette série de rapports et de contrastes entre ce qui est dans l'être et ce qui est hors de Tare, que s'ouvre pour lui cette double voie qui seule peot donner lieu à l'option ou au libre arbitre.
Dieu, qu'il f:uit reconnaître dans tout ce qui toncbe à l'ame et à la vie, puisciu'il en est le principe et le but, Dieu, en éveillant cette ame par le contact de la lumière ou par celui de son souffle, l'éveillaft par une sensation.
Cette impulsion donnée et l'être étant debout, Dieu, pour maintenir en lui le sentiment de son existence et de sa conservation , y a ajouté la possibilité de la souffrance, et avec elle le désir du bien-être et de la volupté. C'est la crainte de l'un et Tespoir de l'autre, ce sont les passions,, les désirs et les besoins qui , à tout instant, forçant l'individu à agir et à changer de position, déterminent le mouvement ou la réalité de la vie. TeHe est notre conviction.
Nous avons exposé la première partie de la question ou la nécessité de la douleur : les considérations que nous avons fait valoir démontrent clairement cette né* cessité. Ce qui nous reste à traiter n'est pas d'une solution si facile; au premier aspect, on s'explique peub puissance laissée à l'être d'imposer la douleur à un autre être, et une douleur qui, bien que nous rappehons phf sique , n'en a pas moins , comme toutes les douleiiit
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possibles, une cause intellectuelle. Quand les corps vivans 8*entredéchirent , quand les créatures s^entretucnt et se mangent , ce n^est pas seulement le combat du corps contre ce corps ou de la matière contre la matière, non, si en effet cette matière est en jeu, Tame, de son côté, n'est pas inactive, ou plutôt il n'y a d'actif que cette aine, et le corps ne fait que lui obéir.
Alors, pourquoi cette boucherie? Pourquoi cette destruction de créatures? Pourquoi Tétre, comme l'élément, De se répare-t-il pas par l'élément? Pourquoi notre corps bit de matière, ne se nourrit-il pas de la matière ? Ou si une espèce est seulement faite pour sustenter ube autre espèce, si une créature a pour destinée d'en nourrir une antre, pourquoi veut-elle se soustraire à cette destinée ou à l'arrêt de la Divinité? Pourquoi fuit-elle? Pourquoi se défend-elle? Pi'est-il pas évident qu'en se défendant, c'est contre Dieu même qu'elle combat, contre Dieu qui Fa condamnée à être mangée, en condamnant l'autre a mourir de faim si elle ne la mange pas ?
Ces objections que nous nous sommes souvent faites, nous ont étonné d'abord , mais toujours nous y avons répondu : ce qui fait partie de la loi générale ou de Tensemble de la création , ne peut être dirigé contre cette création; et le bon sens nous indique que quelle que soit ici l'apparence, un être ne peut pas détruire un être. Qu'il en brise l'enveloppe ou ce que nous nommons le corps, c'est ce qui est indubitable; mais précisément parce que ce brisement des corps est incessant et inévitable, il faut y voir, non un symptôme de mort, mais un moyen de vie; et la destruction des êtres par les êtres doit, sur la terre où elle est générale, résumer une loi viviGante et offrir uA mode de développement et de croissance pour tons.
Si la nourriture de l'être était la matière brute ou IV 12
celle sur laquelle il marche , il n'aurait pas besoin de U rchercher.
Si rêtre dont il doit fiaire sa proie était inerte et livn^ partout sans défense ou sans ruse à son appétit, cett^ proie ici encore différerait peu de la matière ibrnte. Oc^ dira que tels sont les végétaux. Mais ces végétaux mémet^ il faut que l'être les cherche et les découvre, car evt^ aussi ont leurs moyens de conservation et de défense , eux aussi ont leur instinct. Â cet instinct , il faut en opposer un autre : les calculs et les efforts que font la animaux granivores pour ^e procurer ileur :naurritiire , ne sont* ni moins actifs ni moins intelligens que ceor qu^emploient les carnassiers.
'Que conclure de ceci ? C'est que Fêtre, quel qu'il soit, contraint de se nourrir non-seulement de ce qui a vie, jnais de ce qui a, comme lui, intérêt à la défendre, et qui a :pour cela adresse ou puissance., doit , s'il iveut irivre, acquérir l'une ou l'autre.; et c'est dans cette étude et les efforts qu'elle entraîne, que sa force se déploie et bientôt son intelligence.
(Là ne s'arrête pas l'impulsion donnée aux ressorts de son être. Comme d'assaillant il peut, à chaque instant, devenir l'assailli , c'est encore dans la défense ou le crainte d'être attaqué, c'est dans l'urgence d'échapper à un péril, c'est dans cette position violente, terrible même, que se développent surtout ses ressources iphysiques et morales. C'est là qu'il montre toute son énergie, car les aiguillons de la peur , de la haine , de la colère foooiionnent tour-à-tour à leur plus haut degré.
rlci encore se trouvent en présence deux forées on 4eux actions opposées. D'une part , la faim amenant Je désir^ le besoin, la nécessité d'une proie ; de l'autre , la crainte d'en servir. 11 est évident que ceci doit ,pf odui«^ des éivx côtés, pensée et action, et étendre cette pensée
et cette action autant que h nature de chaque ihdiyidu le comporte.
Supprimez ces causes de mouvement , comment , dans noire horizon terrestre et chez taiifl d'êtres bornés, s'exercera rintettigence? Que deviendraient, chez les animaux, leur instinct et leur adresse? Sur quoi se porteraient leur prévoyance, leur prudence, leur volonté? N'ayant plus rien à craindre , pas même la faim , ils n'auraient plus rien a vouloir. Ne voulant rien, ils ne feront rien. On le voit donc encore : si la volonté n'est pas l'être , c*est par elle que l'être se manifeste. Celui qui ne veut rien , dort, et dort jusqu'à ce qu'il veuille.
Âiusi , les besoins et la douleur sont , sur la terre , sinon le seul, du moins le plus puissant moyen de tenir les êtres en mouvement et de les condnirc à leur développement. Ce sont ces besoins qui ont éveillé , puis étendu et perfectionné l'odorat du chien , la vue de ^aîgle, l'ouïe du renard; et c'est la nécessité d'échapper ^ ces ennenûs qui a élevé , dans une proportion égale , ^ sens et l'instinct des animaux dont ils font leur pâture. Chez la victime , comme chez son bourreau , c'est ^^ crainte de la douleur , c'est le besoin , c'est la faim 9tii déterminent et maintiennent Tactivité de toutes leurs ^^cultés, qui leur en indiquent la portée, qui l'étendent ^t l'appliquent. C'est à cette nécessité de manger et de ^mbaltre qu'ils doivent leur intelligence et leur énergie; ^t cela est si Trai que, dans bien des cas , on pourrait ^blir la mesure de la force et de l'adresse de certains individus d'après la violence, la fréquence ou la délicatesse de leurs besoins. Les animaux qui se contentent de la iioorpiture la moins choisie ou la plus grossière, sont aussi les plus grossiers et les moins adroits. La cause en est ^mple^ obtenant partout cette nourriture sans effort et sans calcul, et dès-lors sans gf and ûéjfliAetàent
de moyens, leors sens, comme leur instinct, s'émooaseBt faute d'exercice sufGsant , et s'éteindraient tout-à-fait si cet exercice était complètement supprimé. Nous en avons la preuve dans les animaux qui ont long-temps été enfermés : rendus à la liberté, ils sont incapables de pourvoir à leurs besoins , et meurent de faim là où leurs analogues sauvages trouvent une pâture abondante.
Il en est de même de ceux qui , restés libres dans leur domesticité, ont été Tobjet de soins exagérés; et ce chien ou ce chat favori accablé de caresses et gorgé de viande, perd jusqu'à son instinct de race : il ne sait plus chasser, il n'a plus de jambes , plus de nez ; il n'est plus bon i rien.
La nécessité des besoins, et des besoins poignans,des besoins que la douleur aiguillonne et où la mort se montre, me paraît donc prouvée.
Sans ces besoins , non-seulement l'être n'agirait pas , mais il ignorerait qu'il peut agir : ce sont eux qni lui donnent la connaissance de lui-même. Sans eux, comment Taurait-il? Le sentiment de son être ne peut lui venir que de la sensation. Or, le besoin, le désir, la douleur, sont des sensations; et, nous venons de le dire, l'être qui n'a pas de sensations sommeUle, Celui qui ne peut en avoir n'est pas, ou il est comme ïd n'était pas , puisque privé de l'action présente , il n'y a pas pour lui d'action à venir.
Ce qui constitue l'être , c'est la faculté de vouloir. Ce qui constitue Faction , c'est l'emploi de cette faculté. Cet emploi n'a lieu et la vie ne se prononce que lorsque le besoin l'y force.
Que celte loi soit universelle, qu'elle dépasse les limites de ce monde sublunaire et atteigne d'autres créatures que celles qui habitent la terre, ce sont là de ces mystères que nous ne tenterons pas de pénétrer. Mais qu'elle
it générale ici-bas et qu'elle y soit nécessaire et l'ane s conditions attachées à l'existence de tout ce qui y t, c'est ce qu'il est impossible de mettre en doute. Ce qui , selon moi, ne peut pas y être mis davantage, !st que ce combat des corps contre les corps , cette straction de la forme par la forme et l'interveution de me dans cette lutte , intervention manifeste , puisque utes les passions , toutes les sensations y jouent un le, c'est que ce combat, dis-je, en tendant au progrès
l'intelligence, tend, par celar même, au perfectionneent de la forme qui n'est que la conséquence de l'état
Tame dont elle suit toutes les phases de croissance i de décroissance.
Mais ce n'est point là la question. Nous en sommes a la •ulenr, et nous venons de voir que son absence totale 1 un bicn-étre constant alourdissait les animaux et leur isait perdre à la fois leur vigueur et leur instinct : or, t effet est encore plus manifeste chez les hommes, homme toujours heureux , celui dont tous les désirs nt prévenus , tombe bientôt dans l'apathie et l'imlissance.
Ce sont les secousses de Tame qui en font jaillir les usées tenaces, profondes et créatrices. Que celui qui en de grandes douleurs morales s'interroge : s'il a pu résister, si la machine ne s'est pas rompue, son iniigence, j'en suis certain, y aura gagné. Des êtres terrestres , l'homme est certainement cdni i peut souffrir le plus ; nous en avons indiqué la cause, mimai ne souffre ordinairement que de la douleur préite , ce qui fait que , sauf des exceptions assez rares , souffrance morale est chez lui faible et courte; tandis e chez l'homme, ce qui la rend si poignante, c'est que t-elle exempte de peine physique, elle en voit toujours le dans l'avenir; et c'est ainsi qu'à son chagrin se
joint une crainte -dont rimngiaatioa lui crée une ceN titude.
C'est cette complication de la peur avec la souffrance et cette absence d'espoir qui porte rhomme à attenter à lui-même. Aussi le suicide est amené bien plus par h crainte du mal que par le mal même. L'attente d'une douleur est la pire des douleurs, et le véritable supplice du condamné est sur la route qui conduit à l'échafaud.
Ceci peut également s'appliquer au plaisir, et celui de Tespérance n'a bien souvent rien laissé à la réalité; bref, la joie ou l'horreur d'une chose a détruit par avance l'impression de cette chose.
Ajoutons que son effet dépend quelquefois moins d'elle que de nous, et que l'état dans lequel nous nous trouvons peut déterminer la puissance et jusqu'à la nature de l'impression que nous recevons. Nous nous éveillons joyeux et nous en ignorons la cause : levons les yeux , le soleil brille, un rayon a passé sur notre tête. En scra-t-il toujours ainsi?' Non: en vain le lendemain cette tête sera inondée de lumière, elle n'en restera pas moins soucieuse et courbée vers la terre.
Aux considérations que nous venons d'exposer sur la nécessité de la douleur , il faut en ajouter une , la plus grave de toutes et celle aussi que bous avons réservée pour la dernière : c'est que la douleur seule peut donaer à rêtre le sentiment de Téquité. C'est la possibilité de souffrir et de faire souffrir qui fait celle du juste et de l'injuste. Supprimez celle-ci, il n'y a plus que matière et néant; la preuve, la voici:
Qu'un être n'ait pas de besoins « il a'aura pas de désirs. Sans désirs , il sera sans passions , et par celï même incapable de bien, parce qu'il n'uura pas la puissance du mal. S'il ne peut ni le bien ni le mal , il ne peut en avoir la conscience, ou plutôt il ne peut riea;
iil ne ponnaît vien encore i^il ne pouvait que Fun^ m» '8tttl« , car sans liberté il n'y a pas de Tolonté. Sans: iberté ni volonté il n'y a pas d'action , et sans, action' 1 n'y a pas d'être intelligent ou d'individualité-
Cette vécité, ou l'impossibilité d'une conscience et d^Une ime rationnelle en dehors du sentiment de la douleur, ist si palpable, qull ne faut pas de longs commentaires K»r la démontrer; aussi n'en dirons-nous qu'un mot.
Nous ne mesurons et ne pouvons mesurer le préjudice « le tourment que nous disons éprouver à autrui, que »ar celui dont nous sommes ou avons été passible nous«- Qéme : d'où Ton peut induire que la croyance à une Bstice distributive ou à une providence appréciatrice du «en et du mal, n'a pu atteindre l'homme ou devenir chez ni une conviction qu'à l'instant où lui-même atteint par t douleur, it en a conservé le sentiment; car sans cette ouleur, sans la nécessité de la recevoir, sans le pouvoir IL la volonté de l'appliquer, il n'y aurait pi» besoin de i pour la punir.
Par cela même qu'il n'y aurait pas de châtiment pour 8 coupables , il n'y aurait pas de rémunération pour s bons, ou plutôt il n'y aurait pas de bons. Nul n'est éritant ou vertueux que parce qu'il peut ne pas Fêtre. ipprimez le vice, il n'y a plus de vertu. On: ne p«at mîsir là où il n'y a pas de choix; et pour établir une ikmié, il faut deux moy4!»s, deux voie» ouvertes,, deux >ssibililés.
La douleur est donc la base de toute conscience, de ote morale, de toute religion *,: elle est la eondkioa «mière de la croyance à un être vengeuc et: rémuaé* teur. La foi en Dieu est donc invariablement attachée ton existence. Annulez-la, c'est, pour lliomme, eooune
vous annuliez la Divinité, puisqu'elle n'a pkis d'actioni r kii; en&i , c'est annuler aussi la créature, puisque
cette action , elle ne l'a pins ni sur elle-méoie ni sur les autres. Et qu'est-ce qn'nne créature sans action? Nous Pavons dit : an mécanisme , un instrnment , une image, un mythe.
Quant au principe de la douleur on à sa cause première , bien qu'elle soit nécessiire à la marche de la création , nous ne pouvons dire qu'elle soit rœnvre da Créateur. Non , le mal ne peut émaner de Dieu prin'cipe de tout bien ; le mal n'est que la conséquence du mauvais emploi que l'être a fait de ce bien ou de la liberté qui lui a été donnée de choisir, liberté qui constitue son individualité.
Le mal n'existe donc point par lui-même, il n'est que lorsqu'on le fait, et l'individu seul peut le faire; et il n'en est aucun, fort ou faible, animal ou homme, qui ne le puisse dans la mesure de sa force et de son intelligence.
Le mal physique ou la douleur, ou cette susceptibilité de la machine corporelle qui rend, sur la terre, la souffrance à la fois si facile et si inévitable, est la conséquence du mal moral. Nul ne souffre que parce qu'il est coupable ou qu'il l'a été, ou bien parce que sa souffrance est indispensable pour le conduire au bien. Ainsi , la douleur est toujours une expiation ou une transition.
Si c'est une expiation , c'est la conséquence du mai que nous avons commis , c'est sa punition et sa réparation.
Si c'est une transition, ce n'est qu'une crise momentanée, crise indispensable pour déterminer une croissance et pour amener un bien-être qui, aussi, serait impossible sans son contraste.
Le mal n'existe donc pas pour le mal. Il n'a pas été mis dans les choses; il n'est pas même la nécessité de ces choses , mais bien de l'application que l'être en fait
soD tn
par suite de sa liberté sans borne , liberté qui cesserait d'exister si elle ne subsistait pas avec tous ses résultats bons ou mauvais, doux ou acerbes. Il est clair que Pâme qui use de la matière comme moyen d'ordre, peut aussi en user comme moyen de désordre ; mais aussi ce désordre oa cette attaque aux lois de Tensemble doit retomber , en dernier résultat, sur celui qui le provoque, car l'ensemble ne peut pas céder au caprice de chacun ; sinon la liberté ne serait que spécieuse: elle serait annulée de fait, parce que celle de Tun anéantirait celle de Tautre.
N'accusons donc pas la Providence de nos souffrances, et dans ces souffrances même, ne voyons qu'un principe d'avenir et de progrès. Dieu, père de toute croissance, a éveillé l'être en lui donnant la volonté et la liberté , et il a placé en lui la douleur pour le forcer à développer l'un et l'autre.
L'être, ainsi livré à sa propre action, s'est arrêté ou a marché : s'il a marché , tout ce qu'il a acquis , tous les degrés qu'il a parcourus, il les doit à lui-même et à ses efforts. Tout ce qui est en lui , tout ce qui est lui , ^ donc, grâce à la première impulsion divine, ne l'oublions pas, son œuvre propre. C'est la décomposition de la forme, ou ce que nous appelons la mort, qui permet à ^intelligence de suivre cette carrière ascendante et de s'élever dans l'immensité : décomposition que précède et qu'accompagne la souffrance, parce qu'ici encore elle est nécessaire pour déterminer l'élan de la vie, sa marche Yers la Divinité ou son incarnation nouvelle.
La douleur, même à l'heure de la mort, a son utilité. Là aussi, principe de recrudescence, elle nous ouvre la carrière du ciel ou celle de la terre. Ce n'est donc pas sans sujet qu'elle est partout dans la nature , et qu'assistaDt à la naissance du corps , elle l'accompagne dans toute sa vie et préside à sa mort.
Maintenant, résumons la question que bous. Tenons présenter et les conséquences qu'on peut en déduire.
La souffrance dite morale et la souffrance dite physiqi^^ émanent d'un même principe : la pensée ou la réflexion.
La douleur n'est pas dans la matière ou dans L^j corps , elle est dans l'esprit. Physique ou morale , elf^ suit toutes les phases de la pensée. Quand la pens^ faiblit, la douleur faiblit; quand la pensée s'arrête, Ja douleur s'arrête. Celui qui ne sait pas qu'il souffre, ne souffre pas. La souffrance est donc tout entière dans k conscience de la souffrance on dans le sentiment qu'en a l'ame.
La douleur , comme la volupté , n'est que l'extension ou la surexcitation de la sensation. Sass la sensatioo, la pensée se tait, l'action s'éteint, la vie devient inerte: vivre c'est exister intellectuellement, raisonner c'est appliquer logiquement la sensation. -
L'ame isolée de la matière ou inattaquable par la matière , est en deiiors des sensations ; elle ne peut ni souffrir ni jouir. Pour que l'âme pût devenir sensible au contact de la matière, il lui a donc fallu un corps matériel.
Ce corps alors devient vulnérable par le moyen de l'ame, et l'ame le devient elle-même par l'intermédiaire du corps; en d'autres termes, la sensation^ le plaisir ou la douleur, ne peut agir sur le corps que par l'ame, et sur l'ame que par le corps.
La mort, comme l'évanouissement, comme le sonmeil profond ou léthargique, n'est que la. suspension' de la sensation ou de la faculté de souffrir, on bien encore de la pensée.
Si la matière n'est pas susceptible de doulenr , il est impossible de concevoir 1» douleor sans cette pens^ 6t de séparer l'une de l'autre.
Mais aussi cette douleur qui ne peut exister sans la pensée, cette douleur ou la crainte et le désir qui n'en sont qu'une dérivation, sont nécessaires pour maintenir la pensée, pour l'appliquer et la forcer à agir.
C'est donc lu douleur qui développe Tintention et dé^ termine l'action sans laquelle la vie ne serait qu'une faculté et non une suite d'œuvres. /
Supprimez la douleur, et tout est immobile, parce que l'action de la vie ou de l'intelligence n'est que la con-* séquence de cette douleur ou de la faculté de l'éprouver. Si une inquiétude, une torture incessante n'agitait pas l'être grand ou petit , faible ou fort , cet être , plongé dans un engourdissement torpide, différerait peu de la matière inerte. Chaque pas qu'il fait dans la carrière , c'est la douleur qui le force à le faire.
C'est donc toujours et partout le même moteur qui active la vie. L'être est en mouvement parce que sa volonté d'y être est continuellement excitée.
C'est la souffrance qui nous fait connaître et mesurer notre individualité; c'est elle qui nous reporte sur nous- Odême. C'est par la première douleur que l'enfant apprend ^u'il existe ; c'est par elle qu'il a le sentiment et la preuve de lui-mênxe; et ceci s'étend à toutes les formes animées : il n'est pas possible d'imaginer une créature invulnérable ou insensible qui, sur la terre, puisse dire: ie suis,
La souffrance ou la crainte qu'elle inspire est non moins indispensable pour mettre l'être en garde contre les dangers qui l'environnent. L'individu qui ne serait averti ni de ses besoins ni de ses périls , ne pourrait pas vivre, parce que sans la prévision de ce qui lui est utile ou de ce qui lui est nuisible , il ne pourrait, ni trouver l'un ni éviter l'autre.
De la douleur émane la progression. Si tout corps vi-
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Tant est susceptible de douleur, tout ce qui vil est susceptible de perfectionnement.
Snns la douleur, Têtre en serait encore au point où il ëtait au jour de son réveil, c'est-à-dire au premier degré de l'échelle, an premier pas de la vie intellectuelle, et conséquemment à la forme la moins complexe ou la pins imparfaite de la création.
Si la isensibilité ou la faculté de souffrir est ce qui, dans toutes les positions , détermine la croissance de l'être, c'est aussi la mesure de celte sensibilité qui exprime celle de Taplitude ou de l'intelligence; et si nous ne sentons rien de ce qui est hors de nous que par un retour sur nous, ce sont les conséquences que nous tirons de cet effet et de son impression, c'est l'application juste que nous faisons de l'extension de nos pensées et de notre expérience, qui constitue le mérite de l'œuvre et le rang intellectuel de l'individu.
La douleur sert ainsi à moraliser sa pensée et sa volonté ; elle est la base de toutes ses vertus , car sans elle toute idée d'un devoir envers autrui serait impossible. Il est vrai que la pensée de lui nuire le serait aussi, car la bonne comme la mauvaise intention , ne naît que d'une possibilité d'application présente ou passée.
Mais il n'en appert pas moins que si l'être ne pouvait ni recevoir ni appliquer la douleur, il ne pourrait pas concevoir le mal ni par conséquent le faire ; et le mal lui étant interdit , le bien le lui serait également. Celui qui ne peut ni le bien ni le mal , ne peut rien : c'est une machine et non un être. Le sentiment du juste et de l'injuste ne peut donc dériver que de celui de la douleur.
Si c'est la possibilité de la douleur qui fait celle du juste et de l'injuste, c'est elle aussi qui prouve l'existence d'un pouvoir vengeur et rémunérateur ; c'est elle enfin qui nous a révélé une autre vie.
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Cependant le mal n'émane pas de Dieu , le mal n'est pas dans les choses ; il n'est que dans les actes ou dans la Tolonlé ; et cette volonté du mal ne peut apparaître que chez la créature , elle est la conséquence de son libre arbitre.
Le mal physique ou la douleur est donc né du mal moral; il en est la punition: il l'expie, il le répare, et onrre une nouvelle voie à l'être. Expiation ou transition, c'est en préparant un bien qu'il punit un mal. Ce que nous souffrons vient donc toujours de ce que nous avons fait souffrir. Semblable au glaive qui se retourne snr celui qui l'a tiré , le mal revient tôt ou tard à son auteur.
Ainsi, la douleur est le pivot sur lequel fonctionne la vie snr la terre; elle y est le mobile universel. Nonseulement rien n'y est visible sans elle, mais rien n'y est possible, pas même le plaisir. Il n'est aucun acte, aucune <ftuvre où elle ne se montre comme cause ou comme effet, l^hilosophie , morale et religion , puissance et charité , crime et vertu, force et faiblesse, espérance et foi, elle ^t dans tout. Supprimez-la , il ne reste que Dieu en bce de la matière.
SOUPÇONNEUX. Nous avons parlé du minutieux; ^e soupçonneux n'en est qu'une variété mauvaise , car t^homme qui soupçonne partout le mal , s'il n'est pas ligri par le malheur , s'il n'a pas été victime , s'il est mfîn naturellement soupçonneux, n'a pas au cœur beau- M)op de bien. L'on juge d'abord les autres d'après soinéme, et l'on craint d'eux ce qu'ils pourraient craindre le nous.
Je parle ici du soupçon qui naît sans preuve et à :ont propos, car l'absence entière de méfiance, de celle
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que Pexpërience justiGe , deviendrait de nmprévoyaDce ou de la faiblesse.
L'homme soupçonneux ne croit point au bien [MMir le bien , ni même au bien pour peu de chose ; il preid toujours la pincette du mauvais côté.
L'enfant est rarement soupçonneux; quand il Test, c'est moins par sa nature que par les circonstances. Dans tous les cas, il ne faut rien négliger pour le guérir de cette disposition fâcheuse qui empoisonnerait sa vie et celle de tous ceux qui l'approcheraient.
L'homme constamment défiant est souvent dupe. Âmaat ou époux, toutes les chances sont contre lui, et il faudra une grâce d'état pour qu'il ne soit pas ce qu'il craint d*être.
Presque tous les écrivains médiocres sont soupçonneui: toujours ils croient qu'on leur a volé leur pensée, même avant qu'elle ne leur soit venue ; et la chose est possible, car généralement ces sortes d'auteurs n'ayant que les idées des autres ^ il n'est pas étonnant que ces autres aient les leurs.
Sous la révolution , et plus tard sous l'empire , le soupçon fut à l'ordre du jour : c'était l'esprit du temps. Il y avait plus d'espions que de magistrats. Le chef du gouvernement n'était pas dans une position à avoir une confiance aveugle dans son entourage; aussi ne Tavaitil pas. Malheur à celui qu'il avait, à tort ou à raison » soupçonné une fois, jamais il n'abjurait entièrement son idée première.
Ctst par un soupçon qu'i^ se fit un ennemi de MoreaUt puis de quelques-uns de ses maréchaux, et enfin de Marie- Louise elle-même qu'il blessa en soupçonnant son père peut-être trop tôt. Je ne dis pas que sa femme le tfabik et le livra à ses ennemis , mais elle ne fit certainement rien ponr l'en préserver ni même pour adoucir son sort