‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 36 sur 110 · UB REL · texte numérisé non relu

UB REL

Si votre réponse est ëgalemetit négative , si vous convenez quMl y a aujourd'hui tout autant de gens qui, vivant sans rien faire, s'engraissent de la substance d'autrui, et quUl n'existe ni moins de célibataires, ni moins de bâtards, je vous demanderai ce que nous avons gagné à la suppression des moines?

Qu'un fainéant se promène du matin au soir, le chapeau sur Toreille, la badine à la main et le cigarre an bec , ou qu'il vague un capuchon sur la tête , le nez sur un gros livre et un chapelet à la ceinture , je ne vois pas trop la différence pour le bien-être du peuple et le plus ou moins de profit qu'il y trouve.

Je dirai même qu'il y a perte: car, ne fût-ce que par l'encombrement qu'amènent les paresseux sur la voie publique , l'ennui qu'ils vous causent par leur rencontre et leur visite , et la perte de temps qu'ils entraînent , ils sont, pour les gens occupés, infiniment plus dommageables, que les désœuvrés d'autrefois; or, ennuyeux pour ennuyeux , solliciteur pour solliciteur, mendiant pour mendiant, j'aime mieux un frère quêteur demandant un pain , qu'un monsieur demandant un emploi , un écu ou un dîner.

J'en reviens donc à la question: a-t-on bien fait de supprimer les moines? Le grand nombre dira: oui, le petit dira : non. Eh ! bien , le grand nombre comme le petit aura très-mal répondu. Je ne suis de l'avis ni des uns, ni des autres, et je dirai: on a eu raison de supprimer les moines qui n'étaient bons à rien , et l'on a eu tort de le faire pour ceux qui se rendaient utiles.

En effet, à quoi les ordres mendians ou d'autres qui, sans mendier, vivaient dans une oisiveté complète et consommaient sans produire, pouvaient-ils être utiles? A rien, à moins que rien. Ils n'étaient qu'un exutoire pour le pays. Mais les moines historiens, agriculteurs,

institatears , infirmiers, hospitaliers, etc., ceDX-ci les a?ez-vous remplacés et ne manquent-t^ils pas à notre civilisation ?

Sans doute, si, comme naguère, Pinstitution devait être Passée , et s'ils n'étaient savans et travailleurs que de nom, mieux vaudrait n'en pas avoir; mais en prenant des mesures pour que ceci n'arrive pins, je ne trouverais pas mauvais que vous eussiez des maisons où dès hommes graves ou dégoûtés du monde, pussent se réunir pour étudier , travailler ensemble et y honorer Dieu qui aime Tétude et le travail, enfin, pour y vivre sons une règle rationnelle et pieuse, ni trop facile, ni trop sévère. Ces maisons ne seraient jamais inutiles.

Que ces hommes fussent mariés ou câibatâires, ils ne pourraient, ainsi que le veut la loi, prendre d'engagement que pour cinq ans, car tous les hommes n'ont ni le même tempérament, ni le même caractère, et ee qui est aisé à Tun devient presque impossible à Tautre: de là tant de scandales et de vilains moineSi

Les maisons destinées à recevoir les ménages ne pourraient se nommer convens; ce seraient de simplesf retraites où plusieurs familles s'associeraient pour vivre ensemble, sous une règle commune. Nous avons quelque chose de semblable à Paris : Thospicé des ménages. Je ne m'explique pas pourquoi il n'y en a point partout.

Avec des établîssemens des deux espèces et la facilité d'aller de l'un à l'autre , c'est-à-4ire de passer d'un ordre de célibataire dans une association de gens mariés, on éviterait bien des abus, bien des vices, et des crimes

J'ai déjà exprimé le regret qu'il n'y eût pas un ordre analogue à celui des disciples de St.-Benoit dans leur bon temps, ou des Bénédictins accommodés m siècle et (pu, se faisant tes gardiens de la science et de l'histoire,

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deviendrait vëritablemeDt une école des chartes, oa du moins une digue contre les romaDS historiques et autres mensonges et filouteries littéraires.

Avec ce& Bénédictins modernes, bien nettoyés de leur peau ultramoutaine, je voudrais un ordre destiné à la moralisation des jeunes détenus et s'en occupant spécialement, c'est-à-dire habitant les mêmes lieux et ne les quittant jamais.

Les mêmes frères pourraient être diargés des prisonniers adultes; un certain nombre serait attaché à tous les bagnes et geôles.

Puisque vous avez des sœurs infirmières et que vous vous en trouvez bien, pourquoi n'auriez-vous pas des frères infirmiers détachés des maisons fondées à cet effet, et où ils recevraient une éducation analogue à leur destination, c'est-à-dire quelques principes de pharmacie, de chirurgie et de médecine.

Au lieu de leur donner un vêtement ou incommode , ou ridicule, ou triste et propre à affecter péniblement l'imagination des malades, pourquoi ne leur donneriezvous pas un costume sagement combiné qui, sans être mondain, n'eût rien de sépulcral?

Pourquoi n'auriez-vous pas aussi une institution tenant un peu des frères de la Merci, un peu de celui de Malte, sorte de chevalerie religieuse, n'admettant que des hommes de mœurs pures, de caractère ferme et d'instruction réelle? Ceç frères, dont l'éducation devrait être celle de nos élèves de l'Ecole Polytechnique, éducation que l'on compléterait par un cours complet de chirurgie et de médecine, seraient attachés à nos flottes et à nos armées. Religieux et savans, ils ne seraient dédaignés ni des officiers , ni des soldats. Us pourraient .ainsi rendre de bien autres services que nos anciens aumôniers, dont la position, fausse ou précaire » paraly*

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sait les bonnes intentions ; car, sUls restaient prêtres ils étaient haïs du soldat ; sMIs se faisaient militaires, ils eu étaient moqués.

Il est un médium, sans doute, que quelques-uns parvenaient à saisir, mais ils le trouvaient dans leur esprit ou leur bon sens , et non dans leur institution. Il tous faut donc reformer cette institution et vous mettre â même d'avoir, dans nos armées et dans nos flottes, quelques représentans du culte national. Si vous ne le faites point par dévotion, faites-le par raison, ou tout an moins par politique. Alger vous en a prouvé la né-* cesssité: les Arabes commandés par leurs marabouts, à la fois prêtres et guerriers , vous ont appris que leurs moines-officiers n'étaient pas si ridicules; et nos ehevaliers de Rhodes et de St.-Jean ne prêtaient à rire ni aux Turcs, ni aux chrétiens. Pour le Français, la forme est tout; et le. même homme qu'il honnira s'il le voit affublé d'une calotte et armé d'un goupillon, il le respectara, il le suivra, il l'aimera, si vous l'entourez d'une auréole chevaleresque et d'un habit à sa mesure.

Le désœuvrement des aumôniers de vaisseaux ou des régimens, et leur peu de science contribuaient aussi à leur déconsidération; mais si le prêtre-chevalier est un mathématicien ou un dessinateur habile, s'il est naturaliste, antiquaire ou historien, s'il peut, enfin, faire un cours dans une science quelconque et devenir professeur du soldat et même de l'officier, soyez certain qu'il ne sera ni ennuyé, ni ennuyeux, et que bientôt, apprécié à sa valeur, il obtiendra, si sa conduite répond à sa science, nne influence salutaire. D'ailleurs, soumis à la discipline de son ordre, il pourrait être, sur une plainte fondée, renvoyé à son couvent.

L'aumônier- chevalier pourrait avoir aussi quelques attributions de surveillance sur les infirmiers, qui for-

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nieraient une classe secondaire da même ordre. Ces infirmiers seraient des novices, frères -serrans si vous voulez, mais qui pourraient, à leur tour, en acquérant de rinstruction , obtenir des grades.

Une autre swte de moines, partout utiles, et dont vous avez sagement toléré quelques couvens, sont les Trappistes^agriculteurs ; non-seulement ils cultivent bien, mais ils donnent d'excellentes leçons de culture et forment, moy(7nnant une rétribution modérée , de bons valets de fermes et de charrues. Yous ne pouvez trop encourager ces établissemens qui , d'ailleurs , servent de refuges' à des hommes aux passions vives ou au cœur bourrelé, et qui, restés dans le monde, auraient pu y faire plus de mal que de bien.

Ne balancez pas non plus à créer des maisons de refuges oii tous les forçats libérés trouveraient de Tonvrage et de bons conseils; où, après un noviciat assez long et des preuves de. repentir, ils pourraient être admis comme novices , puis comme frères , enfin comme administrateurs ou pères. N'avez-vous pas vu à Botany-Bay, puis à Stdney, des déportés couverts de crimes devenir d'honnêtes gens et de bons magistrats ?

Mais encore ici gardez-vous de co qui blesse trop nos préjugés du jour, de ce qui prête à la raillerie. Sans sVcarter en rien de la discipline religieuse, ni innover au fend, vous pouvez très-bien harmonier vos institutions monacales avec l'esprit du siècle-, je ne vous demande ni des Capucins crasseux, ni des Flagellans jongleurs: point d'austérités inutiles, pas de prescriptions impossibles, car de cette impossibilité naît la désobéissance, qui s'étend ensuite même aux choses faciles et indispensables. C'est toujours des institutions les plus sévères que sont sortis tes plus monstrueux excès. Que vos religieux gagnent le €iel par le bien qu'ils feront à leurs semblables et non'

par le mal qu'ils se feront à eux-mtecs. Je ne vous dis pas d'engraisser des chanoines, m^is je ne ?eux pas davantage que vous fassiez des martyrs: de la modération es tout.

Que la propreté' du corps et des habits soit une des prcoiières règles de toutes ces associations. Un homtne n'en vaut pas mieux quand son approche blesse rœil et Todorat, je dirai même qu'il en vaut moins, et si noç moines ont trouvé si peu de défenseurs, s'ii sont tomba sous le me'pris, c'est moins peut--étre par suite de leurd fautes qu'à cause de leur odeur. II n'y a ni institution, ni gouvernement qui résiste au méphttisme , et la crasse des Républicains de 1793 a tué la République non moins que le sang versé.

Pour assurer l'avenir des nouvelles congrégations, ayez biea soin qu'elles ne se placent pas ea dehors des institutions sociales et de^ intérêts généraux; que vos moines restent citoyens, qu'ils ne forment pas un Etat dans TEtat, un gouvernement dans un gouvernement; que leur règle soit soumise à celle du pays et d'accord avec ses mœurs: s'il n'en est pas ainsi, au lieu d'une institution de paix et d'une cause de progrès, vous n'aurez créé qu'un foyer de discorde.

Vous aurez pour les femmes quelques couvens qui seront la contre-partie de ceux qae je viens d'iadi^uer, notamment pour les feiniiies repenties, échappées des maisons de débauches on sortant des gedies.

Pourquoi n'auriez -vous pas des sœurs hospitalières

attachées aux armées et aux ambulances? vous aves bien

. âes cantinières: la cantinière serait raide*de--eamp de

la religieuse et sa sauve-garde; dewc enaeo^le, elles

seraient plus respectées et plus utiles.

Nous vous avons parlé des Bénédictins, je vous de» mande aussi des Bénédictines ou des femmes qui, s^oo*

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