PEU
il n'y aurait chez lui ni dévot m dévote. Il en est ainsi chez toutes les nations de la terre, et quand on rencontre des exceptions, c'est toujours chez les Chrétiens.
La peur ne produit pas la vertu proprement dite, mais die y contribue et fait tout^ les qualités sociales , spécialement la science des égards et de la réciprocité, la déférence, la politesse, le respect. Chez quelques-uns, elle fait même la charité ou y aide beaucoup : tel épargne son frère parce qu'il craint d'en être battu , et ne donne un écu aux pauvres que de peur qu'ils ne lui en prennent deux.
La peur fait les grands guerriers comme elle fait les grands saints : oui , c'est elle qui éveille la vaillance ; on est brave parce qu'on craint de passer pour ne pas l'être, ou tout bonnement de peur de mourir; c'est même le cas le plus ordinaire, et tel, sans cette appréhension de la mort, ne serait jamais devenu un héros.
La peur fait l'éloquence. 11 n'est pas d'homme qui ne parle bien quand il s'agit 4e défendre sa fortune et mieux encore s'il est question de sa vie.
La peur qui relève le moral n'a pas moins de puissance sur le physique. On lui doit aussi plus d'un miracle médical: elle fait courir un boiteux, entendre un sourd, crier un muet; elle ne refond pas le caractère, mais elle y supplée*
Cependant, la peur a ses caprices et même ses contrastes, et elle produit des effets opposés à ceux que Boup venons de citer. Ceci a lieu surtout chez la femme. La peur lui brise les jambes , lui ossifie le cœur ; oui, elle perd sa sensibilité » sa pitié même, elle n'est plus femme , elle n'est plus uh être intelligeint : c'est une machine qui crie, qui pleure; elle ne veut ni fuir ni ^ou^ laisser fuir, elle ne vent même pas qu'on la ^uve^ elle se crampomie aux mm et ia sarnson brûle.
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On cite des exemples vraiment incroyables de cet efflst de la peur chez la femme.
Je parle ici de la femme isolëe. Est-elle amante , estelle épouse ou mère, les choses changent: ce n'est plu$ pour elle qu'elle a peur, et lorsqu'il s'agit de sauver ce qu'elle aime, elle devient aussi active, aussi déterminée, aussi ingénieuse contre le péril, qu'elle l'était peu quand elle ne voyait qu'elle en danger.
La peur produit sur les animaux un effet analogue. Dans un sinistre, une inondation, un éboulement, un incendie, il est impossible de les faire sortir de leur étable.
Ceci atteint jusqu'aux animaux sauvages: on les fascine au moyen de la lumière, du bruit, du regard ; les mires seules , quand leurs petits sont en danger , résistent à tout.
Il est aussi des hommes que la peur annihile, à qui elle donne le vertige. Ce jeune couvreur qui travaille au haut d'un clocher avec son père, lui dit: père, le ciel tourne; le père comprend le danger, il fait un mouvement pour soutenir son fils, il était déjà trop tard, te malheureux enfant roulait dans l'abkne.
C'est la peur qui paralyse le^ facultés de cet acteur, de ce chanteur, de cet orateur qui, plein de verve et de fea quand il est seul, devient froid, guindé, insupportable dès qu'il est en face du public. Cependant, il a dn talent, et il en a la conscience, mais ce talent mourra sans qu'il l'ait montré, et cela par peur qu'on en doute, par peur d'être au-dessous de lui-même. S'il pouvait se dire: je ^ux être médiocre aujourd'hui pour être Queilieur demain , il serait sauvé , mais pour ne pas consentir à l'être un seul jour, il le sera toute sa vie.
Il est peu de sentimens, peu de passions même dans lesquelles la peur ne se ^isse. Dans l'orgueil , il y a
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de la peur ; il y en a dans la âoseefrtibilité , dans Penvie, dans la jalousie, par conséquent dans tous les vices qui en' dérivent: Thypocrisie, la dissimulation, la trahison.
La peur n'est pas étrangère à Famour, à Pamitié; elle ne fait ni fun ni l'autre , maïs elle les maintient et les fortifie. Une confiance trop entière amène l'indifférence et bientôt le mépris. Celui qui ne craint rien de sa maîtresse ni de son ami , est bien près de ne plus les aimer ; preuve , c'est qu'il errât peu de les perdre.
Je le répète : sans la peiltr, il n'y a ni amitié ni amour durable, et c'est elle qui fait la constance et tient lieu de la fidélUé.
U faut bien avouer que la peur, malgvé son principe tQut moral, tient autant aux circonstances qu^à l'homme : le plus brave ne peut dire qu'il n'aura jamais peur. L'état de nj^tre santé influe visiblement sur notre courage : tel n'a été mis à l'ordre du jouir de l'armée, pour action d'éclat, que patee que sa digestion avait été bonne, ^i, ce jour-là, sou estomac eût été dérangé, il eût pu n'être ^'un lâche. Un relâchement d'entrailles rendrait timide Achille lui-même. U n'y a jamais eu de héros un jour de médecine.
L'obscurité, si elle est inattendue, épouvante tous les êtres. Quand cette absence de la lumière «st prévue , eomme dans le passage quotidien du jour à la ndit , la terreur est moindre, mais le principe en reste. L'enfant â peur des ténèbres , et les animaux les plus féroces •deviennent doux et timides dès qu^ils ont cessé de voir.
L'obscurité n'influe pas moins sctf le caractère et dèsiors sur les opinions des hommes et même sof lenrs croyances : tel esprit fo^t qui est, le jour, blasphémateur et ^thée, est, la nuit, catholique et dévot.
{.a localité peut aussi amortir le courage. Combien
de soldats intriSpides sor un champ die bataille» n'oseroBt passer dans le voisinage d'un eimetière à miniiît. Wè souriront au brait du caDOD,.ot pâliront s'ils cnlendenli cbanter une chouette sur leur toit*
Un des phis intrépides dompteurs de ehetaux du jockeysclub» M***, lut qui, sans sourciller, s'ëlançaît dans tes courses au clocher les plus aventureuses, devenait bléine de terreur, à chaque cahot, s'il voya(^it en voiture.
Un ancien grenadier de ki garde impéri<ile, attaché à mon service et qai avait été à vingt combats, fuyait éperdu devant une souris. Un autre s'évanouissait à Faspect d'une tête de veau.
L'eau inspire à qiieft(pies individus une- terreur indicible; ils trembtent en mettant le pied dans un oanou On en a vu, à qui des bains de mer étpiént ordonne», se rendre vingt fois sur le rivage» vingt fois s'y désha* biUer , et viogl fois retonirner ehez eni sans avoir osé y mettre môme une jambe.
Si Ton en coftoluait que ces individus sont des lâches, on se tromperait: ils n'ont peur de rien, sauf de l'eau.
Hors des cas fort rares » la volonté peut toujours » sinon suriAonter la peur» du, moins la modérer. C'est là qu'est le véritable courage. Celui qui n'a jamais eu peur ne peut dire s'il est btave : là où il n'y a rien ^ combattre, il n'y a rien à vaincre. La vakar ne peut done naître que de la conseienoé du diasger.
On dit qne Fenneoni Iq plu& â craindre est on peureux révQllié. • Prenes garde au poltron, dit un proverbe, quand on lui nuirclie sur le ventre , il vous mord au talon. • C'est ce qui est arrivé à plus d'un bravaehe qui, sur la réputattoa de poltronnerie de quelque novice, ont voulu foire les braves à peu de ft*ais« Mous pourrions citer pJius d'une scène où. Les HAes changeant, le timide d'habitude faiwit trembler à son tour le vaillant de