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Mais tout désordre est anormal ; il n'est donc pas de désordre éternel , et cette lutte des élémens , cet état convulsif de la vie n'est que momentané. Sous la main de Dieu , Dieu éternellement créateur , ce n'est encore qu'un moyen d'action, de perfectionnement et de croissance, sinon Tame fuirait ces régions mandites: n'a-t-elle pas rimmensité devant elle et la volonté du bien-étre? Si elle y est retenue, si sa liberté est entravée pour an temps, c'est par suite de cette liberté m^me et du mauvais usage qu'elle en fait , c'est par l'aberration de sa volonté, c'est enfin que pour continuer sa marche asoeodante, une expiation était nécessaire.
Peut-être est-il aussi des points de l'espace où Bien a laissé à l'être une puissance absolue sur l'élément dont il peut, à son gré, suspendre et modifier Faction. Mais dans ces régions , chaque être est solitaire ^ ou bien la volonté de chacun est uniforme.
Mais ceci encore ne changera rien au fond de la question , et là comme partout , nous appellerons le temps, le mouvement des choses et des êtres, ou bien encore l'action de ce mouvement sur les êtres et les choses; et nous ajouterons : si le mouvement et son action ont un commencement et une fin, les êtres sur lesquels ils agissent n'en ont pas. Ils peuvent mille et mille fois changer de forme et de position , on bien sommeilkr indéfiniment, mais ils ne finiront pas plus qu'ils n'ont commencé.
Quant aux choses , elles se modifient , parce que kl élémens s'en séparent , par suite de cette loi de la nature qui ramène toujours les parties de la substance vers la masse de cette même substance, ou bien enoon par suite de cette fermentation souvent insensible poor nous , mais qui n'en existe pas moins et qui constitm le mouvement éternel de la matièire.
Les êtres se modifient de deux manières : Lo Dans leur forme qui, composée d'ële'mens, suit la loi DDHiae des œuvres matérielles dont les parties, après e union plus ou moins longue, se séparent et tombent. 20 Dans Fesprit qui croît ou décroît par l'usage ou [iplication de la volonté , croissance ou décroissance Qt la forme qous présente toutes les phases. Hais cette modiGcation de la forme ou de Fesprit n'atat jamais le principe de Findividualité. Contre cette Ilvidualité , le temps , Fespace , la matière ne peuvent in. Elle a été , elle est , elle sera , et Fétre , quoiqu'il se ou quoiqu'il arrive , dans quelque globe ou dans elqu'élément qu'il se trouve , sera toujours le même 'e libre et responsable de ses actes.
Or, c'est de cette responsabilité ou de ses conséquences émanent ces modifications incessantes qui constituent forme et le mouvement de la vie» modifications qui ittent Findividu liaut ou bas , selon qu'il se conduit :a ou mal, et que par des actes plus ou moins d'acrd avec la raison et Féquité, il s'éloigne ou s'approche
Dieu principe de tout bien et de toute croissance. Le mouvement de Famé est donc dans ses œuvres, et iSt par ses œuvres qu'on pourrait mesurer son âge. Quand Famé sommeille, quand elle ne commet aucune don bonne ou mauvaise, quand sa pensée n'est plus appliquée ni applicable, les temps sont suspendus pour e ; elle ne croît ni ne décroît , elle est inerte. Mais nais cette inertie ne peut être éterufiUe : tôt ou tard, Lt par s^ propre volonté , soit par le souffle vivifiant
la Divinité , soit enfin parce que les jours de repos Ht accomplis, elle se réveille.
Le temps marche alors pour elle. Ce n'esta point h •mmencement de sa vie , mais eeliii d'une aqtee pbaise i cette vie; c'est le principe d'upe nouvelle fofipe.
Lorsque vous en apercevez le germe, puis l'embryon, puis le corps qui se montre, vous appelez ceci la naissance. Mais cette naissance , ne vous y trompez pas , n'est que ceHe de l'enveloppe ; elle n'est qu'une continuation , qu'une conséquence de ce qui a été.
Que cette forme soit celle d'un insecte, d'un oiseaa, d'un quadrupède, d'un homme, elle ne naît pas du hasard ou d'un simple caprice de la matière ; elle ne naît pas même de l'être , elle naît de ce qu'elle a été , elle naît • précisément au point où était l'ame quand la forme précédente l'a abandonnée , brisée soit par l'âge , soit par un choc.
Qu'un temps plus ou moins long puisse s'écouler entre la décomposition d'une forme et la naissance d'une autre, c'est ce que le raisonnement nous indique. Que ce temps soit d'une minute, d'un siècle, de mille siècles, de mille millions de siècles, la chose est la même pour cette ame, Si elle a sommeillé, elle n'en peut saisir la diiférence, ou plutôt il n'y en a pas, puisque le temps cesse avec le mouvement ou la sensation.
Ce temps, pris en lui-même, ne peut donc influer en rien sur l'état de l'ame ; elle reste ce qu'elle est tant qu'elle n'a pas la conscience qu'elle est, ni le sentiment de ce qu'elle fait. Vainement les révolutions des astres s'accomplissent et toutes les créatures marchent, agissent, croissent ou décroissent , cette ame demeure au même point : sa vie ne s'élève ni ne s'abaisse ; et le ciel et la terre seraient changés, que cette ame ne changerait pas, parce qu'il n'y a qu'elle ou Dieu qui, dans cette position, puisse agir sur elle. Elle s'éveillerait donc juste an point ou au degré intellectuel où elle était quand ék s'est endormie , et la forme qu'elle constituerait représenterait invariablement ce point ou ce degré. Le temps, la durée, l'espace même disparaissent encore
i. Id ) il n'y a donc ni commencement ni fin ; ou ^i m veut qu'il y en ait , rien dans la vie , rien dans la (M*t ne finit qae pour recommencer, et ne recommence le pour finir. C'est un cercle éternel , mais un cercle li s'élargit toujours, un cerde dont la variété des dis- Mitions est aussi immense que l'immensité , aussi vivace le l'éternité.
Mous passons à la seconde partie de la question , qui est que le développement de cdle-ei.
TEMPS, VIE, MORT. Le temps qm dé^nnit Umê, st une expression fausse. Le temps, si on veut lui donner ne action, change et modifie les formes, on plutôt voit ur changement , leur' modification , mais il ne détruit ien : tout change avec le temps, tel serait le ternie vrai.
Si nous considérons le temps en lui-même et le rapfochons de l'éternité, il s'y engloutit et s'y annihile. »ans l'éternité , il n'y a plus de temps , parce que l'é* arnité ne commence ni ne finit , et dès-h)rs qu'elle ne e mesure pas : on ne saurait mesurer ce qui n'a pas le limites , ni ôter qudque chose là où l'on ne peut ien mettre.
L'éternité est à la durée ce que l'immensité est aux orps; die comporte tout, mais die n'est rien par ellenéme : c'est le vide qui marche et qiyi jamais ne s'arrête à ne revient sur ses pas.
Dans l'éternité, il n'y a rien de vieux, rien de jenner. ]e que nous appelons jeune n'est souvent que la repro* Ittetion du vieux ; ce que nous appelons vieux est jeune, Domparativement à ce qui Ta précédé. Ce jour, cet in-* NMit présent, cette heure qui sonne sera, à une époque inlafe, l'antiquité la plus reculée oè pourra natMmto la mémoire des hommes : on ne Fapetoqifa qo à'^tnveMi
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uo voile obscur et mystérieux , jusqu'à ce qu'enfin il soit eonfoudu avec les géne'ratioDS oubliées, et cependant il n'y aura pas un point de moins dans le cercle des temps.
Le temps n'est donc qu'une mesure de convention qni sert à indiquer les divisions de Tœuvre ou les monvemens de la pensée dans son application sur la matière; mais le temps n'a aucune action sur l'ame isolée ou sur la pensée réduite à elle-même. L'âge ou la durée n'a d'influence que sur l'enveloppe ou sur les organes des sens, sur les corps composés de terre, air, eau, feu, d'élémens enfin sur lesquels ou parmi lesquels la vie doit agir. Que la vie puisse fonctionner sans leur aide on en dehors de toute matière étrangère à elle-même, qu'elle se concentre dans la pensée, alors la vieillesse ne pent plus l'atteindre : il n'y a plus d'âge pour elle.
Si les corps, les organes générateurs, toutes les œuvres composées de matière, s'usent et se décomposent, c'est parce que l'union des matières diverses n'a jamais qo'nn temps : tôt ou tard la séparation s'opère, chaque élémoit rentre à sa masse et redevient ce qu'il était. On le voit donc : la matière, pas plus que Fesprit, ne peut ni vieillir ni finir, parce qu'elle, non plus, n'a pas commencé.
La matière, indestructible dans son principe et même immodifjable dans sa base ou son essence, change continuellement d'alliage et de forme, et l'homme a considéré comme la fin ou la mort chacune de ces modifications* Mais cette décomposition , crise de l'œuvre , n'est pas plutôt une fin qu'une action préparatoire ou qu'un com* mencement: la preuve, c'est que de cette fin ou de cette mort, il naît toujours quelque chose, et que dans TiiH tervalle de la mort à la naissance, rien n'a rërHabjeniat été détruit ou anéanti : Tanéantissement même d-un grufl de sable, est impossible. •.« • . ->.' . ■
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Il n'y a de destructible que la forme, assemblage d'énens divers, et elle n^cst destructible que parce qu'elle été édiOée et quVine œuvre composée ne peut être >rnelle. Quelle que soit cette œuvre , elle n'est , dans i matériaux , qu'un emprunt fait à la masse , et la isse reprend toujours ce qu'on lui emprunte , sauf à as le prêter encore ; mais elle ne vous le prête qu'à condition que vous le lui rendrez intégralement. Cette restitution a lieu à des époques déterminées et ir la séparation des élémens divers dont les corps sont niposés.
La séparation a lieu par un effet normal ou la dislution des parties s'opérant naturellement : c'est ce que ms nommons effet de Tâge, vieillesse, décrépitude. Elle s'opère aussi subitement et par un choc qui dise ces parties violemment et avant le temps: c'est ce 16 nous appelons accident , maladie , coup , blessure , ort enfin. La mort est donc la dissolution de cet semblage d'os, de chair et de sang qui constitue Teniloppe de l'ame.
On voit que si la vie est éternelle, ce n'est pas dans forme; cette forme est partout périssable. 11 faut bien l'elle le soit, pour que l'ame puisse successivement en fecter un si grand nombre.
Ce changement de forme doit exister même pour les res supérieurs à l'homme ; seulement , il a lieu parvilement, et dès-lurs sans effroi et sans douleur, si ces res n'ont pas mérité de souffrir.
Mais dans les globes ainsi habités, de mêaie que dans lai-ci, les corps ayant action sur la matière doivent, gqu'à certain point, être sujets aux accidens de cette atière, car toute action a sa responsabilité et sa réci- "ocité: nous ne touchons que ce qui nous touche. C'est ce changement de formes et la durée de chacune
qui nous ont donné Tidée da tettipsf, qoi n'est doitc que la marche des choses ; et sous ce rapport, le létnpi, s'il n'eât rien par lui-même , n'en présente pas moins tint image vraie. Mais la fin ou la moft comme nous Tenteih dons communément, la mort considérée cotnme l'anëatttissemertt on la disparitioti absolue, 'est une idée fattS^: cette mort absolue n*est pas, elle ne peut pas étte.
Nous avons vu apparaître un être , nous avons dit : il vit ; nous avons ôeSsé de le voir , et nous arôns ajouté : il est mort. Mais comment a-t-il vécn, commfirt est-il mort? Ici, l'apparence nous a trompé: Péire est un tout qu'on ne peut apprécier que dans son ensemble. Ce tout est composé de mille et mille formes 6n ttiitte et mille faces de Texislence. Chaque forme, chaque œofrt, chaque scène de la vie est sans douté une action, mais n'est pas un être.
Nous avons appelé êtte ce que nous avons tu de cet être , nous avons regardé comme sa vie entière Ife \m^ qu*il a passé devant nous. Convaincu que nous Tarions vu commencer, nous avons dit: « Nous devons le voir finir. »
Tout ceci est erreur ; nul œil , sur la terre , h*â to commencer quoi que fcé soit, pas même Un brin d'hctbe.
Ce père qui a vu son eti'fânt tout petit , a-t-il VU le fœtus ou Tembryon ? S'il Fa vu , sait-il d'où 11 viefil et ce qu'il était avant d'être fœtUs et embrybn, car il n*ttt pas né de rien ? Cet homme ne peut donc dil^ de cet enfant qu'il commence à ëtte , mais Seulemtetit qù^il â commencé à le voir ', et certainement ii était iivaât qa^il ne l'ait vu.
Or, cet enfant, cet embryon, 6é gei*me dtôvetiti hunrtw, il ne le Verra pns (ilus finir quMI ne Pa Va eôramdneer. Un Jour, ^ou ô6rtJS n^agira phiS; til^is est-ùé tinetiri^ pbul" croire ^tie le priocipe qui lé feisint «gir & lïka^é?
œsserait^il? pour rficommencer. Eo ceci , il y Qtradictipp, ou au moins copnplication d'qctioa [cation iuutile: or, quelque chose peut-il être ins la nature, dans cette voie de Dieu? Â qupi de naître, si c'était pour mourir?
nous disona : un enfant est né, un homme est us avançons deux choses également hasardées, )renons l'écorce pour le fruit. La vie réelle est-
celle de la forme? Assurément non ; la vie du st rien. Si elle était quelque chose, elle serait nnée à la raison ou à la perfection morale de idividu. Dès-rlorç , les espèces les plus parfaites
naturellement vivre le plus. Nous voyons le : les races grossières sont souvent celles dont i sous la même enveloppe a le plus de vitalité !t de durée réelle. L'homme vit moins qu'un qu'une carpe, qu'une huître, ine jeunesse plus exempte d'accidens, plus viis bnguc? Non encore. Des êtres terrestres, est, toute proportion gardée, celui qui, relatila durée de sa croissance, a le moins de jours se et de beauté : il n'est pas plutôt arrivé à le sa force, que la vieillesse commence et que itude suit
cisteuce si courte, à quoi même tient-elle? La ivement au corps , offre un effet semblable à la 'une bougie exposée à un courant d'air ; là , èrç semble toujours prête à se détacher de la
le moindrç spufBe fait qu'elle s'en détache en
b mèche est bien brûlante , le danger est
mais la décroissance est plus rapide ; et dès
*e est consommée, la mèche s'affaisse et le feu
A quoi donc« tient l'existence? À un souffle , à une parcelle de matière que quelques heures défèrent ; et c'est dans ce peu dMnstnns que nous devons cherdier nos jours de jeunesse et d'amour.
Si la duri^e réelle de la vie se bornait là, Thomine pourrait justement maudire le jour de sa naissance. Mais cetle fragilité même, cette brièveté de l'existence, ces pièges partout tendus à l'être, celte prodigalité de sang qui coule à flot, cette insouciance des corps, cette destruction enfin qui semble une des voies de la nature, offrent, selon moi, la preuve que la mort n'atteint que l'enveloppe dont la dissolution n'est qu'un fait sans importance , et qui ne touche à la vie réelle ou à l'ame que pour lui imprimer un plus grand élan et lui donner une nouvelle jeunesse.
En un mot, si la forme est si fragile, si sa destruction est si facile et si prompte , c'est que sa reproduction est non moins aisée, et de plus, c'est que- ce renouvel-. Icment des organes et de l'enveloppe est chose utile et indispensable à la marche de l'ame.
Que rhomme ne se plaigne donc pas de vivre si pcn, car la longévité humaine n'est que la durée de la décrépitude , n'est qu'une dissolution plus douloureuse en ce qu'elle est lente, n'est enfin que le malheur de languir dans un corps souffreteux et impropre à toute œuvre.
Nous nous résumons en disant : le temps modifie tout ou plutôt voit tout se modifier, mais il ne détruit rien. L'œuvre matérielle, l'œuvre créée se dissout, parce qu'elle a commencé, et le corps est une œuvre créée. Mais l'ame, mais l'être même le plus infime, n'a pas eu plus de commencement que Dieu et ne peut pas finir plus que lui.
Alors, qu'est-ce que le temps pour la Divinité? Qn'cstce que le temps pour l'être?
Les faits seuls peuvent marquer les mouvemens da