‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 101 sur 110 · VIV · texte numérisé non relu

VIV

N'ayant eux-mêmes rieo à vendre ni à acheter, ils se mêlent de tontes les ventes, de tous les achats, et trouvent quelquefois moyen de duper le vendeur et Tachetenr. Ce sont des industriels assez adroits pour ne jamais dépasser la ligne qu'atteint la loi ; ils friponnent dans le cercle des friponneries permises; ils sont ce que le peuple nomme: honnête homme tout juste, c'est-à*dire tout juste fripon.

Ce n'est pas qu'ils veuillent s'enrichir à ce métier; non, car alors ils rentreraient dans la catégorie des voleurs ordinaires; ils ne veulent que bien vivre sans qu'il leur en coûte rien , parce qu'ils ne peuvent bien vivre qu'ainsi, non peut-être parce qu'ils sont pauvres, mais parce qu'ils ne trouvent bon et savoureux que ce qu'ils ne paient pas.

Chose étrange! c'est qu'il en est qui se vantent de cette façon de faire, et qui sont aussi fiers de vous avoir vendu un cheval taré ou un mauvais tableau, que s'ils avaient gagné un procès ou remporté une victoire. Oui, ils sont heureux de vous avoir attrapé ; et en disant partout que vous êtes leur dupe , ils croient se donner un grand relief. Bref, l'indélicatesse leur semble un jeu d'esprit; ils en font un passe-temps bien plus qu'une spéculation. La preuve , c'est qu'ils ne s'y enrichissent guère, et que s'il s'agit de grands intérêts, ils ne seront peut-être pas moins honnêtes que d'autres. Us ne nieront jamais un dépôt , mais peut-être le dissiperont-ils en y puisant sou à sou : si bien que quand ils voudront vous le rendre, il n'y aura plus rien.

11 ne faudrait pas trop leur donner confiance, car en morale et en probité^ lorsque le premier pas est franchi, on passe facilement au second. Je vous dirai donc, en confidence, qu'un viveur qui vit pour lui et à ses propres dépens , comme celui qui vit aux vôtres et même le viveur ad hoMres, sont également à fuir.

Ponr en finir avec le viveur et son histoire , nous dirons qu^assez souvent il devient ivrogne dans sa vieillesse , s'il y parvient , chose assez rare , car à quarante ans, le viveur n'a plus ni dents ni cheveux, et s'il ne meurt pas lentement d'une gastrite ou du docteur , on le trouve un matin dans le ruisseau, mort d'une apoplexie foudroyante ou d'une ivresse rentrée.

YOCABULAIRE. « Recueil ; liste des mots d'une langue, d'une science, avec une explication succincte, dit le Dictionnaire. »

J'aimerais assez un vocabulaire des proverbes et des maximes. C'est un travail à faire.

Aux proverbes et aux mots connus , on pourrait en lyottter quelques-uns de création nouvelle, et ouvrir un concours de pensées , de sentences , de remarques , de réflexions. Chacun y apporterait les siennes, et l'on choisirait. J'en jette ici quelques- unes an hasard :

Marcheb. U vaut mieux bien marcher que courir mal

Pudeur. La pudeur est, chez la femme, la première de toutes les coquetteries.

Respirer. Quand on est content, on respire bien, on respire l'espace, Funivers, la vie.

Imprimerie. Il est des choses si nécessaires et en même temps si palpables et si simples, qu'on ne comprend pas qu'on ait été si long-temps à les découvrir: l'imprimerie est du nombre.

Causerie. On trouve souvent plus de plaisir i causer avec soi-même qu'avec les autres. Est-ce éjgoîsme? Mon, c'est seulement parce qu'il y a beaucoup de mauvais causeurs*

CoRBESPODtDANcc. Quaud un coq chante, nn autre lui répond. Le premier qui s'éveille donne le signal et , de coq en coq, ce môme chant fait le tour de la terre.

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