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Sacbifice, Holqgaustb. Tout sacrifice, hors celui que nous faisons de nous ou de ce qui est à nous , est un acte d'e'golsme : on sacrifie autrui pour se sauver soi-même.
Idée. La durée d^une idée , notamment quand c'est une sottise, n'a pas de terme: témoins certaines lois, certaines superstitions qui, pendant vingt siècles ou plus, ont résisté à l'expérience, à la raison, au témoignage des sens et de la réflexion , et qui y résisteront peutêtre vingt siècles encore. Le paganisme grec a vécu à peu près ce temps. Les religions persane, égyptienne, phénicienne, ont duré plus long-tomps. Celle d^ Indoux, plus encore. Le mabométisme est nouveau , mais il a chance de longévité ; cependant , il passera à son tour.
VÉRITÉ. La différence de la vérité au mensonge est celle de Thomme aux choses , ou plutôt de Thomme à sa conscience. La conscience, c'est Dieu ; l'homme, c'est l'être déchu, l'être .condamné à vivre sur la terre.
DÉMONSTRATION. Toutcs les démonstrations de nos ma* thématiciens, astronomes, arithméticiens, sont seulement arrivées à prouver ceci : deux et deux font quatre.
MocYEMENT. Le mouvcmcnt de la matière est défiqi, à mes yeux, par une beianoe dans les plateaux de laquelle on a mis deux poids inégaux qui tendent a s'égaliser. . SQuiuraiu Entre ces fauteuils rangés autour de ma chambre et ces astres suspendus là-haut, la différence est moins grande qu'on poiurrait le croirie. Les uns coo^me les autres sont d'aplomb , les fauteuils sur le plancher , ces afitres sur l'éther; et ils y çont par une cause iden* tique : le contre.poids oppQsé au poids. Ces étoiles , si nous les supposons fixes ou immobiles, resteront pendant des siècles là où elles sonL Cçs fapteuils n'y resteront que durant quelques jours. Il y, a là une inégaUté de durée, mais rien de plus.
VOLONTÉ. La volonté ne s'éveille qne par la në-
oessilé, le besoin on la douleur; elle s'étend ensuite par le désir et la passion.
Mais la douleur , comme le besoin , comme le désir , eomnie la passion , ne se constitue , ne se réalise pour Famé que par la pensée. La volonté ne peut donc être qu'une conséquence de plusieurs pensées, de leur rap^ prochement et d'une comparaison, car l'être qui n'aurait qu'une pensée, qui ne sentirait ou n'aurait senti qu'une ehose, ne pourrait pas vouloir: pour vouloir, il faut choisir , et pour choisir , il faut comparer. La volonté est donc un acte d'indépendance, comme elle est un acte de réflexion.
C'est la volonté qui , d'abord , constitue l'être. Il ne sent et il ne sait qu'il est un être que lorsqu'il veut ou a voulu. Ainsi , la volonté ou la puissance de vouloir précède partout et chez toutes les créalnres, la faculté d'exécuter ou la puissance de l'œuvre.
La vie ne peut agir sans la volonté, ni la volonté s'appliquer sans la réflexion.
La volonté n'est qu'une suite, une confirmation de la pensée, car en définitive; penser c'est vouloir.
11 n'est pas de volonté sans liberté, ne fût-ce que celle de celte volonté ; et cette volonté, quel que soit son but, aperçoit ou espère une possibilité de l'atteindre. Sans cette espérance, elle n'aurait pu naître : là où la volonté se montre , c'est que l'impossibilité lie se montre pas.
La volonté ne peut done provenir que d'un sentimeiit quelconque de la possibilité d'exécution, et ce sentiment naît nécessairement d'un souvenir, d'une expérience ou d'une réflexion.
C'est ainsi que la volonté s'étend à mesure que la pensée grandit : celui qui a le plus de volonté est aussi celui qui pense le plus.
À la volonté se joint ou succède Tamour de la propriété, car la volonté est un désir, et tout désir constitue l'idée d'une possession ; c'est toujours quclcfue chose qu'on veut avoir, car faction même de refuser est à la fois un acte de volonté et de possession : celui qui refuse d'obéir veut conserver sa liberté; il vent conserver son indépendance ou la propriété de sa personne.
Si la pensée ne peut jamais être le résultat de la matière, et pourtant si la pensée existe dans la matière, il £aut qu'il y ait un principe de pensée séparé de cette matière. Aussi , la volonté ou la faculté de vouloir est aatérienre à la naissance; elle est innée. Le nourrisson se fâche et crie quand on l'éloigné du sein de sa mère; il en sera de même du petit rat , du petit pourceau , du petit chien. C'est moins peut-être parce qu'on met obstacle à son appétit, car il se fâchera également n'ayant pas faim, que parce qu'on blesse ses idées de propriété et surtout sa volonté, base de Faction et le plus puissant des sentimens de )a nature.
La faculté de vouloir est donc commune à tous les êtres, et c'est d'elle que sont nés le sentiment et l'amour de la liberté.
Mais quelle a été la première volonté lors du début de la vie ou de son réveil, et quelle est la première encore dans l'existence actuelle?
Le premier besoin de l'embryon ou peut-être du germe est la faim qui éveille le goût. Si ce fœtus a fait usage d'un sens avant de paraître au jour, il a pensé, car on ne peut user d*un sens sans penser ou sans qu'il en l^ésulte une pensée. Mais la volonté est une action plus forte que la pensée , c'est un calcul de cette pensée , il feut une comparaison. Aussi avons-nous dit: pour constituer une volonté, le rapprochement de plusieurs pensées «si nécessaire.
La volonté, qaelle qu'elle soit, démontre déjà une certaine vigueur intellectuelle. S'il n'est pas prouvé que Fembryon veuille, on ne peut mettre en doute que cette volonté ne se manifeste en lui dès le moment qu'il voit le jour. Or , avant d'avoir usé de la vie présente , s'il n'y a pas en lui un fonds de souvenir, de savoir, d'expérience , d'idées enGn , qui aient précédé sa naissance , comment établir cette aptitude à vouloir?
Approfondissons la question : dans quel but veut-il ? Par quoi sa volonté est-elle éveillée? — Par le besoin. — Mais comment ce besoin peut-il établir cette volonté? 11 a donc une notion du moyen de la satisCiûre? Cette science ne peut naître spontanément ni émaner du néant. S'il n'a pas encore pensé, comment sait-il quelque chose, et surtout comment le veut-il et le veut-il avec énergie? car aiusi veut l'enfant. D'où cela peut-il venir, s'il n'était rien précédeo^ment , s'il n'y avait rien de lui? On ne peut compter sur quelqu'un et avoir la conscience d'une chose , que lorsque cette personne ou cette chose a été ; et notez bien ceci : il ne suffit pas qu'elle soit , il faut encore qu'elle ait été pour nous ou qu'elle soit en nous. Nous l'avons souvent dit : nul être ne peut avoir l'idée de ce qu'il n'a pas senti d'une mani^ quelconque.
Cette volonté ne peut donc être que la conséquence de l'usage et de l'expérience , c'est-à-dire d'une suite de sensations et de réflexions , en un mot , d'une liberté passée. La volonté est non-seulement un désir , mais un calcul et une prescience : on ne demande comme on ne re£use une chose que parce qu'on la comprend ou qu'on eroit la comprendre, et qu'on lui attribue un. effet.
La volonté de Têtre est une dérivation ou une analogie de celle de Dieu : comme celle de Dieu , elle est individuelle. Elle embrasse moins de choses ^ans doute.
parce qu'elle conçoit moins, mais ce qu'elle peut concevoir et saisir est analogue à ce que Dieu conçoit et saisit.
Cette puissance de rhonime, comine celle de Dieu, n'a pour borne et même pour fondement que. la justice , Tordre et la raison, sans lesquels elle, ne serait pas, car ce qui est caprice ou folie est accident et non puissance.
En résumé, la volonté est le principe et la cause de toute œuvre*;
L'état de chaque être ou le rang qu'il occupe dans la création, est la conséquence de cette volonté.
Sans la volonté , la liberté n'est qu'un mot : on n'est libre que lorsqu'on peut vouloir et, ensuite, exécuter ce que l'on veut.
La volonté et la liberté constituent l'individualil^ et distinguent l'ame de la matière o« la vie dé la mort La volonté, c'est la conscience; la volonté, c'est Tétre; la volonté, c'^t Dieu.
yOTOriîS. — POUR qui? (5 décence 1848). Je réponds : mets la main çpr ton coeur et vote en conscience.
Voter en conscience, c'est voter, ooii pour un homme, nom pour un parti, mais pour la France, pour soa^repos présent, pour sa prospérité future.
Vote en honnête homme, vole comme tu votas loi^que« Juré, tu avais à prononcer sur la vie de ton semblable. Aujourd'hui, tu voteras pour celle de millions d'hommes, pour la tienne peutrétre et celle de tes enfans.
Oublie donc tes haines, tes préventions, tes affections même. Te guider par elks serait une faibiesse ; te guider sur tes intérêts personnels serait un crime.
. r^e sacrifie rien , même à Tespoir d'une palme , ni au triomphe d'un système. Fût-il bon , il ne Test pas en ce
moraent s'il est inapplicable. Attends : ce n*est pas sur on corps épuise qu'on fait des expériences.
Te désigner un candidat, je ne le ferai pas plus qu'au jùri je ne te dirai : absous ou condamne. Je le ferais si je pouvais lire dans ton cœur ou dans celui de ton ëln«
Mais s'il te faut choisir entre le plus capable et le plus honn<^te, prends le plus honnête, car Tintelligence que ne dirige pas la probité est souvent une arme contre cette probité même. Prends celui dont la vie, les actes, les opinions offrent le plus de raison ; prends un homme qui veuille le bien, qui veuille quelque chose du moins. Nul n'est plus à redouter que celui qui veut tout ce que veulent les autres; il a ses bonnes^ qualités à lui , et il a les défauts de tous.
En votant pour le moins feible , vote aussi pour le moins ambitieux, à moins que son ambition ne soit le bonheur du pays , cette ambition qui veut la paix, celle qui ne demande pas des lauriers et des champs de victoire, mais des accens d'amour et de reconnaissance.
Vote pour le plus religieux, le plus croyant. L'homme sans croyance, l'homme qui attend tout de ce monde, ne voyant rien que le présent, ne fera rien pour l'avenir. Homme du m^nt , il ne peut vouloir pour toi ce qu'il n'attend pas pour lui.
Vote pour celui qui saura aider le faible sans opprî* mer le fort , sans démorahser ce faible , sans en faire une menace. La tyrannie des petits est mille fois plus redoutable que celle des grands, car nul n'f échappe; elle est partout et ne profite à personne. C*est l'oppression réciproque, c'est la terreur enfin.
Je t'ai dit ce que j'attends du caiididat. Je voterai d'après mon dire, je voterai pour celui qui, dans na conviction, se rapprochera le plus ou s'éloignera le moins des qualités que je lui veux.
Ceci, je le dis à toi. Ce qui suit, je le dis à tons.
Jusqu'au moment du vote, ëclairez-vons les uns les autres; discutez le mérite des prétendons et le plus ou moins de confiance que chacun vous inspire. Mais le vote accompli , arrêtez-vous. Quel que soit le résultat du scrutin, respectez-*le. Si vous ne le faites pas, vous serez la risée de TEurope.
Quel exemple donnerica^vous à cette Europe qui, marchant à la liberté, vous a pris pour drapeau? Hélas! au lieu de l'aider à avancer dans la carrière , vous l'y aurez fiiit reculer.
Ayez donc la pudeur de votre position , et sachez respecter votre œuvre. Vous avez accepté le suffrage universel, il faut en subir les conséquences.
En attaquant son résultat , en donnant ici une telle preuve de légèreté, disons plus, de mauvaise foi , vous vous jetteriez au-devant des périls que vous voulez éviter. Votre urne électorale aurait été véritablement la botte de Pandore. En déconsidérant la République en la Élisant tenir pour impossible , vous ouvrirez , par l'anarchie, la porte à une révolution nouvelle. Sera-t-elle impériale on royale? Je ne saurais le dire; mais ce que je sais, c'est que n'étant pas née viable, elle ne sera que transitoire. Si elle ne vous ramène pas à 1793, elle vous rejettera à 1814, c'est-à-dire à rinvasion, puis à un démembrement, car, ne vous y trompez pas, l'Europe vous déteste; à tort ou à raison, elle vous attribue l'esprit de destruction qui la dévore et vous rend responsable du sang qui coule.
Unis, vous n*avez rien à craindre; n'avez -vous pas deux millions de gardes nationaux, n'avcz-vous pas aussi une armée formidable?
Mais si vous vous divisez, si l'armée égorge le peuple, on le peuple l'armée; si vous avez une république à l'est,
une monarchie à l'ouest et des facUons partout; si vous dépensez en émeutes et en barricades votre or et votre sang, malheur à vous! Vous serez envahis; vous cesserez d'être Français. N'est-ce point par des discordes civiles que finissent tous les peuples? L'invasion n'en est que la conséquence : ce sont leurs foutes , ce sont leurs crimes qui appellent Tétranger.
Ainsi s'éteignirent les Républiques grecques; ainsi tomba Rome ; ainsi s'écoulèrent les empires d'Orient et d'Occident; ainsi mourra la France, si ses fils aveugles continuent de s'abandonner à cet esprit de vertige. Au nom de vos pères, au nom de vos enfans, soyez enfin des hommes !
Divisés aujourd'hui entre deux prétendans, une partie de vous aura bientôt à donner une preuve solennelle de son équité et de sa raison. La donnera-t-elie? Question de vie ou de mort.
Ici, n'écoutez pas les sophistes. Tenez-vous en garde contre leurs passions mauvaises , et plus encore contre les vôtres. Quand la majorité aura prononcé : Bespect à la chose jugée, dieu fera le keste.
VOYAGEUR. EXTRAIT de son alrum. Ce qne je recommande très-expressément à tout promeneur, touriste et voyageur qui traversera à pied la bonne ville de Jéricho , cette capitale de l'ancien pays des Jébusëens , c'est de ne pas marcher contre les murs, et quelqu'attiré qu'il soit par la beauté des hôtels, l'éclat des boutiques ou celui des yeux des marchandes , de n'en approcher qu'à distance , et ceci pour deux raisons capitales on sous double peine de mort.
La première, c'est que les caves ouvertes en manière de trappes sur la voie publique sont , malgré l'appa-
rence, moins d'honnêtes celliers construits pour y mettre vin, bière, cidre, huile, etc., que pièges et trébuchets à prendre des hommes par un procédé analogue à celui qu'on emploie pour attraper les loups, dans les pays où Ton en attrape.
Secondement , parce que les trottoirs , placés de loin à loin à hauteur différente, en «manière de jeu d'orgue, présentent au piéton un obstacle aussi perfide dans ses moyens que dans ses conséquences , car si ce piéton trébuche à l'une des extrémités , il est à peu près sûr d'aller, par une perpendiculaire, se casser le nez à l'extrémité opposée.
Quelquefois même ces deux terribles inconvéniens se trouvent réunis: le trottoir formant inégalité convexe et la cave présentant une inégalité concave, il en résulte que celui qui se prend le pied dans le trottoir, va droit, en style de nageur, piquer une tête dans la cave. C'est ce qui est justement arrivé à un voyageur de commerce qui , heureusement , alla finir son plongeon dans une barrique de mélasse , d'où on le retira vivant et tout entier , sauf son toupet qui s'était incorporé à la marchandise.
A celte double calamité, il serait sans doute des adoucissemens et même des remèdes: nous allons les indiquer.
Le premier adoucissement serait de placer à l'extrémité de chaque trottoir deux hommes avec un brancard, pour porter à l'hôpital ceux qui se seraient cassé bras oa jambe , ou simplement ouvert le front.
Le remède serait de (iaire mettre partout des trottoirs on de n'en permettre nulle part , on bien de laisser les trottoirs où ils sont et comme ils sont, et de faire tailler en biseau ou en pente douce les angles droits des pierres de jonction.
Si ceci déplaisait par trop aux propriétaires, on pour-
rait sVn dispenser et éviter les accidens en défendant , à qui que ce soit , de circuler dans les rues après le soleil couché.
Quant au danger de Touverture des caves, un procédé simple en apparence serait de placer cette ouverture contre le mur du logis et non dans la rue. Mais il est inutile d'en parler, car cette seule proposition causerait à Jéricho une émeute et peut-être une révolution.
Si vous devez faire séjour dans la ville et que vous ayez l'avantage d'être gras, il est des endroits que je vous indiquerai volontiers , mais où je vous conseillerai en même temps de ne pas passer : ce sont ceux où Ton tue les pourceaux au beau milieu du chemin , moins pour la commodité des passons que pour celle des dits animaux qui , ainsi que vous aurez pu le remarquer , n'aiment pas à marcher quand ils digèrent. Néanmoins, quand ils s'aperçoivent du motif du vj>yage , il leur prend parfois Teuvie de courir, et par contre-coup, au boucher ou à ses aides , celle de courir après. Dans cette sorte de course aif clocher, entraînés par leur ardeur réciproque el la passion qui s'en mêle , les uns comme les autres sont sujets à d'étranges distractions. Par exemple: le cochon prenant l'ouverture de vos jambes pour une porte cochère, y entrera tête baissée et restera tout ébahi d'avoir envoyé tomber , les quatre fers en l'air , ce qu'il prenait pour un édifice. Le boucher de son côté , qui veut absolument rattraper son animal et égorger quelque chose, pourrait très-bien, vu l'étrange position où il vous trouve et par une erreur à jamais déplorable , vous prendre pour ce que vous n'êtes pas ; et c'est spécialement pour vous en préserver que je vous engage a ne pas passer par les dites rues, si vous êtes gras.
Autre prescription non moins essentielle « car il s*agit
encore de la vie; mais celle-ci n'aura force de loi que pendant la saison de la foire , car il y a une foire à Je* richo. Quand vous entrez dans le champ où elle se tient, ayez bien soin, si vous avez plus de quatre pieds et demi de iiant, autrement dit un mètre cinquante centimètres, de vous courber de manière à ce que le siège de votre intelligence , ou votre chapeau qui le contient , ne dé* passe pas la hauteur de ces quatre pieds de rigueur , sinon ce front ou ce chapeau ira infailliblement s'ap* platir sur chaque porte-ombre, abat^jqur et autres engins que l'usage, la pluie ou le soleil maintiennent ainsi de-^ puis l'origine des boutiques et des boutiquiers, c'est-à^^ dire depuis la création du monde.
Autre ihinger :
Vous savez qu'en tous pays civilisés , il est défendu de rien jeter par les fenêtres, soit du premier, soit da second, c'est-à-dire de n'en précipiter ni hommes, ni femmes, ni enfans, et en fait de liquides, ni vin, ni eau, ni bière , ni.... etc. Il fant' le dire à la louange de la dite ville, que dans la plupart des habitations cette I(H est strictement exécutée, et ceci parce que la maison n'a ni premier ni second. Cependant il n^eti faut pas con-» clnre , parce qu'il n'y a qu*un rez-de-chaussée , qu'on ne puisse rien jeter , ni que Tabord de ces maisons , surtout au lever du soleil et parfois aussi de ia lune^ en soit moins dangereux ; non , et si la partie supérieure de votre corps est à l'abri des inondations . il s'en est pas de même <le la partie inférieure , car ce n'est pas do hant en bas et par la perpendiculaire que cette inondation vous arrive , c'est horizontalement et à batteur d'appoi. Ceci vousparaitra un phénomène rare, inouï et qui n'a été prévn par aucun législateur, par aucun maire, par auoml adjoint, par aucun commissaire, enfin par aucune loi ni divine ni humaine. Eh ! bien ,
ce prodige se voit dans la dite ville , et ce qu^on ne peut jeter par la fenêtre, puisqu'il n'y en a pas, on le jette par la porte dont sont pourvues toutes les maisons , c'est une justice à leur rendre.
Je ne vous dirai pas que celte variété de projectiles soit moins dangereuse que l'autre. Le liquide verse par la fenhrc faisant Teifet d'une bombe lancée à toute volée et décrivant une parabole ou une courbe , ne touche qu'un point et n'inonde qu'un seul individu. Il n'en est pas de même du pot vidé par la porte, surtout lorsque dans une intention louable sans doute, on veut que le contenu aille tomber le plus loin possible de son point de départ. Alors , semblable à un boulet qui , en ricochant , atteint toute une iile , ce contenu , passât-il dix personnes en ce moment, n'en épargne aucune: rien de tout ce qui se trouve dans l'alignement de son jet n'y échappe, tout est éclaboussé, mouillé, souillé.
De l'excès du mal naît quelquefois un bien , et c'est ici le grand nombre de blessés qui fait le salut du coupable; et tandis que chacun examine les taches de son voisin, nul ne songe aux siennes, ou chacun s'en console en le croyant plus mai arrangé qu'il n'est lui-même.
Pendant ces réflexions des victimes, l'auteur du déluge, s'il est poltron, ferme sa porte et se barricade; s'il est brave, il remplit de nouveau le pot pour soutenir l'assaut et protéger son domicile.
Le remède le plus sûr ici semt peut-être de défendre de rien verser par la porte, en permettant de tout jeter par les fenêtres; et comme Ton a vu qu'il n'existe point de fenêtres au premier, par la raison qu'il n'y a pas de premier, et qu^au rez-d&-chaussée, par un procédé propre au pays, les fenêtres ne s'ouvrent pas, oa sent bien qu'on ne pourrait plus rien jejter du tout et que le passant serait sauvé.
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Ob me deniandera ici pourquoi les fenâtres ne s'ouvrent [»8 dans cette bonne ville? Ceci est une question qui m^a gravement préoccupé et sur laquelle j'ai consulté bien des savans architectes 9 physiciens, naturalistes et maçons. Après une étude approfondie qui a duré plusieurs années et qui a nécessité une foule de recherches et d'expériences, ils ont reconnu unanimement que si Ton n'ouvrait pas les fenêtres à Jéricho, c'était pour n'avoir pas la peine de les fermer.
Autre inconvénient. Celui-ci est plus difGctle à aborder, parce qu'ir touche aux beaux arts et à la peinture: quand vous rencontrerez une barrière à l'entrée d'une promenade, d'un pont ou de tout autre lieu de passage, ayez grand, soiu de passer à côté, car cette barrière est ordinairement enduite d'une matière brune dite goudron ou brai gras, matière "plus généralement utilisée sur mer que sur terre, et pour cause.
Cette cause redoutée ailleurs, et qui n'est autre que réternelte liquidité de l'enduit aux rayons du soleil , a- Welle déterminé la préférence des peintres et administrateurs locaux? Je serais^ tenté de le croir^. En e£fet, ils ont trouvé ce moyen simple de marquer leurs administrés , car de tous les individus que leurs plaisirs ou leurs araires conduisent en dehors ou en dedans des dites barrières , il n'en est pas un qui n'en revienne avec la marque de l'artiste ou de son ingrédient.
Je ne donne pas ceci pour un grand mal ; c'est même, aux yeux de quelques personnes, un bien véritable. Le gpudron est essentiellement conservateur , et l'endroit du vêtement qu'atteint cette utile substance acquiert une solidité extraordinaire. Ajoutez que l'odeur du goudron chasse les mites et le mauvais air.
Comme il n'est rien de bon qui n'ait aussi son côté bible, et que la plupart de ces barrières ne conduisaient
qu'à la pelouse et aux ombrages solitaires , les marques restées sur quelques robes donnèrent lieu à bien des dires et cancans aussi tenaces , aussi bon teint que la peinture qui les avait fait naître.
Le remède à ceci serait de peindre les barrières à la couleur ordinaire qui, moins volage, moins disposée à s'attacher à tout le monde et plus fidèle à sa destination , resterait paisiblement sur les poteaux où on l'a mise, et l'on serait ainsi dispensé de la renouveler. Mais selon bien des gens, il y aurait encore un moyen plus simple , plus économique : ce serait de ne pas mettre de barrières du tout , car , sauf Tavantage de marquer ainsi les passans, si cela est un avantage, il a été impossible aux érudits, après avoir bien étudié la question présente et consulté la tradition, de savoir à quelle fin ces barrières avaient été mises en ces lieux et placer et pourquoi aujourd'hui elles s'y trouvaient encore. La seule réponse rationnelle qu'on ait pu faire , c'est qu'elles y étaient aujourd'hui parce qu'elles y avaient élé hier. Il est juste de dire que s il y en a à Jéricho partout où il n'en faut pas, il n'y en a jamais où il en faut : dès-lors, il y a compensation.
Autre inconvénient et inconvénient très-grave:
La dite ville compte vingt mille habitans humains, et ils y vivraient à l'aise en travaillant , s'il n'y avait en outre deux à trois mille chiens qui se promènent toute la journée comme des rentiers qu'ils sont , ou ce qui est pis, qui dorment étendus en travers des rues et des portes, de façon qu'à chaque pas vous risquez de marcher sur les pattes ou la queue de quelques-uns de ces rois de la rue. •
Quand ce malheur vous arrive , le chien vous mord ; c'est juste, il connaît le proverbe ; mais après vous avoir mordu , il en est qui ont la malice de crier* Alors le
propriëtaire, savetier, épicier ou autre, sort de sa boutique armé d'un fouet ou d'un bâton. Vous croyez qu'il va corriger le chien ; non , c'est vous ; mais géaëreux dans sa colère, le dit bourgeois vous en tient quitte ordinairement pour une verte mercuriale et la menace qu'il vous fait du commissaire de police , protecteur-né des chiens, quand d'ailleurs ces chiens ne sont pas enragés, ce qui n'arrive jamais dans Jéricho et sa banlieue depuis le dernier passage de saint Hubert.
C'est probableiuent aussi cette intervention miraculeuse qui les préserve des conséquences des boulettes , car , bien qu'on en sème tous les ans selon l'ordonnance et que les chiens les mangent sans jamais en laisser une , pas un seul jusqu'à ce jour , c'est une justice à rendre aux pharmaciens , ne s'en est moins bien porté ; et si les dites boulettes ont fait peu d honneur à l'ofQcine , elles ont prouvé la bonté du cœur du fabricant.
Est-ce pour remercier le ciel de ce bienfait qu'on les voit partout dans les églises? Non, tel n'est pas leur but, et c'est moins comme dévots qu'on les y rencontre que comme badauds et flâneurs.
Sachant qu'en pareil lieu vous ne pouvez ni les poursuivre ni les battre, ils abusent de leur privilège jusqu'à venir lever la patte , non-seulement coi^re la chaise oii vous êtes agenouillé, mais sur votre personne elle-même. Un Turc, un païen ne ferait pas pis.
Une seule circonstance vous en . délivrera et les fera fuir. Ce n'est pas la voix du gros chantre ni celle du serpent qu'ils aiment assez ou qui tout au plus les £ait grogner sournoisement, c'est le chaut de Torgue, c'est l'accord de certains tuyaux auquel ils ne résistent pas et qui les pousse invariablement vers la porte , la queue entre les jambes , désireux qu'ils sont de s'éloigner de ces sons étranges qui ébranlent leur système nerveux..