‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 104 sur 110 · S TOT · texte numérisé non relu

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S'il y a beaucoop de chiens à Jéricho , on n'y est pas, pour ceci, privé de chais, non qu'on les y mange, mais parce qu'on en aime beaucoup la voix. C'est un goût propre au pays.

tin antre obstacle an repos des habitans et à la sûreté des rues, naît des baudets qui sont plus fiers à Jéricho qu'en aucun autre lieu du monde. Cependant , il faut ajouter qu'il y a ici moins de la faute de ces animaux que de celle de ces mêmes rues qui*, par une grande injustice , n'ont pas été faites pour eux. Or , chaque matin , à l'heure où les laitières et les marchands de carottes de Canaan parcourent la ville , la scène des barricades se trouve renouvelée et la circulation totalement interrompue.

Il nVn faut pas induire qu'il y ait , de la part des baudets ni de leur conducteur, la moindre intention iosurrectionnelle ou révolutionnaire: non, jamais laitière, jamais marchand de carottes, jamais bête asine n'ont essayé de causer le moindre trouble dans l'Etat; et pourtant il n'en est pas moins vrai que lorsque , chargés de choux ou de carottes ou même de leurs simples bâts et paniers, ces ânes font leur entrée en ville, ils présentent un front de bataille véritablement redoutable.

Cependant le danger est plus apparent que réel: tant qu'ils cheminent sur les placés et les chaussées , vous en êtes quitte pour vous jeter à droite ou à gauche ; mais lorsque ce front de bataille se subdivise en compagnies, puis les compagnies en pelotons, et que chaque animal se précipite dans la ruelle pat laquelle il a Thabitude de passer, c'est alors que le vrai péril commence. Malheur à l'homniè engagé dans ces autres Thermopyles ! Quelque lesté qu'il soit , quelque mince qu'il se fasse pour se dissimuler contre le mur, pour s'y annihiler, il n'éA a pas moins le ventre raboté par ces pièces de bois

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qui, complément obligé du bât et terminées en angle, servent à retenir les paniers et contenir le^r charge.

On me fera observer que le passant est maître de rebroujsser chemin. C'est aussi ce que fait Thomme sage et prudent qui préfère la vie au plaisir d'arriver un quart d'heure plus tût. Mais que peut la prudence conftre les coups du sort! Au moment où le voyageur croit s'échapper de la rue malencontreuse, un autre baudet y fait son entrée, et Tinfortuné, pris ainsi entre deux barricades ambulantes, qui, froides et impassibles comme le destin , se rapprochent sans cesse , ne sait plus à quel saint se vouer, fieureux si quelque porte ouverte lui offre un refuge , ou bien si cm hasard favoraUe fait qu'un des baudets ait reconnu l'enseigne d'une pra« tique ; alors , tournant le nçz qu le derrière , la bête asiae ^s^era peut-être, entre sa queue et la muraille, un espace suCiisant au passage de l'homme assez courageux pour braver les ruades et autres accidens. J|Iai$ sans l'une ou l'autre circonstance, il en sera de sa personne comme il en était des Macédoniens qu'alteirgnaient les charriots armés de faux des légions de Darius, car jamais laitière de Jéricho , jamais ânier de Capaan n'a fait arrêter sa bête pour un individu, quel qu'il soit. Le roi, l'empereur, le p^pe y perdraient leur latin. La prooe^ion , pui , la .procession mySme , fait halte devient ces impassibles conducteurs. Les baudets seuls con^sentiroat quelquefois à entendre raison; c'est donc toujours à eux qu'il £aut adresser votre $up[^i(]ue.

Quoiqu'il en soit , comme cette ressource pourra paraître fort incertaine, nous croyons utile d'en rechercher quelques autres.

La première serait d'élargir les rues et de leur donner en .largeur l'étendue de deu^ baudets chargés, o^ de.se borner, pour é-viter la dépense, à démolir ces rues d'u^ côté.

Le second moyen serait de prier M. l'ingénieur Brunel de venir à Jéricho et d'y faire, sous chaque rue étroite, un tunnel à l'instar de celui de la Tamise , tunnel qui servirait aux piétons à l'heure de la circulation des baudets et des carottes.

Le troisième , plus simple en apparence , serait de charger les légumes et les paniers en long, au lieu de les charger en large. Peut-être les baudets y consentiraient-ils. Quant à leurs maîtres, il n'y faut pas compter ; aussi ne vous indiquerai-je ce moyen que comme mé^ moràndum.

Mon intention n'est certainement pas de passer ici en revue toutes les petites incommodités auquelles les rues de Jéricho peuvent vous exposer; nous ne nous arrêterons qu'aux principales ou à celles dont les conséquences ofifrent des dangers réels. Nous avons parlé des périls résultant de l'imprudence ou de l'entêtement des hommes et des animaux; nous dirons quelque chose de ceux qui naissent de la volonté des enfans et notamment de leurs jeux.

En première ligne de cette nomenclature des plaisirs de l'innocence locale , nous mettrons le jeu du pic. Le pic est un morceau de bois à l'extrémité duquel est ajustée une alène de cordonnier , bien afHIée et solidement fixée. A l^dutre extrémité sont deux cartes placées en croix. Quand le joueur a rencontré une porte ou un volet dont la forme lui semble propre à servir de but à son adresse, il va se planter vis-à-vis, le nez en l'âir et le jarret tendu, et d'un bras aussi vigoureux que le lui permettent son âge et sa taille, vibrant le dard, il l'envoie de toute sa force vers le point qu'il ajuste. Mais s'il arrive qu'en ce moment vous ouvriez la porte on la fenêtre , l'alêne vous entrera de deux pouces dans le ventre , ce qui vous décidera probablement à la fer-

mer au plas vite, an grand désappointement du gamin qui frappera furieusement à Fhuis pour que vous lui rendiez son pic.

Ici l'enfant a raison, et le propriétaire n'a que ce qu'il mérite. Pourquoi ne laisse-t-il pas sa porte et son volet fermés? Aussi ce n'est pas pour les gens domiciliés que je réclame, c'est pour les passans étrangers qui, en entendant le pic leur siffler aux oreilles comme la flèche des Parthes , n'y voyant rien qui ressemble à l'arc de Cupidon, éprouvent quelquefois de singulières émotions, car ils croient toujours , les poltrons , qu'on va leur crever un œil.

Quant à l'habitant, il est si bien accoutumé an sifflement du pic qui fit aussi le délice de son jeune âge , qu'il n'y songe point. Il sait, par expérience, que s'il y a quelques nez piqués, quelques joues traversées, quelques yeux endommagés, la chose n^est pas générale, et que tout calcul fait, la chance est favorable aux passans. Je ne vois donc pas de nécessité absolue à supprimer le jeu du pic, si cher à Tenfance et si utile au débit des vieilles cartes à jouer et des alênes réformées.

Ajoutons que ce même jeu. fait fleurir l'art de la me-* nuiserie et le commerce des planches , car il ébranle et perfore si bien les portes et les volets , qu'il faut les renouveler à chaque lustre, et qu'on i^eut, avec raison, le considérer comme un supplément à l'impôt des portes et fenêtres.

A ceci , il y aurait un préservatif facile : ce serait d'avoir des portes d'airain , comme au baptistaire de Florence, ou en fer fondu. Il est vrai qu'on ne pourrait les ouvrir qu'à l'aide d'un cabestan , mais on resterait plus souvent chez soi, et il n'y aurait pas grand mal.

Les pétards sont aussi fort en vogue parmi la jeunesse de Jéricho, de l'âge de dix à quarante ans; c'est un jeu

extrémenaent gâtent «t qoi consiste à altnœer et lancer ce pétard de maDière à te faire éclater à propos , c'està-dire entre les pieds des chevaux d'une ditigence oa d'une chaise de posle, ou ce qui est encore plus spirituel et délicat, sous les jupes d'une kmwe ou d'une fille, ad libitum.

11 faut nous hâter de dire que ce jeu, vraiment amasant pour les personnes qui ne portent pas de jupes, n'est pas quotidien, et qu'il n'a lieu que dans les grandes occasions , telles que les journées de juillet , la fête de Sa Majesté, celle d*un principal de collège, maître de pension ou autre grand personnage, euGn lors des noces et baptêmes.

On ne peut nier qu'il n'y ait dans le jeu des pétards quelques inconvéniens , mais ils paraîtront bien faibles comparativement à l'importance de ces solennités. D'ailleurs , ces inconvéniens se bornent à fanre cabrer un cheval, verser une voiture, casser une tête, une jambe, brûler une robe, y compris le contenu, et incendier une maison de temps en temps. Mais, comme dit le proverbe, il n'est pas de bonne fêle sans verres cassés, et les pétards valent encore mieux, pour les gens de goût, que les décharges de fusils et pistolets dont les tireurs oubUent quelquefois de retirer la bagnette , ce qui vous Cfl^pose à vous trouver, en revenant de la noce, dans la m^me position que la dinde qu'on y a mise sur la table»

Le jeu du cheval fondu , à Jéricho comme partout , n^a d'aiitre incommodité, si vous vous plaeez étourdiment an face de la colonne , que de vous pro<%irer un coup de tête dans l'estomac et l'ennui de rouler dans te poussière avec le sauteur trop bien lancé pour s'arrêter à temps, mais qui, vous croyant solide sur vos jambes, vient s'accrocher à vous. Aussi, quand vous avez si mal répondu à sa confiance et qu-il est tombé dans la boue

en votre compagnie, celte yictime de votre iaibleçse et de votre défaut d';Lplomb,.vous foudroie-t-dle d'ua p«;gard annoaçant le plus profond mépris*

Ici le préservatif était simple : c'était de ployer le do3 et de vous mettre dans la m^me po;5ition que les autres joueurs. Il est vrai que tous , grands ou petits , vous auraient pasçé sur le corps, pcut^Lre même le farceur Âe la troupe y serait resté à califonrchon , mais enfin vous seriez sorti de ces diverses épreuves sans poussière ni crotte et surtout sans dédain , sentiment désobligeant de quelque part qu'il vienne et véritablement plus lourd que le gamin que vous auriez eu sur Téchine.

Je ne parlerai pas du jeu du volant ni de celui de la corde , ils sont connus partout : vous n'y risquez, quand accidentellement vous vous trouvez au milieu d'une partie qui a envahi la rue, que. d'avoir le nez relevé d'un coup de raqueUe venant d'en bas, ou la figure rabotée d'un coup (le corde venant d'en haut : c'est pn petit mal» et l'on s'en console ; mais je m'étendrai davantage sur un autre passetemps dont les inconvéniens sont souvent plus graves: c'est celui du petit palet ou du bonhomme, pour me servir du nom local ; jeu xjui consiste à mettre de l'argent sqr un l)Ouchon et à chercher à l'abattre avec le palet ou le gros sou qui en fait les fonctions. En apparence, rien de plus inoffensif que ce passetemps, et pourtant rien de plus dmigereux pour le promeneur, car il arrive que des joueurs s'établissent sur un chemin • public et qu'au lieu de jouer en long , par je ne sajs quel caprice ils jouent en large. . Force est donc au promeneur de passer entre le but, et celui qui y vise. Qqe le sou vous attrape la cuisse ou la jawbe , comme il jçst assez mollement jeté, )e mal, physique est.pjsu jifi chose. Il n'en est pas de mépe des cpi^séquences morales : le choc, di&..deux, cojrps célestes» ^u\ de Çpitja^ne

et de Jupiter ou dn soleil avec la terre, ne causerait pas un ébranlement plus grand dans le cerveau des joueurs, et vous eussiez tue père et mère ou mis le feu à la ville , qu^m concert plus unanime de malédictions ne tomberait pas sur vous. Celui qui joue prétend que' le coup était gagné quand vous en avez arrêté TefiFet. Celui qui ne joue pas soutient, au contraire, que le palet devait tomber à deux pieds du but. Partagés entre ces deux opinions, les intéressés et même les simples spectateurs ne sont d'accord que sur un point, celui de vous maudire. Oui , pour eux , vous êtes un brouillon , un trouble fête. Passer ainsi quand on joue, c'est indigne! Ne pouvez-vous pas attendre la fin de la partie on passer ailleurs? Ou plutôt, pourquoi passer? Qu'avez-vous à faire dans la rue, rôdeur, fainéant, voleur! Oui, il y en a qui vous appellent voleur. Pour quel motif? Je ne TOUS le dirai point; à moins que vous ne leur voliez leur temps en les forçant à recommencer.

Ne croyez pas que vous en soyez quitte en prenant fa fuite ; non , et deux heures après , le perdant vous maudira encore , appelant tous les analhémes sur vous qui êtes la seule cause du Quignon qui le poursuit.

L'album du voyageur citait encore beaucoup d'autres Jeux plus divertissans pour les joueurs que commodes pour les passans. Mais c'en est assez sur ce sujet, et après avoir vu comment les choses se passent aujourd'hui à Jéricho , nous allons dire comment elles s'y passaient.

Nous commencerons par remarquer que les ingénieurs de l'époque étaient beaucoup moins sévères que ceux diî moment ; en voici la preuve : un spéculateur du temps planta un jour six moulins en façon de batardeau au beau milieu de la rivière, au grand ébahissement des bateliers, canotiers et autres gens vivant de la rame,

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qui se trouvèrent, par suite de cette invention, obligés de se faire meuniers, vu que ia navigation devint nulle. Cet état de choses dnra environ trois cents ans et ea aurait duré trois cents encore, malgré le tollé général, si les moulins, moins entêtés ou plus patriotes que les meuniers, n'avaient pas pris le parti de déménager dans la rivière.

L'on ne se permettrait pas non plus aujourd'hui de ces cortstructions qui, d'une rue, faisaient deux impasses; de telles infractions aux réglemens de la voirie paraîtraient fort étranges. Mais on ne peut se dissimuler que cette manière de faire n'ait été naguère en grande recommandation dans la bonne ville de Jéricho : la preuve, c'est qu'on y voit une douzaine de rues qui ont été et sont encore hermétiquement fermées pour le bon plaisir de tel ou tel notable qui trouvait commode de mettre sa maison en travers.

Un usage non moins abusif est celui qui permettait aux serruriers de faire une tranchée devant leur domicile, en long ou en large, à leur choix, pour y rafraîchir les roues qu'ils avaient à garnir. 11 est vrai que la règle les obligeait à couvrir d'une planche la tranchée quand la nuit était venue ; mais à Jéricho comme ailleurs , la nuit vient à des heures diverses , selon la saison et les réverbères. Il en résultait que les jambes des passans n'étaient assurées qu'à des heures fort incertaines et véritablement assez rares. Aujourd'hui, elles le sont moii».

Les maréchaux ferrans avaient une habitude plus bizarre encore : c'était d'ériger sur la voie publique et en saillie devant leur maison, des espèces de pagodes consistant en un toit suspendu sur quatre poteaux solidement implantés dans le sol. La destination de cette bâtisse anormale était d'abriter les chevaux et de les ferrer à couvert. C'était fort commode pour les chevaux; mal*

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betfreusement les passons , stirtoat quand ils étaient tn yoiture, ii'«ii 4»oa?aifnt dire autait, et maintes fois une loue s'aecroehaul à i'tfdiioe hors iîgne , envoyait le vé^ bicule se reposer sar l'autre roue. Les moyens de secours, il est vrai, se trouvaient sous la nrain , le maréchal était là poer remettre les fers, le seiiier ^it à denx pas et le chirurgien n'était pas loin ; mais généralement les Vïoy&geurs préféraient passer leur chemin qne d^avoir affaire à tant de gens.

Un danger plus grand que le bris d'une voiture et «énie que celui d'ua membre , a égaleinent disparu : e'était celui d'être noyé en prenant ie frais. Voici comment : dans certaine rue murmurait une petite rivière limpide, peu profonde et tout-^à-fait propre, pendant la canienle , à prendte un liemi^bain des plus agré:ibles. Aaissi, la noit venue, le bourgeois, en peignoir, sortait de sa maison , descendait dans la rivière , s'y af^seyait paisiblement et jouissait de ia situation. Mais il arrivait 4piI^on tanneor , suivi de : ses garçons et de quelques peaux de vaobes <m antres, venant en tapinois et ^ns s'ioforaier s'il y ïrvait quelqu'un, lançait dans Peau une peau, puis une autre, pms «ne troisième, et avant que le malheureux baigneur ait pu se reciHittattre, une dooaufine de dépouilles animales, toute fraîches et saignûntes, lui arrivaient sur la tête. Le mal «étaitipetit s'il potrvait s'en dépêtrer, et le tanneur ne refusait jamais, à » pffciDKière réquisition , de fait donner un coup >de main; ttéis un soir, l'un de ces boigneors , qui idormait.sans doute 9 'ne âoofflatflnot.'le tanmeur ne s^aperçitt de rnn, efe.ee^'Uefut çde; trait joors après que, :jsdiis' 'une; peau de (bât6«Mil reconnut «n chrétien en 'assez triste ëtàt,:oar il.y «eii avait septi4|a'il étilit noyé. Au isunplus, ce: péril H'esiflle phtsvonest xettonté à ia source -.du mal, on a((fl«ipprimé les miètestet, paramte^nles tanneucs.

D'ai^rès ce ()4fee ron vieot de voir, on ne peut se dissimuler «fue la bonne ville de Jéricho, malgré son grand nérlte, n'ait en et n'ait encore, comme toutes les choses de ee fnonde, ses petites imperfections; mais, il faut dire à lagloife de ses liabitans, qu'eties n'ont altéré en rien rameur «xsclusif et véritablement platoiviqae qn'ils lui portent. ÂviAez^-vois de Vianier devant eux mae autre ville , ifnelle «fu'dle :soit , ils vous regarderont avec nn superbe dédain et «nront Tair de vous dire: on voit bien qvte vous ne <eoBnaissez pas la noble capitale des Jébn9ee«s, la .grande, la bdUe, la snpe^be Jériciio.

Eh ! bien , oui , Festime que Thabitant lui porte est fondée; oui,Jértclio est tout cela. C'est Hine cité grande et nagnifiqtte , ce q«i ne veut pas dire quelle soit propre, claire, bien parée, bien percée. Non, cette antique rivale de Canaan est, il €aut l'avouer, une beanté chifibnnëe et parfois m^ligée, nne beaoté qui porte un cachemire et .des bas tramés, c'esk^-à^dsre qui, à côté d'>un hôlel, vous 'offrira nme-ttiaison -conviertc en chaume^ «vec >one haie pour tenir lieu de muraille. Mais ces coutt^stes qui ^peuvent cboqner l'étranger ont des charmes pour rmdsgène; il aime sa ville telle qu'elle est, il Fadmire tcommc'^n l?a faite. ou plolôt comme elle s'«st faite eUe-4mâne. Des que l'on y loiushe, filit^cé même pour y.boncher.un trou, il se désole, il se lamente, il crie an sacrilège, car il chérit Jusqu'à ses ruisseaux, jusqu'à sa boue , et c'est avec un regret d'avare qu'il la voit transporter hors de ses murailles.

La même anxiété fera battre son cœur s'il entend dire qu'on y creuse et laboure le sol pour y établir quelque bâtisse industrielle; il semble que c'est sa peau que l'on déchire, que ce sont ses entrailles que Ton fouille. Oui, il soigne sa ville comme une maîtresse; il craint pour elle le bruit et la fumée. Aussi, quand quelqu'étranger,

car un indigène n'aurait jamais eu cette idée déplorable, a Toulu y fonder une usine , une fabrique , une mana- Êicture quelconque, on a vu les bons habîtans se lever comme un seul homme contre une semblable prétention, et faire si bien des pieds et des mains, que le malencontreux industriel allait se réfugier ailleurs.

Où Tesprit de constance ou d'attachement au statu quo de rhabltant s'est montré dans tout son éclat, c'est lors de la magnilique défense qu'il a faite contre le projet de redresser sa rivière et de lui donner une navigation facile. Jéricho fut vaincue dans cette lutte, mais ce ne fut qu'après une résistance de dix années.

La bonne ville eut donc, quoiqu'elle eut pu faire, une rivière navigable et un commerce florissant. Mais la malheureuse cité ne devait pas en être quitte pour si peu : depuis , d'autres calamités de même nature sont venues fondre sur elle. Malgré ses efforts pouc s'y soustraire, on lui a donué un port, un quai, un entrepôt, un chemin de fer, etc., etc. Mais que de cris, que de gémissemens n'a-t-elle pas poussés , à mesure que ce déluge de maux l'envahissait ; que d'injures , que de haines ne sont-elles pas tombées sur les coupables instigateurs de ces innovations, de ces hérésies, de ces plaies faisant renchérir le beurre et les carottes! De tout ceci, les bons habîtans ne se consoleraient pas, s'ils n'avaient ^espoir qu'une révolution ou la bonté de Dieu les en délivrera un jour.

YACHT. Bateau de plaisance qui est, snr mer, ce que nos calèches , nos coupés , nos tilburys et autres voitures de luxe sont sur terre.

Il y a , en Angleterre , plusieurs sociétés nommées yacht-clubs, dont la première condition d'admission est d'avoir à soi un yacht avec ses matelots : dépense bien autre que celle d'une voiture, fût-elle à quatre chevaux, avec cocher , laquais , chasseur et groom. Aussi , tout membre d'un yacht-club doit-il être riche , et parfois il s'y ruine.

Ces yachts ont depuis dix tonneaux et quatre hommes dYquipage , jusqu'à trois cents tonneaux avec vingt hommes.

Le gouvernement anglais encourage ce genre d'amusement, et le gouvernement français ne le décourage pas,

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