‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 85 sur 105 · TEH · texte numérisé non relu

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dians, c'est-à-dire un sur soixante habitons. Cest beaucoup.

Dans ce nombre , combien en est-il qui , sans être riches, ont rigoureusement de quoi vivre?

Combien en est-il encore qui ne sont pauvres qne de nom?

Ces hypocrites de pauvreté sont punissables; ils volent les vrais pauvres. Ces vrais pauvres forment, je crois, la petite minorité; mais cette petite minorité ne devrait pas mtoe exister. Sous un gouvernement rationnel , il ne doit pas y avoir de mendians : l'hospice aux infirmes, aux vieillards, aux enfans abandonnés; du travail à ceux qui peuvent travailler; le dépôt de mendicité, la prison, puis enfin la déportation aux vagabonds qui ne veulent rien faire. La mendicité est Técole des voleurs et des incendiaires.

La misère est, à mes yeux, une chose qui vient presque . toujours de la volonté. Chacun se crée Ini-méme la sienne ou du moins ne la repousse pas , croyant toujours qne quelqu'un est chargé de la repousser pour lui. L'animal, qui ne compte que sur lui-même, ne meurt jamais de faim là où il y a possibilité de vivre; il meurt quand tout meurt, tandis que Thomme, placé sous Tarbre qu'avec un peu de soin il pourrait rendre fécond, sous cet arbre qni lui ofl're ses fruits , ne sait pas même étendre la main pour les cueillir.

Assurément il y a , chez nous , moins de mendians qui meurent de faim qu'il n'y en a qui meurent d'ivresse et d'excès de tous genres; mais n'en mourrait-il qu'un seul , c'est déjà trop ; et l'on ne s'explique pas que dans notre civilisation , au milieu de tant de gens qui regorgent de superflu, il y en ait qui puissent mourir faute du nécessaire. H y a donc, dans cette civilisation, un vice radical.

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Les hommes s^associent en peuple , en natiod , pour avoir un rot , un consul , un président , des chambres , des tribunaux, une armëe, un bourreau, etc., et chacun met son denier à la bourse commune pour solder tout cela. C*esl bien ; mais pour en jouir , il faut vivre , et celui qui est mort de faim ou qui doit bientôt en mourir, aura donné son. denier en pure perte.

Or, qu'est-ce qu'un pacte social, si ce n'est une assurance mutuelle contre la souffrance et la mort? Il serait donc logique que les hommes , en s'associant , reconnussent que tous les membres de la famille ayant un même besoin à satisfaire et un même droit à la vie, un morceau de pain et une cruche d'eau leur soient assurés chaque matin, sauf à eux à y ajouter quelque chose.

Ce morceau de pain serait le premier droit civique; les autres ne viendraient qu'après. Qu'est-ce qu'une liberté publique qui nous garantit tout, excepté la vie?

Pour nous procurer ce pain quotidien , que nous manque-t-il donc? Est-ce la volonté ou la matière? — La volonté sans contredit. — Comment la matière manquerait-elle? La terre n' est-elle pas là; elle contient à peine la centième partie des hommes qu'elle peut nourrir. Mais c'est qu'il n'y a nulle part de nourriture toute faite: partout il faut la gagner, la trouver ou la faire; partout il faut travailler, et malheureusement beaucoup de gens ne veulent pas travailler , et ce qui est pis , veulent empêcher que les autres travaillent. Ces grandes armées qui couvrent l'Europe n'ont pas d'autre destination. Nous ne prenons les armes contre nos voisins que dans la* crainte qu'ils ne deviennent trop heureux: nous voulons les contraindre à souflrir comme nous souffrons nousmêmes. C'est là ce qu'on appelle l'équilibre de l'Europe. > Faire des pauvres est la politique de tous les cabinets ; et l'art de gouverner n'est que la science de s'entre-nuire.»

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Des grands , eette croyance est passée aoz petits , et Fartisau lui-ménîe dépense autant de temps pour contre* carrer son voisin que pour faire aller son métier.

Telle est , n'en doutons pas , la vraie source de la pauvreté en Europe , et ce qui est cause que tant de gens tendent la ouain.

Voyez : Misère,

TENDRESSE POUR LES BETES. Je ne rois pi8 de mal à aimer les animaux, tant s'en faut, et j'ai en défiance les individus qni les maltraitent ; mais je n'ai pas non plus beaucoup d'estime pour ceux qui leur sacrifient des hommes , comme jadis on sacrifiait d» enfans à Moloch.

Tel domestique est l'homme lige, le serf, l'esdaVe da chien- de sa maîtresse ; lequel chien ne se contente pas toujours d'avoir un seul valet, il en veut deux, trois, quatre ou plus, et il est telle famille, telle bonne malMO bourgeoise dont le perroquet ou le chat est le véritable maître.

Le chat surtout, flatteur insinuant, obtient tout ce qu'il veut de ceux qu'il s'est mis en tète de sédnire; et si les Egyptiens l'embaumaient, il est des gens diei nous qui Tadorent.

Les animaux domestiques, quand on eèAe à leurs fantaisies , deviennent de vrais tyrans ; ils ont toutes les manies des enfans gâtés, et ils finissent psr en aveiv tous les viocs.

Les passions des animaux se développent comme ceOeB des hommes. A trois mois, ce petit efaat se contente d'une plume; son ambition est de prendre une monolie. A six mois, il lui. fbut pne souris; à un ani, un rat; peat-rétre è deux voudra- t-il ira lapin, et même m

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lièvre. S'il grossissait dans la proportion de ses désirs , il lui feudrait bientôt un éléphant.

Cette tendresse excessive pour les animaux a le grave inooQvénient de fermer trop souvent notre cœur à des amitiés rationnelles. Ce chasseur qui pleure son chien, ne pleurera peut-être pas son frère ; et W^^ Jean , ma portière, croirait faire injure à son chat si elle établissait la moindre comparaison entre lui et M. Jean, son mari.

Qnant à mon métayer , digne homme , obligeant et aumônier s'il en fat , il donnerait sans difficulté trois créatures humaines pour sauver sa vache malade. C'est une béte si douce , si inteltigente ! D'ailleurs , elle lui fournit quinze litres de lait tous les jours , et trois chrétiens ne lui en procureraient pas un seul. On peut aimer son prochain comme soi-même, sans l'aimer comme sa vadie.

L'intérêt, on le voit, entre bien pour quelque chose, notamment chez l'homme des champs, dans l'amitié qu'il porte à ses bêtes. Un propriétaire me disait qu'il vit un soir entrer chez lui, l'air eifaré, un fermier son 'voisin ; il venait lui demander un peu de thé. — Avez-vous quelqu'un de malade, dit M. de Y***?*-** Oui, monsieur. — Qui donc?— Notre cochon, -r- Et le thé? -- C'est pour lui ; c'est que nous lui sommes fort attachés, ma femme et moi : il vaut soixante-quinze francs.

L'Arabe attache aussi un grand prix à son cheval, mais l'amitié n'y est pas complètement étrangère; et tout intéressé qu'il est , on Fa vu refuser des monceaux d'or pour conserver un animai chéri.

Je conçois cette faiblesse popr les chevaux , et ce qui m'a fait- renoncer à en avoir , c^est que je ne pouvais , sons éprouver de véritables remords, me défaire de ceux qui ra- avaient servi long-temps.

On â Tti 9 dans les régimens de «av^ilerie , les soldais

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s'éprendre pour telles bêtes ayant iigurë dans une affaire célèbre ou qui seulement étaient restées long-temps aa corps. On les aurait mécontentés tous en s^ défaisant de ces yieux serviteurs ; et les colonels bien inspirés les conservaient même à leurs frais. Après la mort de Torenne, ses soldats demandèrent son cheval pour général: « Laissez faire sa pie, disaient-ils, elle saura bien nous conduire. »

M. de Chateaubriand cite un coq conservé religieusement dans l'épinette d'un navire de guerre; il avait chanté pendant un combat.

Un chat était également devenu le favori des matelots, pour s'être sauvé sur une planche dans un naufrage.

Un ofQcier anglais m'a montré la cicatrice d'une blessure qu'il avait reçue d'un gros perroquet à l'abordage d'un négrier. Cet oiseau, perché sur une vergue, s'était bravement jeté sur lui pour défendre son pavillon.

Fait prisonnier, le perroquet fut l'objet des attentions des deux équipages, et sa possession, que chacun réclamait,* manqua d'amener un nouveau conflit.

Mais si l'on peut citer quelques traits de l'amitié des hommes pour les bêtes, on en trouverait beaucoup plus de l'amitié des bêtes pour l'homme.

Voyez : Amitié des animaux.

TENTATION. Quand chaque matin, dans nos prières, nous disons à Dieu r « Ne nous induisez pas en tentation , » il faut bien comprendre ce que nous voulons dire. Nous lui demandons qu'il nous aide à résister à cette tentation, car ce serait se faire une étrange idée de Dicii que de croire que c'est lui qui nous la présente et qu'il peut jouer le rôle de tentateur. C'est au serpent seul à qui nous pourrions adresser celte singulière requête.

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