‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 72 sur 105 · SUI · texte numérisé non relu

SUI

sang et rameuer Tordre et la paix. L'action est ooara* geuse, mais esi-dle licite? C'est au moiDS douteux.

Le suicide peut aussi être lo conséquence d'un grand dévouement , d'un grand amour , d'une grande amitié. On se tue pour sauver quelqu'un qui nous est cher, on se tue parce qu'on ne peut supporter L'idée de le perdre ou la pensée du mal qui peut l'atteindre. Un père, pendant la révolution , marcha à Téchafaud pour son fils; c'était un suicide, mais H était noble et généreux.

En novembre 1835, le nommé Valet, fabricant de toiles à St .-Denis, s'affligeait beaucoup de voir son fils conscrit et de n'avoir aucun moyen de le faire remplacer. 11 alla consulter un homme de loi sur les moyens d'exemption possibles , mais il n'en existait aucun qui le concernât. Alors, Valet s'enquit de l'exemption d'un -fils aîné de femme veuve; après s'être assuré qu'elle était ^ien dans la loi, il retourna chez, lui, traça un écrit qui expri* mait le motif de sa mort, puis se brûla la cervelle.

Ces exemples de générosité, d'amitié, d'amour, sont si peu communs , qu'on ne s&urait les faire entrer en ligne de comptç. Le suicide est presque toujours égotste; ce qui le prouve, c'est précisément la rareté des suicides qui ne sont pas la suite d'un mal qui nous soit purement-personnel.

Je dirai plus: l'homme qoi se tue sacrifie presque toujours autrui à lui-même, car cet homme a un père, ou une épouse^ ou des- enfans, ou des associés, ou des amis, ou des ouvriers; ou des domestiques, et pourtant il considère pour rien le tort ou le chagrin qu'il lenr fait , et pour échapper à lui-même , il les livre à Ta* bàndon , à la misère et à la douleur. Le suicide , je k répète , n'est donc pas plus un acte de vertu tni d'fai^ manité qu'un acte de courage.

Le suicide peut même être la suite de la poltronnerie.

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