‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 70 sur 105 · SUP · texte numérisé non relu

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Ou encore : « Une pauvre ouvrière de la me St.- Denis, nommée ***^ est accouchée hier de trois enfons mâles bien constitués. La rumeur publique. assure que M, N*** (te candidat) en est le père. Nous aurons enfin qb représentant qu'on pourra nommer le' père du peupU.

Quelquefois on improvise une petite scène : M. arrive tout ému dans la salle électorale; il tient an papier ; on lui demande ce qu'il a ; lisez , répond-il ; on lit: « M. *** (le candidat) a renoncé à la vie. » La salle entière pousse un cri de douleur, car M. *** est fart aimé; il aurait eu la presqu'unanimité. Cependant on vote pour un autre : à quoi bon voter pour un mort! Le tour est fait. On relit le journal; un mot y avait été lacéré : c'était à la vie poUtique qu'avait, quatre ans avant, renoncé M. ***

Quant aux hommes de lettres, leur enterrement électoral devient plus facile encore. On y arrive par un procédé des plus simples : on passe leurs écrits à l'alambiCi on en extrait quelques phrases, on les isole ou biea^on les rapproche , et l'on en compose une grosse aotlifle qu'on dit extraite de leurs œuvres choisies.

Si on n'a pas ces œuvres sous la main ou si le temps manque pour les lire, l'imagination y supplée: on invente et on cite des passages qui n'y sont pas. C'est un meor songe, c'est un £aux. Qu'importe! ou en sera quitte pour dire qu'on s'est trompé, mais on ne le dira qu'après l'élection.

Aujourd'hui , grâce à la naïveté . de la grande armée des électeurs, ces malices sont presqu'inntiles. On traite lés imbéciles en imbéciles: à la paille et au foin. Avee un verre d'eau -de-vie de dix centimes par tente, ou deoz si l'on est généreux, on paît faire dans sa matinée ample récolte de voix; et plus d'un amateur se sont feit élire, à cabaret ouverti' pour .deux Jcents éeua et manu à moii^

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Op cite pourtant, dans je ne sais quel de'partement , in gros rentier qui a dëpensé plusieurs milliers de francs. H fit, pendant quinze jours, parcourir les campagnes par ses agens, les poches pleines de pièces de cinquante centimes et d'un franc qu'on distribuait une à une ou deux à deux selon les ambitions. On trouva peu de consciences à Tabri de ces magnificences.

Mais la plupart des éligibles , ou plutôt encore les courtiers qui travaillent à forfait, aiment mieux obtenir les voix pour rien, et ils y réussissent généralement.

11 y a, pour ceci, plusieurs moyens aussi naturels quW* ficaces. Le premier est de demander à l'électeur illettré, sous prétexte qu'on a pu le tromper, a voir son bulletin, de le lui escamoter et de le remplacer par un autre.

Le second, c'est d'avoir une plume, un encrier, d'exer* eer gratis les fonctions d'écrivain public, et d'inscrire son propre nom sur toutes les listes qu'on vous présente, en effaçant ceux dont on craint la concurrence.

I^ns certains villages, les notables distribuaient des bulietlîs ployés avec défense de les ouvrir, et on dirigeait ensuite vers Fume le troupeau électoral. On a même vu des électeurs, pour plus de garantie, conduits sous escorte.

. — Ce sont là encore des exceptions, dira- 1- on. — Exceptions qui, réunies, font les neuf dixièmes des votes, et je maintiens que dans beaucoup de localités, sur cent âecteurs, il y en avait quatre-vingt-dix qui votaient sans savoir pour qui , et qui aujourd'hui même ne le savent pas encore.

Que conclure de tout ceci? Qu'il n'y a rien de parfait en ce monde, et qu'un gouvernement républicain peut aroir ses abus comme tous les autres , même avec le suffrage universel.

Bsl-ce à dire qu'il faille renoncer à ce suffrage ou an principe du tote far tons les citoyens? Nolliement.

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