‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 15 sur 110 · PO · texte numérisé non relu

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quand ils vous graisseraient le chef de toutes les pommades qui existent sur la terre, quand ils Tinonderaient de toutes les huiles qui y coulent ; quand, à leur suite, Tiendraient tous les dentistes chirurgiens ou non, docteurs ou opérateurs, avec toutes leurs eaux, tous leurs baumes, toutes leurs brosses, pinces et limes, ils ne vous feraient venir ni un seul cheveu ni une seule dent là où il n'en doit pas venir. S'il en vient, c'est que le germe ou la racine y est, et ce n'est ni l'eau ni la pommade qui les y ont mis. » ^

Si c'est là une chose certaine, s'il ne peut y avoir de remède autre qu'une perruque ou ses dérivés , pour mettre des cheveux là où il n'y en a pas, et qu'un râtelier d'émail ou d'ivoire pour remeubler une bouche dégarnie , pourquoi permet-on à tant de charlatans de tromper impudemment le public?

De ce charlatanisme éhonté , je ne citerai qu'un exemple :

Dans un rapport officiel de médecine légale , M. Dupuytren donna l'analyse chimique d'une teinture pour les cheveux et la signala comme inefficace et même dangereuse.

Peu de mois après, le même journal, le même charlatan répétaient : « cette célèbre teinture si vantée par l'illustre Dupuytren, etc. >

Voyez : Annonces, charlatans, etc.

PORTRAIT: UNE FEMME. C'est un amant qui

parle; laissons-le dire:

Que cette femme est belle et séduisante! mais qu'elle me rend malheureux! Combien je voudrais ne l'avoir jamais vue. Par elle je deviens insensé.

J'en av^is le pressentiment. Trois fois j'avai» refusé

de ]Qi être présenté. Je n'allais pas à ses fêtes; sans la connaître je la fuyais , je ne voulais pas être sa conquête, ear être sa conquête c'est être sa victime, mais elle avait dit que je serais et sa eonquête et sa victime : il a fallu que cela fût. Pourquoi l'a-t- elle voulu? J'étais le seul homme qui semblait la dédaigner.

Ce qu'elle veut est ou sera. Qui en doute se trompe. Elle a un ascendant invincible sur tout ce qui rapproche.

Quelle énergie dans ce regard si doux! Quelle force dans ce bras si rond, si féminin! Voyez cette poitrine ouverte, ces épaules larges et poiurtant si gracieuses, et ce cou si admirablement attaché sur sa base de marbre : c'est la femme dans toute sa puissance physique et morale , la femme de vidgt ans , belle de jeunesse et d'avenir, mais la femme qui joue avec un coeur comme le tigre avec sa proie, la femme qui, maîtresse d'elleméffle, semble se pbâre aux douleurs qu'elle cause.

La mort et la volupté sont pour elle choses insépa* rables. De l'amour écartez le danger, le danger présent et terrible, offrez-lui cet amour avec le calme du cœur, cet amour sans angoisses, sans remords, elle le repous* sera; son oœur restera vide. Elle n'aimera pins, parce qu'aimer ne sera plus une chance de mort.

L'autre jour, savez-^vous bien ce qu'elle fît? Ah! je ne puis.... je ne dois pas le dire. Sa vie-, la mienne, plus encore , le bonheur , Fhonneur d'autrui étaient en jeu; oui, nous joidons tout, et quand tout ne tenait qu'à an fil, quand chaque minute pouvait amener une scène de sang , elle était heureuse , danS' chaque minute elle vivait un siècle ; oui , alors elle aimait , elle était ivre de joie , d'orgueil. Ainsi est laite cette femme.

Me croyez pas qu'elle vous poussera à un danger qu'elle ne partagera pas; die a empêché un duel, un duel à mort, die ne l'eût certainement pas fait si elle

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eût |m y servir de second: si tUe eAt Tisqftté d*Atre tuëe avec scm amant, elle eût féit tuer 9on aâiant*

Elle était immc^ite d'effi*o& «quand, elle le voyait, i^e à pied , lancer son chef^l à travers ks préoîpioes; mai» die, à clieval, près de lui , an iNM'd de ces mêmes précipices , suspendue sur ce mêoie abhne , où la moindre distraction , où le plus petit écart était la mort , là , de gaîté de cœur, provoquant le péril, elle s'y jetak pour l'y jeter avec elle, oui, elle le fa«ait sans sourciller. L'en empédier, c'était impossible! Hésiter, c'était tse livrer à son mépris, à ses sarcasmes: le courage de les braver, je ne l'avais pas.

Un jour, pourtant, tremblant peur elle, je balançai, j'arrêtai mon chetal comme si lui-même eût tremblé. Que fit-«lle? Bile le frappa. Si j'eusse Itrdé, elle M'eût frappé moi-même. Oui , die l'eût fait ou «Hé s^ serait élancée seule, et son regard alors> son regard m^risant, eè regard milte fois pins poigwinl que la m«rt, voilà ce qu'elle m'eût laissé pour aiHen.

Ce regard , c'est l'insulte même, rinsulte qui voulait du sang ii ce n'était celui d'une femaM.

Point de milieu avec celle-Mcii dès qu'on eesse de IV dorer, on l'ctècre. Oui, dès qu'on est ealme, dès qn^OA ne tremble plus pour elle ou par elle , on la hait.

Cet affront , elle me l'a faiti On jour , elle osa oe que je n'osais pas on plutôt ee qna je rougissais ût tenter, car c'était une nsigne folie ^ un acte de témérité fltupide. Elle partit en me jetant soi^ inferiwal regard*

Alors, il fallut la suivre. La voir ainsi devant soi, et devant elle la mort , la mort irideose , la moit qui ne laisse qu'un cadavre informe et déchiré! La suivre ^ ne pouvoir fermer les yeux en la suivant! Âh! mes cheveux s'en dressaient d'épouvante et ma main convtilsive ne sen*^ tftit plus les rênes ^ je ne sentais même plus le cheval

qtd me portait, il semblait qu'un torrent m'entraînait: c'était qh affreux cauchemar. Mes traits contractés devaient être ceux d'un réprouvé , car elle me dit : « )e vous aime ainsi. »

Quauft à elle , rose et souriante , elle se plaignait que le vent ta décoifiait.

Pourquoi donc, dans le danger, ne craint-elle rien? Ce danger, est-ce qu'elle ne le voit pas; ou bien n'existe^ t*il pas pour ^e?

Se tuera-t-elle ainsi? Peut-elle se tuer? Oh! je crois que non. €ette femme a une main d'acier; elle arrête la mort à volonté. *

Un jour, dans un salon, jouant avec d'autres jeunes filles , on parlait de sa force ; il lui fallait un poids pour ressayer. Ce fet moi, comme le plus grand ou le plus fort , t^'elie choisit. Sans me prévenir , elle s'approche de moi, peut-être peree qu'en ce moment je

ne m'occupais f9& d'elle ; puis Mais je n'aime pas

â Tacotiter cette histoire. Que vous dirai-je? pour mon^ ttfer sa vigueur , elle me blessa ; le sang jaillît. Ainsi joue la lionne. Il est vrai que si j'étais mort , die se Iftt tuée ensuite.

Et ddns ce canot où je l'avais conduite , lorsqu'au large, surpris par 6 bourrasque, il y avait un danger réel , quand les autres femmes sanglottaieut et priaient Dieu, que faisait-^Ue? Elle regardait, elle rêvait; t)as un luet, pas une plainte, pas une prière. Est-ce la peur qui la rendait muette? Non; elle bâillait. Mais ses nerfo ânranlés amenaient oe spasme? Non encore; elle s'endormit.

0e pourrais citer vingt traits pareils. Est-ce bien une femme , une femme de ce monde ? Oui , mais c'est la femme reine, la feimme démon.

Voyez^la danser: sa 4atïst décente et modeste est celle

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d'une personne noble et bien ëlerée, et pourtant il y a ]à quelque chose de la fille de Sparte , de la jeune fille qui lutte; elle semble danser comme tout le monde, et cette danse vous rend fou.

11 n'y a pas plus de mauvais valseur pour elle qu'il n'y a de mauv«ais cheval. Elle maîtrise l'un comme l'autre, et lance son cavalier comme son coursier: qud qu'il soit, il faut qu'il aille, et il ne s'arrête plus.

Mais prends garde à toi, danseur novice; ne t'enivre pas dans ce tourbillon. Parce qu'elle t'entraîne, tu crois la conduire : oh ! qu'elle saura bien te détromper* Prends garde à toi, te dis-je, le précipice n'est pas loin.

Oui , cette femme vous ensorcelé. Elle fascine vos yeux , votre esprit , elle paralyse votre volonté. Vous n'êtes qu'un instrument dans la sienne, qu'une machiae qu'elle tient dans ses doigts , qu'elle froisse , qu'elle écrase, qu'elle brise à son caprice.

Cet ascendant, elle l'exerce même sur son sexe. Les femmes la haïssent, et toutes sont à ses pieds. Partout où elle paraît, elle règne; partout où elle parle, on écoate, on obéit.

A-t-elle une conscience, une opinion, une joouleiu* ? -*- J'en doute. — Mais demeurerait- elle oisive devant une émeute, une sédition, une révolution? — J'en doute plus encore ; elle s'y jetterait à corps perdu. — Pour qui ? pour quoi? pour quel drapeau? — Qui peut le dire, et que lui importe! C'est une mêlée, c'est un péril à braver; il y a des blessures à faire , à recevoir. Là est sa place, à elle; là est sa volupté. Si vous saviez ce qu'elle a voulu!! 0 démon! qu'as-tu voulu ce jour où tu me serrais la main pour la preinière fois? qu'as* tu voulu? Dis-le, si tu l'oses.

Malheureux qui t'aime, mais plus malheureux mille fois celui que tu aimes ou que tu crois aimer, car as-ta.

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