BEL
L'idée de Diea est innée dans le cœur de tous les hommes; je dis pins, elle feit partie de l'homme, et je ne crois pas aux athées. Toute religion part donc d'un priudpe juste, et la fin d'un culte quel qu'il soit est partout le même: Dieu.
Ensuite, il faut avouer qu'on l'a quelquefois étrangement défiguré et qu'il est difficile de le reconnaître dans le Mungo-Jumbo des Nègres et les monstrueuses idoles des Indiens.
On ne le reconnaîtra pas davantage aux étranges pratiques dont ces peuples entourent leurs autels.
Et pourtant, ce sont ces pratiques, ces cérémonies différemment envisagées, qui ont fait, depuis Tibère jusqu'à Attila et depuis celui-ci jusqu'à l'empereur de la Chine ou du Japon, les martyrs et les persécutions de toute espèce, et cela, parce qu'à Bome comme à Pékin, ou à leso, il y avait use religion de PEtat, ou que rstat s'est mêlé de religion et qu'il a vottlu un culte, comme il veut un impôt ou une conscription.
Mais il est une chose sous laquelle la hache s'émonsse : c'est l'opinion. Essayez de faire passer toutes les têtes par un même cercle , le cercle se brisera , fût-il d'acier , fût-il de diamant. Non , vous ne ferez pas une religion de l'Etat , si ce n'est pas celle de la majorité.
RELIQUES. Bans ses mémoires. St.- Simon nous raconte qu'en 1709, le fits du duc d'Albe, ambassadeur en France, étant tombé malade, la duchesse sa mère lui faisait prendre des reliques en lavement. Etrange médecine , et plus étrange manière d'honorer les Saints.
Us ne prirent probablement pas bien la chose, car le malade en mourut.
Il n'y a pas encore long-temps que les reliques se
m Ml
veodaieçt puWqoement à Rome: on ea tenait boatique. Les Catacombes étaient le grand entrepôt d'où on les tirait; et comme les Catacombes, ou?ertes à tout le monde, étaient Tossuaire commun, fos du tortionnaire ou du gladiateur païen a pu être invoqué comme celui du martyr chrétien.
L'existence avérée du corps d'un bienheureat dans nn pays n'arrêtait pas les fournisseurs et jamais ne les empêcha d'en expédier un second exemplaire à qtticonqoe y avait foi. On satisfaisait ainsi à tonte demande, si Targent venait à l'appui.
C'est ainsi que plusieurs saints se sont trouvés doublés, triplés, et plus encore. On compte huit à dix têtes de St.-Jean Baptiste « autant de couronnes d'épines de N. $., et Ton pourrait, du bois de la vraie crpix, faire an yjilsBeau de soixante-quatorze.
U est telle de ces reliques qui semble on blasphème : pu a vtt des moines imbéciles exposer à la vénération de^ fidèles, du lait de la vierge en bouteille.
Tout le monde a entendu parler de la liquéfaction «imiielle du sang de St.-'Janvier (le Naples : miracle qni ^ bien perdu de sa renommée depuis qu'un général fraiijjikis, le.sabre au poing, força le gardien de le répéter sous ses yeux.
De même que l'aimant communique sa propriété au fer qu'il touche, une relique rend relique tout ce qui Fapproche. Telles ^ont les croix et bagues de $t.-Hubert eonti^ les morsures des animaux enragés. Un porteur de ced croix ayant été dévoré par le^ loups, le peuple retadarqua arec élonnement que e^s animaux n'avaient tonchéni aux croix, ni mx bagues.
' Ljss Ba»-Bretons ont des relique^ fort étranges et qn'ils semblent tenir des Celtes, leurs aïeux. Quelques-mnes mi des propriétés singulières , et tout le monde y connaît ce que vaut St.-Guignolet.
ÂQjourd'hui , les reliques n'ont que peu de crédit; les prêtres sages n'en parlent point, et si de temps ea temps encore elles fout des miracles, c'est en province, dans quelque village ignoré et presque incognito.
Certains journalistes ont bien voulu les remettre en crédit , mais on a reconnu les masques et de semblables dévots n'étaient pas de nature à donner la foi.
REMÈDE. On prévient les maladies et même on les guérit, moins par ce qu'on fait que par ce qu'on cesse de faire.
Le remède qui nous paraît être le meilleur ou le médecin que nous jugeons le plus savant, est celui que nous prenons quand nous sommes guéris ou sur le point de l'être.
' REMORDS. Le remords varie de forme , selon les climats, les lois, les habitudes. L'Italien assassine son ennemi ; puis chaque nuit il le voit à son chevet. 11 fiait un pèlerinage, se confesse, et le spectre disparaît.
L'Anglais plus froid ne voit point de spectre, mais il croit qu'il a mal aux nerfs, que son estomac devient moins bon, qu'il ne digère plus. Il a le spleen et il se pend.
Le remords n'est pas toujours la conséquence d'un crime; on peut en éprouver sans être coupable. H vient plus des yeux que de la réflexion , plus de la tête que du cœur. Il naît d'un geste, d'un mot, et souvent la conscience même , la vraie conscience n'y est pour rien. Aussi, peut-il reposer sur une donnée complètement fausse.
Une action indifférente ou seulement blâmable aura eu des conséquences funestes, on éprouvera des remords,
parce qae Ton confondra la cause avec le résultat et qu'on oubliera que c'est la volonté et l'intention qui font le crime.
Le remords, même quand il est fondé, annonce plus d'imagination que de sens: c'est toujours un état passionné ou maladif. L'homme d'un caractère ferme et réfléchi a des regrets et non des remords, parce qu'un remords est une faiblesse ou une vision, et que la force intelligente n'a ni faiblesse ni vision.
La position peut être pour beaucoup dans la cause ou les effets du remords : cet empereur fait tuer vingt mille soldats dans sa matinée et n'en dort que mieux; un bourgeois casse le bras à son laquais et en devient fou de désespoir.
Le sauvage s'empare d'un homme que la tempête a jeté sur son île; il le tue, le rôtit et le mange, et n'a pas plus de remords que s'il avait mangé un lièvre. Mais a-t-il abandonné, son chef dans un combat, ou a-t-il manqué à la loi du Tabou , ou à tonte autre prescription du sorcier de son île, il se voit entouré de spectres et meurt bourrelé sous le poids de son crime imaginaire.
Ce jeune paysan qui a été six mois malade de chagrin pour avoir , en tirant à la cible , blessé son compagnon, va, devenu soldat, se battre en duel pour un mot, pour un regard; bref, c'est un férailleur, et avant d'avoir fini son temps, il aura tué ou estropié dix hommes. En aura-t-il des remords? Nullement. Il a obéi à l'honneur, il le croit du moins: sa conscience est en repos.
Une action inique peut nous causer plus de remords que dix , parce que toutes les pensées se portent sur ce seul fait.
C'est ce raisonnement qui entraîne beaucoup de coupables à la récidive: ils veulent, par un plus grand crime , éteindre le remords du premier.
Le fanatisme politique, comme le fanatisme religieux, endurcit notre cœur contre certains remords et nons prédispose à d^antres : c'est en menaçant du remords cet homme jusqu'alors inoffensif qu'on en fait un boutefea, un s^de, un assassin.
Le remords d'un fanatique viendra, non d'avoir fait couler le sang des hommes , mais de l'avoir épargne. Il se croira coupable de n'avoir pas fait brûler un béréti€[ue ; il se reprochera sa tolérance comme un crime; enfin, il craindra de laisser vivre son frère autant qu'un autre craindrait de le frapper ; et cela , parce qu'il est convaincn que son sang est dû à Dieu ou à la patrie. Si Jephté n'eot pas sacrifié sa filie, il aurait eu des remords, il aurait été poursuivi par une divinité qui lui aurait demandé compte de la victime qu'il lui aurait raVie.
11 y a des remords qui ressemblent à des crimes; oui, l'on peut avoir regret de sa propre innocence, se repentir de s'être abstenu de mat ibire. La preuve, c^est qu'il > a le remords de l'envie, de l'avarice, de la luxure. On croit avoir commis un crime contre soimême , parce qu'on ne Ta pas commis sur autrui , dans riatérét de soi-même.
Un ambitieux déçu éprouvera un véritable remords de n'avoir pas coupé telle tête qui se trouvait entre lui et le but : c'est cette tête qui a empêché qu'il ne l'atteignît.
L'avare éprouve du remords d'avoir manqué l'occasion de s'emparer d'un trésor; le libertin, d'avoir épargné l'innocence.
Ici, le sentiment du juste et de l'injuste a dispara devant la passion , et cette passion aveugle regrette de ne s'être point satisfaite et d'en avoir perdu l'occasion.
Aussi, le remords n'est pas toujours le signe du îepentir ni même d'une amélioration morale; c^est
160 BSM
couvent le contraire. La remords eodurcit Tame, il la fausse, il la rétrécit, c'est une espèce de mauvais géuie qui, à tort ou à raison, nous étourdit, nous poursuit soit par un cri , soit par une image. Il nous répète tou* jours la même chose et ne raisonne rien; s'il le fait, il s'accroît par le raisonnem^t, il s'arme de ce que la réflexion lui oppose et il trouve moyen d'empoisonner la consolation même*
Ce qu'il admet comme droit et justice, un instant après il le reconnaît comme tort ; ce qui est aujourd'hui raisoo, demain lui paraîtra folie. 11 ne faut donc pas discuter avec lui , car c'est cette alternative , ce combat entre avoir dû ou n'avoir pas dû, entre ce qui a été et ce qoi pouvait être, entre ce qui nous reste de passion et le chagrin d'y avoir cédé, qui fait le plus grand aiguillon, du remords* C'est un tiraillement continuel qui devient plus douloureux quand nous avons cru en être mieux guéri; et c'est lorsque nous croyons nous être complètement disculpé devant notre conscience , que cette conscience, par un revirement subit, nous montre notre faute dans toute son évidence.
Dans le repentir , au contraire , la faute est admise ; nous n'essayons plus de nous en blanchir, c'est une question jugée; nous ne nous demandons plus si nous avons bien ou mal fait, nous nous sommes dit une fois pour toutes: nous avons mal fait. Nous nous en repentons : et c'est une expiation ; nous ne désirons pas nous y soustraire. Il n'y a donc plus de combat en nous, plus de tiraillemens, plus de secousses; notre imaginatioo se calme, et avec elle, la douleur à laquelle ont succédé la nésignaliou et la mélancolie. Aussi , le repentir quoique souvent plus prolongé que le remords, est*il toujours plus supportable»
C'est que rien ne Vm moins que le remords. De tous
fiBIl 161
les snpplices , c'est le plus terrible. Mille fois plus cruel que la mort, torture sans cesse renaissante, c'est le vautour de Prométhée.
Le Paganisme, dans son code de peines, s'ëtayait sur le remords : c'étaient les torches des Euménides , les serpens des Furies, les aboiemens de Cerbère.
Le Christianisme s'appuie siur le repentir d'où naît toute miséricorde, tout pardon. Caln a des remords, il reste dans son péché, il est maudit David se repent, il est prophète , il est saint. Le remords tient à la nature; le repeqtir à la religion.
On peut avoir des remords sans religion. Pour avoir le repentir, il faut avoir au moins celle de l'amour et de la pitié.
Pour achever de définir le remords , nous allons , dans l'article qui suit, indiquer les nuances qui le séparent du repentir.
REMORDS 9 REPENTIR. Le remords n'est pas la même chose que le repentir : l'un tient aux nerfs , et l'autre a la raison.
L'un est totalement involontaire; c'est un fantôme qui nous apparaît, qui nous poursuit. L'autre naît de la réflexion. Le premier produit la fureur et la rage, il nous irrite contre nous-même , contre Dieu , contre le genre humain , et nous jette au désespoir ou à de nouveaux crimes. Le second nous conduit à réparer le mal commis.
Un scélérat peut donc avoir des remords sans cesser d'être un scélérat; celui qui se répent n'est plus un scélérat, et ne le sera pas tant qu'il se repentira.
Aussi, dans notre civilisation le remords se prend-il en mauvaise part : on se détourne d'un homme qu'on
soupçoQne d*un remords, et on ne fuira pas celni qui a un repentir. Cependant le premier a peut-être été moins coupable que l'autre.
On a appelé le remords un ver rongeur, et on a eu raison. On n'a point défini ainsi le repentir, parce qu'il est plus esprit, plus essence; on ne le matérialise pas, on n'en peut faire ni un ver, ni un fouet, ni une épine.
Le remords n'apparaît que par instant, par éclair, c'est un aiguillon qui nous frappe: le repentir est continu.
Le remords revient sans cesse et souvent croît avec le temps. Avec le temps le repentir s'affaiblit.
Le raisonnement irrite le remords, il adoucit le repentir.
Le repentir a sa consolation, on compte sur lui pour réparer la faute, on le considère comme expiation; tandis qu'on ne reçoit le remords que comme punition ou comme vengeance; c'est l'acte d'un ennemi et non d'an consolateur, ce n'est pas même le fait du juge, c'est celui du bourreau. Aussi le crimiuel se révolte-t-il contre le remords , ce qu'il ne fera pas du repentir. Le repentir apaise le remords, le remords tue le repentir.'
Le repentir annonce toujours une certaine délicatesse d'ame, de pensée. Un être tout-à-fait grossier ne se rcpent guère que lorsqu'il n'a pas réussi. Si le remords peut aussi assaillir l'homme délicat, il n'exclut pas le repentir, et le succès , loin de l'affaiblir, le fera croître encore.
Le remords cherche une excuse dans la cause même de son crime; il voit les torts de la victime.
Le repentir ne se ressouvient que de ses bonnes qualités.
Il y a dans le remords plus de pitié pour nous que pour les autres.
C'est le contraire dans le repentir , nous y souffrons