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De toos les rois , il n'y en a jamais eu de moins KHipçonneux que les Bourbons, depuis Louis XIV exclu- ÎTement; encore celui-ci ne le devint-il que parce qu'on e fit tel à la fin de sa vie et contre sa nature.
Le soupçon , comme Ta varice , a quelquefois sa spéâalité: tel avare se méfiera de tout ce qui a trait à Km or, rien de ce qui touche à son honneur ou à sa enme y et pourtant personne ne songe à Pun et tout le noade voit qu'on lui dérobe Fautre.
J'ai déjà cité ces amateurs de tableaux , d'antiquités , k livres, laissant chez eux bijoux, or, argent, billets à Pabandoo , mais ayant les yeux sur les poches et les nains de celui qui vient de traverser leur galerie ou leolement d'en regarder l'entrée.
Les amateurs de fleurs sont presque tous faits ainsi : partout où ils voient une rose dans un vase ou à une iK)iitonnière , ils croient qu'on la leur a volée; et si, Mur hasard, il en manque une à leur rosier, ils ne doueront plus da crime , et vous êtes pour eux , dès cet Dstant, un homme capable de tout, un malfaiteur.
Telle femme ne soupçonne que ses domestiques. Aussi lepuis vingt ans, après les avoir renouvelés cinquante ois , n'a-t-elle jamais eu que des fripons. C'est qu'elle todrait tels les plus honnêtes , et qu'en mettant tout ions clef, mime le pain et le sel, elle leur donne l'envie Krésislible de voler.
La manie du soupçon , cette défiance exagérée , est «rtout fâcheuse dans un père de famille, parce qu'elle ie gagne, et que du père elle passe aux enfans.
Quelquefois aussi elle produit l'effet contraire ; et , thoqués de ce vice dont ils ont souffert , ces mêmes ates deviendront insoueians et laisseront tout à l'aimdon.
n y a ici, comme en toute chose, un juste milieo è
saisir, et en ménage comme en gouvernement, en monle comme en politique, il faut se souvenir de cet axiome: rien de trop.
SOUPE. C'est un préjugé comme les autres, et spécial aux Français qu'à quelque peuple que ce soit. Renversez le trône, renversez l'autel, anéantissez la république , suspendez ses droits de citoyen , ôtez>1ui le suffrage universel, ôtez-lui tout, mais laissez-lui la soupe, il croira n'avoir rien perdu ; que dis-je , alongez-la loi d'une pinte d'eau , et il croira avoir tout gagné. Aussi en France jouit-on , dans toute sa plénitude , du droit de soupe. On en donne aux cnfans , on en donne aux hommes, on en donne aux chiens.
Ce n'est pas que je prétends que ce leur soit nuisible ; je dis seulement que cela n'est ni meilleur ni pire qu'autre chose, et j'ajoute que quand tel ménage qui, chaque jour, de huit heures à midi, n'a jamais eu d'autre pensée que la soupe , se trouve , à soixante ans , avoir passé dix bonnes années à écumer son pot, le dit ménage aurait pu employer son temps plus utilement.
Sans doute ne mange pas de soupe qui veut , mais qui veut aussi ne se dispense pas d'en manger. Essayez un peu dans un grand repas de province, une noce par exemple, d'y échapper, vous verrez si c'est aussi facile qu'on le pourrait croire. Cela l'est si peu, que si vous résistez jusqu'au bout , je vous tiens pour un homme largement pourvu de courage civil.
Suivons la dite soupe dans tons ses mouvemens iosinuateurs , dans ses allées et venues , ses marches et contremarches , dans ses tours , détours et retours. D'abord, elle vous est présentée par un laquais, vous la refusez. Celui qui sert vous dit : « Vous n'avez pas de
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Mipe. — Je n'en mange pas, rëpoudez-vous. > Mais elle it dëjà en route. Un second refus vous en débarrasse.
Une minute après , vous entendez la maîtresse de la laison qui crie : « Monsieur n'a pas de soupe. • On vous n apporte; vous la repoussez encore. Alors, s'adressant ircctement à vous : « Comment ! vous ne mangez pas e soupe? — Non , madame , jamais. — Un voici bien eu. » Et l'assiette part. Vous remerciez et ne la reevez pas.
Vient ensuite précisément le même dialogue avec le MÎtre de la maison.
S'il y a là une mère , une belle-mère , Tescarmouche le tarde pas à se rengager avec Tune ou Tautre , queloefois avec toutes les deux. Votre résistance vous sauve e rechef, et vous vous croyez vainqueur. Mais vous ous flattez trop tôt, le plus grand danger est proche:
vous n'avez pas les yeiix sur vos voisins, ils n'auront is manqué d'en demander pour vous, et tandis que Dus vous défendez au loin , ils vous auront officieuselent glissé sous main la chose; et quand vous vous fécitez de la victoire, quand vous croyez le danger passé, )as vous trouvez en face du potage malencontreux qui )us est tombé comme du ciel.
C'est alors que vous perdez la tête , et qu'oubliant nt de généreux efforts , vous avez la faiblesse de la iDger et de prouver ainsi que vous étés un homme iDs volonté ni courage. Ici encore on peut dire : tout t perdu fors la soupe , car dans votre colère , vous ivez mangée jusqu'à la dernière cuillerée.
SPECTACLE. C'est un bien beau jour pour la ville î *** que le 5 septembre 1827: tout y est en moyveent, tout ) paraît en fête, et cependant ce n'est ni la
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St.*Loiii8 ni la. St^NâpdéoB^ et ce n'ëtaît pas. même on dimanche.. C'est mieus qoe cdai» H y* a speeladft gratis: on y exéoutei un; homme.
Jean Flipot^ polisson de rue^ qa'on voit toujoAUSile pnemier à toutes les représentations en plein ventif. n'avait garde de manquer celle-ci, et dès Taurore il s'est mis en marche pour y assister; mais comme il a trop flâné en route, quand il arrive à l'entrée de la place, l'échafaud est déjà entouré d'une foule immense. Ceci le déconcerte un peu ; toutefois il ,ne perd pas courage et s'aidant de ses pieds et de ses mains il arrive jusqu'au centre de la foule; il est d'ahord fort content de se trouver là, bien qu'il étouffe et n?y voie rien; mais enfin il n>st plus au dernier rang.
Cependant sa satisfaction n'est pas longue, et on voyant encore tant de gens devant lui et placés mieux que lui, il sent qu'il ne peut rester où il est»
Le voilà donc de nouveau en mouvement. Après des efforts inouïe, les vêtemens déchirés et le corps noir de bourrades, il se voit enfin au premier rang. Sa joie est indicible: il touche presqne l'échafaud.
Il a joui un grand quart d'heure de sa félicité; il a avidement considéré la machine près de laquelle il a une place d'honneur , place qu'il compare à celle do garçon de noce dans un mariage; enfin.il était heureux, lorsqu'un des gendarmes, gardien de l'instrument, fatigué de tourner autour, s'arrête juste devant lui. Quel crèreeœur!
Cependant ce malheur n'est pas irréparable,, car pac la raison que le bon gendarme s'y est mis, il y a chance qu'il s'en ôte. Un gamin sait mieux que personne qu'on ne reste pas toujours au même lieu ; maïs le mouvement tardait à se faire. Dans son inquiétude, mon Jean Flipot commençait à peser snr son voisin de
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PoUe pour que celui de gauche entrant dans le vide a'il laissait, le poussât lui-mêkne en avant La manœuvre allait réussir, quand un piquet de fianissins se déployant en haie forme, pour ses voisins 3mme pour lui, éclipse totale de l'échafaud et de qui oit se placer dessus.
Après tant de peines et de travaux, c'était mal Gnir. îon, jamais candidat qui a préparé six mois son élecioQ et qui, en résultat, n'a pas dix voix, n'eut le cœur lins gros , plus ulcéré que mon pauvre Jean.
Dès ce moment , toute son ambition, sa pensée unique ^ de se glisser entre deux soldats.
Le hasard le sert; il y est, et le hasard encore fait itt'on Ty laisse. Oh! comme il verra bien! rien ne pourra iui échapper: le patient, le bourreau, le couteau, il a tout cela sous les yeux, presque sous la main.
Mais voici que les aides arrivent, ils montent sur la machine même où ils se posent fièrement. Ceci donne à réfléchir à mon amateur; il n'est pas le^ mieux placé, tant s'en £aut; en voici deux qui le sont beaucoup mieux que lui , non saittl^^ment ils verront de phis près que tout le monde, mais ils auront encore la vue de tout C8 monde. Quelle différence avec lui qui ne voit que la inachine et deux gendarmes.
Le pauvre gamin est maintenant aussi malheureux que ^nd il était au dernier rang. « En voilà-t-il des privilégiés , murmure-t-il dans sa rancune jalouse, ils n'ont ^ qu'à se montrer ceux-là ! Est-ce qu'ils vont rester là Wqs debout, par hasard? Tiens, en voilà un qui monte SQr une boîte, mais ça ne doit pas être permis, pas plus- ^ de monter sur des chaises! 11 n'y a donc pas de police ici? Â bas! à bas!!
Telles étaient ses plaintes qui se perdaient dans le brouhaha d'une foule immense placée derrière lui.
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Ah ! s'il n'avait pas peur d'être arrête, comme il senit bientôt sur l'instrument ! mais il n'ose , et pourtant il est si près. '
Tandis qu'il est combattu entre le désir de s'élancer en avant et la crainte d'être rejeté en arrière, voici un espoir qui renaît en lui, car l'ambition est ingénieuse en consolation: si son bonheur voulait, se dit-il à part, que le. troisième aide n'arrivât pas, ou que, par une négligence des premiers servans, il y eut quelque chose à balayer, à laver, à essuyer, enfin une corvée que les valets mêmes dédaignent de faire. Si ceux-ci semblent réclamer une assistance, faire un appel à une bonne volonté, s'ils paraissent enfin désirer quelque chose, avant même qu'ils n'aient parlé, à leur première parole, à leur premier geste , il répond : me voilà ; et il est déjà à côté d'eux , et sans même attendre qu'ils aient accepté ses services, il s'empare de la besogne.
Ne croyez pas qu'il agit par intérêt, qu'il se fera payer; il n'y songera même pas, et s'il avait de l'argent, c'est lui qui paierait. Il est trop récompensé par la place oè il se trouve, il est au comble de ses vit^x. Dans sa féli* cité, il a oublié qu'il n'a pas mangé depuis la veille. ]
Ici l'on pourrait interrompre notre récit pour dire que Jean Flit)ot est un être idéal ou du moins un type exceptionnel. — 11 est si peu idéal, si peu exceptionnel, que là autour de cet échafaud, si les aides avaient eu besoin de quarante sous-aides, de cent, de plus encore, ils les auraient trouvés à l'instant même. Oui, cent badauds tout prêts à se donner ainsi en spectacle , s'y seraient précipités.
Arrivés là, si tous n'eussent pn s'y tenir, s'il n'en ent fallu que la moitié, ils se seraient battus pour les places, oui, égorgés pour Thonneur de s'asseoir sur les marches de la guillotine, et pouvoir encore ici dire: « J'y étais,
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étais le mieux place ; j'ai vu rhomme comme je vous ois , et touché le bourreau comme je vous tduche ; il rait un gilet rouge et une chemise blanche, avec une ueue. Ça faisait deux bien beaux hommes ; seulement , \ n'ai pas remarqué celui qui a coupé le cou à Tautre. » C'est, d'ailleurs, ce qu'il n'a pas cherché à éclaircir; ela ne le regardait pas. Il était venu pour voir couper me tête, on en coupe une, il n'a rien à dire, le pro~ ;ramme a été rempli. Seulement, il aurait bien murmuré, nen crié, bien battu du pied, si l'on n'en avait pas coupé, »r, selon lui, c'eut été tromper le public.
J'ai dit que c'est une tête qu'il voulait voir tomber, st que le reste de la personne lui importait peu. En ceci je me trompe : il aurait trouvé la fête plus piquante, si c'eut été le condamné qui eut décapité le bourreau, et s'il en avait eu le choix, c'est ainsi qu'il eut terminé la pièce. A moins, toutefois, que le bourreau et le patient ràinissant leurs efforts , n'eussent saisi le curé pour le iDetlre sous le couperet, ce qui eut porté sa joie à son comble, non qu'il en veuille au curé, tant s'en faut, il est même fort disposé à lui rendre service, mais c'est «ïu'à ses yeux c'eut été tout-à>fait drôle de voir couper VDe tête ayant une calotte.
Tel est l'enfant des rues , tel est le peuple , car le peuple est et sera toujours enfant; c'est ainsi que Ta bit notre civilisation.
Voyez : Emeute et émeutier, gouvernement^ etc.
STYLE. Celui qui a dit le premier: le style c'est ^hùmme, a fait bien des sots. En effet, pour être homme. On veut se faire un style; et pour s'en faire un, on débit la langue.
De là tant de mots bizarrement enfilés arrivant, en
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gros volume , à ne dire cpie ce que tout le noBde a dit, 011 ce qui est pis, à ne rien dire du toult.
Avant d'écrire, il me semble qu'il faudrait avoir qudqu chose à écrire, et ne pas séparer le style de la pensée, car la pensée est Thomme au moins autant que la manière de Texprimer.
Sans doute cette manière peut ^tre lâche et proliie; on en a des exemples. Si c'est là Thomme, il n'est pas beau , mais il y a remède à tout , et à Taide des amis et des connaissances, on peut toujours refaire la phma et rendre net et concis ce qui était flasque et diffs. Dans ce cas, ponr parler exactement, il faudrait dire: le style c'est V^homme et ses amis.
D'après ceci, notre style, de même que nos hadbttadeB et nos goûts, nous viendrait un peu de tout le monde; et j'ai remarqué que, ce qu'on appelait le cachet d'ut auteur n'était parfois rien autre que le retour des mènes mots, des mêmes phrases, des mêmes pensées, répétant à chaque page ce que les gens sans style ne metteBt ordinairement qu'à chaque feuille.
Quoiqu'il en soit, si quelqu'un* a réellement un style caractéristique, un style qui lui ressemble, ce doit être l'écrivain qui songe le moins à s'en faire un , quelqu'ei* prit original disant bizarrement ce qu'il pense, ou* plutôt pensant bizarrement ce qu'il dit. Alors, si ce n'est pas tt l'homme tout entier, il y en a au moins quelque chose.
Un auteur peut avoir en lui un style tout fait, ud style qui tombe de sa plume comme la pensée de son cerveau , style enfin qui tout d'abord se formule netlement et auquel il ne >peut rien changer sans le rendre pire. Ces écrivains improvisateurs sont rares et se distinguent toujours par un cachet d'originaEté : lels furent Montaigne et Rabelais.
D'autres, que la surabondance de leurs pensées iétodfe,
obligés de les jeter à pleine main sur le papier ,
de les passer au crible ou d'en faire un triage. $'il )ien fait, ils trouvent un style dans ce fouillis, et un bon style. Ainsi Grent Rousseau, Buffon, Châteauid et la presque totalité de nos bons et grands 'ains; tandis qu'une foule d'autres ne sont devenus rands ni bons, parce qu'ils eurent la prétention de
écrire du premier jet , prétention d'ailleurs très- Dode , toute favorable à la paresse et dès-lors à la ocrité , car le génie lui -^même ne fait rien sans 3 ou sans travail.
difficulté pour un homme qui se croit du mérite lus encore pour celui qui en a véritablement, n'est d'écrire; car en quoi écrire consiste-t-il , si l'on ne rde ni à droite ni à gauche? À laisser courir sa ée dans sa tête et sa plume sur le papier; c'est «un s-temps, une simple rêvasserie, bref, un exercice de ur ou de convalescent. Mais relire et corriger, mais er , voilà vraiment un travail , un vrai métier de Buvre et de galérien.
!St même pis , car c'est se découper de sa propre :, se taillader, se morceler soi-même, se traiter comme Ion traita Marsyas, se mettre la chair au vif; c'est
être son propre bourreau. Or , s'il est beaucoup ens qui le tentent, il en est fort peu qui le fassent, 1 premier coup de scalpel ils disent: assez; et c'est
que le style c'est l'houime , si l'on veut , mais ime qui n'est ni rasé ni peigné.
YLE RËVOLUTlOimVAIRE^ ORATEURS DE CONVENTIOIN. Que le style soit l'homme , c'est Ue, venonsHnous de dire; mais ce qui est plus clair re , c'est que sans faire l'homme , le temps ou k
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circonstance fait souvent le style; et Cicéron , sous le règne de Tarquin , eut parlé tout autrement que sous celui d'Auguste.
En politique et surtout en révolution , si l'on jugeait les hommes par leur dire et leurs écrits , on se tromperait souvent.
Robespierre, qui ressemblait peu à un agneau ou à ui philanthrope, n'a jamais ou presque jamais mis en avant de maxime sanglante , et la plupart de ses discours { prêchent Thumanité et le patriotisme le plus par. El voici des preuves:
« Quel ami de la patrie , disait-il à la Convention lej 8 thermidor, peut vouloir survivre au moment où il n'etf plus permis de la servir et de défendre l'innocence opprimée? Pourquoi demeurer dans un ordre de choses oèj l'intrigue triomphe de la vérité , où la justice est mensonge , où les plus viles passions occupent dans ki| cœurs la place des intérêts sacrés de l'humanité? •
Qu'on ne pense pas que la peur le faisait parler aioa;! non , à l'époque âe sa puissance , pendant ces jours ilj il se vautrait dans le sang, il s'exprimait de même.
D'ailleurs, je cite ces phrases entre mille; on lesic^l contre à chaque page de ses discours politiques, mên ceux qui soufflaient le meurtre et signalaient les victioMs';! mais l'hyène aime à lécher sa proie.
D'autres , au contraire , étaient prodigues d'image! 1 atroces : leurs discours , leurs proclamations faisaleot frémir , et ils ne versaient que peu ou point de saogi André Dumont est de ce nombre; il y en a encore d'autres.
Le sang était la figure à la mode, Timage fovorite de l'éloquence du moment.
Barrère disait : « Le vaisseau de la révolution ne peot arriver au port que sur une mer de sang. »
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St-Jnst: « Un révolutionnaire doit être prêt à mar-
er dans le sang et dans les larmes. »
Chaumette : « Les hommes qui font couler des flots de
Dg doivent nécessairement être submergés par le sang. »
« Donnez un verre de sang à ce cannibale , disait
srgniaud en montrant Marat; il a soif. »
Robespierre montant à la tribune et ayant la gorge
abarrassée, Garnier (de TAube) lui cria: « Le sang
! Danton te sort par la bouche. »
Poultier , en parlant de Lebon , disait : « Il a sué le
«ïg. -
« C'est lui , répétait Legendre en montrant Carrier , '€st lui qui a rougi laT mer par le reflux ensanglanté e la Loire. »
La faux , la foudre , la bâche , la torche , la massue (lient encore des images fort en vogue et plus ou moins cureusement employées.
CoUot d'Herbois disait: « Qui de vous n'eut voulu néantir ces traîtres et donner à la faux de la mort un Mmvement tel qu'elle ait pu les moissonner tous à la Dis! »
• Les voyez-vous, s'écriait Courtois, ces dévastateurs mçant la torche dévorante sur les monumens des arts t du génie? »
n ajoutait: • 0 Lyon, cité fameuse, quel est donc ce tOQveau Gengis qui , la bâche et la foudre à la main , 3iid sur tes murs! »
n dit encore : « L'instrument terrible de la mort , omme une plante vénéneuse , s'est reproduit sur tous is points de la République. »
A une autre époque, il attaque les démagogues : « Où
)nt-ils ces animaux qui se sont disputés pendant une
mée les lambeaux palpitans de la patrie , ces vils
umqaes blessés de la puissance des puissans? »
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C'est encore lui qui s'écriait: « C'est la conspiration de la sottise et du crime contre le génie ti la verto. Craignez que ces désorganisateurs ne vous offreat bientôt pour nourriture que les cadavres de leurs victimes. »
Isnard répondait au peuple qui se plaignait de n'avoir pas d'armes pour repousser les étrangers : « Vous n'afei pas d'armes, prenez les os de vos pères et frappez. >
Voici encore une phrase d'Isnard : « Les foudres de Rome s'éteindront sous le bouclier de la liberté. »
Puis il ajoutait : « 11 faut que la masse des citoyens forme un colosse puissant qui, debout devant les nations, saisisse d'un bras exterminateur le glaive national, et le promenant sur les terres; et sur les mers , renverse les armées et les flottes. » . . . 'î
Au milieu de tout ce pathos et de ces images oairidicules ou sublimes , on entendait parfois des mots fiiù et piquans , et quelques orateurs maniaient fort bien l'épigramme. Les jeux de mots même n'étaient pas lédaignés.
Quand Lafayette perdit sa popularité, on le sumomai Gilles-César.
La réunion de Bamave aux deux Lameth , après la mort de Mirabeau, fut appelée le triumgueuêat..
Un autre triumvirat fut ainsi dépeint:
Connaisôe»- VOUS' rien de plus sot :
Que Merlin, Bazire et Chabot?
Non, je ne connais rien de pire
Que Merlin, Chabot et Baaire; -,
Et personne n'est plus coquin \ . ■' ..
Que Chabot^ Bazire et Meiiin. ,
Jean Rewbel étant membre du Directoire, son bean** frère s'appelait Rapinat^son secrëtairo Forfait «.«t soi
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oint Grugcoo. On disait que Forfoit était le positif,
nnat ou Grugeon le comparatif, et Rewbcl le su-
latif.
Tout le monde connaît ces quatre vers :
Ce bon Suisse que l'on ruine Voudrait bien que Ton décidât Si Ra|iinat vient de rapine Ou rapine de Aapinat.
Ces face'ties prouvent-elles que Merlin, Bazire et Chabot dent sots et coquins; que Lafayeltc était un Gilles; rnavc et les deux Lameth des gucnx; Rapinat, Forfait Grugeon des pillards^ Pas le moins du monde. Peut- % parmi ces hommes s'en trouvait-il de très*honnétes ; lis la rime n'en porta pas moins son coup , et son et dure encore. ^
Le mot sans^culotte fut bie& sonvent employé de la ïnière la plus comique. Maribou , conventionnel , reoehait à Fourcroy le long silence qu'il gardait. Colui- . se moquant de lui, lui doima pour excuse la nécessité 1 il était de pourvoir, par son travail, a la subsistance i sans-culotte son père et des sans^îulotte ses sœurs. Quelques chansons eurent aussi, à cette époque, une Qaeuce politique qu'on pourrait à peine croire aujour* lui. Je ne parle pas de la Marseilîaise ni du Réveil du uple, mais du Ça ira, des Chemises à Gorsas et autres liseries. A quoi attribuer leur succès? Ce qui donna' H à cette dernière fut un mot dit à la tribune par i^ nventionnel Gorsas, qui prétendait que tout ce qui avait partenu à la famille royale était propriété nationale, conluemment qu'on devait arrêter le bagage de Mésdamp$ li éffiigraient, car la nation, njoutait'il., pourrait s'écrier; • us emportez mes cheniisèB, Le lendemain pànil Jal chtnk^
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soD , depuis devenue historique. Elle était d'un nommé Marchant , chansonnier royaliste , qui écrivait dans on journal intitulé : les Actes des Apôtres.
Cette chanson voua Gorsas nu ridicule et frappa de mort son parti.
Ânacharsis Cloots, baron prussien, devenu conventionnel français , s'intitulait Torateur du genre humain. Le peuple, estropiant son nom, le nommait Canard-six, Il s'était déclaré Fennemi personnel de Jésus-«Christ. Robespierre prit la défense de Jésus-Christ qui eut en lai un singulier avocat , et envoya le pauvre homme à féchafaud. Il n'était que ridicule et peut-être un peu fou, il ne méritait pas la mort.
Parmi les plus étranges folies de la révolution , fut la religion inventée par Chaumette, ou le culte de la Raison. Une prostituée, louée à la journée, était promenée dans les rues, puis placée sur l'autel, et on l'adorait. Mais le pire était qu'on contraignait de très-honnétes femmes à jouer ce rôle et à être ainsi, demi-nues, offertes au regard de la foule.
On cite la fille unique d'un relieur de la rue du Petit- Pont, jeune personne de seize ans, qui mourut de penr à la suite de cette apothéose.
Momoro força sa femme , belle et pieuse , à jouer ce rôle. On la vit placée sur l'autel de St.-Sulpice, pâle et versant de grosses larmes.
Ces pauvres déesses n'étaient qu'à plaindre , snrtont lorsqu'on les divinisait de force. Mais il apparut, à cette époque , une classe de femmes dont aacnne histoire n*t donné le modèle : c'était ce qu'on appelait les tricoteusa. Elles allaient dans les tribunes de la Convention pour applaudir aux motions les plus incendiaires. Ces femmes étaient payées, et pour gagner double journée, elles tricotaient pendant les séances: de là leur nom.
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SDt, plus tard, un troisième métier également iî'était d'accompagner les victimes à l'ëchafaud Djurier. Alors , on les qualifia de harpies , de lis le peuple leur donna un nom plus caracil les appela lécheuses de guillotine.
ise fort étrange , c'est que la plupart de ces e sang étaient de mœurs très-douces, lait galant, aimable et fort bien vu des femmes, le féroce Danton, avait un amour passionné mue, et il n'est mort que parce qu'il ne voulut Iter.
irre, rentré chez lui, s'occupait de fleurs, de , chardonncrels , et aimait d'un amour plate- -on , la lille d'un menuisier chez qui il det avait l'intention de l'épouser, vaut la révolution , n'avait jamais passé pour : méchant ; c'était un chimiste instruit et dont es jouissaient d'une certaine estime. Comment isi subitement transformé en béte féroce? En ;n pérorant : l'encre ennivre comme le vin. I fait consigné dansi les mémoires de là révoqui serait incroyable s'il n'était pas vrai : gniac de St^rMéard, échappé au massacre des t paraître une brochure intitulée : Mon ag<mie huit heures , onze jours après sa sortie de Cinq jours plus tard, elle fut mise en vente, e le 20 septembre 1702. Curienx de savoir ce sait Marat, il lui en remit six exemplaires et i le voir pour connaître son opinion. Mârat 'il l'avait lue avec le plus grand intérêt; seal'il était fâcheux qu'il eut cherché à apitoyer sur le sort du mercenaire Reding, et qu'il ent I bénédiction de l'abbé Lenfant.
a frappé de stupeur en songeant qae presque
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tous ces hommes qui ont laissé une si horrible célébrité sont morts avant quarante ans, quelques-uns arvant trente, et leur règne politique n'a duré que deux à trois ans et souvent beaucoup moins.
Voici, d'ailleurs, une remarque d'autant plus carieuse qu'elle est exacte: sur soixante- trois présidens delà Convention nationale, vingt-deux furent mis hors la loi, seize furent guillotinés, trois se sont suicidés, huit ont été déportés , six emprisonnés à perpétuité , quatre devenus fous sont morts à Bicètre, deux seulement moarurent tranquillement.
Ce mot de Mirabeau : « La révolution, comme Saturne, dévore ses enfans, » s'est donc vérifié en tout point.
SUFFRAGE UNIVERSEL. (Octolyre 1848). Qadqu'an a dit: le peuple a tué la nation. Cette expression est ▼raie, car le peuple n'est pas la nation. Le peuple est la matière propre à en faire une.
A cette proposition tant soit peu hérétique, n'alla pas crier rétro. Ayez patience , et vous verrez que je n'ai pas tort.
Prenons les choses dès le principe. Qu'est-ce que le peuple? Est-ce la partie ignorante , grossière et coironh pue de la population, la plèbe comme on la nomme? On bien est-ce cette population tout entière?
Dans le premier cas, où si le peuple est la plèl)ei il n'est donc pas la nation.
Dans le second cas, si c'est la population en masse qui constitue le peuple, la masse ne sera pas encore la nation, car lorsque vous appelez la nation à délibérer, vous en excluez d'abord les femmes et les enfans qui) néanmoins, sont quelque chose, peuple au moins. Voiu le voyez donc bien, le peuple n'est pas la nation.
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Ensuite, avez-voas tort ou raison (Tcxclure les femmes ; les eofans de la nation ou de la partie qui délibère? ■î, quant aux enfans; non, quant à certaines femmes ai valent dix fois certains hommes. Mais puisque , à imitation des sectateurs de Mahomet, vous avez décidé ne les femmes ne font point partie de Fespècc humaine, serait rationnel de reconnaître que certains hommes, idemment inférieurs à leurs femmes, n'en font point irtic non plus.
Impossible, me direz^-vous; la nation se trouverait Dsi réduite à moitié, et. ces imposantes réunions de mx cent mille hommes, tous électeurs et éligibles, Diberaient à cent mille ou au-dessous.
En ceci, le mal serait petit, car on a remarqué que »t toujours des grandes foules que sortent les grandes ttises. La folie, comme la peste, est contagieuse : elle st d'autant plus que la masse est plus compacte. En admettant le principe du suffrage universel des mmes, j'admettrais donc dès restrictions à la qualité )omme, d'homme intellectuel s'entend. Déjà, comme DS venons de le voir, vous avez décidé que la femme itait pas homme et ne pourrait jamais le devenir, quels e fussent son caractère, son intelligence, et même les 'Vices rendus à la patrie.
(Tous avez également reconnu qu'aucun individu ne menait homme que le jour oii il avait accompli sa igtret-unième année, et qu'il ne l'était pas plus à ^t-et-un ans moins une heure, moins uue minute, il ne l'était le jour de sa naissance. Ceci est chose ;éc et il n'y a pas à y revenir. Je ne demande donc I que les femmes fassent partie de, la nation, ni les ans non plus, et qu'ils aient droit de souveraineté de vote; mais je vous renouvellerai cette question: , dans ceux que vous avez qualifiés hommea parce
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qu'ils portent un cbapean, une calotte, un habit on noe veste, et de la barbe au menton, tous reconnaissiez qoMl y a eu erreur de personne et que les dits êtres barbas et culottés ne sont réellement que des enfans et même quelque chose de moins, est-ce que, nonobstant Féridence, vous persisteriez à les maintenir dans la catégorie des hommes, contrairement au vieux proverbe qui dit que rhabit ne fait pas le moine? Quant à moi , je ne puis vous le conseiller; et sur ce point devenant St.- Simonien, je vous dis: à chacun selon sa capacité: des jupes à Madame, des chausses à Monsieur, et au petit une poupée et un morceau de sucre, car si vous lai mettez en main le bâton de commandement, il. pourra bien, Tinnocent, le briser sur sa tête, sinon sur la vôtre. — Votre homme enfant est une exception , me direz— vous. — D'accord, mais une exception qui n'est pas tellement rare que je ne puisse vous en trouver une douzaine 'par rue, une centaine par ville, et un millier par canton. Maintenant, faites l'addition et comptez pour la France entière.
— ^^Mais ce n'est pas encojre la majorité.-?- Patience, vous y arriverez, et plus tôt que vous ne pensez.
N'est-il pas évident qu'en mettant , ■ comme voos la faites, la sottise, Tignorance et l'inconduite sur la mêoM ligne que la raison, le savoir et la moralité, en lear accordant les mêmes droits et les mêmes privilèges, m les encourageant enGn , vous ne pouvez manquer de les étendre journellement et d'augmenter bien vite le nombre des sots , des ignorans , des débauchés , et finalement d'arriver à votre majorité de brutes.
Et c'est à elle que vous livrez la nation. Mais les Romains , dans les jeux de leurs cirques , ne jetaient aax bêtes que les condamnés et les gladiateurs, et vous, daas vos jeux politiques plus désastreux encore, c'est la nation
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qae vous, leur jetez. Oui, la nation, entendez^rous, car jVo reviens à mon dire : le peuple n'est pas la nation. Et par peuple, comprenez^le bien, je n'entends pas ceux qui manquent de fortune, j'entends ceux qui manquent de bon sens.
Ensuite , en faut-il conclure que ce peuple ne puisse sortir de son ruisseau? — Il en sortira quand vous vou> drcz qu'il en sorte, non d'un saut et comme Minerve de la tête de Jupiter, jsnais petit à petit et moyennant des soins convenables. C'est un traitement que vous aurez à lui faire suivre, traitement qui sans doute ne rajeunira pas les vieillards, . ne fera pas un atbiète du paralytique, et des membres sains des membres gangrenés , mais il fera que nos. enfans, aujourd'hui étiolés par le vice et la misère , ne passeront . plus sans intermédiaire de Fat dolescence à la décrépitude , et qu'ils deviendront des Itommes de fait parce qu'ils le seront de cœur.
Parmi les moyens de guérison , il en est un que je ^ous ai souvent indiqué et que je vous recommande CQcore, parce qu'il, est simple et facile; c'est peut-être 3 cause de cela qu'on ne l'a jamais employé. Ce moyen ^t d'éloigner du pauvre ces pièges tendus. partout à sa ^rse, à sa santé, à sa moralité ; ces débits de boissons <!t de liqueurs alcooliques, véritables antres de perdition, et qui , dans certaines localités , sont prcsqu'aussi nom* hreox que les.rez^de-chaussées. La réduction du nombre de cabarets amènera, celle des ivrognes et conséquemment de la plèbe , et la nation augmentera d'autant.
Vous avez encore dans le vote universel un moyen de hâter ce résultat : . faites que la qualité d'électeur cessant d'être banale, ne soit accordée qu'à la conduite
et à la moralité : or , la voie la plus courte, et la plus
sûre pour arriver à cette moralité) c'est Pinstruction.
Poussez donc le peuple à en. acquérir^ et à user des
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écoles ouvertes à ses enfans. Jasqu^à' présent , il en i peu profité , et pour eux et pour lui. Pourquoi? C'est qu'il n'a, selon lui, nul intérêt à le faire.
Faites qu'il en ait un. Qu'il en ait un aussi à se bien conduire, et déclarez que pour être électeur, il faut:
10 Savoir lire et écrire.
20 Avoir une religion, un état ou un moyen d'existence honnête.
30 N'être point publiquement annoté pour habitude d'ivrognerie, de vagabondage, de mendicité et de brutalité.
40 N'être pas repris de justice ; ou pendant trois années consécutives après l'expiration de la peine, avoir mérité l'estime de ses concitoyens par une conduite irréprochable on de grands services rendus à l'humanité.
Ces restrictions au droit de vote et de souveraineté sont dictées par le sens commun; et pourtant combien d'objections ne vont-elles pas sonlever!
La première sera celle-ci : qui sera juge de la capacité électorale? — Qui?— La nation. Que chacun soit jugé par ses pairs. Qu'un juri soit établi par canton, par commune , par ville et village. Que ce juri décide annuellement et au scrutin, ceux dont les droits électoraux doivent être ajourna ou suspendus , sauf appel à un juri supérieur.
— C'est l'élection à deux degrés, s'écrie-t-on. -^Qu'importe; en eut-elle trois, où est le mal?
— Mais c'est du monarchisme tout pur. -^ Non. Si rexclusion ne porte que sur le défaut d'instruction, de moralité , de capacité , si la qualité d'électeur est attribuée à la valeur personnelle et non à la fortune , à la caste ou à la position , -il n'y aura ni monarchisme ni privilège, et votre gouvenément , plus moral et par cda même plus staMe, n'en sera pas moins populaire.
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D*aillears, je né vois pas bien nettement que rëlection en masse ait contribué beaucoup à populariser le nouvel ordre de choses. Certaines gens qui s'entêtent à juger les effets par les causes, vont jusqu'à prétendre qu'elle a fait précisément le contraire, et qu'aujourd'hui, si l'œuvre démocratique marche, c'est évidemment à reculons.
Quelle est la raison de ceci? Est-ce intention ou nuuvaise volonté de ceux qui nous dirigent? Est-ce incapacité? Est-^ce impossibilité réelle? Ces trois causes peuvent bien y être chacune pour une part; néanmoins, je suis tenté de croire qu'ici l'impossibilité domine. En gouvernement, rien ne s'improvise, et la liberté pas plus qu'autre chose. On ne peut , du soir au matin , passer ^ la monarchie à la république, ou de la septième sauter en philosophie. Dire à brûle pourpoint à dix millions d'hommes : ;e xiova fais tous gouvernans, autant vaudrait leur dire : je vous fais tous professeurs de droit ou doottttrs en médecine. Hélas ! le temps des miracles est passé» et le St'Esprit ne descend plus sur le front des apôtres* Aussi, ce grand peuple a-t-il trébuché dès le premier Ras : il a voté tout de travers d'abord , et aujourd'hui il ne veut plus voter du tout. Allez donc le faire voter de forc'e. Pour avoir, une année trop tôt, ôté ses lisières â' votre petit dernier, vous êtes cause qu'il s'est cassé le nez. Trouvez maiatenant quelqu'un qui le lui raoeommode.
Comme tout œ qui est nouveau est beau, les choses » au début , se sont grandement faites : toul le monde a ipontanément été voter, quitte a savoir ensuite pour qui Il ¥otait. Depuis, il en a été tout autrement, et, je connais des cantons de six mille électeurs où les élections ont été Élites par moins de six cents votans. Ce n'est ionc pas «toujours la grande quantité d'électeurs qui &it le grand nombre des. adffirages» Ce n^est pas nàne «dui
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des yotaiis qui donne invariablement ceini des TOtes, car je ne puis admettre dans la balance, non plus que les gouttes de pluie qui y tombent, lés votes jetés au hasard.
— C'est toujours bon pour faire le poids, me direz-voos.
— Non, pas même* à faire le poids, sinon le faux poids. Si voter c'est choisir, si choisir est réfléchir et savoir
ce qu'on prend , si voter enfin est l'expression d'ane opinion ou de quelque chose qui y ressemble, ne pas avoir d'opinion , c'est rester en dehors de la question, c'est jeter un chifiFon dans une urne, et rien de plus; bref, ce n'est pas voler.
Vous le voyez, le nombre dés votans ne fût pas toujours celui des . votes. Ce n'est donc pas beaucoup â'é- . lecteurs ou de gens ayaut le droit de voter qu'il vous faut, mais beaucoup de ceux qui veuillent voter et qui sachent pour qui et pourquoi ils votent.
Ensuite, je vous en rends juge, offrir un vote à celai qui vous demande du pain , est-ce une bonne charité? Que jfera-t-il de ce vote? En dînera«t-il, à moins qu'il ne le vende? Dans sa position , c'est le seul usage rationnel qu'il en puisse faire. Voulez-vous qu'il le donne po4ir rien, ou est-il plus juste qu'on le lui prenne?
En Angleterre , on vend son vote an plus offrant et dernier enchérisseur. La probité n'y consisté qu'à ne pas le vendre à la fois aux deux concorrens. Les parens et amis du candidat, quand ils lui font la galanterie de ne pas recevoir d'argent, touchent leur part en bière, gin ou bœuf, qu'ils consomment sur plade. Aussi lord Cochrane disait en plein parlement: • J*ai bien le droit de vendre mes électeurs, puisque je les ai achetés: J'arrivais de rinde chargé d'or, je me présentai à N***, et je traitai avec les bourgeois pour acquérir leurs suffrages. Pour la somme que je leur ai donnée, ils auraient nommé aofli bien le chien de bàsse-eottr de lord B**\ *' '^
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Bn France, ce commerce de voix , quoique moins horë, n^est pas moins étendu; seulement, on y met un D plus de forme ou d^apparence. Sous Fancien gonrnement, sanf pendant la dernière année, on ne recevait s d^argent proprement dit, c'est-à-dire la pièce qu'on us met dans la main ; c'était une place que Ton voulait Dr soi ou l'un de ses proches, c'était une croix d'honur , ou bien encore un chemin pour la commune , urvu que la commune consentît à passer devant notre rie. C'était aussi une somme pour les pauvres, parce e les pauvres nous coûtent et qu'on aime mieux qu'ils ûtent à d'autres ; c'était un clocher pour l'église du liage , parce que nous y sommes notaire et que la )che en fera souvenir les villages voisins. Lorsqu'il s'agit d'écarter un concurrent, nous y mettons ssi moins de brutalité que nos voisins. Par exemple , us ne cherchons pas, comme en Irlande, à lui casser tête avec une bille de bois déguisée en pomme cuite, à lui faire rompre le cou eu «ciant nuitamment Féafaudage des hastings. Non, nous sommes à la fois is polis et plus ingénieux: nous ferons contre lui un elle difiPamatoire, nous attaquerons ses mœurs, sa proé, sa conduite, ou à défaut celle de sa femme, de sa ar ou de sa fille.
Si nous avons de la conscience ou craignons une plainte calomnie, nous nous bornerons à faire insérer dans journaux quelque petit avis dans le genre de celui-ci: r M. M*** , ancien conseiller référendaire , qui s'est Doncé comme candidat à la députation du sixième '•ndissement de Paris, vient d'être atteint d'une subite énation mentale. »
On bien: • M. N***, ancien député ministériel • qui se Itente au collège de ***, a été mordu par nn chien e Ton croit enragé : c'est ^un mdheur. »